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Franc-maçonnerie et sociétés savantes au XIXe siècle : l’exemple havrais de la Société Havraise d’Etudes Diverses (SHED)

Pages 69 à 77

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  • Masse, J.-F.
(2021). Franc-maçonnerie et sociétés savantes au XIXe siècle : l’exemple havrais de la Société Havraise d’Etudes Diverses (SHED) Chroniques d'histoire maçonnique, 88(2), 69-77. https://doi.org/10.3917/chm.088.0069.

  • Masse, Jean-François.
« Franc-maçonnerie et sociétés savantes au XIXe siècle : l’exemple havrais de la Société Havraise d’Etudes Diverses (SHED) ». Chroniques d'histoire maçonnique, 2021/2 N° 88, 2021. p.69-77. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-chroniques-d-histoire-maconnique-2021-2-page-69?lang=fr.

  • MASSE, Jean-François,
2021. Franc-maçonnerie et sociétés savantes au XIXe siècle : l’exemple havrais de la Société Havraise d’Etudes Diverses (SHED) Chroniques d'histoire maçonnique, 2021/2 N° 88, p.69-77. DOI : 10.3917/chm.088.0069. URL : https://shs.cairn.info/revue-chroniques-d-histoire-maconnique-2021-2-page-69?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/chm.088.0069


Notes

  • [1]
    Sur cette filiation, voir Maurice Agulhon : Le Cercle dans la France bourgeoise, 1810-1848. Étude d’une mutation de sociabilité, Paris, A. Colin,1977.
  • [2]
    Voir entrée « Faure (Félix) », dans Encyclopédie de la franc-maçonnerie (dir. Eric Saunier), Paris, LGF, rééd. 2008, p. 290-292.

1À la fin du XVIIIe siècle la France voit apparaître les « cabinets de lecture » Conséquence de la Révolution française et des transformations culturelles de la société qui l’ont accompagnées depuis le début du XVIIIe siècle, ils vont être des lieux importants de diffusion du savoir et de la culture au début du XIXe siècle, contribuant à renforcer le tissu associatif qui enracina les idées républicaines et dont la Franc-maçonnerie fut souvent l’inspiratrice par ses pratiques et par ses règlements [1]. Ces lieux où l’on trouvait quelques romans mais surtout des brochures et des journaux, consultables sur place ou pris en location temporaire, indépendants ou hébergés dans des librairies et dans des cafés, étaient au nombre de 32 vers 1820 à Paris, et déjà 6 à Rouen qui était l’une des villes de province les plus richement dotées en loges maçonniques. Dans ce contexte, il est peu étonnant que l’une de ces loges ait été l’une de ces sociétés littéraires et que la ville du Havre, voisine et où il était aussi une riche vie maçonnique, soit un cas exemplaire, à travers l’exemple de la mère de ces associations littéraires, la Société d’Etudes Diverses (SHED), toujours actives, du rôle joué par les francs-maçons et par les loges dans le mouvement de fondation des cercles littéraires.

2En 1830, c’est sous l’impulsion de plusieurs francs-maçons des deux loges du Grand Orient de France, L’Aménité et Les 3 H, qu’un « cercle de l’Aménité » est créé, dans lequel les dames sont admises, où l’on parle de littérature, de beaux-arts et de musique. Ce cercle littéraire ne fonctionnera que quelques années mais, en 1829 une nouvelle loge a vu le jour au Havre sous le titre distinctif L’Olivier Ecossais, l’une des premières rattachées au Rite écossais ancien et accepté et au Suprême Conseil de France. Cette naissance va faciliter le renouveau de la dynamique naissante des cercles littéraires au Havre. Initialement la loge s’appelait en effet « Les Amis des arts », nom repris en 1833 pour la création d’une « Société des amis des arts » qui organise la même année une exposition dans les bâtiments de l’ancienne bourse. Plusieurs francs-maçons font partie des organisateurs.

