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Hyperphagie boulimique, traumatisme et travail de deuil à l'adolescence : complémentarité du TAT et du FAT pour l'étude d'un cas

Pages 463 à 475

Citer cet article


  • Le Samedy, M.,
  • Bréchon, G.,
  • Réveillère, C.
  • et Guérin, V.
(2013). Hyperphagie boulimique, traumatisme et travail de deuil à l'adolescence : complémentarité du TAT et du FAT pour l'étude d'un cas. Bulletin de psychologie, Numéro 528(6), 463-475. https://doi.org/10.3917/bupsy.528.0463.

  • Le Samedy, Mathieu.,
  • et al.
« Hyperphagie boulimique, traumatisme et travail de deuil à l'adolescence : complémentarité du TAT et du FAT pour l'étude d'un cas ». Bulletin de psychologie, 2013/6 Numéro 528, 2013. p.463-475. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2013-6-page-463?lang=fr.

  • LE SAMEDY, Mathieu,
  • BRÉCHON, Geneviève,
  • RÉVEILLÈRE, Christian
  • et GUÉRIN, Véronique,
2013. Hyperphagie boulimique, traumatisme et travail de deuil à l'adolescence : complémentarité du TAT et du FAT pour l'étude d'un cas. Bulletin de psychologie, 2013/6 Numéro 528, p.463-475. DOI : 10.3917/bupsy.528.0463. URL : https://shs.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2013-6-page-463?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/bupsy.528.0463


Notes

  • [*]
    Université François Rabelais, Département de psychologie, EA 2114.
  • [**]
    Institut thérapeutique éducatif et pédagogique « Saint-Antoine » Chinon.
    Correspondance : Mathieu Le Samedy, Laboratoire de psychologie, EA 2114, F-37041 Tours cedex, France.
    mathieu.lesamedy@univ-tours.fr
  • [1]
    Programme national nutrition santé.
  • [2]
    Section d’enseignement général et professionnel adapté.

Introduction

Définition, classifications et place de l’hyperphagie boulimique dans la littérature

1L’hyperphagie boulimique se distingue de la boulimie par l’absence de conduites compensatoires ou d’élimination, comme les vomissements, la consommation de diurétiques, de laxatifs ou d’hormones thyroïdiennes, ainsi que par un surpoids ou une obésité souvent associés. La dimension pathologique de cette conduite compulsive n’échappe généralement pas au sujet et les affects de honte et de culpabilité révèlent l’impact émotionnel du trouble (Berdah, 2010). L’hyperphagie boulimique constitue un diagnostic de trouble des conduites alimentaires reconnu par le DSM-IV-TR. Au sein de la Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA), la boulimie intègre les troubles des conduites alimentaires.

2S’il n’existe actuellement pas d’étude française consacrée aux facteurs psychologiques et psychopathologiques impliqués dans l’hyperphagie boulimique à l’adolescence, notons, cependant, que ce trouble fait l’objet de travaux en population adulte, notamment à propos du traitement psychotropique (Frésard, Rabia, Khazaal, 2006) ou diabétique (Altman, Chevalier, 2007). Certains auteurs anglo-saxons s’intéressent particulièrement à ces troubles alimentaires à l’adolescence et tentent d’en éclairer les comorbidités, comme la dépression ou les troubles anxieux (Kendler, Hettma, Butera, Gardner, Prescott, 2003), des préoccupations excessives regardant l’image du corps (Benjamin, Wulfert, 2005), une faible estime de soi, une idéation suicidaire ou, encore, le recours à des substances psychoactives (Tomori, Rus-Makovec, 2000). De même, comme nous le préciserons, certains travaux ont porté sur l’étiologie de ce trouble, mettant, notamment, en évidence des antécédents de maltraitance physique (Pike et coll., 2006).

3En France, en population adulte, l’hyperphagie boulimique est impliquée dans 30 % à 50 % des cas d’obésité sévère et concerne également 10 % des adolescents (rapport PNNS [1]2, 2010). Léonard, Foulon et Guelfi (2005) indiquent que ce trouble serait deux à trois fois plus fréquent que la boulimie chez l’adulte. Ces constats épidémiologiques contrastent avec l’absence de travaux francophones sur cette problématique, dans une perspective de repérage de profil clinique et d’application en santé publique notamment.

Vécu traumatique, deuil et hyperphagie boulimique

4Corcos, Atger et Jeammet (2003) proposent d’intégrer les troubles des conduites alimentaires dans le « spectre addictif », poursuivant ainsi la démarche intégrative initiée par Goodman (1990) dans le champ des addictions. Cette voie est fructueuse, car elle ouvre à plusieurs concepts indissociables du champ des troubles des conduites alimentaires à l’adolescence. Dans cette perspective, Lamas, Nicolas et Corcos (2010) soulignent le lien intrinsèque entre adolescence et installation des conduites addictives. La dimension du deuil est, ici, mentionnée, car la clinique des addictions met en évidence la difficulté à aborder le travail de deuil, le produit addictif permettant l’économie de la confrontation à ce processus (Miel, 2002).

5De manière complémentaire, plusieurs auteurs ont pu associer traumatisme familial, pathologie du deuil et recours à l’objet addictif (Hachet, 2004), ainsi que la problématique du deuil et le passage à l’acte à l’adolescence (Raoult, 2010). Nous savons, par ailleurs, que le travail de deuil des objets infantiles et la perte des objets parentaux idéalisés (Herlant, Caron, Beaune, 2008), sous-tendus par la réactivation du conflit œdipien, constituent des dimensions essentielles du développement psychoaffectif de l’adolescent. Ce second processus de séparation-individuation (Blos, 1967) est lié à l’expérience du deuil, laquelle « absorbe le moi », puisqu’elle suppose une « grande dépense d’énergie d’investissement », soulignait Freud, dans Deuil et mélancolie. Blos inscrit le deuil au centre du processus adolescence, en rapport avec une renégociation des liens objectaux.

6Les études anglo-saxonnes, consacrées à l’étiologie des troubles des conduites alimentaires à l’adolescence, soulignent la fréquence de vécu de maltraitance physique et psychique, incluant les agressions sexuelles (Corstorphine, Mountford, Tomlinson, Waller, Meyer, 2007). Thompson et Wonderlich (2004) insistent, notamment, sur les liens entre abus sexuel vécu dans l’enfance et trouble des conduites alimentaires. De manière plus précise, les femmes présentant des conduites boulimiques, rapportent des taux plus élevés d’abus sexuel dans l’enfance que les femmes ne manifestant pas ces conduites (Smolak, Murnen, 2002).

7En ce qui concerne plus précisément les liens entre obésité et maltraitance infantile, certains auteurs rapportent un risque élevé d’évolution vers l’obésité chez les enfants ayant subi des expériences d’abus et de négligence (Williamson, Thompson, Anda, Dietz, Felitti, 2002). Enfin, lorsque l’on se centre spécifiquement sur l’hyperphagie boulimique, on constate qu’il n’existe, à l’heure actuelle, que peu de travaux portant sur le repérage des particularités familiales liées à cette pathologie. Fairburn et coll. (1998) observent que 29 % des sujets de leur étude, présentant des conduites d’hyperphagie boulimique, ont des antécédents d’abus sexuel, alors que ce nombre s’élève à 11 % pour le groupe de contrôle. De manière congruente, Grilo et Masheb (2001) constatent que des expériences de maltraitance infantile sont deux à trois fois plus fréquentes chez les sujets manifestant des conduites d’hyperphagie. Ackard, Neumark-Sztainer, Hannan, French, Story (2001) soulignent l’effet cumulatif de maltraitance physique et sexuelle dans les conduites d’hyperphagie boulimique à l’adolescence. Il existerait une différence en fonction du sexe, dont l’intérêt, pour la pratique clinique, est évident : les filles mentionnent plus de conduites hyperphagiques lorsqu’elles ont connu un abus physique par une personne extérieure à la famille, alors que les garçons présentent davantage ces comportements, lorsqu’ils ont subi un abus sexuel au sein de leur famille. Pike et coll. (2006) ont relevé, dans l’histoire familiale de certains patients, des vécus de perte, notamment, des problématiques de décès d’un être proche. Zerbe (2007) cite également les contextes de deuils non résolus, ce qui étaye l’hypothèse des liens entre le deuil, ses difficultés d’élaboration et les troubles des conduites alimentaires (TCA).

