Systémique, science et sorcellerie
- Par Philippe Kinoo
Pages 119 à 129
Citer cet article
- KINOO, Philippe,
- Kinoo, Philippe.
- Kinoo, P.
https://doi.org/10.3917/ctf.051.0119
Citer cet article
- Kinoo, P.
- Kinoo, Philippe.
- KINOO, Philippe,
https://doi.org/10.3917/ctf.051.0119
Notes
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Médecin Psychiatre infanto-juvénile. Service de Psychiatrie infanto-juvénile. Cliniques universitaires Saint-Luc, Bruxelles.
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[2]
Voir par exemple De Boeck (2000) pour analyse « large » du phénomène, et Ancellin Saleck (2002), Davis (2006), Ballet, Dumbi & Lallau (2009) pour les rapports plus spécifiques avec les églises.
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[3]
Cette formation était organisée dans le cadre d’un projet APEFE (Projet CK-401 CEFOCRIM). En effet, à Lubumbashi, a été mis en place un projet interuniversitaire (UCL, ULB, Facultés N.D. de Namur, Université de Lubumbashi) pour créer une faculté de criminologie et droits humains (ECOCRIM). Parallèlement à cette dimension universitaire, l’APEFE a permis la mise en place d’un Centre de formation pour les non-universitaires, le CEFOCRIM, travaillant en articulation avec la Faculté. C’est dans le cadre du CEFOCRIM que j’ai pu animer, en partie avec Nicole Dedonder, enseignante en psychologie (ILMH), plusieurs modules de formation.
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[4]
C’est de cette façon qu’est qualifiée l’absence de services organisés et subsidiés : assurance maladie, allocations familiales, allocations de chômage, écoles, hôpitaux,…
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[5]
Un article auquel j’ai pu participer est éclairant à ce sujet. Il rapporte un traitement conjoint d’une pédopsychiatre béninoise formée « à l’occidentale », et d’un rite vaudou. La plainte concerne des troubles du comportement chez une adolescente. Le rite vaudou, impliquant toute la famille, pouvait être lu comme une (ré-)assignation de places symboliques par rapport au panthéon vaudou, mais aussi dans le système familial (Kpadonou-Fiossi & Kinoo, 2007).
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[6]
Dans les années 1990, une rumeur a couru que la fluoxétine (un antidépresseur commercialisé sous le nom de Prozac®), était une sorte d’euphorisant, une pilule du bonheur. La firme Lilly, qui commercialise ce produit, a diffusé de longs démentis dans la presse mondiale, ce qui a entraîné, selon l’adage qu’il n’y a pas de fumée sans feu, encore plus d’attention sur le problème, et une nouvelle augmentation des ventes…
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[7]
Les participants à la formation attestaient qu’ils n’avaient encore jamais rencontré un enfant désigné sorcier issu d’une famille unie.
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[8]
Le méthylphénidate « simple », en deux à trois prises par jour (coût de traitement mensuel +/- 15 €) s’est vu depuis peu amélioré par du méthylphénidate sous une forme qui permet le traitement en prise unique (coût mensuel +/- 100 €). Même prix pour l’atomoxétine, une autre molécule prescrite pour le traitement des enfants TDAH (cf. Kinoo, 2004).
1 – Introduction
1Depuis quelques années, j’ai eu l’occasion de rencontrer en République Démocratique du Congo (RDC), des intervenants médico-psycho-sociaux travaillant avec un public habituellement dénommé « population vulnérable ». Lors de mes premières missions, ces rencontres abordaient la problématique de la démobilisation et de la réinsertion des enfants soldats (Kinshasa). Ensuite, à Lubumbashi, j’ai animé des sessions de formation étalées sur trois ans, pour des directions et des travailleurs de terrain d’ONG s’occupant – principalement – d’enfants des rues, d’enfants orphelins, ...
2Dès les premiers contacts de terrain, l’intervenant occidental est confronté à un phénomène relativement nouveau : la désignation d’enfants « sorciers » tant parmi cette population d’« enfants vulnérables » que dans la population générale. Ce phénomène s’est développé, il y a une vingtaine d’années, dans un contexte de bouleversement socioculturel (cataclysme économique, guerres, déplacement des populations, mélange d’ethnies, décès ou disparition d’un ou des parents, …). Ces bouleversements ont eu de nombreuses conséquences tel la perte de repères traditionnels et coutumiers, la multiplication de familles recomposées, mais aussi l’apparition d’une multiplicité d’églises, dont quelques-unes se sont spécialisées dans l’exorcisme / guérison de ces enfants dits sorciers [2]. Nous y reviendrons.