3On est donc peu surpris que cela soit sous l’impulsion de quatre francs-maçons qu’aient été fondé la SHED. (Société Havraise d’Études Diverses). Deux fondateurs étaient membres de L’Aménité, Gaspard Théodore BALTHAZARD et Adolphe LECADRE, deux autres de L’Olivier Ecossais : Jean-Baptiste MILLET SAINT-PIERRE, Jean-Jacques CHOUQUET.

4Les « quatre frères » se réunissent le 18 septembre 1833 dans le but d’élaborer le règlement d’une académie et vont à la recherche de 12 membres parmi les hommes aux goûts studieux et aux mérites littéraire, scientifique, artistique. Deux mois plus tard le 18 novembre 1833 les statuts de la SHED sont approuvés, la liste des 16 membres fondateurs établie. L’article 1, concernant les buts de la société, affirme que les membres s’engagent à communiquer leurs idées sur ce qui peut avoir rapport à la morale, l’instruction publique, le commerce, l’industrie les sciences et les arts. Elle a pour but de contribuer au progrès de la morale, des sciences, de la littérature, du commerce, de l’industrie, de l’agriculture et des beaux-arts, soit par des réunions où les membres se communiquent réciproquement leurs idées et leurs œuvres, soit par des publications, soit par des encouragements accordés aux travaux et actes d’autrui, soit par des cours publics, soit enfin par tous les moyens susceptibles de contribuer à la propagation des lumières.

5Par décret impérial, la compagnie savante sera reconnue « établissement d’utilité publique » le 30 décembre 1865. Les sujets religieux et politiques sont exclus. C’est l’un des membres fondateurs Césaire Oursel qui offre pour les premières séances le cabinet dont il dispose au Palais de justice (actuel Muséum de la ville du Havre.) Les réunions ont lieu les deuxième et quatrième mercredi de chaque mois car les frères de L’Aménité ont leurs réunions les premiers et troisièmes mercredi de chaque mois. Le « quatuor maçonnique » propose les postes de président et vice-président à deux importantes personnalités de la ville : Pierre-François Frissard, président, polytechnicien (1806), ingénieur des Ponts et chaussées, inspecteur général des Ponts et chaussées, ingénieur en chef des ports maritimes du département de la Seine-inférieure, arrivé au Havre en 1828 où il dirigea les grands travaux du port du Havre (bassin Vauban, docks) mais aussi les projets d’approvisionnement en eau de la ville du Havre, ainsi que les projets de communications ferroviaires et fluviales. Le vice-président est Adolphe Auguste LEMARCHAND DE LA FAVERIE, qui eut une riche carrière préfectorale qui le conduisit dans les départements de la Vienne et du Jura. Nommé sous-préfet du Havre en aout 1830, il y restera jusqu’en 1835, pour devenir préfet du Var puis de la Drome. Il s’intéressait aux problèmes de l’agriculture. Il laisse un ouvrage sur les poids et mesures.

6Si les « deux têtes » de la SHED sont étrangers à la franc-maçonnerie, la filiation entre celle-ci et la franc-maçonnerie locale est très forte. La présence des loges se retrouve au niveau du secrétariat de la SHED, avec le choix de Gaspard Théodore BALTAZARD. Revenu au Havre en 1797 où il travaille dans une importante maison de commerce qui l’envoie en mission dans les grands ports d’Espagne, établi négociant et armateur, directeur d’une compagnie de bateaux en fer qui transportent du fret entre Paris et Le Havre, il est le fondateur de la Banque du Havre en 1837 qui devient la Banque de France (1848) dont il dirige la succursale havraise. Membre du conseil municipal en 1830, il est en charge de la distribution des eaux, du chemin de fer et des entrepôts, il est le Secrétaire de la SHED (1833-1834), puis le Vice-président (1838, 1840-1841, 1845), puis le Président (1839, 1842-1843, 1846-1848.) Dans son premier rapport de secrétaire en 1834, il précisait de façon lyrique la raison de la constitution de la société :