Hyperphagie boulimique et fonctionnements limites

8Considérer ce trouble comme une forme d’addiction permet, de surcroît, d’introduire la question des pathologies limites, prédominantes dans le champ des addictions. Sztulman (2001) développe le concept de « personnalités limites addictives », tant le fonctionnement psychique du sujet « addicté » évoque la clinique des pathologies limites : angoisse de perte de l’objet, précarité des processus de symbolisation, récurrence des passages à l’acte et relation d’objet anaclitique, notamment. Un certain nombre de travaux ont pu mettre en évidence l’implication des tendances impulsives dans le champ des conduites hyperphagiques boulimiques (Grau, Ortet, 1999). L’anxiété semble, également, largement associée à ces conduites (Fisher, Anderson, Smith, 2004). Au niveau structural, les conduites boulimiques pourraient relever d’une organisation limite de la personnalité (Godt, 2008), de même que l’hyperphagie boulimique (Selby, Ward, Joiner, 2010).

Apports des méthodes projectives dans la clinique des TCA

9Les méthodes projectives sont moins utilisées que les échelles d’auto-évaluation dans le cadre de l’étude des troubles des conduites alimentaires (Daini, 2009). La littérature fait état de peu de travaux portant sur la boulimie et l’obésité, à partir de tests projectifs (Mariage, Cuynet, Godard, 2008) ; les publications françaises y occupant une place restreinte. De plus, sur un plan méthodologique, l’essentiel des travaux a recours uniquement au Rorschach. Selon Gonthier et Boulleau (1983), et Mariage, Cuynet et Carvelli-Roussel (2005), les protocoles de Rorschach des sujets obèses révèlent des problématiques de dépendance objectale, la récurrence d’affects dépressifs et des mécanismes de défense, comme l’intellectualisation et la rationalisation, permettant une mise à distance des mouvements projectifs. Certains auteurs ont mis en évidence la carence de réponses kinesthésiques dans ces protocoles (Gordon, Halmi, Ippolito, 1984). Cependant, Corcos (2000) considère qu’il n’existerait pas de profil « type » de protocole de ces sujets.

10La littérature est encore moins fournie en ce qui concerne l’apport du Thematic Apperception Test à l’étude des troubles des conduites alimentaires (Williams, Manaster, 1990 ; Kreitler, Chemerinski, 1990). Ces auteurs insistent sur les relations interpersonnelles chargées d’agressivité, une imago maternelle malveillante, privée de capacité empathique, un registre de passivité, ainsi que la nonévocation d’affects positifs. Gilhar et Ivey (2008) soulignent la prévalence de l’agressivité orale, le recours à des mécanismes de défense comme l’identification projective et une élaboration précaire du conflit œdipien.

11Ciccolo (2008), à partir du Eating Disorder Inventory-2 (Garner, 1991) a exploré l’influence de la dynamique familiale sur le développement de troubles alimentaires (anorexie mentale et boulimie), et a pu observer des réponses évoquant davantage de conflit intrafamilial pour le groupe « clinique » que pour le groupe « contrôle ». Les méthodes projectives indiquent, ainsi, que la vie familiale constitue un facteur essentiel dans les troubles des conduites alimentaires. Le Family Apperception Test (Julian, Sotile, Henry, Sotile, 1999), outil projectif permettant au sujet d’exprimer ses affects et ressentis quant à la dynamique familiale, n’a, jusqu’à présent, fait l’objet d’aucune recherche clinique dans le cadre des troubles des conduites alimentaires. Le matériel de ce test projectif, créé par Lydia Jackson, en 1952, à Londres, est constitué de 21 planches, qui renvoient à des scènes familiales, représentant des épisodes et des activités quotidiens de la vie familiale. Ici, le clinicien demande au sujet de produire une histoire, à partir de ce qu’il perçoit sur la planche. Bien que la démarche s’apparente à celle du TAT, elle est, ici, davantage dirigiste, puisqu’il est demandé au sujet d’organiser l’élaboration de son récit autour de cinq axes : « Qu’est-il en train de se passer ? », « Que s’est-il passé auparavant ? », « Que ressent-il/elle ? », « De quoi parlet-il/elle ? », « Comment l’histoire va-t-elle se terminer ? » Le FAT s’appuie, à l’origine, sur des concepts systémiques, comme la résolution de conflit, le conflit apparent, la définition des limites et des frontières ou encore la circularité dysfonctionnelle. Cependant, nous considérons qu’une approche psychanalytique du FAT, fondée sur la grille d’analyse du TAT, peut se révéler pertinente, et permettrait d’appréhender les problématiques groupales et familiales, en articulation avec l’analyse des processus intrapsychiques.

Objectifs et méthodologie

12À travers la présentation d’une vignette clinique d’un adolescent de 14 ans, nous tenterons de comprendre les symptômes d’hyperphagie boulimique à l’adolescence, au regard de la confrontation à la violence traumatique d’un « phénomène d’effraction du psychisme et de débordement des défenses » (Chidiac, Crocq, 2010), ici, le décès du père. Plus précisément, nous formulons l’hypothèse clinique que ce vécu de perte viendrait « sidérer » le travail de deuil inhérent au processus adolescence et constituerait une « voie royale » à l’installation de ce type de troubles des conduites alimentaires. Les conduites hyperphagiques offriraient, au sujet, une issue pour éviter les affects et représentations associés au vécu de perte, qui ne peuvent être élaborés et symbolisés. L’incorporation massive, à l’œuvre dans l’hyperphagie boulimique, permettrait, au sujet, de faire l’économie des processus d’identification et d’introjection, et révèlerait ainsi une faillite du travail de deuil, marquée par la prévalence de l’agir, au détriment de l’investissement des processus de pensée. Notre démarche s’inscrit, initialement, dans un désir d’éclaircir les liens entre la psychopathologie individuelle d’un adolescent et les projections de celui-ci dans le fonctionnement familial. Plus concrètement, notre recherche d’une orientation thérapeutique pertinente à proposer, constitue l’amorce de cette réflexion théorico-clinique. Un regard précis sur la littérature nous a alors conduit à considérer comme valide une conception intégrative. C’est pourquoi, il nous est apparu légitime de procéder à une évaluation visant à recueillir des données cliniques issues tant du fonctionnement intrapsychique, que familial. Finalement, notre réflexion clinique repose, ici, sur deux axes interdépendants : l’ajustement de la prise en soin d’un sujet présentant des conduites d’hyperphagie boulimique et l’amélioration des connaissances sur la manière dont les facteurs intrapsychiques et familiaux interagissent dans l’hyperphagie boulimique à l’adolescence. Nous postulons, dans ce sens, qu’une meilleure compréhension de ce mécanisme articulera préoccupation thérapeutique et orientation thérapeutique ajustée.

13Nous estimons que l’association entre TAT et FAT constitue un support pertinent pour repérer les aspects du deuil et ses avatars, ainsi que celui de l’impact des traumatismes de l’enfance dans la problématique d’hyperphagie boulimique chez l’adolescent. Nous formulons l’hypothèse que la combinaison de ces deux outils cliniques constitue une approche originale, facilitant l’appréhension de la complexité de l’hyperphagie boulimique à l’adolescence. Cette configuration méthodologique offre une perspective globale intégrant les dimensions intrapsychique et familiale, dans la compréhension de ce trouble. La vignette présentée rapporte une partie du travail clinique auprès d’un adolescent de 14 ans, accompagné par un Service d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) et une Maison d’enfants à caractère social (MECS) et dont les symptômes boulimiques hyperphagiques soulèvent les problématiques du traumatisme psychique et la difficulté à aborder le travail de deuil.

