Compte rendu

‪Heather O’Donoghue, ‪‪From Asgard to Valhalla. The Remarkable History of the Norse Myths‪‪ [réédition]‪

Pages 81 à 82

Citer cet article


  • Bigot, P.
(2025). ‪Heather O’Donoghue, ‪‪From Asgard to Valhalla. The Remarkable History of the Norse Myths‪‪ [réédition]‪ Cahiers de civilisation médiévale, 269(1), 81-82. https://doi.org/10.3917/ccm.269.0081.

  • Bigot, Pierre.
« ‪Heather O’Donoghue, ‪‪From Asgard to Valhalla. The Remarkable History of the Norse Myths‪‪ [réédition]‪ ». Cahiers de civilisation médiévale, 2025/1 n° 269, 2025. p.81-82. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cahiers-de-civilisation-medievale-2025-1-page-81?lang=fr.

  • BIGOT, Pierre,
2025. ‪Heather O’Donoghue, ‪‪From Asgard to Valhalla. The Remarkable History of the Norse Myths‪‪ [réédition]‪ Cahiers de civilisation médiévale, 2025/1 n° 269, p.81-82. DOI : 10.3917/ccm.269.0081. URL : https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-civilisation-medievale-2025-1-page-81?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ccm.269.0081


1 From Asgard to Valhalla, sous-titré The Remarkable History of the Norse Myths, par Heather O’Donoghue, a été réédité en février 2024 après une première édition en 2008. En observant la dédicace, il est adressé à la prochaine génération et à la suivante, attestant d’une volonté didactique.

2 L’ouvrage est composé de deux parties : d’abord sur les sources primaires retraçant la mythologie nordique, puis sur la réception des mythes après le Moyen Âge. Une introduction de dix pages s’étend sur le sens du mythe, puis sur l’apport rendu par l’Islandais Snorri Sturluson (xiiie siècle) qui met par écrit les histoires de ses ancêtres, et enfin sur l’utilisation politique des mythes nordiques jusqu’à nos jours, en mettant l’accent sur les dérives racistes et fascistes de la société contemporaine. Il n’y a pas de conclusion, mais un bref épilogue de moins de deux pages, où l’on retient : « L’adoption de la mythologie nordique en tant qu’emblème d’une identité prétendument raciale a souvent été associée avec des doctrines raciales pernicieuses » ou : « Les représentations des mythes nordiques sont indissociables de notre vie culturelle et ne cesseront jamais d’exister ».

3 La partie centrale du livre contient plusieurs illustrations en noir et blanc (des gravures sur pierres runiques, des photos de paysages islandais, des représentations romantiques des dieux nordiques, la photo d’une actrice de l’opéra Les Valkyries de Wagner, les comics Marvel illustrant le super-héros Thor, la pochette d’un album de musique métal et encore des représentations de la série Game of Thrones, ou des pièces d’échecs issues de l’univers du Seigneur des anneaux).

4 On cite également quelques outils bien construits : une bibliographie étoffée en fonction des chapitres d’H. O’Donoghue ; une liste de lectures contemporaines inspirées par la mythologie nordique ; une liste de sites internet plus ou moins sérieux ; une chronologie de la rédaction de Beowulf, entre 700 et 1015, jusqu’à la prise du Capitole aux États-Unis en 2021 ; un index général et un index des noms scandinaves.

5 La première partie de l’ouvrage sur les sources les plus anciennes des mythes nordiques est la plus courte ; elle concerne toutefois les mythes les plus importants, de la création du monde à la fin des temps en passant par une galerie des dieux, des géants et des héros. H. O’Donoghue cite de nombreuses et diverses sources, des inscriptions runiques aux poèmes eddiques, puis scaldiques. Les poèmes eddiques émanent de l’Edda de Snorri Sturluson, dont ses sources remontent pour les plus anciennes au ixe siècle. Les poèmes scaldiques sont adressés à la cour des puissants pour louer leurs exploits et rassembler les sujets autour de leur roi.

