DUPUIS (Pierre-André), PRAIRAT (Eirick) (dir.), École en devenir, école en débat. Paris :L’Harmattan (2000) « Le Forum », 117 p.
- Par J. Seux
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- SEUX, J.,
- Seux, J..
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https://doi.org/10.3917/cdle.013.0172b
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1 Cet ouvrage émane des Actes du Colloque organisé par le SGENCFDT Lorraine dans le cadre de « Questions d’éducation » le 24 novembre 1999 au Palais des Congrès de Nancy. Les six conférences se proposent de mettre en évidence un certain nombre d’aspects et de contradictions que revêt la crise de l’école aujourd’hui.
2 Le premier texte présenté nous livre les réflexions de Jean Pierre Pourtois et Patricia Nimal (université de Mons-Hainaut, Belgique) sur les finalités de l’éducation à l’ère post-moderne. D’après ces deux auteurs nous assistons aujourd’hui au passage d’une conception holiste de l’éducation (transmission de savoirs d’une génération à une autre) à une conception reposant davantage sur la construction identitaire de l’individu, construction n’excluant pas cependant la participation citoyenne. Ces transformations supposent nécessairement le recours à diverses pratiques éducatives telles que pédagogie psychanalytique, pédagogie humaniste rogerienne, pédagogie du projet, pédagogie différenciée, pédagogie active, behavioriste, interactive, pédagogie du chef-d’œuvre, pédagogie institutionnelle.
3 Dans la seconde conférence, Geneviève Jacquinot (Paris 8) étudie les relations entre « les dernières technologies » et l’école, et plus particulièrement les questions auxquelles elles nous confrontent car « les NTIC ne sont des panacées que si on les utilise pour ne pas se poser de questions » (p. 35). Leur rôle, le sens de leur utilisation, les finalités poursuivies, leur contribution à l’acquisition de la nouvelle identité professionnelle des enseignants sont ici présentés ainsi que la mise en évidence de leurs limites. « En fait, il s’agit moins de les appeler à la rescousse pour chercher à résoudre d’anciens problèmes… que d’élaborer une nouvelle pensée de l’école » (p.43):en effet, si les technologies de l’information et de la communication transforment nos rapports aux savoirs (stockage – accès – transmission – utilisation…), ce domaine n’entrera dans le champ de la culture que si l’école et ses acteurs participent à son élaboration.
4 Agnès Van Zanten (CNRS-Fondation nationale des sciences politiques) nous propose, quant à elle, une analyse de la notion de ségrégation, plus révélatrice que celle d’inégalité de notre système scolaire actuel. La fabrication des « exclus de l’intérieur », selon l’expression de P.
5 Champagne et P. Bourdieu dans La misère du monde (1993) repose sur un certain nombre d’effets cumulatifs (par exemple l’interaction entre les types de publics scolaires et la qualité des offres de formation) mais aussi sur les résultats pervers, imprévus, voire paradoxaux de certaines politiques telles celle de la « carte scolaire » ou celle des ZEP ainsi que de certaines pratiques des autorités locales. Les stratégies des familles relatives au choix ou au rejet de certains établissements ainsi que celles des administrateurs contribuent encore à accentuer l’écart entre l’élite scolaire et les élèves en difficulté. Il va de soi que ces différents aspects nuisent à la constitution d’un sentiment d’appartenance nationale ainsi qu’à l’idée d’un service public d’éducation.
6 Le texte suivant, issu de la conférence de Marie Duru-Bellat (IREDUuniversité de Bourgogne) s’interroge sur les démarches mises en place en vue de la démocratisation de l’école dans les pays européens. Il est impossible de ne pas constater que l’ouverture de cette institution à un public de plus en plus large s’est nécessairement accompagnée de processus ségrégatifs :orientation, création d’options hiérarchisantes, unification des cursus… et d’une inflation des diplômes. La démocratisation par le fonctionnement (recul des choix d’orientation, suppression des filières au début du secondaire, développement des « itinéraires bis » dans l’enseignement technique par exemple…) ne s’avère guère plus efficace. Si bien que la formule « ce qui se joue à l’école pèse peut-être peu par rapport à ce qui se joue en dehors d’elle » (p. 82) continue, hélas, de valoir partout à différents degrés. Même s’il est devenu banal d’affirmer que « démocratiser l’école passe par la démocratisation de la société », il n’en reste pas moins que seules les transformations opérées sur les inégalités de vie des différents groupes sociaux qui fréquentent l’école peuvent s’avérer efficaces.
7 Les discours sur l’univers scolaire foyer de contradictions internes font vendre. François Dubet (université de Bordeaux 2) examine certaines d’entre elles. Les crises de cette institution seraient dues pour les uns à son immobilisme et à sa fermeture, pour les autres à la succession de ses réformes. Trop excessives ces positions empêchent une véritable évolution du système éducatif, évolution qui, dans une société démocratique concerne l’ensemble des citoyens et pas uniquement le monde scolaire et ses syndicats. L’auteur se réfère ici aux idées qu’il avait avancées dans son rapport sur les collèges, et en particulier si « l’école balance entre la nostalgie et une série de réformes et d’efforts d’adaptation qui semblent dépourvus de principes, il est temps de lui dire ce que la société attend d’elle » (p. 106).
8 La synthèse de cette journée mais aussi les ouvertures possibles sont présentées par Claude Pair (professeur émérite, ancien recteur). Il semble que la volonté de démocratisation caractéristique de l’école durant ces dernières années ne se soit pas réellement accompagnée de la prise en compte de la diversité du public scolaire. La production d’exclus scolaires est là pour en témoigner. Parmi les évolutions souhaitables, soulignons le partenariat nécessaire de l’école avec les familles et notamment les plus défavorisées ceci afin de rectifier certaines représentations négatives les concernant. « Une éducation au choix, à la liberté », éducation valorisant l’imagination, les facultés créatrices, l’esprit de décision est à construire. Une formation professionnelle dans l’éducation de tous doit aussi être présente.
9 Ainsi, « la dialectique entre unité et diversité », alors réexaminée conduirait-elle à de réelles perspectives de changement susceptibles d’améliorer l’idéal démocratique. Le rappel de ces quelques idées essentielles nous semble plus que jamais nécessaire et la mise en place d’une culture commune plus que jamais d’actualité.
10 J. Seux, CURSEP, IUFM de Picardie