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Compte rendu

Ambrosini Laura, Jolivet Vincent (dir.), Les potiers d’étrurie et leur monde. Contacts, échanges, transferts. Hommages à Mario A. Del Chiaro (coll. Armand Colin/Recherches), Paris, Armand Colin, 2014, 1 vol. 15,5 x 23,5, 504 p., 3 indices, nbreuses fig. n/b ds t.

Pages 153v à 228v

Citer cet article


  • Haumesser, L.
(2017). Ambrosini Laura, Jolivet Vincent (dir.), Les potiers d’étrurie et leur monde. Contacts, échanges, transferts. Hommages à Mario A. Del Chiaro (coll. Armand Colin/Recherches), Paris, Armand Colin, 2014, 1 vol. 15,5 x 23,5, 504 p., 3 indices, nbreuses fig. n/b ds t. Revue archéologique, 63(1), 153v-228v. https://doi.org/10.3917/arch.171.0153v.

  • Haumesser, Laurent.
« Ambrosini Laura, Jolivet Vincent (dir.), Les potiers d’étrurie et leur monde. Contacts, échanges, transferts. Hommages à Mario A. Del Chiaro (coll. Armand Colin/Recherches), Paris, Armand Colin, 2014, 1 vol. 15,5 x 23,5, 504 p., 3 indices, nbreuses fig. n/b ds t. ». Revue archéologique, 2017/1 n° 63, 2017. p.153v-228v. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-archeologique-2017-1-page-153v?lang=fr.

  • HAUMESSER, Laurent,
2017. Ambrosini Laura, Jolivet Vincent (dir.), Les potiers d’étrurie et leur monde. Contacts, échanges, transferts. Hommages à Mario A. Del Chiaro (coll. Armand Colin/Recherches), Paris, Armand Colin, 2014, 1 vol. 15,5 x 23,5, 504 p., 3 indices, nbreuses fig. n/b ds t. Revue archéologique, 2017/1 n° 63, p.153v-228v. DOI : 10.3917/arch.171.0153v. URL : https://shs.cairn.info/revue-archeologique-2017-1-page-153v?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arch.171.0153v


1 Conçu comme un hommage à l’étruscologue américain Mario Del Chiaro, ce livre se distingue avec bonheur de la plupart des volumes de mélanges, qui regroupent trop souvent des contributions disparates, qui n’ont d’autre lien que les rapports de collaboration professionnelle et amicale entre les différents auteurs et le destinataire. Rien de tel ici : si les marques d’amitié ne manquent évidemment pas dans presque chaque incipit et si les différents essais sont loin d’être homogènes du point de vue de l’approche (et même, osera‑t‑on dire, de l’intérêt), les auteurs ont dû traiter un thème imposé et l’ouvrage prend la forme d’un volume général sur la céramique étrusque. Les vases étrusques, et en particulier les vases à figures rouges, constituent en effet un des domaines de spécialité de M. Del Chiaro, mais également des deux éditeurs, Laura Ambrosini et Vincent Jolivet, qui s’inscrivent par leurs travaux et par cet exercice de pietas académique et personnelle comme les dignes héritiers du maître américain.

2 Après une courte introduction, le volume s’ouvre par une notice biographique de M. Del Chiaro (due à son élève L. Pieraccini) et une bibliographie raisonnée, outil toujours fort utile, réalisé ici par L. Ambrosini. L’importance des travaux de M. Del Chiaro dans le domaine des vases étrusques à figures rouges apparaît très clairement dans ces pages, mais on voit se dessiner également les autres lignes de force de sa carrière scientifique. C’est d’abord le travail sur le terrain, notamment en Étrurie, ainsi que sur d’autres sites de Méditerranée ; ce sont aussi les recherches conduites sur les collections étrusques (encore en partie méconnues) et plus largement antiques des musées et des collectionneurs américains, que M. Del Chiaro a contribué à faire connaître par des articles, des catalogues et des expositions. L’étruscologue a accumulé dans ces différents travaux une très riche documentation, dont il a mis une large partie à disposition des chercheurs (voir L. Ambrosini, « The Mario Del Chiaro Photographic Archive of Etruscan Vase‑Painting at the Getty Research Institute », Etruscan Studies, 17, 2014, p. 88‑91). La qualité et la variété des travaux de M. Del Chiaro justifient ainsi pleinement que ce volume soit placé idéalement sous le thème du regard du céramologue — c’est un œil grand ouvert décorant un plat hellénistique qui figure sur la couverture du livre.