3L’existence de cette désignation d’enfants comme sorciers confronte dès lors l’intervenant occidental à la question de la sorcellerie dans la culture africaine. Pour m’aider à tenter d’y voir clair, lors de mes séjours à Lubumbashi, j’ai eu la chance de pouvoir travailler avec plus de quarante professionnels de l’enfance en y animant une formation interactive [3]. Y fut abordée principalement ce que dans notre jargon occidental, nous appelons la psychothérapie institutionnelle et son organisation (cf. Kinoo, 1998, 2006 ; Kinoo & Kpadonou, 2007 ; Kinoo, 2012 ; Meynckens, Vander Borght & Kinoo, 2011).
4Un des premiers modules de la formation présentait les « grands principes » de la systémique. Cette théorie passe parfaitement la barrière des cultures. Elle facilite même la contextualisation des différences culturelles, puisqu’on peut définir un système humain comme un ensemble d’individus en interaction partageant certaines valeurs et/ou finalités et échangeant par une frontière plus ou moins perméable avec les systèmes extérieurs.
5Cette définition, d’emblée acceptée et assimilée par les participants, se révélera très féconde pour aborder la compréhension de la sorcellerie dans le contexte africain, mais aussi d’autres croyances dans le contexte occidental.
2 – Le modèle « bio-psycho-social » en Occident
6En analysant avec les participants les causes de la « vulnérabilité » des enfants en Afrique, il fut assez facile et éclairant de classifier ces causes en cinq catégories :
- Les maladies et autres affections corporelles
- Les troubles du développement (en gros : les handicaps intellectuels, les séquelles développementales de la malnutrition, …)
- Les troubles psychologiques de l’enfant (troubles des comportements principalement)
- Les dysfonctionnements familiaux (divorce, négligence, maltraitance, …)
- Les dysfonctionnements sociaux (guerre, déplacements, problèmes économiques, « absence d’État » [4], …)
7Ce tableau permettait de présenter une conception occidentale de l’être humain : « un sujet bio-psycho-social ».
8En Occident, cette approche est fondée/étudiée par une série de sciences qui toutes, donnent un éclairage partiel de cette conception globale du sujet humain.
9En simplifiant : pour le « bio » pur, c’est la médecine ; pour le « développement », c’est la pédagogie ; pour le « psycho », c’est la psychologie ou la psychanalyse ; pour la « famille », c’est la systémique ; pour le « social », c’est la sociologie, ou la criminologie.
10Outre l’étude de ces différentes facettes du « bio-psycho-social », ces sciences permettent le développement d’outils thérapeutiques ou d’intervention par rapport à leurs dysfonctionnements : la médecine étudie le corps et le traite ; la pédagogie analyse le développement de l’enfant et de l’adolescent, et met en place les enseignements adaptés aux différents handicaps et autres troubles du développement ; la psychologie et la psychanalyse étudient le psychisme et proposent de le traiter ; la sociologie ou la criminologie permettent de développer des outils d’action sociale ou politique.
11En quelque sorte, on peut dire que les différents champs du biopsychosocial existent parce qu’ils sont définis comme tel par la science, ou par des sciences.
12C’est un peu court peut-être, mais jusqu’ici, africains et occidentaux sont d’accord.
13On arrive donc au schéma suivant :
3 – Les explications étiologiques des pathologies en Afrique
14En Afrique, à côté des explications scientifiques pour comprendre les pathologies physiques ou psychiques, il y a encore très largement la conviction que ces pathologies sont liées à des phénomènes que nous appellerons, pour faire simple, des phénomènes spirituels. On y retrouve la (les) religion(s) ainsi que la sorcellerie, toujours omniprésente en R.D.C.
15Ainsi, face à la maladie ou à la mort, co-existent chez la plupart des Congolais, en proportions variables, une conviction de type scientifique (par exemple, l’origine microbienne d’une maladie) et la croyance en l’intervention d’un esprit ou d’un sorcier.
