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Compte rendu

Ehrenheim Hedvig von, Greek Incubation Rituals in Classical and Hellenistic Times (Kernos, Suppl. 29), Liège, CIERGA/Presses universitaires de Liège, 2015, 1 vol. 16 x 24, 282 p., 10 fig. ds t.

Pages 369g à 448g

Citer cet article


  • Jost, M.
(2017). Ehrenheim Hedvig von, Greek Incubation Rituals in Classical and Hellenistic Times (Kernos, Suppl. 29), Liège, CIERGA/Presses universitaires de Liège, 2015, 1 vol. 16 x 24, 282 p., 10 fig. ds t. Revue archéologique, 64(2), 369g-448g. https://doi.org/10.3917/arch.172.0369g.

  • Jost, Madeleine.
« Ehrenheim Hedvig von, Greek Incubation Rituals in Classical and Hellenistic Times (Kernos, Suppl. 29), Liège, CIERGA/Presses universitaires de Liège, 2015, 1 vol. 16 x 24, 282 p., 10 fig. ds t. ». Revue archéologique, 2017/2 n° 64, 2017. p.369g-448g. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-archeologique-2017-2-page-369g?lang=fr.

  • JOST, Madeleine,
2017. Ehrenheim Hedvig von, Greek Incubation Rituals in Classical and Hellenistic Times (Kernos, Suppl. 29), Liège, CIERGA/Presses universitaires de Liège, 2015, 1 vol. 16 x 24, 282 p., 10 fig. ds t. Revue archéologique, 2017/2 n° 64, p.369g-448g. DOI : 10.3917/arch.172.0369g. URL : https://shs.cairn.info/revue-archeologique-2017-2-page-369g?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arch.172.0369g


1 Voici un livre agréable à lire, clairement rédigé et solidement étayé sur les sources. Le propos de l’auteur est d’analyser l’incubation (cf. incumbere, « s’allonger »), qu’elle définit comme un moyen rituel pour rencontrer une divinité au cours d’un rêve, dans un sanctuaire, afin d’obtenir guérison et santé. Les sources littéraires, épigraphiques et archéologiques sont utilisées avec un souci constant d’en respecter la diversité géographique et chronologique et, pour chaque rite, l’a. se pose la question de savoir s’il est propre à l’« incubant » ou au contraire d’un usage banal dans la religion grecque. Un appendice donne le texte et la traduction des principales sources disséquées au fur et à mesure de l’étude (textes d’Oropos, Érythrées, Amphipolis, Athènes, Le Pirée, Épidaure, Pergame, Yüntdag, textes sur Calchas et Podalire en Daunie, Plutonium d’Acharaka).

2 Cette méthode exigeante est d’abord appliquée dans un long chapitre sur « les rites et les règles ». Il s’agit en premier lieu de la préparation, de la purification et du paiement des frais. Les usages varient d’un sanctuaire à l’autre. L’a. dégage quelques points communs. Les règles qui recommandent une abstinence sexuelle ou l’abstinence de certaines nourritures sont parfois plus sévères que dans les rites ordinaires et visent à procurer une extrême pureté, nécessaire pour communiquer avec les dieux (ainsi la purification par l’eau de mer dans le Ploutos d’Aristophane). Il ne peut pas être prouvé que le jeûne ou le sacrifice préliminaire d’un animal étaient liés au statut d’« incubant » aux époques classique et hellénistique (ce sacrifice associe généralement des divinités à Asklépios : Apollon, des membres de la famille du dieu ou d’autres). Les offrandes de gâteaux en revanche, si fréquentes en Grèce, quand elles étaient faites juste avant l’incubation, peuvent avoir « aidé le processus ». Des frais devaient être payés pour la consultation (eparche à Oropos) et pour le sacrifice préliminaire (sans que la distinction entre les deux soit toujours bien nette).

3 Le jour de l’incubation le candidat pouvait porter une couronne. Le Ploutos d’Aristophane a un vêtement blanc, mais on ne sait rien de l’usage dans les autres Asklepieia. Le dortoir des sanctuaires à incubation n’a pas une forme architecturale constante — les « incubants » peuvent d’ailleurs à l’occasion dormir dans le temple du dieu, comme Ploutos. Le lieu est appelé abaton ou adyton (Épidaure, Trikka, Lébéna), ou (en)koimètérion (Oropos). L’« incubant » dormait sur des klinai ou des stibades qui étaient des lits rudimentaires temporaires (mais pas des couches de feuillage, comme on l’a cru). Dans quelques sanctuaires, il passait la nuit sur la peau de l’animal sacrifié ; ce n’est cependant pas la règle. Les hommes et les femmes pouvaient dormir ensemble ou séparément selon les sanctuaires. L’incubation par l’intermédiaire d’un proche était autorisée. Le moment du réveil s’accompagne également de rites. Un salaire était payé à Asklépios. Il n’est pas possible de prouver l’existence d’un repas commun, mais un sacrifice animal pouvait être offert après une consultation favorable (il arrivait que le malade reparte déçu) ; des offrandes plus modestes sont également bien attestées (en particulier des tablettes ou inscriptions de guérison — pinakes ou iamata — relatant le rêve). Les futurs consultants les lisaient avant leur propre incubation. Il n’y avait pas de prêtre‑interprète de ces rêves dans le sanctuaire.