3 Cet œil du connaisseur n’est pas uniquement celui de l’attribution, comme le montrent la variété des 32 études (archéologiques, typologiques, stylistiques ou iconographiques) rassemblées dans le volume, dues à 38 auteurs (certains textes sont collectifs). La liste des auteurs aurait du reste pu être plus longue, comme le montre la Tabula gratulatoria qui clôt la partie introductive et rassemble les noms des différents chercheurs qui, comme l’auteur de ces lignes, n’ont pas pu participer à l’ouvrage. Le fil rouge qui parcourt cette collection d’articles est explicité par le sous‑titre, « Contacts, échanges, transferts », qui vaut effectivement, à des degrés variés, pour tous les textes du volume, non pas (ou pas seulement) parce que les auteurs ont bien suivi les consignes données par les éditeurs, mais plus simplement parce que la circulation des formes, des styles, des images et des artisans eux‑mêmes est fondamentale dans le développement de la céramique étrusque ; celle‑ci ne saurait être considérée comme « une île complète en soi‑même », mais constitue sans nul doute le secteur de l’artisanat étrusque qui permet le mieux, sur la longue durée, de mesurer l’importance des influences extérieures et des expérimentations des artisans et des commanditaires étrusques (voir en ce sens la conclusion de V. Jolivet, p. 465). On appréciera également à sa juste valeur le choix du titre, « Les potiers d’Étrurie et leur monde » qui, à rebours de la catégorie abstraite et générale de la « céramique étrusque », part des données souvent modestes et ambiguës (la discussion repose parfois sur quelques tessons ou sur des contextes mal documentés) offertes par l’archéologie pour reconstituer la matérialité de la production des ateliers et illustrer la variété des modèles culturels des artisans et des commanditaires. Rares sont ici les présentations globalisantes sur un type de céramique — c’est le cas de l’article sur le bucchero dû à J. Gran‑Aymerich, qui synthétise des recherches antérieures —, les textes constituent davantage des études de cas spécifiques, de longueur relativement réduite. Le volume ne prétend pas non plus à l’exhaustivité : la céramique d’impasto, les amphores (voir p. 468) ou la céramique à vernis noir ne sont évoquées qu’en passant et tous les aspects de la production sont loin d’être abordés. Mais en dépit de cela, le volume réussit le tour de force de présenter un panorama des études récentes et des perspectives de recherches sur la céramique étrusque, et prend presque la forme d’un manuel, du fait notamment de l’organisation chronologique des textes, suivant quatre périodes (l’époque orientalisante [onze textes], l’époque archaïque [neuf textes], l’époque classique [quatre textes] et l’époque hellénistique [huit textes]) et de la présence bienvenue de trois index, regroupant les noms géographiques, les noms conventionnels d’artisans ou d’ateliers et les noms propres.

