Article de revue

Nouvelles normes adultes du test de Rorschach et évolution sociétale : quelques réflexions

Pages 453 à 466

Citer cet article


  • De Tychey, C.,
  • Huckel, C.,
  • Rivat, M.
  • et Claudon, P.
(2012). Nouvelles normes adultes du test de Rorschach et évolution sociétale : quelques réflexions. Bulletin de psychologie, Numéro 521(5), 453-466. https://doi.org/10.3917/bupsy.521.0453.

  • De Tychey, Claude.,
  • et al.
« Nouvelles normes adultes du test de Rorschach et évolution sociétale : quelques réflexions ». Bulletin de psychologie, 2012/5 Numéro 521, 2012. p.453-466. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2012-5-page-453?lang=fr.

  • DE TYCHEY, Claude,
  • HUCKEL, Clotilde,
  • RIVAT, Mélanie
  • et CLAUDON, Philippe,
2012. Nouvelles normes adultes du test de Rorschach et évolution sociétale : quelques réflexions. Bulletin de psychologie, 2012/5 Numéro 521, p.453-466. DOI : 10.3917/bupsy.521.0453. URL : https://shs.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2012-5-page-453?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/bupsy.521.0453


Notes

  • [*]
    Groupe de recherches en psychopathologie clinique (GERPSY)-Laboratoire Interpsy (EA No 4432), Université de Nancy.
    Correspondance : Claude de Tychey, Université de Nancy 2-23 Bd Albert 1er, 54000 Nancy. Claude.De-Tychey@univ-nancy2.fr
  • [1]
    Communication au congrès international du Réseau international interuniversitaire de psychologie projective, Université de Buenos Aires, Argentine, 27-28 août 2012.
  • [2]
    Nous tenons, en particulier, à remercier Morgane Pouly, Cyrielle Artaux, Stephanie Buonomo et Carmela Ciranna, qui ont participé au travail de recueil des données. Chacun des sujets sélectionnés a signé un formulaire de consentement éclairé pour participer à une recherche définie comme portant sur l’obtention de nouvelles normes de réponses au test de Rorschach, pour une population adulte française tout-venant.
  • [3]
    Nous avons comptabilisé un Di %, ce qui nous éloigne un peu de la formalisation stricte de l’école de Paris Descartes, car nous pensons intéressant, à l’instar de l’école de Rorschach germano suisse (Bohm, 1955 ; Loosli-Usteri, 1969), de totaliser la triade Dbl+Dd+Di qui, pour ces auteurs, révèle un « syndrome d’incertitude intérieure », lorsque le pourcentage cumulé de ces trois localisations dépasse 15 %.
  • [4]
    La cotation de ce triple déterminant n’est pas consensuelle, à l’intérieur de l’école de Paris Descartes. Certains cliniciens l’utilisent (par exemple, pour la planche III (le tout) : « deux personnes qui ont une couleur de peau très noire et qui font la danse du feu ». D’autres préfèreraient décomposer cette réponse en deux réponses pour ne pas avoir à utiliser un triple déterminant. Nous avons, pour notre part, préféré recourir à la première option, en ne comptabilisant qu’une grande kinesthésie dans le psychogramme obtenu.
  • [5]
    Utilisation de la loi normale.

1L’ancienneté et le caractère discutable des normes sur lesquelles s’appuient les cliniciens français pour interpréter les données du psychogramme du test de Rorschach, analysé selon la méthode de l’école de Paris (Rausch de Traubenberg, 1990), pour le sujet adulte, ont fait l’objet de critiques fondées [1]. Les premières d’entre elles ont été adressées, au test de Rorschach, par Eysenck, dès 1955. L’auteur soulignait, à cette époque, la petitesse et le flou, ainsi que l’hétérogénéité culturelle des échantillons ayant servi à l’établissement des premières normes pour ce test. Ces dernières résultent effectivement d’un mélange, issu de travaux suisses (Rorschach, 1921 ; Loosli-Usteri, 1969), américains (Beck, 1967), germaniques (Bohm, 1955) et français (Beizmann, 1966). Le même constat peut, d’ailleurs, être adressé au système américain de cotation du Rorschach, mais il a conduit John Exner (2003) à un très lourd travail de validation de nouvelles normes, qu’on ne peut que saluer avec l’avènement de son Comprehensive system, traduit en français (Andronikof-Sanglade, 1996), qui a en outre suscité, durant cette dernière décennie, plusieurs recherches de validation, au moins partielles, sur la population francophone, utilisant ce système de cotation (Sultan et coll., 2004 ; Mormont, Thommess, Kever, 2007 ; Reveillere, Sultan, Andronikof, Lemmel, 2008).

2Les adeptes de l’école de Paris sont conscients du dispositif de validation insuffisant des normes du psychogramme, dont nous disposons actuellement. Ainsi, Gardey (1990, 2000), qui a beaucoup investi le champ du normal en psychologie projective, avance, à propos du test de Rorschach : « la recherche ne se penche pas encore assez [sur les populations dites « normatives »] afin de pouvoir dégager des normes d’expression de la réponse Rorschach dans toutes ses facettes et orientations, qui font défaut dans la littérature ou qui, lorsqu’elles existent, sont souvent à réactualiser ».

3Le travail de Blomart (1996), réalisé en Belgique francophone, a le mérite d’actualiser certains indicateurs à considérer spécifiquement en clinique de l’enfance, notamment l’épineuse évaluation de la qualité formelle des réponses, en proposant une liste de réponses de bonne ou mauvaise qualité formelle associées aux différentes localisations possibles à chaque planche. Plus récemment, l’équipe de psychologie projective, du laboratoire de psychologie clinique et psychopathologie de l’université Paris Descartes, a entamé une vaste recherche de validation de nouvelles normes sur une population tout-venant, allant de l’entrée dans l’adolescence jusqu’à l’âge adulte, précédant l’entrée dans le troisième âge. Le traitement de ces données et leur publication est, actuellement, en phase de finalisation. Les premiers résultats, portant sur l’adolescent et le jeune adulte, ont d’ailleurs fait l’objet d’une analyse de la part de ce groupe de recherche (Azoulay et coll., 2007)

4De façon parallèle, nous avons constitué un échantillon de 310 sujets adultes [2], dont nous passerons en revue les caractéristiques dans la section méthodologique de cet exposé. Auparavant, nous poserons les principaux objectifs qui sont les nôtres :