16Pour le traitement, ils auront recours à la médecine (occidentale ou traditionnelle), mais aussi à des pratiques occultes. Le degré de croyance en la sorcellerie peut être variable, mais il est rarement totalement absent. Ainsi, dans l’un des groupes que nous avons animé, la conviction qu’il n’existait pas d’enfants-sorciers était générale. Cependant, ce même groupe confirmait à la quasi-unanimité le récit suivant de l’un des membres :
17À Kalema, une ville au bord du lac Tanganyika, lors des guerres de 1996, éclate une épidémie de choléra. À cette époque, tous les humanitaires ont quitté la région, et le système sanitaire est inexistant.
18La rumeur se répand que des sorciers sont responsables de l’épidémie. Une trentaine de vieillards désignés comme sorciers sont tués le jour même. Le lendemain, l’épidémie a disparu. Cet épisode est resté dans les mémoires sous le nom d’opération MATEMBELE.
19La véracité de ce récit avec son épilogue – la disparition de l’épidémie – fut attestée par les participants avec la même conviction que celle que je mis à faire des hypothèses sur l’origine d’une pollution des eaux potables du lac par le vibrion du choléra, suite à la dégradation des conditions sanitaires.
20Les réactions des auditeurs à ce récit montrent que l’explication du phénomène « choléra » dépend du système de croyance de l’auditeur. Les auditeurs africains ont suivi le narrateur dans l’explication venue d’un monde spirituel. L’auditeur occidental l’a interprété avec son système de croyance en une cause scientifiquement observable.
4 – Les croyances
21Ceci dit, la croyance en une action du monde spirituel sur le biopsychosocial est universelle. Le monde occidental reste de façon plus ou moins importante, selon les régions et les personnes, influencé par la religion chrétienne. Les trains pour Lourdes sont moins nombreux certes, mais toujours aussi bondés. Les superstitions demeurent présentes et lors des vendredi 13, les ventes de billets de Lotto explosent. En bref, les croyances en des éléments spirituels et/ou surnaturels restent présentes dans l’Occident scientifique également.
22Ce qui est différent, c’est la « place sociale » qu’occupent ces croyances. En effet, depuis la deuxième moitié du XXe siècle, la religion est devenue de plus en plus une affaire privée en Occident. Le rôle social de la religion chrétienne s’est amenuisé. Notons que cela n’a pas empêché le développement d’une multiplicité d’autres croyances spirituelles (le bouddhisme, par exemple) ou « para-scientifiques » (comme les médecines parallèles). Ces croyances se développent dans des sous-systèmes sociaux occidentaux, définis précisément par l’adhésion à un type de croyance.
23Ceci permet une définition systémique anthropologique de la croyance, définition quelque peu tautologique : « Une croyance existe dans le système où on y croit ».
24Cette définition permet de faire l’impasse sur « la vérité ». La croyance appartient à un système humain plus ou moins étendu, à l’intérieur duquel elle est considérée comme une vérité.
5 – L’huile et le café au lait sucré
25Lors de la formation, une partie des discussions a porté sur la coexistence des modèles explicatifs « scientifique » et « spirituel » des phénomènes humains.
26À l’intérieur du modèle scientifique, on procède par « induction/déduction ». Ce qui est observé et étudié par la science entre de facto dans une science particulière. Et pourtant, les différentes sciences se questionnent, se mélangent, s’interpénètrent. Toute découverte ou hypothèse doit rester soumise au principe de réfutabilité. Pour faire bref, le modèle scientifique est un modèle actif et intégratif. Les religions ou la sorcellerie y sont des objets d’étude via la sociologie, l’anthropologie, l’ethnologie. Dans l’approche « biopsychosociale », le spirituel est étudié tant dans les sciences du champ « social », que dans celles du champ « psychologique » individuel ou encore dans l’interface « psychosocial ».
27Le modèle spirituel, quant à lui, est un modèle qui ne se mêle pas du (au) scientifique. Il définit des valeurs, assigne des places sociales et/ou relationnelles dans un système humain, voire dans une cosmologie [5]. Il ne peut être remis en question sous peine d’hérésie. Il ne coexiste qu’en parallèle avec la science et est donc « dissocié » de celle-ci.
28Une métaphore fut éclairante pour le groupe de formation : le modèle « scientifique » fut décrit comme une bouteille remplie de café lyophilisé, de lait en poudre, de sucre et d’eau. Quand on secoue le tout, on a une bouteille de café au lait sucré. Le modèle explicatif « bio-psycho-social » fonctionne de cette manière. Tous les éléments se mélangent dans un système homogène.