Présentation de Marco

14Marco est un adolescent de 14 ans, scolarisé en 5e SEGPA [2]. Il est interne dans une MECS et il est également accueilli en SESSAD pour des entretiens psychologiques et un suivi éducatif. Nous nous sommes accordés avec Marco, lors de l’admission au SESSAD, sur la mise en place d’un accompagnement psychologique. Marco a pu, en effet, lors de ce processus d’accueil, énoncer son vécu de souffrance, lié, entre autres, aux moqueries de la part de ses pairs. Les symptômes d’hyperphagie boulimique se manifestent dans l’ensemble des contextes de vie de l’adolescent (institutions sociale, médico-sociale, scolaire, domicile familial) et renvoient à un fonctionnement compulsif, Marco insistant, lors d’entretiens, sur la lutte entre son désir de réussir à se passer de ces conduites et son impossibilité à les contrôler. Marco semble présenter des comportements hyperphagiques depuis la période œdipienne, mais l’adolescent et sa mère s’accordent pour noter une exacerbation de ces conduites depuis le décès du père.

Données anamnestiques

15Marco est l’ainé de sa fratrie ; son frère, âgé de 10 ans, est interne dans la même structure sociale. Les passages à l’acte langagiers et comportementaux sont récurrents entre les deux frères. La mère de Marco a trois autres enfants, issus d’une union précédente. Le père de Marco est décédé d’un arrêt cardiaque il y a cinq ans, au domicile, en présence des enfants. Des mesures judiciaires d’assistance éducative et de placements institutionnels répétés jalonnent l’histoire individuelle et familiale de l’adolescent. Marco investit peu les apprentissages scolaires et, dans ce contexte scolaire, l’adolescent paraît inhibé et serait victime de comportements agressifs de la part d’autres collégiens, évoquant un tableau de harcèlement.

Fonctionnement familial actuel

16Depuis plusieurs années, la mère de Marco vit avec un homme que l’adolescent et les travailleurs sociaux décrivent comme « violent », tant avec l’adolescent qu’avec son frère et la mère. Ce vécu de maltraitance physique et psychique a atteint son acmé il y a quelques mois, lors d’un passage à l’acte violent de cet homme sur Marco, entraînant une hospitalisation de l’adolescent. Celui-ci a pu porter plainte et un jugement a été rendu. Cet événement n’a pas entraîné la rupture du couple et Marco continue de rencontrer cet homme lorsqu’il rentre chez sa mère, chaque fin de semaine, en dépit des recommandations judiciaires.

Dispositif clinique initial

17Les premières rencontres avec l’adolescent se sont centrées sur l’éclaircissement de la demande de soin de Marco. L’adolescent a pu faire part, lors des premiers entretiens, d’un vécu de souffrance quant au contexte scolaire, lié aux agirs langagiers récurrents d’autres adolescents sur son apparence physique. Marco n’a, pour autant, pu s’approprier le cadre des entretiens qu’à partir du moment où nous lui avons énoncé notre doute de sa compréhension de la spécificité de nos rencontres. Marco a alors fait part de son anxiété, liée à un éventuel dévoilement de sa parole auprès de sa mère et de son éducatrice référente. La confidentialité entourant nos entretiens avait pu être précisée à plusieurs reprises et nous nous sommes, dès lors, interrogés sur ce que Marco actualisait dans la relation transférentielle, quant aux relations familiales.

18La redéfinition du cadre des entretiens a semblé contribuer à l’instauration d’une sécurité interne pour l’adolescent. Pour autant, notre hypothèse clinique s’est orientée comme suit : l’anxiété de Marco, liée à une absence de limites entre les cadres d’intervention et les adultes, garants de celui-ci, serait la métaphore de frontières psychiques peu élaborées entre les différents membres du système familial. L’abord des relations intrafamiliales a permis de confirmer notre hypothèse, car Marco a, notamment, indiqué qu’il dormait régulièrement dans la même chambre que sa mère ou sur le seuil de cette chambre, à même le sol, lorsque sa mère lui en refuse l’accès. L’exploration du ressenti de l’adolescent des relations intrafamiliales a abouti à une formulation explicite de désir de changement, de la part de Marco.

19Nous percevons, ainsi, que le fonctionnement familial ne permet pas, selon cette configuration, d’envisager le déploiement du processus d’individuation psychique de l’adolescent, tant le discours de Marco insiste sur l’empiétement psychique familial. Nous considérons que la qualité des relations familiales ne peut soutenir un travail efficace de différenciation psychique pour Marco, faute d’un contenant de pensée élaboré. Une telle configuration psychique ne laisserait, ainsi, qu’une place restreinte à l’émergence de la conflictualité psychique. Le déploiement du processus de deuil, lié au décès du père et, par répercussion, l’élaboration des deuils inhérents à l’adolescence, ne sont, dès lors, que difficilement envisageables.

20L’hypothèse clinique, que nous avons envisagée, était alors la suivante : le trouble d’hyperphagie boulimique, chez cet adolescent, traduit des difficultés saillantes de différenciation psychique, liées à une faille dans le processus de deuil familial, inhérent à l’adolescence. De surcroît, la précarité de ce deuil familial semble, elle-même, associée au traumatisme psychique lié au décès du père. Cette conception est cohérente avec une démarche visant à évaluer le fonctionnement intrapsychique de Marco et la projection des relations familiales, tant il apparait que le trouble, présenté par cet adolescent, articule problématique individuelle et familiale. Comment Marco peut-il réactualiser et élaborer le conflit œdipien, alors que le traumatisme, lié au décès du père, semble « geler » le processus de deuil de l’adolescent ? De plus, comment l’adolescent peut-il élaborer ces deuils, s’il ne dispose pas d’un appareil psychique différencié, dans une famille où la confusion des limites est prégnante ?

21Dès lors, une évaluation clinique, combinant étude du fonctionnement intrapsychique et interactions familiales, apparaît pertinente et nous estimons qu’un tel protocole contribuera à saisir davantage l’interaction entre ces deux types de facteurs, dans l’objectif de proposer un accompagnement thérapeutique ajusté. Nous proposons, par le recours à ces deux tests projectifs, de mettre à l’épreuve ces hypothèses cliniques et de préciser le fonctionnement psychique et psychopathologique à l’œuvre dans ce cas. Nous nous appuierons sur des protocoles de TAT et de FAT, afin de disposer d’éléments cliniques tant intrapsychiques que familiaux, la littérature soulignant le rôle prépondérant de ces dimensions. Nous précisons que nous n’avons pas utilisé le Rorschach, car une passation de ce test avait eu lieu lors d’un accompagnement précédent avec un autre clinicien, quelques mois avant notre rencontre avec Marco.

Éléments cliniques issus de l’analyse des protocoles de TAT et de FAT

22Nous avons choisi de rendre compte de l’analyse des thèmes de certaines planches significatives des protocoles, permettant d’étayer nos hypothèses cliniques.

Violence intrafamiliale, représentations parentales et deuil de l’imago paternelle

23Au TAT, les récits de Marco n’illustrent pas la problématique de violence entre les différents membres de la famille, mais évoquent davantage, de manière récurrente, des scènes de violence et de perte, renvoyant aux imagos parentales. À la planche 5, l’adolescent met en scène, par le biais d’un mécanisme de renversement en son contraire, une histoire dans laquelle la mère est abandonnée par ses enfants, cette thématique étant associée à une représentation d’effraction des limites (« des trous dans les murs »). Nous notons, également, cette problématique d’atteinte des limites entre dehors et dedans, à la planche 8 du FAT (« La galerie marchande ») : « je sais que tes chaussures sont décapitées ». Le thème de la perte est également lié à la représentation paternelle (planche 5 du TAT : « le père a pas arrêté de crier, il est parti pour prendre l’air et s’est fait culbuter par une voiture et il est mort »), ce qui n’est pas sans rappeler le vécu traumatique lié au décès du père de Marco. À la planche 6 BM, par le recours à une persévération thématique, Marco donne de la consistance à son récit initial associé à la mort du père, en indiquant que celui-ci a été victime d’un meurtre. Le développement discursif autour de l’enquête policière (« Y a un inspecteur chez la mamie pour une enquête sur le meurtre de son mari ») indiquerait un mouvement d’élaboration psychique du deuil de la part de l’adolescent, mais la parole de l’inspecteur (« ça sert à rien de pleurer, il est mort, il est mort ») laisse entendre un mécanisme de répression des affects, qui pose la question d’un refus de ce travail psychique. Par la projection d’une représentation de soi (« chauffeur », métier que Marco évoque pour son avenir), on peut faire l’hypothèse que l’adolescent s’approprie son histoire familiale et qu’une ébauche de métabolisation psychique émerge.