  • d’abord, présenter les nouvelles normes obtenues, en les situant, à la fois, par rapport aux anciennes et par rapport aux quelques données normatives plus récentes en notre possession ;
  • puis, proposer quelques réflexions pour comprendre certains des changements, qui se donnent à voir en suite d’une évolution sociétale, cumulant plusieurs facteurs de risque. Cette dernière a été marquée par l’augmentation croissante des divorces et de la monoparentalité, par la conjugaison de recompositions familiales et d’éclatements de familles recomposées. L’éclatement de la cellule familiale s’est doublé d’un éclatement du monde professionnel, marqué par une insécurité de plus en plus grande, en raison de la crise économique. La crise économique, depuis le deuxième choc pétrolier, en 1980, a ajouté une misère sociomatérielle à la misère socio-affective, consécutive à l’éclatement grandissant des cellules familiales, générateur, pour Dolto (1989) d’une « hémiplégie symbolique » et d’un risque de fragilisation narcissique.
Nous posons, personnellement, l’hypothèse que la conjugaison de ces différents facteurs n’est pas sans conséquence sur la construction de la parentalité (mis en évidence par les taux croissants de dépression prénatale, qui touchent une femme sur cinq, en France (Tychey, 2004 ; Tychey et coll., 2005) et sur la construction d’un développement de la personnalité, jusqu’au stade oedipien. Plusieurs psychanalystes, interrogés sur cette question ou y réfléchissant, semblent abonder dans le même sens. Jean Bergeret, récemment, soulignait l’augmentation exponentielle des modes d’organisation de personnalité limites-narcissiques, dans ce contexte sociétal, tant dans la clinique tout-venant – qui nous intéresse ici –, que dans la clinique psychiatrique (Tychey, 2012). François Richard (2011), dans son dernier ouvrage L’actuel malaise dans la culture, concluait, quant à lui : « sommes-nous entrés dans l’ère des sociétés “narcissiques ” avec son idéologie de réalisation permanente de soi au détriment de la relation aux autres ? ». Nous nous proposons, ici, de commenter certains des changements observés dans les normes de réponses au test de Rorschach sur la population française, que nous avons étudiée, à partir des conjectures que nous venons d’exposer.

Précisions méthodologiques

Critères de sélection et caractéristiques de la population tout-venant recrutée

5La sélection d’une population tout-venant pose la difficile question de la normalité en matière de personnalité, déjà fort ancienne (Canguilhem 1943), qui n’est pas nécessairement consensuelle actuellement, à l’intérieur du champ de la psychologie clinique, comme l’a rappelé, justement, Serban Ionescu (2010), dans sa dernière revue du concept de normalité, par rapport à celui de pathologie. Ionescu, citant Weckowicz (1984), remarque que la normalité peut être conçue en tant que concept statistique, comme norme sociale, comme idéal ou comme absence de maladie. Bergeret (1974) s’est risqué, de son côté, dans l’élaboration d’une très dense définition de la normalité et de la pathologie de la personnalité, envisagées d’un point de vue psychanalytique. Le véritable bien portant, selon Bergeret, ne serait pas quelqu’un qui se déclare comme tel, mais, plutôt, un sujet, qui n’aurait pas rencontré, sur sa route, des obstacles dépassant ses facultés adaptatives et défensives et qui se permettrait un jeu assez souple dans la réalisation de ses besoins, tout en tenant un juste compte de la réalité. On peut, certes, se poser la question de savoir si le fait de voir un psychologue ou un psychiatre peut être, uniquement, un indice de rupture ou/et, aussi, un signe de santé psychique. Mais, dans le cadre du modèle psychanalytique structural de la normalité proposé par Bergeret (1974), un tel choix implique que le sujet a dû avoir recours à un tiers thérapeute pour trouver un moyen de résoudre ses problèmes. Nous reconnaissons, cependant, qu’un tel choix, même s’il s’éloigne de la conceptualisation de la normalité proposée par Bergeret, est plus adaptatif que celui de ne pas consulter et de rester enfermé dans ses problèmes, mais moins normatif, au sens de Bergeret, que de réussir à les résoudre, à partir de ses seules ressources personnelles défensives et adaptatives. Nous tenons, d’un autre côté, à préciser que notre population tout-venant comprend, non seulement des personnes qui n’étaient pas consultantes, dans le présent de la recherche, mais qui n’ont jamais, au vu de la question précise qui leur a été posée sur ce plan, consulté antérieurement, depuis le début de leur vie, pour rééquilibrer leur fonctionnement. On pourrait aussi nous objecter, à juste titre, qu’un certain nombre de personnes, qui ne consultent pas, sont des personnalités sur-adaptées, de manière rigide, en faux-self ou en pensée opératoire. De tels sujets ne correspondent pas complètement à la définition de la normalité, proposée par Bergeret (1974) (pour rappel « Le véritable bien portant n’est pas simplement quelqu’un qui se déclare comme tel, ni surtout un malade qui s’ignore […] »). Leur non sélection, dans la constitution d’un échantillon de sujets « normaux », ne pourrait, en tout état de cause, se faire qu’a posteriori, après examen des données projectives Rorschach, recueillies en fonction des critères d’identification diagnostique des personnalités « opératoires » et faux-self, disponibles dans la littérature clinique projective du Rorschach.

6De telles caractéristiques sont, malheureusement, malaisées à approcher objectivement, dans le cadre d’une investigation clinique, limitée dans le temps et nous obligeraient à éliminer, dans un second temps, des sujets répondant à notre critère de définition initial du statut « normal ».

7Il nous a semblé que la souffrance majeure durable, conduisant à la consultation, qui, selon nous, fait sortir d’un statut clinique tout-venant, était plus facile à définir, à travers le concept de décompensation de la personnalité, à entendre, selon Bergeret (1974), comme rupture d’équilibre entre investissement narcissiques et objectaux, c’est-à-dire, à la fois, rupture avec soi-même (fragilisation ou effondrement du sentiment de sa cohésion et valeur existentielle) et rupture avec notre environnement, qui n’est plus à même de nous apporter les étayages, dont nous avons besoin. Cette double rupture va, le plus souvent, se traduire par une désorganisation, pouvant prendre la voie mentale (accès d’angoisse, plongée dans la dépression, entrée dans un délire…), la voie comportementale (passage à l’acte auto ou hétéro agressif, accident…) ou somatique (apparition d’une maladie). Cet éventail de critères reliés à la pathologie est plus facile à opérationnaliser rapidement, au cours d’un entretien. Ils ont été appréhendés, indirectement, lors de la constitution de notre échantillon de sujets tout-venant, puisqu’il a été demandé, à chaque sujet, s’il avait déjà rencontré, au cours de sa trajectoire existentielle, un ou plusieurs événements de vie, ayant généré le besoin de consulter un psychologue, un psychanalyste ou un psychiatre. Une réponse négative à cette question était le critère d’inclusion dans l’échantillon. Une réponse positive, associée à la survenue d’un épisode symptomatique plus ou moins important, synonyme, à nos yeux, de rupture d’équilibre dommageable, devenait un critère d’exclusion. Nous restons conscients que notre définition de la normalité, même étayée par une base théorique psychanalytique structurale, peut se discuter mais nous pensons qu’elle peut, aussi, se défendre. Elle offre, en plus, l’avantage de permettre des comparaisons moins problématiques avec les normes de réponses des travaux anglo-saxons, qui utilisent très souvent ce critère, pour constituer leurs échantillons de sujets, constituant leur groupe de contrôle, dans le cadre de leurs recherches comparatives en psychopathologie clinique.