29Par contre, si un membre du système explicatif scientifique rencontre un membre du système explicatif spirituel, il ne peut le comprendre qu’en restant « dissocié » des croyances spirituelles. Inversement, le membre d’un système de croyance spirituel ne peut communiquer avec un membre des systèmes scientifiques qu’en « dissociant » les deux systèmes de pensée. C’est ce qui se passe fréquemment en Afrique où les deux systèmes coexistent, se mélangent éventuellement un temps (par exemple, lors d’une rencontre comme la formation évoquée), mais ne deviendront jamais un système homogène. De la même manière : si on remplit la bouteille d’une moitié de café au lait sucré et d’une moitié d’huile, on aura beau secouer le tout, l’élément « huile – spirituel » flottera toujours au-dessus du « café au lait sucré – scientifiquement homogène ».
6 – La science est une croyance
30Ceci étant dit, la science peut elle-même alimenter des croyances, particulièrement dans la sphère médico-psychologique, y compris dans le monde occidental.
31En effet, une part de la fonction sociale des croyances (africaines ou occidentales) est de tenter de répondre aux angoisses et mystères de l’existence de façon « non-scientifique ».
32Ainsi, les médicaments psychotropes occupent une niche thérapeutique pour répondre à un malaise existentiel chez bien des occidentaux sans que ces derniers ne soient nécessairement atteints d’un trouble psychiatrique. L’affaire du Prozac [6] à la fin du siècle dernier, illustre bien ce phénomène. Je fais partie de ce sous-système de « psys » adeptes de la croyance que l’utilité des psychotropes dans les malaises existentiels est en bonne partie illusoire et leur usage souvent dangereux (voir par exemple les toxicomanies aux benzodiazépines induites par des prescriptions abusives), mais que cela profite aux firmes pharmaceutiques, scientifiquement reconnues et installées. Le développement de l’usage des antidépresseurs chez les patients qui se sentent déprimés, sans dépression avérée, en est un exemple.
33De façon plus générale, disons que le geste de prendre un produit « désigné médicament », quelle que soit la substance, a un effet thérapeutique placebo pour peu que le patient « y croie ». Le recours au médicament est donc tant un traitement scientifique, qu’un traitement relevant d’un système de croyance.
34Revenons en Afrique, pour faire un parallèle entre les croyances liées à la sorcellerie africaine et celles liées aux sciences occidentales.
7 – Les enfants sorciers et les enfants TDAH
35Les enfants-sorciers sont un phénomène relativement nouveau, remontant au dernier quart du XXe siècle. Comme signalé, il s’est développé dans un contexte culturel où se perdent organisation sociale et repères traditionnels. Les familles sont déconstruites et reconstruites au fil des guerres et des exodes, au fil des morts et des divorces. L’instabilité politique et le cataclysme économique achèvent la déconstruction du lien social en République Démocratique du Congo. Les repères culturels traditionnels ne tiennent plus comme référents sociaux organisateurs.
36Un tel contexte est propice au développement de nouvelles croyances et de faux prophètes. On observe en effet en RDC le développement de nombreuses églises, habituellement d’inspiration chrétienne, et créant des systèmes très proches de la population. Souvent, ces églises locales dirigées par un (ou une) pasteur(e) charismatique mettent sur pied des services de solidarité sociale. Souvent aussi, elles organisent des collectes qui permettent à leur pasteur charismatique de sortir de la misère économique. Disons que la plupart de ces églises (et de leurs pasteurs) « font du bien » à la population, mais font aussi des bénéfices… Et donc, le prosélytisme est vital.
37L’une de ces nouvelles églises (l’Église du Réveil), s’est peu à peu spécialisée dans l’exorcisme / guérison des enfants-sorciers. Se développe alors un système de rétroaction positive dans un système où co-existent d’une part, la croyance dans l’existence d’enfants-sorciers, et d’autre part, la croyance dans une thérapeutique pour les guérir. En quelque sorte, la guérison avalise la pathologie. Ces enfants désignés sorciers sont habituellement des enfants soit difficiles ou inquiétants (même l’énurésie, par exemple, peut être un indice favorisant cette désignation), soit rejetés par l’un ou l’autre parent (les « marâtres », comme on appelle les belles-mères en République Démocratique du Congo, jouent un rôle souvent déterminant dans les désignations). Bref, ce sont des enfants « qui dérangent » [7].