4 Le deuxième chapitre est particulièrement intéressant. Il confronte l’incubation avec les divers autres domaines religieux dont on l’a rapprochée. Le modèle Olympien/Chthonien est démonté en quatre points (l’holocauste est récusée, tout comme le sacrifice d’un agneau noir qui n’est cité qu’une fois, les libations sans vin qui ne sont pas décisives ou le sacrifice de gâteaux à Zeus Meilichios, dont la nature chthonienne est à nuancer). L’incubation n’est pas de nature chthonienne. L’interprétation initiatique selon le schéma de Van Gennep n’est pas plus convaincante (dormir sur des stibades n’implique pas une retraite du monde et la personne malade n’est pas rejetée hors du groupe social normal ; il n’y a pas non plus de rite de réintégration). Enfin, l’incubation n’a pas d’affinités réelles avec les cultes à mystères, qui sont un phénomène religieux distinct.

5 Le contexte social de l’incubation est alors analysé, en revenant sur les rites étudiés dans le premier chapitre et en distinguant les rites qui sont accomplis avec les autres fidèles (comme les rites de purification, les libations, le sacrifice d’un animal, les vœux, les prières), dont certains sont rendus plus contraignants pour les « incubants » (abstinence sexuelle par exemple), et les rites qui lui appartiennent en propre comme l’offrande de gâteaux avant l’incubation (ainsi à Pergame pour Mnémosyne, qui permettait de se rappeler le rêve). Si on utilise le modèle de van Baal sur l’intensité plus ou moins haute des rites, on peut placer l’incubation parmi les rites à haute intensité puisqu’ils interviennent dans une période de crise (maladie, stérilité…). Ajoutons que la lecture des iamata (guérisons) laissés par les pèlerins soulagés de leurs maladies provoquait un état émotionnel propice à l’approche du dieu.

6 Le troisième chapitre s’intéresse aux origines et au développement de l’incubation. Le phénomène n’a son origine ni en Mésopotamie ni en Égypte ; il s’agirait plutôt d’une variante des techniques ora­culaires qui existaient dans la Grèce archaïque. Elle est apparue en premier lieu auprès de cultes héroïques, comme ceux d’Amphiaraos ou Asklépios — les héros paraissant plus proches que les dieux. Les origines de l’incubation se trouvent à Épidaure. Les premières données épigraphiques sont les iamata de ce sanctuaire ; ils rassemblent sur des grandes stèles de la seconde moitié du ive s. des récits provenant de diverses petites tablettes plus anciennes. Les origines de l’incubation à Épidaure remontent au moins au début du ve s., sinon plus tôt. Le culte d’Asklépios y a succédé à un culte d’Apollon qui a continué d’exister ; il s’est étendu au Pirée, à Oropos, à Pergame, à Lébéna — à moins que ce culte soit arrivé par l’intermédiaire de Balagrai près de Cyrène, avec des particularités propres à ces sanctuaires : le fait de dormir sur la peau de l’animal sacrifié par exemple témoigne de l’indépendance des Asklepieia attiques par rapport à Épidaure ; il en est de même pour Pergame ou Lébéna en Crète (sur ce dernier site, l’« incubant » était convoqué chez lui pour venir au sanctuaire pratiquer l’incubation). Il y a ainsi une structure commune avec des détails différents. D’autres sanctuaires que les Asklepieia présentaient des rituels d’incubation : ainsi le culte d’Hémithéa à Kastabos en Carie méridionale, le culte d’Amphilochos en Cilicie, le culte de Brizo à Délos, etc. Le chapitre se clôt par un aperçu sur l’époque romaine, avant une abondante bibliographie.

7 Cette étude, très bien documentée et argumentée, débouche sur une réelle connaissance des rituels de l’incubation, qui est une pratique originale en Grèce.

8 Madeleine Jost,

9 Université Paris Nanterre, UMR 7041, 21, allée de l’Université, F‑92023 Nanterre Cedex. madeleine.jost@mae.u‑paris10.fr


Date de mise en ligne : 20/12/2017

https://doi.org/10.3917/arch.172.0369g