Limore Yagil, Chrétiens et Juifs sous Vichy (1940-1944). Sauvetage et désobéissance civile, préface de Yehuda Bauer, Paris, Éditions du Cerf, collection « Histoire », 2005, 765 p., annexes comportant des tableaux récapitulatifs des sauveteurs par régions et par départements, bibliographie, index des noms propres et des noms de lieux, 59 €
- Par Sylvie Bernay
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Citer cet article
- BERNAY, Sylvie,
- Bernay, Sylvie.
- Bernay, S.
https://doi.org/10.3917/aj.391.0148c
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Notes
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Est agrégée de l’Uni-versité. Elle prépare une thèse de doctorat à l’université de Paris I sur L’Église catholique et la persécution des Juifs pendant l’Occupation en France. Entre incompréhension et sauvetages (direction : Catherine Nicault).
1 L’ouvrage de Limore Yagil se veut une approche à la fois globale et régionale du sauvetage des Juifs en France pendant l’Occupation. Il faut reconnaître que c’est une entreprise difficile, comme le souligne l’auteur lui-même à plusieurs reprises. Le travail s’appuie essentiellement sur les archives des Justes français de Yad Vashem, sur certains fonds des Archives nationales, notamment les comptes-rendus des procès des hauts fonctionnaires et des membres du gouvernement de Vichy, et les rapports des préfets pendant l’Occupation. Il faut souligner la remarquable bibliographie, surtout en ce qui concerne les monographies régionales et départementales. Le livre s’articule autour de deux parties. La première présente sous la forme d’une étude générale le contexte de la défaite après la campagne de France, la mise en place du régime de Vichy et de la politique antisémite de l’État français. La seconde brosse différentes esquisses régionales de sauvetage, réparties entre les trois zones, la zone libre, la zone occupée et la zone interdite.
2 Limore Yagil s’applique à définir le concept de désobéissance civile en remarquant au préalable que 75 % des Juifs en France ont pu échapper à la déportation vers les camps de la mort. Elle rend hommage à la population française et cherche à dresser une typologie des sauveteurs. Elle cible particulièrement certaines catégories sociales, soulignant l’attitude ambiguë de certains hauts fonctionnaires et de certains policiers, valorisant au contraire le courage de médecins, d’assistantes sociales et de certains groupes religieux, notamment des pasteurs, des communautés protestantes, des congrégations religieuses, des curés de paroisse, de certains groupes de chrétiens. Elle souligne enfin le rôle majeur des réseaux de Résistance, par opposition aux mouvements. Elle marque aussi que cette attitude de désobéissance civile a suivi l’exemple d’en haut, notamment de la hiérarchie catholique où l’épiscopat, pourtant très maréchaliste et soucieux de marquer sa déférence envers le pouvoir établi, a encouragé plus ou moins ouvertement les sauvetages. Limore Yagil marque ainsi qu’au-delà des principes de l’obéissance à l’État, la conscience individuelle, éclairée par des principes humanistes et chrétiens, a permis un vaste élan d’hospitalité et de bienfaisance envers les Juifs pourchassés.
3 Toutefois la démonstration manque souvent de rigueur. S’il faut souligner la pertinence de l’approche géographique de la seconde partie, celle-ci comporte des inexactitudes. Les découpages régionaux, parfois arbitraires, ne prennent pas clairement en compte la répartition des Juifs dans ces espaces, ainsi que les étapes de leurs migrations dans le territoire français en fonction des péripéties de la guerre ou même de la présence des camps d’internement. De même, on peut reprocher au livre de ne pas marquer rigoureusement la chronologie des faits. En outre l’auteur a curieusement tendance à atténuer grandement le rôle de Vichy dans l’élaboration des lois antijuives et à occulter sa part de responsabilité dans les rafles de l’été 1942. Et même, à trop souligner l’attitude ambiguë de certains hauts fonctionnaires, on finirait par croire qu’ils ont tous contribué à aider les Juifs. Enfin, les études régionales ont tendance à figer les sauveteurs (non-juifs) et les sauvés (juifs), sans marquer suffisamment la collaboration étonnante entre la Résistance juive, les Juifs eux-mêmes, et la population civile française. Au total une étude qui inspire des réserves, parfois sérieuses.