Description de l’échantillon de sujets tout-venant et moyennes obtenues pour les principaux indicateurs du psychogramme

8Nous avons retenu 310 adultes, représentatifs de la population générale française, répartis selon trois groupes d’âge (25-39 ans : N = 114 ; 40-54 ans : N = 121 ; 55-65 ans : N = 75), deux groupes de genre (homme : N = 140 ; femme : N = 170), quatre groupes, selon le statut matrimonial (célibataire : N = 108 ; marié : N = 172 ; divorcé : N = 24 ; veuf : N = 6), et trois groupes de catégorie socio-professionnelle CSP (favorisée : N = 128 ; intermédiaire : N = 62 ; défavorisée : N = 120). L’âge moyen des 310 sujets est de 45,5 ans (? = 5,5). Le nombre R de réponse par sujet varie de 10 à 94. Le nombre de réponses moyen par sujet est d’environ 28 réponses. Nous ne constatons pas de différence significative (au seuil .05) en fonction de l’âge (?2(2) = 0,6, ns), du sexe (?2(1) = 0,5, ns), de la CSP (?2(2) = 0,35, ns) et du statut matrimonial (?2(3) = 1,57, ns). Les moyennes obtenues par ces 310 sujets, pour les principaux indicateurs du psychogramme, sont synthétisées dans le tableau 1, sachant que tous les testeurs étaient de sexe féminin et que les cotations ont été faites deux fois avec un psychologue expérimenté, pour trancher les désaccords entre cotations, quand ils apparaissaient.

Analyse des résultats comparés aux anciennes normes et aux travaux actuels

Le nombre total R de réponses au test

9Les anciennes normes le situent entre 20 et 30. Les nouvelles valeurs, auxquelles nous aboutissons, sont très proches (R moyen de 28,16) et voisines des normes récentes, obtenues par Azoulay et coll. (2007), sur la population adolescente (R moyen de 25,8). En outre, ces dernières restent comparables aux normes obtenues avec un système de cotation Exner, en Belgique francophone (R moyen de 24,44), par Mormont et coll. (2007) et, en France, par Sultan, Andronikof et coll. (2004), sur une population adulte (R moyen de 22,97). En restant au niveau d’une comparaison relative aux données obtenues, à partir de la méthode de l’école de Paris Descartes, il faut cependant noter que nous n’enregistrons, dans notre échantillon, aucune différence, en fonction de la catégorie socioprofessionnelle, contrairement à Azoulay et coll. (2007), qui, dans leur cohorte, ont vu la productivité augmenter avec l’élévation du niveau socio-professionnel.

Les localisations modes d’appréhension

Le G%

10La distribution des résultats obtenus montre, principalement, une augmentation des réponses globales par rapport aux anciennes normes. En effet, le G% moyen de notre échantillon avoisine 37 % (contre 20-25 % dans les anciennes normes), ce qui va dans le sens des travaux relativement récents d’Azoulay et coll. (2007), sur la population adolescente (43,3 %). Le pourcentage, que nous avons obtenu, est très proche de celui (35,89 %) caractérisant la population francophone adulte de Sultan et coll. (2004), évalué dans le système de cotation Exner ou, encore, celui de la population francophone belge, de Mormont et coll. (2007) analysée par le même système (38,6 %).

Tableau 1

Moyennes obtenues par les 310 sujets, pour les principaux indicateurs du psychogramme

Tableau de données statistiques avec moyennes, types d'écart, minimums et maximums pour divers indicateurs psychographiques de 310 sujets.
Indicateurs N = 310 Moyenne Écart type Minimum Maximum 28,16 14,75 10 94 37,5 s 17,55 s 12 s 145 s de latence 13,2 s 9,3 s 1 s 69 s 36,83 % 18,17 5 % 93 % 57,24 % 15,95 7 % 94 % 3,13 % 4,96 0 % 28 % 1,99 % 3,15 0 % 19 % 0,77 % 2,23 0 % 20 % 57,81 % 17,16 6 % 94 % 60,86 % 14,65 0 % 100 % 42,55 % 13,6 6 % 90 % 15,85 % 8,42 0 % 48 % 13,3 % 8,85 0 % 43 % K 2,42 2,04 0 13 k 3,82 3,44 0 20 Cpond 3,36 2,87 0 22,5 Epond 1,04 1,26 0 11,5 35,94 % 8,71 13 % 70 % 4,83 1,57 0 9

Moyennes obtenues par les 310 sujets, pour les principaux indicateurs du psychogramme

Le D%

11Parallèlement à l’augmentation relevée des réponses globales, on ne doit pas s’étonner de la légère diminution des réponses de grand détail. Dans notre échantillon, leur pourcentage moyen atteint 57,24 %, soit un peu moins que les normes classiquement admises (60-65 %), mais davantage que dans l’échantillon d’adolescents d’Azoulay et coll. (43,6 %), bien que la comparaison soit, ici, difficile, car ces auteurs ont fait leurs calculs en intégrant une liste de nouveaux grands détails. La même remarque vaut si on envisage la comparaison avec le système Exner, en France, par Sultan et coll. (2004) (D% moyen de 43 %).

Le Dd% + Dbl%

12Les normes, fournies pour cet indicateur, étaient classiquement cumulées avec la fréquence des réponses intégrant le blanc pur, l’ensemble ne devant pas dépasser 10 %. Ces deux indicateurs apparaissent avec une faible fréquence dans notre échantillon (Dd% de 3,13 % et 1,99 % pour le Dbl% pur). La comparaison avec les données d’Azoulay et coll. montre une discordance, explicable pour le Dd% et une convergence dans les pourcentages de Dbl purs. Le pourcentage de Dbl purs est, en effet, de 2,9 %, dans la cohorte parisienne, tandis que le pourcentage de Dd atteint 10,2 %. L’écart, par rapport à nos données, pour le Dd%, dans la mesure où 11 grands détails, de la liste classique Beizmann (1966), ont été transformés, du fait de leur fréquence d’apparition en petits détails, par l’équipe de Paris 5, ce qui explique que les pourcentages de petit détails soit beaucoup plus élevés que dans notre propre cohorte (et que, parallèlement, le pourcentage de grands détails soit plus faible dans l’échantillon parisien). Les différences de cotation ne permettent pas la comparaison avec les données obtenues par la méthode Exner.

Le Di% (anciennement Do%) [3]

13Cet indicateur n’existe pas dans la cotation Exner. Cette découpe a toujours été rare. L’équipe de Paris 5, dans sa publication de 2007, ne donne pas de pourcentage là-dessus. Cette fréquence d’apparition, très faible, se retrouve, dans notre échantillon, puisque la fréquence d’apparition de cette réponse n’est que de 0,77 %.

Les déterminants

Les indicateurs de qualité formelle

Le F%

14La moyenne obtenue par notre cohorte est de 57,8 %. Elle est assez proche de celle obtenue par l’école de Paris Descartes (Azoulay et coll. 2007) sur la population adolescente (61,3 %) et pas très éloignée des anciennes normes, situant le F% entre 50 % et 65 %, en fonction de la productivité. La comparaison avec le système Exner n’est plus possible, car le codage de la forme et de son niveau de qualité suit une procédure différente dans le système américain.