6 Pour le non spécialiste, la lecture est intéressante car elle est pédagogique et retrace l’origine du cosmos : le vide sidéral Ginnungagap, l’arbre-monde Yggdrasil, la création de la Terre à partir du corps du géant originel, la naissance d’Odin et de ses deux frères, les neuf mondes, l’émanation du premier couple d’humains à partir de morceaux de bois. Après une partie narrative, H. O’Donoghue passe ensuite aux parallèles dressés entre les mythes nordiques et les traditions judéo-chrétiennes, finnoises ou même indiennes. Ce dernier lien peut surprendre, mais d’autres chercheurs revendiquent des liens entre récits scandinaves et iraniens.

7 Le chapitre suivant s’intéresse aux premiers êtres à peupler le monde nordique : les dieux et les géants. Ce sont surtout Odin et Thor qui sont mis en valeur ici. On y apprend divers mythes auxquels ils sont attachés, notamment celui de la poésie, associée au dieu principal Odin et dont il est le protecteur. On retiendra du paragraphe que l’art de la poésie est une compétition entre les dieux et les géants afin de prouver la supériorité de leur intelligence. On retrouve ensuite des mythes associés à Loki, Njörd, Frey ou Freyja. L’auteure insiste sur la provenance de ces histoires dans une démarche universitaire sérieuse, démontrant des recherches bibliographiques étayées ; le lecteur pourra ainsi, s’il le souhaite, retrouver les mythes en détail avec facilité.

8 En ce qui concerne les héros, H. O’Donoghue se base sur diverses sagas légendaires, comme la Völsunga saga, où elle dresse des parallèles avec le mythe arthurien, ou encore la Heimskringla mettant en avant la christianisation de la Norvège et plusieurs autres récits moins connus. Pour clore ce chapitre, l’auteure va chercher des liens dans le poème Beowulf, la Germanie de Tacite ou encore le récit de voyage d’Ibn Faḍlān chez les Rus à l’est de l’Europe.

9 Le dernier chapitre de cette première partie est le plus court, il concerne la vie après la mort et l’apocalypse. Le lecteur en saura plus sur les pratiques funéraires grâce aux découvertes archéologiques du site de Sutton Hoo en Angleterre et au mythe du Ragnarök développé dans les poèmes de Snorri Sturluson. L’historienne rappelle qu’il faut éviter de « supposer que le paganisme germanique tenait dans une structure de croyance unique et homogène » et souligne les influences chrétiennes dans ce mythe de fin des temps.

10 La deuxième partie concerne l’héritage viking, les visions romantiques et racistes qui en découlent, l’utilisation des mythes dans les médias de masse et le détournement de la mythologie.

11 La chercheuse dresse d’abord une brève chronologie des raids vikings, poursuit sur leur apport linguistique dans le vocabulaire anglais et achève sur le syncrétisme de la foi païenne et de la foi chrétienne à travers l’art et les pierres runiques en particulier (celles après l’an mil en sont la preuve : l’alphabet est en runes et le décor est fait de croix chrétiennes).

12 Le deuxième chapitre porte sur la valorisation des mythes après l’âge viking. La période moderne regorge d’auteurs scandinaves ou anglais réécrivant les récits anciens ; l’auteure se base surtout sur le travail de Thomas Gray au xviiie siècle, mais aussi sur celui de William Blake ou de Walter Scott. Elle nous apprend que « les écrivains anglais identifiaient leurs ancêtres saxons comme une branche de la grande nation gothique » ; et justement « les premiers Scandinaves étaient souvent identifiés comme des Goths ».

