Dans la précarité de la prière, quelle force d’en haut invoquer ?
- Par Gilles Baudry
Pages 77 à 81
Citer cet article
- BAUDRY, Gilles,
- Baudry, Gilles.
- Baudry, G.
https://doi.org/10.3917/chri.282.0079
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Notes
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[1]
Søren Kierkegaard, « Quatre discours édifiants », 1844, Œuvres complètes, tome VI, Éditions de l’Orante, 1979, p. 342.
Indicible est l’expérience de la prière. Dès lors, quels mots – toujours
infimes et infirmes – seraient aptes à tenter de la traduire ? Peut-être n’est-il pas inutile de préciser d’entrée que l’état de l’orant est
celui de la précarité (precare). Est précaire ce qui est demandé par
l’humble prière : non celle du pharisien qui vient au Temple pour
trouver en Dieu un témoin de sa réussite, mais celle du publicain qui
découvre en Dieu un confident de sa misère. « Misericor es, miser
sum [Miséricorde tu es, misère je suis] », ainsi priait saint Augustin
(Confessions, X, 28, 39).
L’homme ne peut se tenir sous le regard de Dieu que comme un
mendiant. La prière est le poème du pauvre. Jamais l’Écriture ne jette
le discrédit sur la prière de demande. Au contraire, Jésus enseigne le Notre Père tout entier comme une demande. Il en est de même pour
ce qui concerne les paraboles du juge injuste et de l’ami importun.
Il s’agit de supplier avec une obstination têtue. « Demandez et l’on
vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous
ouvrira » (Lc 11, 9). Ce sont des injonctions. On le voit : la prière
n’est pas facultative, laissée au libre choix de l’homme, au gré de
ses humeurs. Elle lui est substantielle, aussi vitale que la nourriture
et la respiration.
Nul n’est digne de prier, nul ne le sait. L’homme, par sa finitude,
son incomplétude, prend la mesure de la fragilité qui rend vaste sa
pauvreté. « La faiblesse des moyens humains est une cause de force »,
va jusqu’à écrire Charles de Foucauld…
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