Le F+%

15La moyenne obtenue par notre échantillon est proche de 61 %. Elle n’est pas très éloignée de l’école de Paris sur la population adolescente (65 %). Le léger écart entre les deux moyennes peut s’expliquer par le fait que nous avons conservé les critères initiaux de Beizmann (1966) en s’ajustant, à sa liste de F+ et F-, alors qu’Azoulay et coll. (2007) l’ont aligné sur le critère d’Exner (2003), considérant que toute réponse donnée par au moins 2 % des sujets devenait F+. Il faut, surtout, noter la chute du F+% dans nos deux recherches, qui met en évidence un constat qualitatif, formulé par nombre de cliniciens, utilisateurs du test de Rorschach sur une population tout-venant. Il convient de rappeler que les anciennes normes étaient beaucoup plus proches de la fourchette 80-85 %. L’hypothèse qu’on peut poser, pour expliquer cet affaiblissement marqué du rapport à la réalité, lié à un moins bon compromis entre réalité interne et configuration externe objective de la planche, est d’avancer que l’accrochage à la réalité est moins serré dans la génération tout-venant actuelle, parce que le primat est accordé au pôle imaginaire ou au pôle pulsionnel, susceptible de désorganiser plus souvent l’ajustement à la réalité.

Les indicateurs kinesthésiques – Les grandes kinesthésies humaines (K, KC, KC’, KCC’ [4], KClob)

16Le nombre moyen de réponse kinesthésie humaine (K) est de 2,42. Les variables âge, sexe et statut matrimonial ne montrent pas de différences significatives (pour Z [5] = 1,96). Néanmoins, nous pouvons voir des différences significatives à 1 % entre les sujets des catégories défavorisée et intermédiaire (Z = - 3,21) et les sujets des catégories défavorisée et favorisée (Z = - 3,67). Ici, nous pouvons observer que les sujets de la catégorie défavorisée donnent moins de réponses K, que les sujets des catégories intermédiaire et favorisée. Ce résultat est tout à fait superposable à celui obtenu par Azoulay et coll. (2007), qui enregistraient la même évolution, en fonction de la catégorie socioprofessionnelle. Ces auteurs ne fournissant pas de normes moyennes séparées pour les grandes et petites kinesthésies, il n’est pas possible de situer notre résultat par rapport au leur. Seule, une comparaison du nombre total de kinesthésies sera possible. Par rapport au système Exner, la cotation des grandes kinesthésies (M dans le système Exner) est assez proche, bien que non rigoureusement équivalente. On ne doit donc pas s’étonner de l’écart entre nos données et les données françaises et belges des moyennes M, obtenues par Sultan et coll. (2004) et Mormont et coll. (2007), respectivement 3,85 et 3,6.

Les petites kinesthésies (kan, kp, kob)

17Le nombre moyen de réponses kinesthésiques, kan, kp et kob, par sujet, est de 3,82. La production de kinesthésies mineures est donc, en moyenne, supérieure à celles des grandes kinesthésies. La comparaison avec les données Exner est, ici, plus problématique, en raison d’un système de codification différent. En revanche, il est possible de comparer la moyenne de l’ensemble des réponses kinesthésiques (K+k) de notre échantillon aux données d’Azoulay et coll. (2007), sur la population adolescente. Le surinvestissement de l’imaginaire apparaît plus marqué, dans notre échantillon (moyenne de 6,24 contre 4,7), que dans l’échantillon parisien, alors que nous aboutirons au résultat inverse, au niveau du pôle sensoriel (moyenne de 4,40 dans notre échantillon, contre 6,5, dans la population adolescente parisienne). Nous posons l’hypothèse que cette différence est liée à des processus d’intériorisation et de contrôle, plus marqués dans la population adulte, alors que l’expression émotionnelle, la labilité émotionnelle et pulsionnelle, sont plus importantes dans la cohorte adolescente.

Les sommes couleurs (CF, C, FC et C’F, C’, FC’)

18Les sommes couleurs moyennes, que nous obtenons (3,36), ne peuvent être comparées aux données d’Azoulay et coll. (2007), qui ne fournissent pas d’indicateur séparé des réponses estompages. Elles sont beaucoup plus réduites que le total Sum Color et Sum C’, du système Exner (5,85, dans la cohorte de Sultan et coll., 2004 et 6,54, dans celle de Mormont et coll., 2007). Les deux systèmes ne sont pas rigoureusement superposables pour la cotation de cet indicateur. On peut avancer, comme autre hypothèse explicative, une taille des échantillons, beaucoup plus réduite dans les deux recherches françaises, utilisant la cotation Exner (respectivement 146 et 100 sujets) et un nombre R moyen un peu plus faible, lorsqu’on le compare à nos données.

Réactivité à la couleur RC% (réponses aux planches pastel)

19Cet indicateur n’a pas d’équivalent dans la cotation Exner. Il approche les 36 % dans notre échantillon, ce qui est très voisin du pourcentage obtenu sur la population adolescente, par Azoulay et coll. (2007) et peu éloigné des normes données classiquement antérieurement (fourchette comprise entre 30 et 35 %).

Le déterminant estompage

20La comparaison avec le système Exner est plus problématique, car la Sum Shading, dans ce système, n’est pas complètement superposable à la somme Estompage de notre système. La comparaison, avec la cohorte parisienne adolescente, selon le système de l’école de Paris, n’est pas possible, car leurs auteurs ont cumulé les déterminants sensoriels couleurs et estompage. On peut noter, cependant, dans notre échantillon, un recours peu marqué au déterminant estompage (moyenne de 1,04, pour la somme estompage pondérée).

Les contenus

Les réponses Animales (A%)

21Nous n’avons comptabilisé que les animaux purs. Nous obtenons un A% moyen approchant les 43 %, ce qui correspond à la norme actuelle (40-45 %), ainsi qu’à celle établie par Rausch de Traubenberg (35-50 %). Cette dernière considère le A% comme un indice de bonne adaptation sociale et de participation à la mentalité collective, que nous constatons dans notre échantillon. Cet indicateur est, probablement, le plus stable dans le temps. La codification américaine du contenu animal étant proche de la nôtre, nous aboutissons, dans les deux cohortes belges et francophones, testées par le système Exner, pratiquement au même pourcentage (44 %). Ce dernier étant, lui-même, peu différent du pourcentage obtenu par Azoulay et coll. (2007) sur la population adolescente parisienne (45 %). Le ratio d’une fréquence d’apparition, quatre fois plus importante, des réponses animales entières A, par rapport à leurs homologues parcellaires Ad, ne se retrouve pas chez 34,19 % de notre population, ce que nous commenterons dans la partie consacrée à la discussion de nos résultats, au regard de l’évolution de la société.

Les réponses humaines (H%)

22Nous n’avons calculé qu’un H% pur (sans comptabiliser les H et Hd, cotées entre parenthèses). Dans notre étude, le H% moyen est, environ, égal à 16 %. Ce pourcentage est toujours compris dans la norme actuelle, qui le situe entre 15 % et 20 %. Cet indicateur nous apparaît, également, très stable dans le temps. En effet, le pourcentage moyen de réponses humaines est rigoureusement le même dans l’échantillon d’adolescents de la recherche d’Azoulay et coll. (2007). Il est très voisin dans la cotation Exner, puisqu’il est de 17,4 % dans les deux cohortes étudiées par la méthode Exner en Belgique (Mormont et coll., 2007 ; Sultan et coll., 2004). Nous attirons, néanmoins, l’attention du lecteur, sur une dimension non évaluée dans les recherches que nous venons de citer, relative au ratio entre les réponses H et Hd. Le ratio de 2 H, pour 1 Hd, donné comme norme classique, ne se retrouve pas pour près de 40 % des 310 sujets de nos échantillons, ce qui nous semble important et sera commenté dans la discussion de nos résultats, par rapport à l’évolution de la société.

