Potin E., Henaff G. & Trellu H. (2020). Le smartphone des enfants placés. Quels enjeux en protection de l’enfance ? Toulouse : Érès, 172 p.
- Par Magali Boutrais
Page IX
Citer cet article
- BOUTRAIS, Magali,
- Boutrais, Magali.
- Boutrais, M.
https://doi.org/10.3917/cdle.052.0290i
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1 Au xxi e siècle, alors que 9 adolescents sur 10 détiennent un smartphone et que près de 150000 mineurs sont placés, Emilie Potin, Gaël Henaff et Hélène Trellu apportent des éléments de compréhension sur les enjeux liés à l’utilisation du smartphone par les mineurs relevant de la protection de l’enfance. Si la « correspondance numérique » permet de maintenir les liens infrafamiliaux entre le mineur et sa famille d’origine, la question de sa « régulation » par les acteurs familiaux, professionnels et organisationnels (famille d’accueil, justice, aide sociale à l’enfance) se pose pour donner un cadre à ces échanges. Cet ouvrage fait état des résultats d’une enquête menée auprès d’une centaine d’acteurs dans deux départements de l’ouest de la France. Les autrices et auteurs mettent en lumière les possibilités qu’offre le smartphone en matière de droits, de liens, de protection et les défis auxquels sont confrontés les professionnels dans l’accompagnement de son usage.
2 Dans une première partie, ils rendent comptent des pratiques familiales de correspondance numérique en montrant leur inscription dans l’expérience du placement. Dans une deuxième partie, ces pratiques sont analysées en lien avec le cadre du placement et de l’assistance éducative. Et, dans une troisième partie, sont abordées les différentes manières d’accompagner les échanges intrafamiliaux ainsi qu’une typologie des configurations de correspondance.
3 Le smartphone permet aux mineurs placés et aux membres de leur famille (parents, frères et sœurs) de « faire famille à distance » en permettant des échanges non-inscrits dans l’économie générale du placement qui fixe un calendrier et des modalités de visites de manière rigide. Ainsi l’assistance éducative se trouve confrontée à l’usage des médias socionumériques, sans que ces derniers aient été pensés dans les décisions de justice : seuls les droits de visite sont encadrés par la loi, mais pas la correspondance numérique. Du fait de ce vide juridique, les usages du smartphone et de la correspondance numérique intrafamiliale se règlent au coup par coup au sein des structures d’accueil. En s’appuyant sur les témoignages recueillis, l’ouvrage met en avant la nécessité de réfléchir aux catégories qui guident l’action des professionnels en matière de maintien du lien familial. Il apparaît nécessaire d’identifier les besoins et d’ajuster les accompagnements afin de gérer ce nouveau support relationnel qu’est le smartphone. Les jeunes placés sont à la croisée de plusieurs systèmes de normes : celles de leur famille, celles de leur lieu de placement mais aussi celles des autres espaces qu’ils fréquentent (collège/lycée, centre de soins, club sportif, etc.). Une typologie des configurations possibles de la correspondance numérique se dégage des résultats de l’enquête autour de trois dimensions : surveiller, accompagner, esquiver. L’ouvrage montre comment le smartphone redonne un pouvoir d’agir au jeune et qu’une marge de manœuvre doit être laissée aux structures d’accueil dans la gestion de cet outil de lien social et familial.
4 Magali Boutrais, Université de Picardie Jules Verne (CAREF)