24Le thème de la violence intrafamiliale est évoqué par Marco à plusieurs reprises lors de la passation du FAT. Par exemple, à la planche 1 (« Le dîner »), l’adolescent présente une scène familiale qui rassemble toute la famille (« ils sont à table, toute la famille »), immédiatement attaquée par l’émergence de pulsions agressives (« le père et la mère se fâchent », « après ils arrêtent pas de s’engueuler »), suivies d’un mouvement dépressif (« les enfants en ont marre »), marqué également, notamment, par une posture signifiante d’affects (« y en a un qui reste planté sur sa chaise »). L’adolescent, sous couvert d’une dénégation (inefficace) pour empêcher la projection, énonce la violence dans le couple (« ils se bagarrent pas, bah si »). La fin du récit rend compte d’un père omnipotent (« Le père veut avoir raison sur tout, il punit ses enfants dans leur chambre »). À la planche 3 du FAT (« La punition »), Marco met en scène une histoire dans laquelle un père « prend le rouleau à pâtisserie et le cache derrière son dos », lorsque l’enfant du récit reconnaît avoir « cassé le vase de fleurs ». Après avoir demandé à l’adolescent pourquoi, dans l’histoire, le père tient le rouleau dans ses mains, Marco énonce une problématique de violence, abordée par le recours à un mécanisme de dénégation : « pas pour frapper ». Nous notons, également, la problématique alimentaire (« rouleau à pâtisserie »), dans sa dimension agressive et persécutrice.

25Enfin, soulignons la violence associée à des représentations d’attaques du corps et à sa perte d’unité. À la planche 8 BM du TAT, Marco fournit un récit dans lequel des hommes (anonymes) mutilent le corps d’un autre homme. Cette insistance sur la « coupure » (« un des hommes a un couteau, il a ouvert tout le corps ») apparait à plusieurs reprises au fil des protocoles, évoquant la figuration d’un clivage, qui semble pouvoir se rapporter aux imagos parentales. Nous pourrions discuter, ici, d’une projection associée à l’angoisse de castration, car le discours de l’adolescent lie la problématique agressive à une représentation. Pour autant, l’attaque de l’unité corporelle et la récurrence de ces références au fil du protocole, nous orienterait davantage vers la première hypothèse.

26Si la représentation paternelle au FAT renvoie à une figure maltraitante, violente et omnipotente, qui évince le désir de l’autre, au TAT, cette imago rend compte d’un père victime d’une mort violente et préméditée. Au FAT, l’imago maternelle oscille entre représentation d’abandon (planche 17, « Le maquillage » : « Le fils demande “elle est où maman ? Pourquoi elle m’a pas amené ?” Il va dans sa chambre tout seul et regarde le catch »), associée à une défense par le recours à l’agir, visant à évacuer la question de la dépression, et une représentation incestuelle (planche 2 du FAT, « La stéréo » : « Après ils se font des câlins et regardent un film »), qui pose la question de la précarité de l’élaboration de la conflictualisation œdipienne. Au TAT, l’imago maternelle est associée aux thèmes de la chute et de l’effondrement liés à la solitude (planche 3 BM, « Une maman tombée sur le sol, elle avait plus d’équilibre sur les jambes, y avait personne ») et à l’abandon (planche 4 « le mari essaie de regarder quelque part d’autre pour partir au travail, quand la femme est endormie, il est parti », planche 10, « Le monsieur fait ses bagages et est parti. Elle essaie de l’empêcher »).

Vers l’hypothèse d’un fonctionnement limite

27À l’issue de l’analyse de nos protocoles (associés aux entretiens cliniques menés par ailleurs) il semble que Marco présente un fonctionnement limite de la personnalité. L’alternance entre des processus d’inhibition ou d’évitement, visant à mettre à distance les mouvements pulsionnels, et l’émergence de processus primaires, manifestant une faillite de ces modalités défensives, est, ici, observée de manière récurrente au sein des protocoles, dans la succession des planches, voire au sein d’une même planche. Par exemple, à la planche 10 du FAT (« Le terrain de jeux »), Marco construit une scène autour de la compétition et de la fratrie, dans laquelle l’appui sur le sensoriel (« il a été dans les trucs blancs ») est suivi d’une émergence en processus primaires, révélés par une représentation chargée d’agressivité (« Après, les deux garçons avec la batte ils tapent quelqu’un avec la batte »). Le fonctionnement psychique de Marco traduit une difficulté patente à lier les mouvements de pensée, évoquant un contenant de pensée peu élaboré. Les réponses, au fil des protocoles, révèlent une précarité dans la symbolisation des contenus : les contenus pauvres ou factuels, en alternance avec des contenus « crus », jalonnent les protocoles de Marco. Par exemple, à la planche 8 BM du TAT, l’évocation d’une problématique de morcellement, associée au clivage (« un des hommes a un couteau, il a ouvert tout le corps » ; « ils l’ont coupé ») mobilise une défense d’allure névrotique (« c’était la nuit »), elle-même suivie d’une défense moins élaborée (interruption discursive), visant à éviter le conflit intrapsychique. De la même manière, à la planche 16 du TAT, la confrontation à l’absence d’appui perceptif est suivie d’une défense maniaque et d’un autre procédé anti-dépressif d’appel au clinicien (« Elle est blanche, ça veut dire il faut que j’invente ? »), laissant la place à l’émergence de processus primaires, notamment, la récurrence de la problématique de morcellement (« ils lui coupent la tête avec une hache, et la tête tombe »). L’hétérogénéité du fonctionnement psychique pose, ici encore, la question de la constitution d’un appareil à penser les pensées » (Bion, 1962). La fonction contenante, ici peu élaborée, ne laisse envisager qu’une relative perspective de conflictualité psychique. Le défaut de refoulement, associé à une inhibition invalidante, est patent, de même que le recours aux procédés rigides et labiles est inefficient. À plusieurs reprises, Marco fournit des récits, qui pourraient suggérer un fonctionnement névrotique, repérable notamment dans la mention répétée de relations interpersonnelles. Par exemple, à la planche 11 du FAT (« La sortie tardive ») : « le fils il dit “j’veux aller au lit parce qu’il est 1 h moins le quart” » ou, à la planche 15 du FAT (« Le jeu ») : « C’est à Noël. Y a la mère et ses enfants. » Cependant, chacun de ces énoncés est suivi de défenses, visant à éviter le conflit que l’on observe par le recours à l’inhibition (temps de latence consécutif au conflit intrapsychique, planche 11 : « le fils trouve ça bizarre ») et par la fonction d’étayage de l’objet (planche 15 : « Elle se retrouve toute seule, elle demande si elle peut téléphoner à une copine »). L’impossibilité de mobiliser des défenses névrotiques s’observe, notamment à la planche 1 du FAT, lorsque l’appréhension des représentations liées au conflit conjugal (« la mère arrêtait pas de dire “arrête de boire” ») est évacuée par le recours à des procédés d’évitement visant à étouffer l’émergence pulsionnelle (« elle a plus rien dit et elle fait à manger »).