L’indicateur d’angoisse IA% (Hd+Anat +Sex+Sang X100/R)

23Cet indicateur a une validité qui a été discutée (Tychey, 1986). Ceci explique, peut-être, qu’il ne soit pas fourni dans l’étude d’Azoulay et coll. (2007) et qu’il n’existe pas dans la cotation Exner. Les normes anciennes fixent le pourcentage à ne pas dépasser à 12 %. Or, ce pourcentage a légèrement augmenté, au vu des résultats obtenus par notre échantillon de 310 sujets. Il atteint, en effet, 13,3 % en moyenne, avec des écarts de score important dans notre cohorte (écart-type de 8,85 % et distribution des scores allant de 0 à 43 % sur notre population tout-venant).

Rubrique qualitative

Les réponses banales

24La moyenne de banalités, que nous obtenons (4,83), est très proche des anciennes normes (fourchette entre 5 et 7) et des nouvelles, proposées dans le système Exner (moyenne de 5,48 pour Mormont et coll. [2007] et de 5,65 pour Sultan et coll. [2004]). Azoulay et coll. (2007) ne fournissent pas de moyenne de banalités obtenue par leur échantillon, mais notent qu’elles ont adopté, comme critère de définition de la banalité, non pas le critère initial (fréquence d’apparition d’une fois sur 3 réponses), mais un critère d’une apparition une fois sur six. En prenant le premier critère, plus exigeant, la liste des banalités se réduirait à 5 (P1 : papillon ou chauve-souris, P3 : deux personnages et papillon ou noeud papillon, P5 : papillon ou chauve-souris, P8 : les deux animaux latéraux). Nous suivons ces auteurs, pour considérer que leur présence est nécessaire pour que le protocole Rorschach puisse être considéré comme adaptatif (précisons, au niveau de la sphère liée à l’adaptation sociale).

25En prenant, pour référence, une fréquence d’apparition d’au moins une fois sur six, nous pouvons proposer, comme nouvelle banalité, la réponse masque, donnée en G/bl, à la planche 1, par 29,35 % des sujets, ce qui va dans le sens des résultats d’Azoulay et coll. (2007), mais pas, comme le proposent ces auteurs, la réponse tête humaine, à la planche 10 en D/bl, car cette réponse n’apparaît que peu dans notre échantillon. En revanche, nous pouvons proposer, comme nouvelle banalité, la réponse animal ou tête d’animal, donnée pour le deuxième tiers de la planche 7, par 27,74 % des sujets et la réponse « feux d’artifice », produite, en G, à la planche 10 par 20 % des adultes de notre échantillon. Il nous faut, par contre, éliminer de la liste des réponses banales, deux réponses qui avaient cette valeur dans l’ancienne liste des banalités, à la planche 10 et qui n’apparaissent que très peu dans notre cohorte : la tête de lapin, dans le détail vert central et les animaux, dans le détail gris supérieur. Il faut, également, relever que deux autres réponses banales de l’ancienne liste perdent ce statut, en raison de la faiblesse de leur fréquence d’apparition dans notre échantillon : la réponse Peau, en global, à la planche 4 et la tête humaine, dans le détail rose de la planche 9.

Discussion des résultats, au regard de l’évolution de la société

26Nous souhaitons, maintenant, analyser, en détail, les évolutions de nos distributions, qui nous permettent de poser l’hypothèse d’une fragilisation plus marquée des assises narcissiques de la population tout-venant, susceptible de pré-organiser davantage le mode d’organisation de la personnalité de registre limite-narcissique. Plusieurs données nous autorisent à étayer cette conjecture.

La fragilisation plus grande de la représentation de soi

27La fragilisation plus grande de la représentation de soi est exprimée à travers les contenus animaux et humains, l’indice d’angoisse et, également, les aspects qualitatifs de la verbalisation. Il convient de rappeler, au lecteur, que ces deux contenus (animaux A et humains H) sont ceux, qui sont le plus fréquemment produits au cours de la passation d’un test de Rorschach. Or, ils ont subi une évolution impressionnante, par rapport aux anciennes normes. En effet :

28– Le rapport entre les réponses H et Hd n’est pas respecté, avec une prévalence préjudiciable des réponses Hd, pour 39,80 % des sujets de notre cohorte.

29– La même remarque vaut pour le rapport entre A et Ad, avec une fréquence, anormalement élevée, de réponses Ad, pour 34,19 % des sujets de notre cohorte.

30– La répartition des sujets, au niveau de l’indice d’angoisse (regroupant les contenus Hd, Anat, Sex et Sang, qui traduisent une fragmentation de la représentation de soi), est également intéressante à observer, puisque 49,68 % des sujets ont un indice d’angoisse supérieur à la norme.

31– L’analyse des indicateurs, renvoyant aux aspects qualitatifs de la verbalisation, en lien avec l’unité ou la fragilisation narcissique, ne manque pas d’intérêt non plus. Notre attention s’est concentrée, ici, (bien que nous ne disposions d’aucune norme ancienne sur ce plan), sur la fréquence d’apparition des cotations Autocritique et Defect. Ces deux cotations, caractérisant la quatrième colonne de la cotation, ont été attribuées, au moins une fois, à 61,29 % de sujets, pour la cotation Autocritique et à 55,16 %, pour la cotation Defect, ce qui traduit une atteinte narcissique de la représentation de soi.

La centration sur soi et le repli narcissique à travers les mouvements kinesthésiques

32Nous avons, ici, comparé les kinesthésies de posture, à l’ensemble de toutes les kinesthésies de notre population, à savoir 2 035 occurrences. Nous pouvons observer que, parmi toutes les kinesthésies, données par les sujets, celles de posture ou statique non interactive, sont majoritaires, avec une fréquence de plus de 57 %. Ces kinesthésies renvoient à une centration sur soi de registre limite narcissique (kinesthésies statiques non interactives pour nos collègues belges, voir Richelle, Debroux, Malampre, De Noose, 2009) et à une difficulté d’investissement objectal chez nos sujets.

33Deux autres indicateurs kinesthésiques attirent notre attention, tant leur fréquence d’apparition est importante. Il s’agit des scénarii, comportant une thématique de reflet et de relation en miroir, qu’on retrouve dans 24 % de la population, ainsi que ceux comportant une insistance sur le lien anaclitique (humains ou animaux attachés, reliés, accrochés ou arrivant difficilement à se séparer), témoignant d’une relation d’objet anaclitique, présente dans 20 % des protocoles. La lutte antidépressive, à valeur de défense maniaque contre l’angoisse de séparation, typique du sujet présentant un mode d’organisation de personnalité narcissique limite, s’exprime, de façon parallèle, à la fin du test (planche X) : la réponse « feux d’artifice », fournie à cette planche, répond, en effet, à nos critères de nouvelle réponse banale, puisqu’elle est donnée par 20 % de notre échantillon. Si on ajoute les autres thématiques de fête, à valence identique, projetées à cette planche (carnaval, fête foraine, bal…), le pourcentage monte même à 28 %.