13 Le chapitre sur la montée du racisme est le plus étoffé. Après le mouvement romantique, voilà venu le temps du nationalisme et des questions d’identité et de race du xixe siècle. H. O’Donoghue débute avec les travaux d’Arthur de Gobineau qui classait « les peuples du Nord comme supérieurs aux autres groupes “raciaux” ». Elle étudie ensuite longuement les opéras de Richard Wagner (L’Anneau du Nibelung) en considérant par exemple que « la masculinité de Siegfried a pu contribuer à ce qu’on surnomme aujourd’hui la masculinité toxique, une caractéristique des idéologues d’extrême droite prenant en référence la culture nordique ». L’auteure conclut en rappelant qu’Adolf Hitler tenait le compositeur en haute estime et que « le cycle de l’Anneau convenait parfaitement aux idées nazies en tant qu’épopée nationale allemande ». On en arrive ensuite aux textes de Thomas Carlyle qui, ayant abandonné le christianisme, dénonçait une société malade et proclamait le besoin d’un régime fort et inspiré ; on y comprend le lien avec les gouvernements fascistes du début du xxe siècle.

14 Le chapitre sur les médias de masse est aussi long que le précédent. L’historienne plonge dans le médiévalisme, en repérant les influences nordiques dans les films, dans les livres, sur internet et dans la publicité. En premier viennent donc les livres de J. R. R. Tolkien adaptés au cinéma par Peter Jackson. L’auteure dresse des liens étonnants entre la créature Gollum, obsédée par son anneau d’or, et le golem, créature faite de boue issue du folklore juif. La série romanesque Game of Thrones, adaptée en série télévisée, contient des allusions faites à Odin, à ses corbeaux ou à l’arbre du monde ; certaines créatures mythiques s’y retrouvent aussi. Même Harry Potter passe sous la loupe d’H. O’Donoghue, qui rappelle les références au nettoyage ethnique d’Hitler sur les Juifs (les gobelins y sont des banquiers au long nez ; Voldemort élimine les sorciers non purs, etc.), insistant sur le fait que « les mythes nordiques sont parfois utilisés par des idéologies suprémacistes blanches », même si l’association entre Harry Potter et l’imaginaire nordique paraît éloignée. Quelques films sont passés en revue : Les Vikings (1958) ; les récents films Marvel basés sur Thor (reprenant les comics de Stan Lee) et enfin les jeux vidéo, dont God of War Ragnarök (2022). L’historienne peut ainsi rappeler le manichéisme naïf qui imagine le Ragnarök comme le combat entre le bien et le mal (les dieux contre les géants) alors que « les premiers sont loin d’être vertueux et les seconds ne sont pas entièrement mauvais ». Toujours à propos du jeu vidéo, elle semble faire un raccourci en évoquant le terme de génocide lorsque les dieux essayent d’exterminer la race des géants et d’autant plus en parlant d’un racisme à partir duquel les dieux auraient établi leur domination.

15 Le livre s’achève sur le détournement de la mythologie. H. O’Donoghue réfléchit d’abord à l’utilisation des runes scandinaves, parfois associées à la magie et accaparées par les Aryens (Heinrich Himmler par exemple). Elle passe ensuite à une sous-partie sur le néo-paganisme (certains émeutiers partant à l’assaut du Capitole en 2021, Anders Breivik assassinant 77 personnes en Norvège en 2011, ou le terroriste ciblant la mosquée de Christchurch en 2019). Ces individus se réclament de symboles nordiques similaires (le valknut, symbole d’Yggdrasil ; Mjöllnir, le marteau de Thor), mais ces parallèles sont bien ténus. Peut-on croire que s’approprier ces symboles relèverait d’une « idéologie suprémaciste blanche » ? Il est risqué de faire des généralités à partir de trois ou quatre cas seulement.

16 Pour conclure ce compte rendu, on peut rappeler l’aspect didactique et bien documenté de la première partie. C’est dans la seconde partie où l’historienne apporte sa touche personnelle, mais on peut se demander si elle ne paraît pas davantage suivre son objectif idéologique au détriment d’une authenticité historique ; ce qui peut être regretté. N’aurait-il pas fallu rédiger deux livres en lieu et place des deux parties : un ouvrage historique et un essai politique ?


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Date de mise en ligne : 11/04/2025

https://doi.org/10.3917/ccm.269.0081