28Chez Marco, l’hypothèse d’un fonctionnement limite est renforcée par la prégnance, à la fois, du registre de l’impulsivité comportementale, que la problématique addictive illustre au fil des protocoles, celle de la propension au passage à l’acte violent, et la faillite du travail de deuil, le tout dans un contexte de traumatismes dans l’enfance. Au FAT, le thème de l’addiction à l’alcool apparaît à plusieurs reprises. Marco l’évoque notamment à la planche 1 : « la mère arrêtait pas de dire “arrête de boire” et le père disait “non” ». Cette projection de l’imago paternelle, qui marque les prémices de conflictualisation interpersonnelle, est immédiatement suivie d’un mécanisme d’évitement par le recours au factuel (« elle a plus rien dit et elle fait à manger »), dans laquelle la nourriture prend une valeur de repli et d’issue face à l’angoisse liée aux représentations de relations dans le couple parental.

29La précarité des processus de symbolisation est manifeste dans les deux protocoles. Par exemple, à la planche 9 du FAT (« La cuisine »), la représentation de la conflictualité interpersonnelle (« La mère dit “arrête de raconter tes malheurs sinon on va se fâcher” ») entraîne la mise en acte (« le père arrête pas et la mère elle dit “j’te jette la soupe dessus” »). Au TAT, l’évitement de la conflictualité psychique révèle également la défaillance des processus de symbolisation. À la planche 2, l’énoncé « quand la mère demande à la fille un truc, elle exécute » indique une représentation maternelle toute-puissante, qui ne laisse pas de place au fantasme œdipien, donc à la symbolisation psychique. De plus, la récurrence du thème de l’endormissement (planche 3 BM : « après les enfants ont trouvé la mère endormie » ; planche 4 : « le mari essaie de regarder quelque part d’autre pour partir au travail, quand la femme est endormie, il est parti »), associé à la problématique de la séparation, indique, également, une pauvreté des processus de symbolisation.

30La fréquence des récits mentionnant des passages à l’acte est évidente dans les protocoles. Nous avons déjà souligné des mécanismes de mise en acte, comme défense contre des représentations anxiogènes. On note, de plus, le récit d’un passage à l’acte violent, en rapport avec la représentation de relations dans la fratrie (planche 10 du FAT : « Après, les deux garçons avec la batte ils tapent quelqu’un avec la batte »). La planche 16 du TAT, par sa référence à l’épreuve de séparation et l’absence d’appui perceptif, suscite une angoisse contre laquelle Marco se défend par l’énonciation d’une succession de passages à l’acte violents (« y a un monsieur avec une tronçonneuse qui le met dans une pièce avec plein de corps, il prévoit des visages pour mettre sur sa tête ») révélant la précarité des limites, où l’indifférenciation psychique règne et la problématique de morcellement psychotique émerge. Face au vide, l’histoire présentée par Marco est jalonnée de passages à l’acte meurtriers (« ils sont poursuivis par le monsieur avec la tronçonneuse, et ils lui coupent la tête avec une hache, et la tête tombe »), qui pose la question de l’émergence d’éléments cliniques autour du morcellement. Au TAT, plusieurs planches des protocoles indiquent la prévalence d’une relation d’objet anaclitique, que nous observons par le recours à des éléments discursifs, centrés sur la menace d’effondrement, associée à la séparation (planche 3 BM : « Une maman tombée sur le sol, elle avait plus d’équilibre sur les jambes, y avait personne parce que le père était parti chasser »).

Ajustement du dispositif clinique

31L’affinement de la compréhension du fonctionnement intrapsychique et familial permet ainsi de faire l’hypothèse thérapeutique comme suit : la passation de ces deux épreuves projectives constitue l’amorce d’un étayage pour l’instauration d’un contenant de pensée, préalable nécessaire au travail de deuil de l’adolescence. Il est, alors, apparu fondamental de lier davantage l’ensemble des interventions thérapeutique, éducative et interinstitutionnelle, afin de constituer une enveloppe soignante, à laquelle l’adolescent pourrait s’identifier. Un tel dispositif pourrait se comprendre comme la métaphore d’un mouvement de mise en forme et d’élaboration de projections, liées aux processus primaires. Des rencontres fréquentes réunissant l’ensemble des professionnels, mobilisés autour de la situation de Marco, ont ainsi favorisé le croisement de regards, dans une activité de pensée potentiellement créatrice de support identificatoire pour l’adolescent. Dans un souci d’articulation, nous proposions à Marco, dans le cadre des entretiens, une restitution des rencontres interinstitutionnelles. Il s’agissait de créer un contexte intersubjectif facilitant le processus d’introjection de cette fonction contenante. De la même manière, la mère de Marco était tenue informée du déroulement de ces rencontres interinstitutionnelles.

32À partir de ce dispositif clinique, Marco a progressivement envisagé la pertinence d’entretiens familiaux. L’objectif de cette méthodologie clinique consistait à rassembler problématique intrapsychique et fonctionnement familial dans un cadre susceptible de favoriser le travail de liaison psychique, à partir de l’émergence d’une conflictualité psychique. Le déploiement de ces entretiens s’est révélé un tournant dans l’accompagnement de Marco, qui s’est, notamment, engagé authentiquement dans un travail éducatif autour de l’alimentation. Les interactions familiales ont, également, évolué vers une possibilité d’inauguration de frontières psychiques mieux définies, repérable par l’investissement, par l’adolescent, d’espaces différenciés au sein du domicile familial, comme sa chambre et une ouverture sur l’extérieur davantage prégnante (désir de dormir chez ses amis, notamment). Le processus d’individuation est également observable par l’investissement des relations sociales, cet ensemble montrant l’efficience d’une articulation entre dedans et dehors.

Discussion sur l’intérêt de l’articulation TAT/FAT pour la pratique clinique

33Les données issues du TAT et du FAT permettent, au clinicien, d’apprécier la complémentarité des deux tests, la précarité de l’étayage familial apparaît de manière privilégiée au FAT, ce qui confirme l’hypothèse de la prégnance des facteurs familiaux dans le développement des troubles hyperphagiques à l’adolescence. Les réponses de Marco au FAT indiquent, ainsi, une faille environnementale ne favorisant pas le travail de deuil lié au décès du père. Jusqu’à la redéfinition du dispositif clinique fondé, entre autres, sur l’analyse des épreuves projectives, nous estimons que les difficultés d’élaboration de ce traumatisme ne permettaient pas à Marco de s’engager dans l’appréhension des deuils liés au processus adolescent.

34Les données issues du TAT révèlent la difficulté d’aborder les conflits intrapsychiques pour le sujet adolescent présentant des conduites hyperphagiques. Les réponses de Marco montrent, ainsi, une précarité d’élaboration de la problématique œdipienne. Par exemple, à la planche 1, la référence paternelle ne permet pas d’élaboration du conflit œdipien, ce dont l’inhibition (arrêt discursif) témoigne. De la même manière, à la planche 2, la conflictualité œdipienne est désamorcée par l’évocation d’une mère tyrannique, qui ne laisse pas de place au désir de l’enfant et à la rivalité (« quand la mère demande à la fille un truc, elle exécute »). Nous supposons que la problématique œdipienne est perçue comme trop menaçante et excitante ; c’est pourquoi des processus primaires peuvent émerger (réponse incestueuse, désir parricide récurent). Le récit de la planche 8 BM, par la mobilisation de mécanismes de clivage et la projection d’une représentation « crue » (« y a deux hommes qui l’ont couché, un qui lui a mis un coup de pistolet, ils l’ont coupé ») révèle la précarité d’élaboration de l’angoisse de castration. Il peut être également intéressant de noter la connotation sacrificielle (« ouvert le corps »), qui n’est pas sans rappeler le thème de la violence et de la mise à mort du père omnipotent de la horde primitive exposée par Freud dans Moïse et le monothéisme (1939). À cette planche, Marco évoque l’interdit porté par la loi (« police »). Cet élément clinique nous indique que si la référence symbolique peut émerger, le conflit œdipien n’est pas suffisamment élaboré pour permettre l’inscription dans une filiation.