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« Le Havre qui a devant lui un avenir bien plus vaste, bien plus riche que tout ce qu’on admire en lui aujourd’hui, Le Havre malgré sa grande activité commerciale, ou peut-être à cause de cette activité, n’aurait vu se former dans ses murs aucune réunion scientifique ; notre société constituée doit servir les intérêts du négoce, mais a condition que celui-ci s’associât les nobles disciplines de l’esprit »

8Il a publié différentes études sur l’économie politique, les questions commerciales et les instituts de prévoyance. En 1833, il prit une grande part à l’application de la loi Guizot sur l’instruction primaire, désirant que l’instruction dans les établissements publics soit indépendante de l’enseignement religieux. Franc-maçon, il était membre de la loge L’Aménité où il avait été initié en 1825, vénérable de sa loge en 1830.

9Franc-maçon actif est aussi le trésorier, Jean-Jacques Adolphe CHOUQUET, banquier partageant sa vie entre Paris et Le Havre dont il fut conseiller municipal, membre de la chambre de commerce, consul de Belgique. Il participe avec Millet-Saint-Pierre à la création de la loge L’Olivier écossais. Il est à l’origine d’un grand projet : la compagnie du chemin de fer de Paris à la mer (1838-1839). Cette société anonyme se heurtera à beaucoup de difficultés, principalement financières. La liquidation de la société intervient en août 1839. Chouquet disparait du Havre et doit s’expatrier à New-York. Il eut un fils, Adolphe-Gustave, né au Havre en 1819 qui deviendra un musicologue réputé.

