Article de revue
Mise au point
L’expérience spatiale
- Par Yannick Mével
Page 43
Citer cet article
- MÉVEL, Yannick,
- Mével, Yannick.
- Mével, Y.
https://doi.org/10.3917/cape.559.0043
Citer cet article
- Mével, Y.
- Mével, Yannick.
- MÉVEL, Yannick,
https://doi.org/10.3917/cape.559.0043
Notes
-
[1]
Michel Lussault, « Mettre l’expérience extrascolaire en lien avec la pratique scolaire », Diversité, n° 191, 2017.
-
[2]
Michel Lussault, De la lutte des classes à la lutte des places, Paris, Grasset, 2009.
-
[3]
Michel Lussault, conférence à la Biennale internationale de l’éducation nouvelle à Poitiers, le 28 octobre 2019.
Selon Michel Lussault [1], nous ne pouvons pas exister indépendamment de notre rapport à l’espace. Notre existence nous oblige, de la naissance à la mort, à fabriquer nos espaces de vie, à les accommoder à nos volontés, à nos désirs, à en faire à la fois des ressources et des contraintes. Exister c’est gérer l’interaction spatiale entre soi-même en tant qu’humain et son environnement. Or, cette interaction ne doit pas être pensée comme un simple rapport d’usage, comme un simple rapport fonctionnel, mais doit aussi être considérée comme un rapport symbolique ou idéel.
Notre expérience de l’espace est multiple : nous nous situons dans l’environnement, pas seulement naturel mais aussi social ; nous en subissons les contraintes ; nous en éprouvons les distances, le proche et le lointain, dans leur dimension métrique, sociale, symbolique, ludique ; nous nous y déplaçons ; nous le transformons, nous l’aménageons pour en exploiter les ressources, en limiter les contraintes, en protéger la dimension « naturelle » ou patrimoniale ; nous nous l’approprions matériellement, par un acte de propriété ou un mur, et symboliquement jusqu’à en faire une composante de notre identité et à partager des identités spatiales fantasmatiques, comme la « France éternelle » dans un territoire immuable ; nous le partageons, dans des lieux publics, à travers l’hospitalité…, et nous nous le disputons, à travers, notamment, ce qu’encore Michel Lussault a nommé la « lutte des places [2] » ; nous y jouons et nous en faisons l’enjeu de nos jeux, de la balle aux prisonniers au rugby ; nous y éprouvons des émotions et nous portons des jugements, esthétiques (« oh le beau paysage ! ») mais pas seulement ; nous nous l’imaginons autre ; nous rêvons d’ailleurs qui nous renvoient aussi à notre ici et nous mettent en mouvement, de l’exploration au tourisme ; nous rêvons de nous en affranchir (ubiquité) ou d’y construire un autre monde (utopie).
L’expérience scolaire n’échappe pas à cette dimension spatiale de l’existence. « Qu’en faisons-nous ? » demande toujours Michel Lussault [3]. Et sa réponse fuse : « Rien. » Donnons lui tort, il en sera ravi !
Notre expérience de l’espace est multiple : nous nous situons dans l’environnement, pas seulement naturel mais aussi social ; nous en subissons les contraintes ; nous en éprouvons les distances, le proche et le lointain, dans leur dimension métrique, sociale, symbolique, ludique ; nous nous y déplaçons ; nous le transformons, nous l’aménageons pour en exploiter les ressources, en limiter les contraintes, en protéger la dimension « naturelle » ou patrimoniale ; nous nous l’approprions matériellement, par un acte de propriété ou un mur, et symboliquement jusqu’à en faire une composante de notre identité et à partager des identités spatiales fantasmatiques, comme la « France éternelle » dans un territoire immuable ; nous le partageons, dans des lieux publics, à travers l’hospitalité…, et nous nous le disputons, à travers, notamment, ce qu’encore Michel Lussault a nommé la « lutte des places [2] » ; nous y jouons et nous en faisons l’enjeu de nos jeux, de la balle aux prisonniers au rugby ; nous y éprouvons des émotions et nous portons des jugements, esthétiques (« oh le beau paysage ! ») mais pas seulement ; nous nous l’imaginons autre ; nous rêvons d’ailleurs qui nous renvoient aussi à notre ici et nous mettent en mouvement, de l’exploration au tourisme ; nous rêvons de nous en affranchir (ubiquité) ou d’y construire un autre monde (utopie).
L’expérience scolaire n’échappe pas à cette dimension spatiale de l’existence. « Qu’en faisons-nous ? » demande toujours Michel Lussault [3]. Et sa réponse fuse : « Rien. » Donnons lui tort, il en sera ravi !