Article de revue

Réflexions : de la psychothérapie analytique à la psychanalyse

Pages 207 à 212

Citer cet article


  • Godfrind, J.
(2021). Réflexions : de la psychothérapie analytique à la psychanalyse. Cahiers de psychologie clinique, 56(1), 207-212. https://doi.org/10.3917/cpc.056.0207.

  • Godfrind, Jacqueline.
« Réflexions : de la psychothérapie analytique à la psychanalyse ». Cahiers de psychologie clinique, 2021/1 n° 56, 2021. p.207-212. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2021-1-page-207?lang=fr.

  • GODFRIND, Jacqueline,
2021. Réflexions : de la psychothérapie analytique à la psychanalyse. Cahiers de psychologie clinique, 2021/1 n° 56, p.207-212. DOI : 10.3917/cpc.056.0207. URL : https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2021-1-page-207?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cpc.056.0207


1L’argument qui nous est proposé interroge la formation à la psychothérapie. Je suis psychanalyste. À ce titre, je participe à la formation à la psychanalyse. Une première question se pose d’entrée de jeu : la psychanalyse est-elle concernée quant à une dimension psychothérapeutique de sa pratique ? La réponse mérite d’être argumentée. La finalité psychothérapeutique de la psychanalyse a pu interroger certains psychanalystes. Freud, on s’en souviendra, distingue trois niveaux pour définir la psychanalyse : une méthode d’investigation du fonctionnement psychique, un ensemble de théories psychologiques fondées sur l’élaboration des données cliniques, enfin une méthode psychothérapeutique fondée sur cette investigation spécifique. Pour le père de la psychanalyse, la dimension psychothérapeutique de la psychanalyse n’a jamais été étrangère à ses préoccupations.

2On se souvient de la formule de Lacan « la guérison de surcroît », formule inspirée de la formule freudienne : « l’élimination des souffrances n’est pas recherchée comme but particulier, mais à la condition d’une conduite rigoureuse de l’analyse, elle se donne pour ainsi dire comme bénéfice annexe » (Freud, 1923). Nathalie Zaltzman (Zaltzman, 1998) souligne que pareilles formules explicitent que « … l’analyse manque à son pouvoir si elle vise la guérison de symptômes ». Toutefois, cette auteure prend clairement parti pour soutenir que la psychanalyse « n’est pas récusée (…) dans son pouvoir de guérison de la maladie psychogénétique ». C’est dire que la pratique psychanalytique inclut bien une forme de visée thérapeutique qui s’inscrit dans l’application d’une « méthode » (JL Donnet) dont il s’agit de spécifier les enjeux par rapport à ladite visée thérapeutique.

3La « méthode » analytique se doit de privilégier l’instauration d’un processus analytique et d’en favoriser le déploiement. Le travail analytique porte sur la rencontre avec la réalité psychique de l’analysant, consciente et inconsciente. Le cadre, l’attention flottante et la neutralité de l’analyste, la règle fondamentale et l’association libre pour l’analysant favorisent l’instauration d’un espace analytique, lieu de l’interprétation et de l’élaboration psychique, terreau des transformations attendues de la cure. Ce sont de ces « transformations » que le psychanalyste espère une forme de « guérison », effet thérapeutique « annexe ». Le cadre contribue aux conditions nécessaires pour assurer un espace propice au développement du processus analytique. Le cadre matériel, concret d’abord dont les effets restent incontournables sur les modalités de déploiement de la psyché. La position allongée, la fréquence des séances affectent, notamment, l’importance de la régression inductrice d’une névrose de transfert chez l’analysant et d’un mode d’écoute particulier chez l‘analyste.

4Mais je m’attacherai ici au cadre psychique, qualités particulières d’investissement de l’espace analytique par l’analyste. Le travail d’analyste demande des qualités psychiques particulières. J’évoque pour ma part une position contre-transférentielle spécifique (Godfrind, 2000) faite de réceptivité et d’écoute flottante qui favorisent l’ouverture aux manifestations de l’inconscient. Elle implique une réserve relativement silencieuse qui autorise le déploiement des associations de l’analysant et l’espace dévolu à sa créativité autonome. Revenons-y, la visée psychothérapeutique n’est pas absente du travail analytique mais elle reste en sourdine par rapport à l’intérêt centré sur le fonctionnement psychique et son écoute. Pareille finalité implique le suspens des attentes immédiates de soulagement de la souffrance et d’atténuation des symptômes. L’apprentissage et le développement de la position analytique que je viens de décrire imprègnent les modalités de formation à la psychanalyse. Or, l’acquisition de ladite position s’avère une difficulté spécifique dans le travail de supervision et ce particulièrement quand les candidats analystes présentent un passé important de pratique de la psychothérapie analytique. Comment comprendre cette difficulté ?

5Psychanalyse et psychothérapie analytique se réfèrent au même modèle, la métapsychologie, théorie du fonctionnement psychique. Globalement, la conception théorique de leurs cliniques respectives s’appuie sur les mêmes préceptes : « cure de parole » qui vise l’approche de la réalité psychique consciente et inconsciente, levée des refoulements, analyse des résistances et des fantasmes, etc. Cependant, c’est au niveau de la pratique qu’apparaissent les différences. Certes, une part des différences dans la clinique peut être imputée aux différences de cadre que j’ai évoquées plus haut, différences qui génèrent des conditions de travail différentes. Mais je pense la position contre-transférentielle dans la situation de psychothérapie analytique soutenue par une intention qui lui est propre. En situation de psychothérapie analytique, les interventions sont plus actives, plus rapides, destinées à « panser » les manifestations de mal être dans une visée d’apaisement de l’angoisse par le sens qui leur est proposé. Certes il s’agit, en conformité à la théorie psychanalytique, de tisser des liens entre le présent et le passé, intégrer les affects dans une trame signifiante, rapporter les indices transférentiels à leurs sources infantiles, interpréter certaines attitudes dans la réalité selon leurs mobiles inconscients… Ces interventions élargissent l’accès à la réalité psychique. Elles reposent sur la compréhension du fonctionnement conscient et inconscient des patients. Mais leur advenue relativement rapide et le caractère souvent quelque peu intellectualisant de leur formulation clôturent le déploiement psychique plus qu’il ne l’ouvre à l’exploration d’un inconnu, exploration assurée par l’espace laissé aux associations du patient que promeut une attitude contre-transférentielle plus effacée.