10Surtout, dans le « bureau » de la SHED, parmi les 16 membres fondateurs, 7 sociétaires. Outre les secrétaire et trésorier, on relève la présence de Jean-Baptiste MILLET SAINT-PIERRE. Né d’une famille d’immigrés créoles de Saint-Domingue, il a fait ses études à Marseille et Avignon avant de monter à Paris où il découvre la franc-maçonnerie. Avec un autre franc-maçon influent, le négociant Alexandre Bertin, il arrive au Havre où il se fixe à partir de 1825, épouse une demoiselle Saint-Pierre dont il adjoint le nom au sien. Il devient directeur d’une maison de transports fluviaux puis courtier d’assurances et enfin agent de plusieurs compagnies étrangères (bureaux à Paris et au Havre.) Il publie de nombreuses études littéraires et philosophiques ainsi que des comédies. Un petit recueil imprimé en 1857, baptisé « quelques chiquenaudes, recueil de pensées ou quasi- pensées, dictons et boutades » obtient un grand succès. Millet Saint-Pierre est l’un des créateurs de la SHED en 1833. Fidèle parmi les fidèles de ce cercle pendant 39 ans, il occupe les postes de secrétaire, trésorier, vice- président, en est président de 1849 à 1851, puis de 1860 à 1862.Il est aussi des fondateurs de la loge L’Olivier écossais en 1829, dont il sera membre jusqu’à sa mort, fait partie du chapitre des « chevaliers de la rénovation », 33e, membre du Suprême conseil de France, et son député représentant pour le département de la Seine -inférieure et les départements circonvoisins. Alphonse Aimé LECADRE, né à Nantes en 1803 où il fait des études médicales et reçu officier de santé en1823, avant de partir pour les Indes en direction de Calcutta, est l’un des plus grands philanthropes havrais du XIXe siècle. Au bout de deux ans passés aux Indes, il revient à Paris pour y compléter ses études médicales, est reçu docteur en 1827. Il vient alors se fixer au Havre où il retrouve le demi-frère de son père, époux de la « tante Lecadre » qui gère une importante épicerie en gros. À Sainte-Adresse et à plusieurs reprises toute la famille posera, sur la terrasse devant la mer, pour des toiles de leur cousin Claude Monet. Sur le célèbre tableau La terrasse à Sainte-Adresse en 1867, il est représenté en chapeau haut de forme avec sa fille Jeanne-Marguerite. Grand amateur de peinture, il est à l’origine d’expositions en 1868 et 1877. Il lutte contre l’épidémie normande de choléra en 1832. Alphonse-Aimé est membre de nombreuses associations sanitaires et caritatives, produit un très grand nombre de travaux médicaux. Il est aussi l’un des quatre créateurs de la SHED, président durant treize années (1852- 1854, 1866-1868, 1872-1874, 1880-1883). Il a été membre de la SHED jusqu’à sa mort en 1883, soit pendant 50 ans ! Ses mérites lui valent d’être promu officier de la Légion d’honneur. Il était franc-maçon, membre de la loge L’Aménité où il fut initié en 1830, membre très actif jusqu’en 1877 (il tint le plateau de vénérable en 1836 et 1837). Il y aussi parmi les sept Jacques Simon Armand SURIRAY, médecin également, est arrivé au Havre dans les premières années 1800. Chirurgien-major à l’hôpital civil sous l’Empire, il est médecin-chef en 1822, devient également médecin des épidémies, lutte contre la variole et le choléra en 1832. Le docteur Lecadre devient l’adjoint de Suriray ; en 1834, ils combattent ensemble une épidémie de dysenterie au péril de leur vie. Il participe à différentes sociétés savantes à Caen : Société royale de médecine, Académie des sciences, arts et belles lettres, Société linnéenne du Calvados. Il est très actif lors de la création de la SHED. En tant que doyen d’âge (il a 64 ans). Il assure la présidence de la première réunion de la société le 27 septembre 1833. Il n’y reste pas longtemps car il quitte le Havre pour Paris en 1835 où il demeure jusqu’à son décès en 1846. Il était initié à la loge L’Aménité depuis 1807 et en fut membre jusqu’à son départ pour Paris. Alexandre BERTIN (1796-1855), négociant-armateur, il fonda en 1822 une société assurant le transport de marchandises par bateaux du Havre à Paris et plus tard entre le Havre et Caen. Venu de Paris avec Millet Saint-Pierre, il se fixe au Havre en 1825. Intéressé par la politique il est conseiller municipal puis 1er adjoint au maire et même maire par intérim du 12 juillet au 1er septembre 1849 (suite à l’élection comme député du maire Jules Ancel). Le 12 aout il a reçu au Havre la visite du Président Louis-Napoléon Bonaparte. En 1833 il est l’un des sept maçons, fondateurs de la SHED. Proche des thèses de Charles Fourier, il participe financièrement à la fondation d’un phalanstère de 400 enfants, présente à la SHED une communication sur le « système Fourier », contestée par le pasteur Poulain alors secrétaire de la SHED. Membre de la loge des 3 H de 1825 à 1854 ; il en sera vénérable en 1832, 1833 puis de 1838 à 1840. Enfin, citons Alexandre LACORNE (1796-1870), né au Havre où il fut conseiller municipal. Il fait partie des seize administrateurs en 1833 à la création de la SHED mais quitte Le Havre en 1847 afin de rejoindre le barreau de Paris. Il était membre de la loge L’Aménité de 1824 à 1834.

11Si les francs-maçons havrais sont ainsi à l’origine de la création de la SHED, durant un demi-siècle (1833-1883) ils marquèrent fortement la vie de cette société. L’on constate en effet que durant cette période 15 à 20% des membres de la SHED sont des frères de loges havraises. De plus, pendant ces 50 années, la présidence est assurée pendant plus de la moitié du temps (27 ans) par des francs-maçons : les frères Baltazard (6 ans), Millet Saint-Pierre (6 ans), Lecadre (13 ans), auxquels il faut ajouter (admis à la SHED en 1846) Auguste MARIE, directeur de l’usine de gaz du Havre. Il s’intéressait à la philosophie, mais aussi aux sciences occultes et à la métaphysique, publia une étude remarquée sur le fluide magnétique. Il fut président de la SHED durant deux ans, en 1855 et en 1856. IL avait été très peu de temps avant le vénérable de la loge des 3 H de 1853 à 1855. Il quitte le Havre en 1857 pour diriger l’usine à gaz de Rouen où il mourut en 1869.