34En revanche, l’examen des scénarii kinesthésiques, à valence oedipienne génitale (caractéristiques d’une structure de personnalité organisée sur un mode névrotique), est richement informatif. Pour l’examiner, nous avons comptabilisé les réponses kinesthésiques comportant soit un versant interactif positif libidinal (interactions de congruence entre les deux protagonistes de la scène) soit un versant négatif agressif d’opposition compétition ou d’impossibilité à réaliser le désir, avec un va-et-vient entre désir et interdit de sa réalisation. Or, ce type de scénario n’est élaboré que par 25,7 % des sujets. Ce point sera confirmé par les indicateurs liés à la difficulté de symbolisation d’images parentales sur un mode différencié œdipien, qui feront l’objet de l’analyse de la section suivante.

35Pour conclure, par rapport à la distribution des réponses kinesthésiques, que nous venons d’évoquer, cette dernière traduit, à travers les représentations de relations déployées, la nature de la relation d’objet dominante du sujet, liée, pour Shentoub (1991) comme pour Bergeret (1974), à son mode d’organisation structurale. Les différents pourcentages que nous venons d’analyser, pour chaque type de scénario, attestent, au sein de la population tout-venant, de la dominante des positions de désinvestissement objectal et de repli narcissique, associées à des luttes défensives antidépressives ou à la recherche d’objets, ayant une valence plus anaclitique que sexuelle. Les dynamiques oedipiennes ne semblent élaborées que par un quart de la population tout-venant.

La difficulté de symbolisation d’images parentales sur un mode différencié œdipien

36Cette dimension traduit, également, selon nous, un type d’organisation de personnalité construit plutôt sur un mode préoedipien narcissique limite. Elle n’est pas facile à appréhender dans la clinique projective du Rorschach. Elle suppose, selon nous, la capacité de réussir à prendre en considération le contenu latent, à valence de puissance phallique, de la planche IV et la capacité de désigner cette planche, symboliquement, comme la planche pouvant « représenter, symboliser le père », lorsqu’à la fin de la passation, nous introduisons cette question supplémentaire, après avoir demandé au sujet quelles étaient ses planches préférées et ses planches non aimées. Elle implique, parallèlement, à notre avis, d’être capable de désigner une des deux planches, dont le contenu latent renvoie à la figure maternelle (Planches VII et IX) comme pouvant « représenter, symboliser la mère », lorsque nous interrogeons le sujet sur ce thème, à la fin de l’épreuve, des choix et rejets.

37Les distributions statistiques de choix, obtenues ici, sont édifiantes. Nous les présenterons, d’abord, au lecteur, sous forme de tableaux, avant de les commenter chacun.

Choix de la planche paternelle, maternelle et soi (auto-représentation)

Planche paternelle

Tableau 2

Planche pouvant représenter la figure paternelle, choix des hommes et choix des femmes

Tableau comparant les choix des hommes et des femmes sur différentes planches. Pourcentage de réponses pour chaque option.
Planche I II III IV V VI VII VIII IX X Sans réponse Choix des hommes 7,1 % 10 % 9,3 % 17,9 % 5 % 3,6 % 6,4 % 9,3 % 5,7 % 6,4 % 20,7 % Choix des femmes 8,7 % 7,6 % 8,7 % 17,4 % 7,6 % 8,7 % 6,4 % 10,5 % 4,1 % 5,8 % 14,5 % Fréquence moyenne des choix 7,9 % 8,8 % 9 % 17,65 % 6,3 % 6,15 % 6,4 % 9,9 % 4,9 % 6,2 % 17,6 %

Planche pouvant représenter la figure paternelle, choix des hommes et choix des femmes

38Une première remarque, d’abord : 17,6 % des sujets tout-venant se sont trouvés dans l’impossibilité de choisir une planche pouvant symboliser, représenter, sa figure paternelle (tableau 2). Cette difficulté peut être due, soit à la trop grande négativité de cette figure paternelle, soit à la fragilisation de son intériorisation, soit à un déficit plus global du fonctionnement imaginaire et des capacités de symbolisation de la personne. Une fréquence identique de sujets parvient à élaborer la valence symbolique de puissance phallique de la planche IV, comme représentante de la figure paternelle, ce qui apporte une confirmation empirique à la valeur symbolique supposée de cette planche, telle qu’elle est posée par l’école de Paris (Rausch de Traubenberg 1990 ; Chabert 1983, 1987), car cette fréquence se différencie, significativement, de toutes les autres données aux autres planches, dont les fréquences de choix restent assez proches les unes des autres. Un lecteur critique pourrait nous faire remarquer que, même si la planche IV reçoit un choix plus important, elle ne recueille que 17,65 % des suffrages. Nous interprétons, pour notre part, cette relative faiblesse de fréquence, comme le signe d’une difficulté grandissante à symboliser le père comme le garant de l’autorité, de la puissance, de la loi. Une telle symbolisation ne pouvant être possible que pour des sujets qui sont parvenus à s’organiser, à élaborer une dynamique oedipienne, dont le nombre, dans la population générale tout-venant, se réduirait, donc, à une faible part, au vu de ces indicateurs. D’un autre côté, il existe très peu de différences en fonction du sexe du sujet pour cet indicateur.

Planche maternelle

Tableau 3

Planche pouvant représenter la figure maternelle, choix des hommes et choix des femmes

Tableau avec pourcentages de choix des hommes et des femmes sur différentes planches.
Planche I II III IV V VI VII VIII IX X Sans réponse Choix des hommes 3,6 % 2,1 % 22,9 % 2,8 % 3,6 % 2,1 % 20,7 % 4,3 % 9,3 % 14,3 % 15 % Choix des femmes 5,8 % 10,9 % 15 % 3,5 % 4,1 % 1,7 % 15 % 8,1 % 8,1 % 13,9 % 13,9 % Fréquence moyenne des choix 4,7 % 6,5 % 18,95 % 3,1 % 3,85 % 1,9 % 17,85 % 6,2 % 8,7 % 14,1 % 14,45 %

Planche pouvant représenter la figure maternelle, choix des hommes et choix des femmes

39La difficulté à choisir une planche maternelle caractérise 14,45 % de l’échantillon (tableau 3). Nous émettrons, à son propos, les mêmes conjectures, que celles, qui ont été formulées, plus haut relativement à l’incapacité à choisir une planche paternelle. Les résultats obtenus viennent, à la fois, confirmer et nuancer les valeurs symboliques, habituellement accordées par l’école de Paris Descartes, aux planches du test de Rorschach. Trois planches reçoivent, en effet, des fréquences de choix, qui les distinguent significativement des autres : par ordre décroissant, la planche III (choisie encore plus fréquemment par les hommes [22,9 %], pour représenter la figure maternelle), qui recueille, en moyenne, 18,95 % de l’ensemble des suffrages et devance la planche considérée, par la plupart des membres de l’école de Paris Descartes, comme ayant la valence maternelle la plus marquée, à savoir la planche VII (17,85 %) et suivie de la planche X (14,45 %), dont la valeur maternelle n’a été défendue, à notre connaissance, que par un seul auteur, il y a fort longtemps (Orr, 1961).