35L’apport d’une conception articulée du FAT et du TAT apparaît clair dans le champ de l’hyperphagie boulimique à l’adolescence : les éléments cliniques, issus du FAT, soulignent le défaut d’étayage familial pour élaborer le deuil lié à un vécu de perte. L’interprétation des données du TAT met en évidence la précarité d’élaboration du conflit œdipien, ce qui permet une meilleure compréhension de la difficulté d’élaboration des deuils ultérieurs. Dans le cas de Marco, nous saisissons, ainsi, la faillite du processus de deuil lié à au décès de son père, et l’impossibilité d’accès au déploiement des deuils inhérents à l’adolescence.

36Enfin, nous avons tenté de rendre compte de la pertinence clinique de nos choix méthodologiques. La passation de ces épreuves projectives a constitué un jalon essentiel du processus thérapeutique, puisqu’elle est à l’origine de l’élaboration d’un dispositif interinstitutionnel, dont les répercussions sur l’instauration d’entretiens familiaux, notamment, permettent de saisir l’intérêt clinique.

Conclusion

37Chez Marco, les protocoles de TAT et de FAT mettent en évidence une répétition de réponses autour des thèmes de passage à l’acte violent (fratrie, scène de la tronçonneuse…), qui dénoterait la présence de traumatismes. La globalité des protocoles présente un tableau clinique révélant l’impact du traumatisme psychique (précarité des processus de symbolisation, débordement des défenses), repérable par l’insistance sur l’impulsivité comportementale, à la base de la problématique addictive (type hyperphagie boulimique) et violente. L’ensemble de ce matériel clinique permet de considérer plus finement les répercussions du traumatisme psychique et d’articuler celui-ci au gel du travail de deuil dans le champ de l’hyperphagie boulimique à l’adolescence. Le matériel clinique issu des protocoles permet d’identifier plus nettement les liens entre la difficulté d’aborder le travail de deuil et le recours à des conduites d’hyperphagie boulimique. Ici, la précarité des processus de symbolisation ne permettent actuellement pas à Marco d’élaborer les conflits intrapsychiques associés à ce vécu de perte.

38Dans le cadre thérapeutique, nous estimons que l’association entre TAT et FAT présente une pertinence clinique appréhendable tant pour la pratique clinique individuelle, que familiale ou encore interinstitutionnelle. Pour ce qui est de la psychothérapie de l’adolescent, cette méthodologie permet, notamment, la reprise et le retour sur certains thèmes, abordés initialement dans le contexte de ces tests projectifs, pour favoriser l’élaboration de contenus latents impliqués dans la psychopathologie du sujet. Cette conception clinique permet, également, d’intégrer l’étude du fonctionnement familial dans le processus d’évaluation diagnostique, et de considérer ainsi plus finement la pertinence d’un projet thérapeutique, incluant la famille. Dans le cas de Marco, nous avons pu observer l’évolution thérapeutique par la mise en place progressive d’un ensemble de contextes, participant à l’instauration d’un contenant psychique chez cet adolescent. Enfin, la dimension interinstitutionnelle constitue, selon nous, un élément important du développement d’une cohérence thérapeutique globale, dont nous avons pu saisir les répercussions favorables dans le travail clinique auprès de l’adolescent.

39Nous estimons que ce dispositif méthodologique pourrait tendre à se généraliser pour les situations cliniques nécessitant une prise en considération globale du fonctionnement psychique du sujet. Il semble en effet fréquemment indiqué de dépasser la seule dimension intrapsychique, pour envisager la manière dont celle-ci est liée aux représentations familiales. L’intérêt de la démarche exposée ici réside, selon nous, dans sa cohérence conceptuelle et méthodologique et participe dès lors, à l’élaboration d’un projet thérapeutique ajusté.

40Une première recherche sur un thème donné est, par essence, lacunaire, ce qui n’est pas sans faire écho à la pensée de Hume (1748) : « Qu’on présente un objet à un homme dont la raison et les aptitudes soient, par nature, aussi fortes que possibles ; si cet objet lui est entièrement nouveau, il sera incapable, à examiner avec la plus grande précision ses qualités sensibles, de découvrir l’une de ses causes ou l’un de ses effets. »


Protocole de TAT de Marco (13 ans 8)

41Planche 1. 5 s « C’est quoi c’machin ? C’est quoi ça ? Bah c’est un p’tit garçon, devant bah un violon et qui voulait être plus grand un magicien et regardait le violon de son père dans sa chambre, sur son bureau, puis voilà (Comment va se terminer l’histoire ?) Bah après il va essayer d’en jouer pour plus tard ».

42Planche 2. 3 s « C’est pas la même image, faut que j’invente une histoire ? Une maman enceinte, un papa qui travaillait tout le temps dans les champs, une fille qui apprend ses cours pour être ingénieur et ils habitaient derrière la colline, dans les fourrés. Quand la fille finit ses devoirs, elle va dans les bois avec son cheval, ils sont très riches, isolés de la ville, quand la mère demande à la fille un truc, elle exécute, son père est tout le temps à faire les champs, la journée il est tout le temps torse-nu et vers 5 h il remet son maillot ».

43Planche 3 BM. 5 s « Comme ça ? Une maman tombée sur le sol, elle avait plus d’équilibre sur les jambes, y avait personne parce que le père était parti chasser, les enfants sont partis à la cabane pour jouer au vélo, elle est tombée parce qu’elle faisait le ménage, elle avait enlevé la table du salon, après les enfants ont trouvé la mère endormie ».

44Planche 4. 5 s « Un mari et une femme, ils viennent de se marier, ils ont fait des bébés, quelques mois après elle a des contractions, après elle accouche, le mari appelle l’hôpital, elle a un congé maternité, le mari essaie de regarder quelque part d’autre pour partir au travail, quand la femme est endormie, il est parti ».

45Planche 5. 4 s « Bah y a une dame qui cherchait ses enfants partout dans la maison, elle s’est pas aperçue qu’ils sont partis, ils en avaient marre, ils ont fait des trous dans les murs, le père a pas arrêté de crier, il est parti pour prendre l’air et s’est fait culbuter par une voiture et il est mort ».

46Planche 6 BM. 7 s « Y a un inspecteur chez la mamie pour une enquête sur le meurtre de son mari, il demande où il était parti, la femme avait la maladie d’Alzheimer et Parkinson, elle se rappelait plus. L’inspecteur ferme les rideaux, il dit à la mamie qu’il faut arrêter de regarder par la fenêtre sinon ils vont croire que c’est une commère. Le mari est parti vers 20 h au village et du coup, il a de mauvaises nouvelles pour elle, elle dit “quoi ?” et il dit “ça sert à rien de pleurer, il est mort, il est mort et la voiture a poursuivi son chemin”, il a été trouvé par un chauffeur routier, l’inspecteur lui pose des questions, il dit que c’est pas lui, il l’a mis en garde à vue, le lendemain la juge lui dit qu’il était innocent ».

47Planche 7 BM. 3 s « Ah oui y a les inspecteurs, il dit tout ce qu’a dit le chauffeur routier et qu’il va poursuivre son enquête, il a donné au labo pour l’identifier, pour les empreintes ».

48Planche 8 BM. 8 s « C’est quoi ça ? Ça j’peux pas raconter, y a deux personnes qui ont trouvé un homme par terre, un des hommes a un couteau, il a ouvert tout le corps. Y a un jeune homme qui passe, qui appelle la police, ils prennent des photos, y a deux hommes qui l’ont couché, un qui lui a mis un coup de pistolet, ils l’ont coupé, c’était dans la nuit ».

49Planche 10. 6 s « Pff, bah c’est deux personnes, une dame et son mari qui se font un câlin, son mari dit que c’était pas prévu, qu’il part ailleurs, elle essaie de lui faire un câlin, “on pourra toujours être amis”, elle dit “oui”, pis c’est tout. Le monsieur fait ses bagages et est parti (Que se passe-t-il ensuite ?) Elle essaie de l’empêcher ».

50Planche 11. 5 s « Bah y a une avalanche de cailloux, c’est un espèce de dragon qui est la cause, il voulait attraper des gens qui lui avaient fait mal, y a eu un lion qui a protégé les gens, il s’appelait j’sais plus comment, comment il s’appelle dans Le monde de Narnia ? Le dragon avait touché un de ses amis, le lion le griffe et le dragon tombe et après ils l’ont bombardé de flèches et il est mort. Après ils ont fait la fête ».