La supervision

6C’est au cours de la situation de supervision qu’apparaît la difficulté spécifique dont je témoigne ici, celle d’accéder à une position contre-transférentielle analytique dont j’ai dit qu’elle reposait sur des qualités d’écoute expectatives, de suspens, attention flottante telle que la définit la théorie de la technique héritée de Freud. La supervision reste la situation privilégiée de la transmission d’un « savoir faire analytique », clinique de la « méthode ». Situation éminemment complexe, elle a pour finalité de faire l’apprentissage d’une pratique qui s’inspire des différents modèles théoriques de référence. Aux antipodes de l’apprentissage d’un savoir théorique académique, l’application desdits modèles ne suffit pas à rendre compte de l’infinie complexité de la situation de supervision où se déploie la singularité de la rencontre supervisé/ superviseur autour du matériel clinique apporté par un analysant.

7La situation de supervision le montre à l’évidence : l’acquisition de la position particulière à l’écoute psychanalytique ne va pas de soi, spécialement, je le répète, pour les nombreux candidats qui arrivent à la formation riche d’une expérience parfois longue de psychothérapie analytique, pratique par ailleurs exercée avec compétence et efficacité thérapeutique. L’adéquation de la visée plus « psychothérapeutique » dans l’exercice de la psychothérapie analytique a conforté les candidats dans une attitude technique qui porte incontestablement ses fruits et dont il est, à cet égard, difficile de se départir. Et c’est bien un des objectifs majeurs de la supervision des candidats que de les accompagner dans l’abandon d’une position qui donne d’incontestables bénéfices psychothérapeutiques au profit de la rigueur d’une position analytique suspensive, plus silencieuse, mais où je l’ai dit, l’espoir de guérison se veut « de surcroît ». Certes, la supervision ne se limite pas à ce seul objectif. C’est sur fond de cette attitude attentiste qu’il reviendra au superviseur d’accompagner le supervisé dans l’ouverture à l ‘écoute de l’inconscient, la compréhension de l’enjeu transféro-contretransférentiel qui se déploie, la compréhension des conflits inconscients qui s’expriment, le maniement de l’interprétation etc., paramètres de la théorie de la technique analytique qui sont également l’objet de la supervision.

8Et c’est le lieu d’insister sur la complexité du travail de supervision pour le supervisé comme pour le superviseur.

9Le supervisé d’abord. Rendre compte d’un matériel clinique dont l’écoute engage l’émotionnalité et l’inconscient de l’analyste ne va jamais de soi, quel que soit l’interlocuteur auquel on s’adresse. Mais le faire à un superviseur qui devra, in fine, valider ladite supervision ne peut qu’entretenir le fantasme d’une épée de Damoclès institutionnalisée. Situation angoissante à bas bruit qui colore inévitablement le rapport supervisé/superviseur mais qui risque de planer également sur l’approche clinique du matériel de l’analysant par le supervisé. Ecoute du matériel clinique qui ne peut d’ailleurs qu’être perturbée par l’injonction paradoxale à laquelle le candidat est soumis, celle qui est censée promouvoir l’écoute flottante dont il fut question plus haut mais dont, néanmoins il s’agit de rapporter le contenu lors de la supervision… Il revient au couple supervisé/superviseur de tenter de minimiser autant que faire se peut ces inévitables paramètres de la situation de supervision.

10Superviseur qui, lui aussi, est soumis à une écoute dont la complexité lui donne parfois l’impression d’un métier impossible… Le superviseur se voit chargé de la transmission d’un « savoir » dont, nous l’avons dit, les contours théoriques s’effacent devant l’importance accordée à l’acquisition d’une position analytique. Pareille visée requiert de la part du superviseur une écoute analytique, écoute en principe « flottante » mais qui a ceci de particulier qu’elle s’adresse à différents niveaux : le superviseur doit entendre en même temps le matériel de l’analysant, le contre-transfert du supervisé, le transfert du supervisé sur le superviseur, son propre contre-transfert sur l’analysant mais aussi sur le supervisé, superviseur engagé dans l’emboîtement de trois inconscients… Sans oublier, pour lui aussi, la présence de l’institution…

11C’est au couple supervisé/superviseur qu’il reviendra de mener à bien ce cheminement parfois ardu mais enrichissant pour l’un et l’autre protagoniste de la rencontre. Son aboutissement favorable s’évalue au plaisir de se retrouver dans une situation d’élaboration partagée du matériel de l’analysant.

Bibliographie

  • J.L. Donnet, La situation analysante, Paris, PUF, 2005.
  • S. Freud, La Technique psychanalytique, traduction A. Berman, Paris, PUF, 1953.
  • J. Godfrind, Projet contre-transférentiel : psychanalyse ou psychothérapie analytique, Revue belge de psychanalyse n°36, Bruxelles, 2000.
  • N. Zaltzman, De la guérison psychanalytique, Paris, PUF, 1998 (p. 71).

Mots-clés éditeurs : position contre-transférentielle analytique, psychanalyse, psychothérapie analytique, supervision

Date de mise en ligne : 25/02/2021

https://doi.org/10.3917/cpc.056.0207