40Nous soulignerons, d’abord, qu’un pourcentage équivalent, mais, malgré tout, réduit de sujets, parvient à intégrer la symbolique maternelle de la planche VII et la symbolique paternelle de la planche IV. Le vrai résultat surprenant est la prégnance (encore plus marquée chez les hommes) du choix des planches III et X comme planches maternelles. Si on cumule les réponses à ces deux planches, 37,2 % des hommes privilégient une de ces deux planches et 33,05 % des femmes font de même. Il nous semble que cette distribution doit être analysée en fonction de choix opérés, pour se représenter soi-même à travers une des planches du test. Nous constatons en effet, avec surprise, qu’un pourcentage, pratiquement identique, des mêmes hommes et femmes, choisissent une de ces deux planches (33,4 % des hommes et 34,9 % des femmes) pour se représenter. La juxtaposition de ces deux constats nous conduit à avancer que plus d’un tiers des hommes ont manifestement structuré une identification féminine dominante, alors que cette identification ne caractérise, également, qu’un tiers des femmes de notre échantillon. Ce résultat converge, selon nous, avec ceux, soulignés antérieurement, à propos des indicateurs du psychogramme et des caractéristiques des scénarii kinesthésiques, pour traduire la difficulté d’organisation de la personnalité à un niveau oedipien, pour les adultes des deux sexes. La faiblesse de fréquence des femmes ayant structuré une identification féminine maternelle, au vu des planches choisies et le nombre non négligeable d’hommes qui, à partir du même indicateur, sont restés dans ce type d’identification, vient asseoir, selon nous, cette conjecture, confirmée, pour les hommes, par la fréquence très réduite des planches IV et VI, à symbolique phallique, pour s’auto-représenter (respectivement choisies par 3,3 % et 6,2 % des hommes). Pourtant, la planche IV reste, significativement, plus souvent reconnue que les autres planches, comme pouvant représenter la puissance phallique paternelle, même si cette symbolisation n’est possible que pour 17,9 % des hommes de notre cohorte, ce qui traduit, selon nous, à la fois, la fragilisation de l’investissement libidinal de la figure paternelle et son peu de consistance grandissant comme modèle identificatoire. Cette hypothèse va dans le sens d’écrits antérieurs (Hurstel, 1996, 2001), soulignant la fragilisation de la fonction paternelle. Elle offre une piste de réflexion intéressante, pour rendre compte, avec les autres indicateurs que nous avons passés en revue, de l’inflation grandissante des fonctionnements limites narcissiques dans cette population tout-venant.

Choix de la planche pour s’auto-représenter

Tableau 4

Planches choisies par les hommes et par les femmes pour s’auto-représenter

Tableau comparatif des choix de planches par hommes et femmes avec fréquences et réponses sans.
Planche I II III IV V VI VII VIII IX X Sans réponse Choix des hommes 4,8 % 14,6 % 10,4 % 3,3 % 7,6 % 6,2 % 3,3 % 9 % 4% 23 % 15 % Choix des femmes 5,2 % 8% 13,2 % 0,6 % 8 % 2,4 % 15,4 % 7,5 % 9,8 % 21,7 % 13,9 % Fréquence moyenne des choix 5 % 11,3 % 11,8 % 1,95 % 7,8 % 4,3 % 9,35 % 8,25 % 6,9 % 22,35 % 14,55 %

Planches choisies par les hommes et par les femmes pour s’auto-représenter

41Il ressort de ce tableau (tableau 4), que la planche privilégiée pour l’auto-représentation est la planche X, qui recueille 22,35 % des suffrages, ce qui la différencie, significativement, des autres planches. La planche III vient en seconde position, avec 11,8 % des suffrages. La nouvelle méthodologie d’enquête, que nous avons instituée (c’està-dire de demander à chaque sujet de choisir une planche pouvant « représenter/symboliser » sa mère, son père, puis lui-même) apporte un éclairage nouveau. Elle permet de mettre en évidence que les différences liées au sexe sont faibles, pour les planches les plus choisies pour s’auto-représenter et posées, en même temps, comme planches préférées. En revanche, il est étonnant de constater que ces deux planches sont, aussi, celles qui sont, le plus souvent, choisies, à la fois pour symboliser la mère et s’auto-représenter, ce qui suggère une tendance à l’identification maternelle chez les hommes et une identification maternelle possible pour 34,9 % des femmes (en cumulant les pourcentages fournis aux planches III et X), ce qui nous semble faible. La juxtaposition de ces deux constats va dans le sens d’une difficulté marquée de l’identification sexuée pour les sujets des deux sexes.

Choix des planches préférées et rejetées

Choix de la planche préférée

Tableau 5

Planche préférée par les hommes, par les femmes

Tableau montrant les préférences des hommes et des femmes pour différentes planches avec des pourcentages de réponses.
Planche I II III IV V VI VII VIII IX X Sans réponse Choix des hommes 4,9 % 4,9 % 27,9 % 6,1 % 9 % 3,3 % 6,6 % 8,2 % 5,3 % 23,8 % 0% Choix des femmes 3,8 % 5,9 % 26,2 % 2,1 % 4,9 % 2,8 % 11 % 6,6 % 9,3 % 27,6 % 0% Fréquence moyenne des choix 4,3 % 5,4 % 27 % 3,9 % 6,7 % 3 % 9% 7,3 % 7,5 %% 25,80 % 0%

Planche préférée par les hommes, par les femmes

42Il faut relever que deux planches se démarquent de façon statistiquement significative de toutes les autres et recueillent, chacune, plus d’un quart de suffrages, comme planche préférée (tableau 5) : les planches III et X, qui sont, également, les deux planches les plus choisies pour figurer la planche maternelle. Ce résultat témoigne, selon nous, chez les hommes, à la fois, de la force du lien maternel et de la prégnance de l’identification maternelle chez eux. Parallèlement, seuls 9,4 % choisissent une des deux planches à symbolique phallique (IV et VI) comme planche préférée, ce qui traduit chez eux, à notre avis, la difficulté de structurer une identification phallique satisfaisante. Il faut relever, aussi, que les planches VII et IX, qui étaient symbolisées comme maternelles, avec une fréquence assez proche, par les hommes et les femmes, mais choisies significativement, plus souvent, par les femmes pour s’auto-représenter (15,4 % à la planche VII, contre 3,5 % pour les hommes, 9,8 % à la planche IX contre 4 % aux hommes). Ces planches sont également choisies près de deux fois plus souvent par les femmes, comme planche préférée, ce qui suggère des identifications à la figure maternelle, plus facilement structurable, à ces deux planches, pour les femmes, même si les pourcentages globaux enregistrés ne sont pas très élevés.

43La comparaison de nos résultats à ceux obtenus, en France, il y a près de quarante ans, par Bolzinger (1973), qui appelait, précisément, à cette époque, à l’élaboration de travaux de recherches comparatifs, ne manque pas d’intérêt, même si elle doit être faite avec prudence, en raison des différences dans les méthodologies utilisées. En effet, si le nombre de sujets tout-venant est voisin dans les deux groupes et sur le plan de la stratification socioculturelle et du sexe, les âges sont foncièrement différents, dans la mesure où la population de Bolzinger est beaucoup plus jeune (18 à 35 ans, composée de célibataires) et que Bolzinger demandait à ses sujets de choisir deux planches préférées et deux planches rejetées, contre un seul choix préféré et rejeté, pour le nôtre, à qui il était demandé en plus, de choisir une planche maternelle, paternelle et d’auto-représentation (afin de tester la nature de l’identification structurée).