51Planche 12 BG. 5 s « Y a une p’tite rivière, un arbre fleuri, de l’herbe, une barque qui a percuté l’herbe, du coup y a deux personnes assommées et ils sont revenus conscients pour se sauver de la forêt, ils peuvent jamais se libérer de cette forêt, ils ont fait un vœu parce qu’ils ont vu une étoile filante, ils demandent de se barrer de la forêt, le vœu se réalise, du coup ils sont partis chez eux, ils étaient heureux ».

52Planche 13 B. 8 s « Y a un enfant dans une grange, à la porte, pieds nus, il regarde le paysage, euh, il a vu des animaux, des chevaux sauvages, il a voulu essayer de les toucher, ils sont partis, le soir il a vu une étoile filante et il demande si il peut toucher un cheval sauvage, mais c’est pas accepté, il va dormir dans le foin ».

53Planche 13 MF. 7 s « Bah y a un monsieur, sa femme est couchée sur le lit, à l’intérieur y a de l’eau, il fallait qu’il la laisse là mais il a pas voulu, et ils sont morts tous les deux, noyés, l’inspecteur retrouve deux crânes, ils sont partis au labo pour les examiner, voir si c’est vraiment eux ou leurs parents ou leur frère ».

54Planche 19. 5 s « C’est quoi ? Y a un sous-marin, les personnes qui vivent dedans peuvent regarder des sortes de dauphins, des requins, y a un requin qui poursuit un dauphin. Mais il a vu le sous-marin et se met devant, les personnes étaient sauvées, ils en croyaient pas leurs yeux, ils publient ça sur Facebook, et puis voilà ».

55Planche 16. 2 s « Elle est blanche (il rit), ça veut dire il faut que j’invente ? » [5 s] « Y a une personne, ça se passe au Mexique, il rentre dans la maison, il tape la porte du garage, y a un monsieur avec une tronçonneuse qui le met dans une pièce avec plein de corps, il prévoit des visages pour mettre sur sa tête. Une jeune fille, seule sur une route de sable, y a une personne qui passe avec une voiture, elle s’assoit, sort un pistolet de sa jupe, ouvre la bouche et tire, y a plein de sang dans le coffre, et y a une autre fille qui le sauve, ils sont poursuivis par le monsieur avec la tronçonneuse, et ils lui coupe la tête avec une hache, et la tête tombe. Voilà ».

Protocole de FAT de Marco (13 ans 8)

56Planche 1. 4 s « Ils sont à table, toute la famille. La mère et le père se fâchent, les enfants en ont marre. La mère se fâche, y en a un qui reste planté sur sa chaise. Le père il montre du doigt. La maman elle dit rien. Le père arrête pas de dire “tu travailles pas ça m’soule”. La fille elle dit “ouais mais l’important c’est le père qui travaille”. Avant, la mère arrêtait pas de dire “arrête de boire” et le père disait “non”, elle a plus rien dit et elle fait à manger. Après, ils arrêtent pas de s’engueuler, ils se bagarrent pas, bah si (l’histoire se termine comme ça ?) Le père veut avoir raison sur tout, il punit ses enfants dans leur chambre ».

57Planche 2. 5 s « Un garçon et sa maman qui veut écouter un CD des années 80. La maman tient la boîte du CD. En haut, y a une télé et en même temps ça montre une des images. Du coup la mère tient les CD. La mère dit “non” et après elle dit “on va préparer à manger” et en cachette le garçon a pris la boîte de CD et l’a mis pas fort pour pas qu’elle entende. La mère dit “allez on mange, à table”. Il met le CD dans la pochette et la mère dit “elle est passée où la pochette”. Le garçon dit “bah j’sais pas maman”. La maman met les infos pour la fameuse grève de l’essence et elle entend que le lendemain elle va voter et elle se dit “comment j’fais pour aller chercher les enfants au collège ?”. Y a la tante qui a fait le plein. Avant, ils se sont fâchés, l’enfant a dit “je monte dans ma chambre”, elle le rejoint et lui dit “est-ce que tu veux écouter de la musique des années 80 ?”. Après ils se font des câlins et regardent un film et à la fin il allume la playstation. La mère dit “non” et il joue quand même et le lendemain il va à l’école ».

58Planche 3. 2 s « Ouf. Y a son père et l’enfant a cassé un vase avec des fleurs qu’il a offert à la mère et du coup le père prend le rouleau à pâtisserie et le cache derrière son dos. L’enfant dit “excuse-moi papa, j’irai en racheter”. Le père dit “tu peux pas c’est le plus cher, donc tu vas travailler pour moi en août” et du coup il va gagner 5 euros. Après il a ramassé les morceaux du vase et a mis les fleurs dans un autre vase et le père dit “j’te pardonne” (Pourquoi le père tient-il un rouleau ?) Pas pour frapper ».

59Planche 4. 5 s « Alors y a une maman avec sa fille et elle veut une robe alors elles vont au magasin de robes. La fille dit “ah maman elle est belle celle-là”. La mère a pas vu que c’est en solde donc elle a payé l’ancien prix. Mais la vendeuse lui dit donc la mère dit “excusez-moi j’avais pas vu”. Donc la fille elle est super contente. Avant, la mère dit “si t’es pas sage à noël t’auras pas de cadeaux”. La fille s’habille vite-fait pour aller chercher une robe. La fille va faire sa gentille ».

60Planche 5. 7 s « Bah c’est la famille. Le père est dans le fauteuil. Le fils, la mère et la fille sont sur le canapé. La mère règle la télé. Le fils rentre dans la pièce et dit “je peux venir regarder la télé avec vous ?” Les parents se sont demandés et disent “reviens dans 5 minutes, tu auras la réponse, va dans ta chambre et reviens, oui et ne fais pas de bêtises”. Donc la maman s’assoit à la place de la sœur, elle est pas contente, elle prend son pull et va dans sa chambre. La mère dit “on t’avait dit de venir plus tôt”. Le fils dit “faut racheter un canapé”. Le père dit “on est pas riches”. Ils demandent à la fille de revenir, alors le fils prend la place du père car il est parti prendre sa douche car il est gardien chez Leclerc et du coup les enfants sont partis au lit. Le père rentre et voit sa femme qui dort. Avant, la mère a fait à manger, ils ont mangé, ils disent merci à la maman et ils disent “on peut aller dans la salle télé ?” Elle dit “oui mais pas de bêtises”. Le fils est parti dans sa chambre faire un truc et a oublié le film. Après, le père et la mère sont au lit mais très très tard et le père commence à 9 h. Après y a les infos à minuit, le père écoute et dit “ce jour là y aura plus d’essence”. Le père est parti pour voter et vote “non” et y a 75 % de oui et donc la majorité l’emporte et c’est oui ».

61Planche 6. 6 s « Ah voilà j’ai une idée ! La mère arrive et voit la chambre du fils en fouillis donc elle appelle le garçon et elle dit “si tu veux des cadeaux pour noël, range”. Le garçon lui dit “tu peux partir ? Je vais ranger”. Il range tout nickel, le ballon il l’a mis dehors, l’espèce de mouchoir au sale et sa montre il l’a mis en bas pour sa mère. Avant, il se lève et cherche des habits pour s’habiller, et il part en bas pour déjeuner et il met sa montre. Après, du coup il prend sa douche et il descend pour jouer avec ses copains et elle dit “il est pas allé manger”. C’était catastrophique et elle dit “si tes copains mangent pas, viens pas à midi”. Le lendemain il va au collège. Il dit à sa maman “j’peux passer mon BSR ?” et sa maman est obligée de chercher de l’argent pour le scooter. Elle dit “tu peux sortir pour 9 h” et il revient à 9 h ».

62Marco : Y a encore tout ça ?