12Autre point important : on constate que les règlements et statuts de la SHED sont intégralement empruntés aux méthodes et fonctionnement des loges maçonniques. C’est le cas pour l’admission des postulants (par vote secret avec des boules blanches et noires, le candidat devant obtenir au moins 2/3 de vote favorable), pour la cotisation annuelle (on prévoit l’éviction en cas d’absence non motivée), pour les pratiques lors des assemblées générales (rapport moral par le secrétaire et financier par le trésorier), pour les élections aux différents postes du bureau, pour la présidence (d’une durée de trois ans sauf exception), pour la tenue des réunions (bimensuelles programmées avec convocation et ordre du jour), pour la présentation par l’un des sociétaires d’une étude ouvrant à discussion (compte-rendu par le secrétaire).

13Alors que les rituels maçonniques précisent qu’il ne faut que 7 membres réunis pour commencer à travailler en loge régulièrement, c’est aussi la règle adoptée par la SHED lors de sa création. Par leur présence, les maçons vont aussi fortement influencer les sujets des travaux de la SHED. Il est vrai que six vénérables de loges havraises sont membres de la SHED durant quarante ans. Ces vénérables sont : Jean-Baptiste GALLET, admis à la SHED en 1836, officier de marine, puis négociant, Vénérable de L’Aménité 1(838, 1843-1845, 1850-1851, 1853) ; Edmond Jean-Nicolas LEPAULARD admis à la SHED en 1847, Avocat et Vénérable de L’Aménité 1847 à 1849, Frédéric SEIPPEL (ou SEIPEL) admis à la SHED en 1856, venu du grand-duché de Bade, professeur de littérature étrangère et négociant, vénérable de la loge L’Olivier écossais de 1859 à 1861 ; Gustave LENNIER admis à la SHED en 1862, né et décédé au Havre (1835-1905), naturaliste, géologue, explorateur (côte occidentale de l’Afrique de 1855 à 1858), conservateur du muséum du Havre, fondateur et président de la Société Géologique de Normandie, Vénérable de la loge L’Olivier écossais de 1867 à 1869 ; Paul NICOLE (ou NICOLLE) admis à la SHED en 1857, Avocat. Vénérable de la loge des 3 H de 1864 à 1866 ; Louis WOUTERS, admis à la SHED en 1873, Négociant, Président de la chambre de commerce, conseiller municipal, Vénérable de la loge des 3 H de 1841 à 1843 et de 1847 à 1862. Les travaux, communications et sujets étudiés dans chaque séance sont certes divers et variés, mais le sujet le plus important concerne l’enseignement, sous l’angle de la pédagogie, de l’instruction publique et de l’enfance. Dans le milieu du XIXe siècle, ces sujets seront une préoccupation majeure à la fois pour les maçons, pour la SHED, et dans d’autres structures associatives tournées vers l’éducation populaire, comme la Société d’instruction mutuelle créée en 1860 sous l’impulsion de Millet Saint-Pierre et du docteur Lecadre, dont Frédéric Bellanger sera le premier président. Dans la Société d’instruction mutuelle, des cours du soir sont dispensés dans la salle des mariages de l’hôtel de ville et l’on peut remarquer que la plupart des professeurs sont sociétaires de la SHED et francs-maçons. C’est le cas pour : RISPAL (mathématique et cosmographie), CAUMONT (droit), DEROME (botanique, histoire, géographie), LENNIER (paléontologie), BELLANGER (mécanique, physique), NICOLE (littérature). La direction de la Société est très maçonnisée. Le Premier président est Frédéric BELLANGER, ouvrier mécanicien à l’usine Mazeline au Havre devenu ingénieur, élu conseiller municipal, membre de la SHED en 1834, président-fondateur de la Société d’instruction mutuelle, et franc-maçon. Il fut membre de la loge L’Aménité de 1833 à 1871, année de sa mort comme lieutenant volontaire tué d’une balle en plein cœur, alors qu’il combattait les prussiens à la porte du Havre. Le second président fut Aimé RISPAL, Professeur de sciences, membre de la SHED en 1858, et de la même loge L’Aménité de 1858 à 1878, François MAZELINE, apprenti dans la forge-serrurerie dont il fait une belle entreprise, puis fondateur avec son frère d’une « société du canal Vauban » qui est la plus grosse usine du Havre (575 ouvriers), membre de la chambre de commerce, conseiller municipal puis 1er adjoint du maire Edouard Larue (1855), qui était président d’honneur de la Société d’instruction mutuelle, avait été membre de la SHED en 1860 et avant franc-maçon, membre de la loge des 3 H (de 1840 à 1851). Le relais était pris par la « Ligue française de l’enseignement » créée par le franc-maçon Jean Macé. La ligue se fixait pour but de « provoquer par toute la France l’initiative individuelle au profit du développement de l’instruction publique ». Jean Macé vint par deux fois au Havre en août 1867 et avril 1868 pour lancer les bases du « Cercle havrais de la ligue de l’enseignement » dont la première assemblée générale eut lieu le 18 juin 1868. Lecadre et Bellanger en furent adhérent. L’un des premiers adhérents et principal animateur est Léon HALLAURE, maire de Bléville (commune limitrophe du Havre) de 1874 à 1890. Conseiller général, membre de la SHED en 1878, et franc-maçon de la loge L’Aménité en 1865 jusqu’à sa mort en 1890.