38À la même époque, en Occident, se développe une nouvelle pathologie pédopsychiatrique : les enfants ADHD pour les Anglo-Saxons, ou TDAH pour les francophones.
39Cette pathologie se développe en même temps qu’apparaît un remède scientifiquement validé, le méthylphénidate (ou Rilatine®, ou Ritaline®, dans son appellation commerciale). Ici aussi, les « guérisons » des enfants TDAH par le méthylphénidate confirment le diagnostic d’une pathologie guérissable de ces enfants occidentaux agités, dispersés, déconcentrés, bref dérangeants.
40En toute bonne conscience, le nombre de dépistages et de traitements peut croître … et le bénéfice des sociétés pharmaceutiques également [8].
41Lorsqu’en R.D.C., je raconte l’histoire des petits occidentaux TDAH et du méthylphénidate, le parallèle entre les enfants-sorciers et les Églises du Réveil est éclairant. Au niveau social, en Occident, les parents sont en perte de repères éducatifs et souvent désemparés face à certains caractères rebelles ou agités. De nouveaux prophètes–médecins administrent un traitement-potion qui fait l’impasse sur le sens psychorelationnel du symptôme et sa fonction dans la famille, tout comme la désignation d’enfant-sorcier oblitère le questionnement sur le fonctionnement familial qui a mené à cette désignation.
42Comme le disait l’un des participants à l’issue de la discussion : « Tout ça, c’est à cause des capitalistes » !
8 – Abus des croyances et conclusion
43Certes, je suis pris moi-même dans mon système de croyance.
44Ma manière de démontrer qu’il y a des excès provenant d’« abus de croyance », tant dans les systèmes à croyance « spirituelle » que dans les systèmes à croyance « scientifique », est sans doute exagérée par son côté simplificateur.
45Ma croyance donc peut-être fausse est qu’il faut rester critique, y compris vis-à-vis des valeurs de nos propres systèmes d’appartenance. Il n’y a aucune raison que l’appartenance à la « communauté scientifique » permette d’échapper à cette règle.
46Pas plus que le système scientifique ne peut échapper aux abus des « capitalistes » sur les crédules.
Références
- ANCELLIN SALECK K. (2002) : Le calvaire des enfants sorciers. http://www.amnestyinternational.be/doc/article205.html
- BALLET J., DUMBI C. & LALLAU B. (2009) : Enfants sorciers à Kinshasa (RD Congo) et développement des Églises de Réveil. Monde en développement. 146(2) : 47-58.
- DAVIS M. (2006) : Les petits sorciers de Kinshasa. Le Monde diplomatique, septembre 2006, p. 24.
- DE BOECK F. (2000) : Le « deuxième monde » et les « enfants sorciers » en république démocratique du Congo. Politique africaine. 80 : 32 - 57.
- KINOO Ph. (1998) : Organisation, relations et clinique dans un service thérapeutique. Thérapie familiale 19 (1) : 47-54.
- KINOO Ph. (2004) : Hyperactivité : Rilatine, Placebo and Co. Enfances-Adolescences 6 : 11- 21.
- KINOO Ph. (2006) : Psychothérapie institutionnelle : le paradigme multifonctionnel interactif. Thérapie familiale 27(1) : 47-59.
- KINOO Ph. & KPADONOU-FIOSSI E. (2007) : Psychothérapie institutionnelle et formation interne. Enfances/Adolescences 12 : 24 à 34.
- KINOO Ph. (dir.) (2012): Psychothérapie institutionnelle d’enfants. L’expérience du KaPP. Coll. Empan. Ed. Erès, Toulouse.
- KPADONOU-FIOSSI E. & KINOO Ph. (2007) : Culte Vodou et famille restructurée. Enfances/Adolescences 12 : 71- 79.
- MEYNCKENS-FOUREZ M., VANDER BORGHT Ch. & KINOO Ph. (dir.) (2011) : Éduquer et soigner en équipe. Manuel de pratiques institutionnelles. Coll. Carrefour des psychothérapies, De Boeck, Bruxelles.
Mots-clés éditeurs : Afrique, enfant-sorcier, RDC, science, sorcellerie, système, TDAH
Date de mise en ligne : 28/01/2014
https://doi.org/10.3917/ctf.051.0119