63Planche 7. 4 s « Y a le garçon punit dans sa chambre. Il va dans le garage parce que sa chambre est en réparation. Il se lève à 10 h 25 et à 11 h 30 il écoute sa mère qui dit “mon garçon tu peux venir”. Avant il s’est levé à 10 h 25 et il a mal répondu à sa mère et il est punit et il devait pas sortir avant 11 h 45. Il demande si il peut jouer, elle dit “non”, alors il fait du bordel elle dit “tu ranges sinon cet après-midi tu vas pas à la piscine”. Après il a rangé et il va à la piscine ».

64Planche 8. 3 s « Ah ! Y a son 1er, 2e et la fille et la mère surtout. Du coup elle est super contente et sa mère a payé le bon prix et la dame a donné des sous. La mère a donné 40 euros au lieu qu’ils sont à 25 euros. Donc elle rend la monnaie. Avant, ils font les courses et elle dit “regarde les chaussures maman” et elle dit “je sais que tes chaussures sont décapitées”. Après, ils sont partis acheter des chaussures et ils rentrent chez eux à pieds parce que le père est au boulot. Ils ont fait le 4 h et il a joué avec les copains ».

65Marco : Voilà c’est fini. La 9e image !

66Planche 9. 4 s « Alors. Y a le père et la mère, elle fait à manger. Le fils écoute. Le père dit “c’est impossible, ils m’ont pas donné assez de sous”. Le fils demande des sous, 20 euros. La mère dit “j’peux te prêter mais quand tu seras plus grand tu me rembourseras”. Avant, le père rentre, il se déshabille, il boit, il allume une cigarette. La mère dit “arrête de raconter tes malheurs sinon on va se fâcher”. Le père arrête pas et la mère elle dit “j’te jette la soupe dessus”. Après, ils débarrassent et se brossent les dents ».

67Planche 10. 4 s « Y a les deux fils avec une batte, l’équipe des frères ils ont gagné et le frère est viré parce qu’il a été dans les trucs blancs et à la fin du match l’autre dit “pourquoi t’as fait ça ?” Avant, la mère les amène au match pour qu’ils jouent. Après, le père qui vient avec sa femme et sa fille au match. Après, les deux garçons avec la batte ils tapent quelqu’un avec la batte et le garçon il dit “pourquoi t’as fait ça ?” »

68Marco : la 11e !

69Planche 11. 3 s « Y a le grand-père, la grand-mère, le fils il dit “j’veux aller au lit parce qu’il est 1 h moins le quart” (Marco baille). Le grand-père va se coucher plus tard. Le fils trouve ça bizarre ». [8 s] « Il descend l’escalier, il ferme la porte et il dit “faudrait aller au lit”. Ils disent “bah non” et il demande “vous allez à quelle heure ?” Après la grand-mère fait à manger, ils débarrassent, ils se brossent les dents, ils reviennent et la mère dit “bon, maman et papa, j’vous laisse”. La sœur vient embêter le fils et après y a le frère et la sœur qui arrêtent pas de se chamailler ».

70Marco baille à plusieurs reprises.

71Planche 12. 3 s « Y a le papa et la maman. La fille a besoin d’aide pour les devoirs. Avant, la mère est occupée. La fille demande à son père et la mère vient pour rien. Le père est plus fort en maths et en sciences. Avant, ils rentrent du collège, la mère et le père disent qu’elle a pas de devoirs et ils montent ». (?) (Marco sourit).

72Planche 13. 2 s « Oh la la ! Le père couche la fille et lui dit une histoire. Avant, elle est fatiguée, le lendemain elle a pas cours alors elle se couche à minuit comme ses parents. Avant, elle dit “bon, papa j’vais me coucher”. Après, le père dit une histoire, il part au lit et le lendemain il travaille. Il travaille dans la police ».

73Planche 14. 5 s « Y a une fille, une fille, un gars, un gars. Les deux filles les regardent. Y a deux buissons, deux escaliers, un chemin, à l’entrée y a un pot de fleurs. Ils ont cassé le vase. Le père et la mère ont rien entendu et il dit “il est où mon vase ?” Le fils dit “j’sais pas papa. Avant, ils ont demandé à sortir dehors. Après, ils ont goûté. Le copain dit “j’dois partir”. Le fils dit “bah pourquoi ?” et il dit “j’vais à Paris aujourd’hui”. Fin de l’épisode ».

74Pl 15. 5 s « C’est à noël. Y a la mère et ses enfants. Ils font un jeu de société et y en a un qui joue pas. Il demande de jouer ils lui disent “non”. Ils disent “si tu nous embête encore une fois, tu joueras pas avec nous”. Elle se retrouve toute seule, elle demande si elle peut téléphoner à une copine, la mère dit “oui” alors elle téléphone à sa meilleure copine et elles jouent ensemble. Les autres ils en ont marre de jouer ».

75Planche 16. 3 s « il y a un qu’a le permis, y a le petit qui veut aller en boîte, l’autre il veut pas, lui il arrêtait pas d’insister et l’autre dit “bon bah viens”. Avant, il a demandé à sa maman, elle a pas voulu et du coup il rentre dans le garage par surprise, discretos. Après, la mère elle découvre et elle dit “tu verras toi tu seras puni”. Il rentre à 1 h du mat’ et sa mère le voit monter l’escalier et elle lui dit “t’es puni de console”, il dit “non je t’en supplie”, alors elle décide de le laisser une semaine sans jouer ».

76Planche 17. 5 s « ah voilà ! Y a deux sœurs, non la mère et la sœur, elles veulent aller au resto, elles se maquillent. Avant, la fille a dit “on peut aller au resto ?” et la mère dit “Bon je vais me préparer”. La mère finit de se faire belle, elle laisse un mot à son mari. Il rentre du travail et lit le mot et il se dit “ah je vais me faire à manger”. Le fils demande “elle est où maman ? Pourquoi elle m’a pas amené ?” Il va dans sa chambre tout seul et regarde le catch ».

77Planche 18. 2 s « Y a le père, la mère, deux frères, la sœur, ils sont partis voir un film au cinéma. Le fils se bat avec la sœur. La mère dit rien et le père dit “arrêtez sinon on y va pas”. Du coup ils s’arrêtent. Ils ont aimé le film et les enfants ont vu qu’il y avait un autre film et ils demandent si ils pourront aller voir le film. Le père dit “oui, si vous chahutez pas”. Ils rentrent chez eux ».

78Planche 19. 4 s « Y a le père et la fille devant le bureau du père. Elle demande 10 euros pour chercher des trucs pour sa mère. Le père lui avait dit “si t’as besoin de quelque chose tu viens me voir au bureau”. Donc le père dit “tu me dois 10 euros”, la fille dit “non, tu m’as proposé”. Ils se chahutent et le père dit “si tu veux quelque chose, tu me demandes plus” ».

79Planche 20. 2 s « Ah la la, y a le garçon qui va au McDo avec ses copains, il veut se faire beau. Sa mère lui a offert un miroir, et il a trouvé une belle chemise. Ses copains lui ont demandé si il peut sortir ce soir, alors il a dit “je te rappelle”. C’est lui qui a le permis. Ce jour-là c’est un garçon, la semaine prochaine c’est un autre garçon qui doit payer son McDo, après ce sera un autre (désorganisation du discours, difficile à suivre). Il demande des sous à son père. Voilà ».

80Planche 21. 4 s « Y a le père, la fille et le garçon, ils vont en cours et le père les amène. Les enfants aiment pas être en retard. Son père a pris sa mallette pour aller au travail directement. Avant, hier soir, les enfants ont demandé si le père pouvait les amener à l’école. [4 s] Il dit “oui”. La fille et le garçon demandent encore mais le père dit “non, c’est la mère”. La mère dit “y a pas d’histoires, on les amène tous les deux”. Ils préparent les affaires et disent bonne nuit aux parents. Les parents ont regardé la télé. Le lendemain, ils réveillent les enfants. Fin de l’histoire ».

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Date de mise en ligne : 29/01/2014

https://doi.org/10.3917/bupsy.528.0463