14On signalera pour finir qu’en 1861, sous l’impulsion de Millet Saint-Pierre, la SHED décida de faire graver et frapper des jetons de présence. Or, la société choisit pour emblème les profils de deux écrivains de grande notoriété, nés au Havre, liés ou aimés de la franc-maçonnerie. Il s’agit de Bernardin de SAINT-PIERRE, dont l’appartenance à la franc-maçonnerie reste cependant à prouver et de Casimir DELAVIGNE, académicien français en 1825 à l’âge de 32 ans mais aujourd’hui quelque peu oublié bien qu’il ait été considéré comme l’un des écrivains et poètes parmi les plus important de son époque. C’est Victor Hugo, lors de ses obsèques au Père-Lachaise, qui fit son oraison funèbre. Son père, Louis-Auguste, armateur et faïencier au Havre, faisait partie de la loge maçonnique La Fidélité. En 1852, les statues de Bernardin de Saint-Pierre et Casimir Delavigne, inaugurées avec un discours d’Alfred de Musset, furent l’œuvre du grand sculpteur franc-maçon, David d’Angers (1788-1856). On ne saurait finir ce panorama destiné à montrer les filiations maçonniques de la mère des associations havraises né en 1833 et qui fêtera son bicentenaire dans moins de huit ans sans rappeler qu’elle compta parmi ses membres Félix FAURE qui fut membre durant vingt ans de la loge L’Aménité [2].

    • Allais François, « A.A. Lecadre (1803 – 1883) », mémoire de maitrise de l’université du Havre, 2004.
    • Ardaillou Pierre, Les républicains du Havre (1815-1889), Rouen, PURH, 1999.
    • Audous Fanny, « J.S.A. Suriray (1769 – 1846) : un horsain mémorable », mémoire de maîtrise de l’université du Havre, 1998.
    • Claeys René, « Autour de 1833. Recueil des publications de la SHED », 2003.
    • Lecoeur Louis, « 150e anniversaire de la SHED. Recueil des publications de la SHED, 1983.
    • Pigeon Elodie, « La SHED entre 1867 et 1869 », mémoire de maîtrise de l’université du Havre, 2005.
    • Pringard Olivier, La franc-maçonnerie au Havre 1815 à 1945, Luneray, Bertout, 2002.
    • Saunier Eric, Révolution et sociabilité en Normandie. 6000 francs-maçons de 1740 à 1830, Rouen, PURH, 1998.
    • « Commémoration du centenaire de la SHED », Le Havre, Imprimerie Le Havre éclair, 1933.

Date de mise en ligne : 20/01/2022

https://doi.org/10.3917/chm.088.0069