44Le point commun porte sur la préférence, qui reste stable, pour les deux planches III (44,3 % des choix positifs, chez Bolzinger, contre 27 % dans notre échantillon) et X (34 % des choix chez Bolzinger, contre 25,8 %). En revanche, les planches couleurs VIII et IX, qui arrivent en troisième et quatrième choix préférentiel chez Bolzinger (avec, respectivement, 31 %et 27 %des personnes) sont beaucoup moins souvent choisies par les sujets de notre échantillon et ne recueillent que 7,3 % et 7,5 % des suffrages, ce que nous interprétons comme le signe d’une moindre sensibilité à l’environnement.

Choix de la planche la moins aimée

Tableau 6

Planche la moins aimée, par les hommes, par les femmes

Tableau de pourcentages pour les choix des hommes et des femmes.
Planche I II III IV V VI VII VIII IX X Sans réponse Choix des hommes 10,2 % 13,4 % 2,4 % 15,4 % 6,5 % 13,4 % 10,6 % 6,5 % 13 % 8,1 % 0,40 % Choix des femmes 14,2 % 7% 1,8 % 26,2 % 8,9 % 12 % 5,7 % 5,3 % 11,7 % 6,7 % 0,40 % Fréquence moyenne des choix 12,3 % 11,9 % 2,1 % 21,2 % 7,8 % 12,7 % 7,9 % 5,9 % 12,3 % 7,4 % 0,40 %

Planche la moins aimée, par les hommes, par les femmes

45La planche la moins aimée (tableau 6), pour les deux sexes, est la planche à symbolique phallique (paternelle) : la planche IV. Ce qui traduit, à notre avis, la difficulté d’investissement de la figure masculine. Une partie importante de la population de Bolzinger étant adolescente ou post-adolescente, il ne faut pas s’étonner que le pourcentage de rejets de la planche IV soit encore plus élevé dans son échantillon (37,7 %, contre 21,2 % dans le nôtre), à une époque, où la socio-psychanalyse théorisait sur la révolte contre le père (Mendel, 1968). Il n’est pas inintéressant de constater que la planche VI (à symbolique phallique et sexuelle) est la deuxième planche la plus rejetée dans notre échantillon (elle recueille 12,7 % des rejets), alors que deux autres planches (I et VII) sont davantage rejetées dans le groupe étudié par Bolzinger (1973).

Conclusion

46Cette recherche sur une population adulte, répondant au critère de normalité défini plus haut, vient, à la fois, apporter de nouveaux éléments informatifs sur les normes du psychogramme Rorschach à utiliser chez l’adulte, pour les cliniciens, appartenant à l’école de Paris Descartes, tout en venant rendre compte d’une évolution sociétale, conduisant à une plus grande fragilisation narcissique de la population générale, au moins au vu des indicateurs du test de Rorschach que nous avons privilégiés.

47L’analyse des données du psychogramme est, souvent, moyennement informative, pour le clinicien. Force nous est de constater que certains des indices de ce psychogramme sont restés très stables dans le temps à 90 ans d’intervalle (Rorschach, 1921), comme le pourcentage de réponses animales, de réponses humaines, la productivité ou encore le pourcentage de réponses formelles. En revanche, d’autres indices ont subi une évolution importante, flagrante pour le pourcentage de bonnes formes, F+% par exemple ou, encore, le G%. L’examen, autant quantitatif que qualitatif des données, confirme la fragilisation des assises narcissiques de la population tout-venant que nous avons sélectionnée. Parvenir à une représentation entière, unitaire de soi, à travers la projection des deux contenus (animaux et humains), les plus fantasmés dans ce test, devient de plus en plus difficile, pour un nombre croissant de sujets. Parvenir à une représentation de soi sexuée l’est encore davantage, car, en utilisant des critères diagnostiques structuraux (Bergeret, 1974 ; Tychey, 1994), renvoyant, à la fois, à la représentation de soi, à la relation d’objet, aux défenses dominantes et à l’angoisse dominante, que nous ne développerons pas dans cet article, moins d’un quart de notre échantillon mériterait de recevoir un diagnostic d’organisation névrotique hystérique ou obsessionnelle compensée. À partir des mêmes critères, la notion d’organisation limite ou narcissique compensée occupe, largement, le devant de la scène, ce qui, au niveau des indicateurs ponctuels que nous avons privilégiés, s’exprime de manière transparente à la fois, dans l’analyse qualitative de la fréquence des réponses parcellaires animales et humaines, et par les différents types de scénarii kinesthésiques que nous avons évalués. La nouvelle méthodologie, que nous avons mise en place, à l’épreuve des choix et rejets, apporte une pierre supplémentaire à notre conjecture de départ, sur l’impact potentiellement négatif de l’évolution sociétale actuelle. Elle demanderait à être confirmée sur un échantillon encore plus large, en comparant certains de nos résultats à ceux obtenus par l’équipe de psychologie projective de Paris 5, dont les résultats d’ensemble devraient être publiés prochainement (cette comparaison sera possible sur certains points, car leur méthodologie, pour cette étude, n’est pas rigoureusement identique à la nôtre pour tous les indicateurs). Au final et dans une perspective future de clinique de la prévention, il nous semble nécessaire de nous interroger sur les répercussions possibles, sur la parentalité et l’épigénèse interactionnelle, qui attendent les jeunes enfants et adultes, confrontés, de plus en plus fréquemment, à des séparations précoces et à des troubles de la cellule familiale.

48Sur le plan méthodologique, nous restons conscients des limites de cette recherche et de l’intérêt qu’il y aurait à corréler les indicateurs Rorschach de fragilisation narcissique privilégiés, à une validation diagnostique externe (catégorielle et/ou dimensionnelle), puis à une démarche comparative. Sur ce dernier plan, nous tenons à préciser au lecteur que nous débutons, par ailleurs, actuellement, l’exploration d’un nouvel axe de recherche, en entreprenant la collecte de données Rorschach, auprès d’une population psychiatrique (consultante en instabilité de structure de personnalité ou décompensée). Nous faisons l’hypothèse que les mouvements de fragilisation des assises narcissiques identitaires, mis en évidence dans notre cohorte, devraient être encore plus amplifiés dans ce groupe.

49Au final, bien que certaines des options, privilégiées dans cette recherche, s’écartent des choix méthodologiques classiques, opérés, parallèlement, dans le travail de validation entrepris, actuellement, par l’école de Paris Descartes (Azoulay, Emmanuelli, Corroyer, 2012), notamment au niveau de la procédure des choix et rejets en fin de passation, un grand nombre des autres indicateurs, privilégiés dans cette étude, pour rendre compte de l’évolution de notre échantillon, dans le sens d’un fonctionnement fragilisé de mode narcissique limite, gagnerait à être comparé aux fréquences relevées, pour ces mêmes indicateurs, par nos collègues parisiennes, afin d’asseoir encore davantage la validité des nouvelles normes de réponses au test de Rorschach, pour les cliniciens francophones, travaillant avec ce système de cotation et d’interprétation.

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Date de mise en ligne : 08/01/2013

https://doi.org/10.3917/bupsy.521.0453