Notes de lecture
La passion adolescente
Schmid-Kitsikis E., Collection « Adolescence et psychanalyse ». 2001. In presse. 180 p.
Pages 177 à 180
Citer cet article
- STOCKWELL, Dominic,
- Stockwell, Dominic.
- Stockwell, D.
https://doi.org/10.3917/cpc.019.0177
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- Stockwell, D.
- Stockwell, Dominic.
- STOCKWELL, Dominic,
https://doi.org/10.3917/cpc.019.0177
1 Il est difficile dans une revue comme celle-ci consacrée à l’amour de faire l’impasse sur la passion.
2 De quoi nous parlent nos patients en souffrance quand ils évoquent leurs amours ou leurs passions ?
3 On peut imaginer, qu’un des vertex (Bion) intéressants lors d’une rencontre avec un patient serait de voir quelle place occupe l’amour, la haine et l’intensité de la passion dans son organisation psychique.
4 Pour cela, il faudrait évidemment être en accord sur ce que l’on met dans les mots amour, haine et passion.
5 Ce n’est jamais facile de nous mettre d’accord, entre cliniciens, sur la signification de concepts cliniques. Ce l’est peut-être encore moins quand ces concepts prennent la forme de mots si spécifiques à notre nature humaine.
6 Dans son livre, « La passion adolescente », Elsa Schmid-Kitsikis relève pourtant ce défi. Son livre, préfacé par J. Cournut, est divisé en trois parties.
7 La première, intitulée « Passion ou amour, exclusivité ou partage ? », pose la question du lien entre passion et amour.
8 Le lecteur comprendra assez vite que pour E. Schmid-Kitsikis, la passion et l’amour ne font pas toujours bon ménage.
9 Si la passion devient le seul mode de relation à l’autre, elle est alors synonyme de maîtrise, de possession et éloigne l’individu d’une maturité psychique adulte.
10 Cependant, si trop de passion empêche l’amour, l’ordinaire de l’amour est impossible sans qu’il y eût un moment de passion préalable.
11 Dans cette première partie du livre, E. Schmid-Kitsikis suggère l’existence à l’origine de toute vie psychique d’un moment de passion.
12 Cette passion est à mettre du côté de la relation mère-bébé. L’auteur reprend ici le concept de « césure » de W. Bion et de « préoccupation maternelle primaire » de Winnicot.
13 Il y a lors de la naissance une césure originaire suite à laquelle le bébé quitte définitivement le corps de sa mère. La passion que porte la mère à son bébé maintenant réel permettra la constitution, au niveau psychique, d’une nouvelle matrice que E. Schmid-Kitsikis appelle matrice sensorielle.
14 « Du côté de la mère, c’est ce manque de contact consécutif à l’événement de la naissance qui va être, me semble-t-il, comblé par la passion dont les racines surgissent lorsque paraît l’enfant. Au préalable, l’enfant imaginaire a déjà sollicité les pulsions maternelles ; la conviction de son dévouement, de son sacrifice. Les premiers mouvements passionnels de la mère se concentrent dans le coup de foudre qu’elle éprouve lorsqu’elle vient à découvrir, sous son regard émerveillé, ce bébé tant désiré. À travers le mécanisme d’identification projective dit normale (Bion), elle attribuera également le même éprouvé, le même plaisir à son bébé (p. 43) ».
15 L’idée n’est pas neuve puisque les conceptions de l’auteur sont très proches de celles de W. Bion et de D.W. Winnicott.
16 Ce qui est nouveau par contre c’est de mettre en avant ici les termes de passion et de matrice sensorielle, pour décrire ce moment clefs de la naissance à la vie psychique.
17 En fait, E. Schmid-Kitsikis met en évidence que ce premier moment « d’amour fou » entre la mère et l’enfant est avant tout un état passionnel et que cette passion se vit d’abord au niveau sensoriel.
18 Matrice sensorielle originaire, état passionnel nécessaire sont les termes forts qui resteront présents tout au long de cet ouvrage.
19 Au tout début déjà, il y a des passions qui peuvent laisser la place à un deuil, à une désillusion progressive, ouvrant ainsi la porte à une relation objectale source d’amour et de créativité.
20 À ce moment aussi, il y a des passions dont on n’arrive pas à sortir et qui peuvent enfermer le sujet dans la trappe de la répétition.
21 Le jeu du normal/pathologique peut ainsi commencer pour l’auteur.
22 Ce jeu se re-joue ici sur le terrain de l’adolescence et se révèle au lecteur dans la deuxième et la troisième partie du livre. Ces deux dernières parties sont intitulées respectivement « La passion adolescente : repli narcissique ou éternelle capacité de renouvellement ? » et « Clinique de la passion, douleur de la mémoire ».
23 Dans la voie ouverte par P. Gutton et P. Jeammet, l’adolescence est ici considérée « à la fois comme une des périodes clefs de la vie, partagée comme nous l’avons suggéré, en une période proche des conflits proprement post-pubertaires et une période pré-adulte, prise directement dans les conflits de la génitalité, et un mode de fonctionnement psychique qui tend à parcourir celle-ci à travers les avatars de la haine, de l’amour et de la passion.
24 Passion pour l’autre, passion pour le corps, passion pour la pensée ; la passion lorsqu’elle s’insère dans le vécu objectal amoureux a le statut d’affect alors que clivée de celui-ci, elle a celui d’une charge pulsionnelle indifférenciée, d’un bain pulsionnel dont l’issue est souvent celle de la jouissance sensorielle ou de la jouissance anale. (p. 103) »
25 À travers les avatars, de la vie amoureuse des jeunes adultes, du vécu passionnel des vieux adolescents et des différents destins possibles de l’adolescence, c’est une grande partie du spectre de la psychopathologie qui est revisitée.
26 L’obsession, l’hystérie, l’anorexie, la mélancolie, la toxicomanie, la perversion et la psychose, chacun de ces concepts sera revu à travers les lunettes de la passion, de l’amour et de l’adolescence.
27 La gymnastique intellectuelle et clinique à laquelle s’est livrée E. Schmid-Kitsikis pour transmettre à la fois sa riche expérience avec les adolescents et son impressionnant savoir analytique, demande aux lecteurs pas tout à fait familiarisés aux styles des psychanalystes de la Société psychanalytique de Paris, un sérieux effort pour suivre le pas.
28 Une fois cet effort fourni, on ne regrette cependant pas le voyage.
29 À travers de très nombreuses illustrations cliniques, des références à la littérature psychanalytique mais aussi sociologique, historique, classique et contemporaine, l’auteur montre que l’on peut parler de passion tout en attachant une place importante au tiers.
30 Le secret de son très bon livre est bien là, celui du mieux être de nos patients passionnels n’est peut-être pas loin.
31 À vous de faire le voyage.