4 Beaucoup de textes présentent du matériel inédit, issu de fouilles localisées et qui apporte des informations nouvelles sur les différents sites. Les fouilles peuvent être anciennes, comme pour la découverte d’un mobilier funéraire faites dans les années 1960 à Vetulonia et qui comprend des vases à décor surpeints du groupe de Sokra (S. Raffanelli), pour la recontextualisation d’un cratère à figures rouges d’Étrurie septentrionale (B. Adembri), ou pour l’identification d’un mobilier vulcien dispersé à la fin du xixe s. entre Chicago et Philadelphie (R. D. De Puma et A. Blair Brownlee). Parmi les découvertes récentes figurent des amphores de Véies (F. Boitani, F. Biagi et S. Neri), qui complètent notre connaissance de la céramique étrusco‑géométrique d’Étrurie méridionale, et, surtout, une belle moisson de vases à figures noires de Vulci (A. M. Moretti Sgubini et L. Ricciardi). Les auteurs de cette étude montrent bien l’importance de ces découvertes pour la connaissance des pratiques et des mobiliers funéraires à Vulci à l’époque archaïque, qui appelleront une publication plus complète (notamment pour la statue en terre cuite évoquée p. 237, n. 32) ; elles soulignent également à juste titre, mais sans l’approfondir, l’originalité du décor d’un kyathos pontique (p. 233‑235, fig. 1 et pl. Va), montrant sur une face un pygmée déféquant entre deux grues et sur l’autre face les mêmes grues de part et d’autre d’un arbuste. Ce décor pourrait être rapproché de la représentation contemporaine des fresques de la tombe tarquinienne des Jongleurs, qui présentent dans un ordre différent exactement les mêmes éléments : l’homme déféquant au pied d’un arbuste dont s’approchent deux oiseaux noirs ; peut‑être faut‑il y voir deux variations sur le même thème (mythe ? proverbe ?) étrusque.

5 Quelques textes sont consacrés à la définition de classes de vases ou de types de productions : les amphorettes étrusco‑corinthiennes « en étrier » (V. Bellelli), les amphores stamnoïdes de Vetulonia (M. Cygielman), les askos portant la marque Atrane (D. Briquel ; étude désormais plus largement développée dans D. Briquel, Catalogue des inscriptions étrusques et italiques du musée du Louvre, Paris, 2016, p. 285‑295) ; d’autres étudient les échanges de modèles entre la céramique et les autres productions artisanales, qu’il s’agisse des vases métalliques ou en verre (G. Camporeale, J. Leone).

6 Plusieurs études se concentrent davantage sur des productions régionales et des corpus d’atelier ou de peintre, que des pièces de publication ancienne ou récente (mais provenant trop souvent du marché des antiquités et dépourvues de contexte) viennent enrichir. C’est le cas de la céramique « white‑on‑red », et en particulier de la production attribuable aux centres du Latium (M. Micozzi), et de nouveaux vases du prolifique peintre ou atelier de Micali (M. Martelli) — deux études qui montrent l’intérêt d’un croisement entre la documentation de fouille et le dépouillement attentif et patient des catalogues de collections et de ventes. Quelques articles rejoignent plus directement les travaux de classification et apportent une contribution à l’étude de la production et de la personnalité de certains artisans, comme un peintre d’amphores à figures noires du Groupe d’Orvieto à Chiusi (G. Paolucci), le Peintre de la Centauromachie de Populonia (S. Bruni), ou s’interrogent sur l’origine d’une œnochoé à figures rouges des musées Capitolins (V. Jolivet). La difficulté de l’exercice d’attribution n’est pas propre aux vases anonymes des grandes séries, comme le montre l’article que M. Scarrone consacre au peintre de Praxias et à la question très débattue des inscriptions figurant sur le vase éponyme de la Bibliothèque nationale (discussion reprise dans l’ouvrage récent de M. Scarrone, La pittura vascolare etrusca del V secolo, Rome, 2015). On sait que les deux noms figurant sur l’anse (arnthe) et la lèvre (praxias) du vase ont été interprétées de manière unitaire comme une signature d’artiste grec installé en Étrurie (Arnth Praxias), ou de manière séparée comme la signature du peintre Praxias d’un vase destiné à un Étrusque prénommé Arnth. L’a. renverse ici la proposition, faisant d’Arnth le peintre et de Praxias le destinataire du vase, ce qui expliquerait mieux les incohérences graphiques des légendes en grec. Reprenant une proposition de R. Wachter, l’a. suggère même d’y voir un échange amoureux, suivant un modèle bien attesté en Grèce. La démonstration ne nous paraît pas emporter l’adhésion et clore le débat — s’il fallait appliquer des modèles grecs, on pourrait tout aussi bien penser à une double signature, de potier (Arnth) et de peintre (voir déjà en ce sens l’étude, citée par l’a., de S. Bruni, « Attorno a Praxias », Annali della Fondazione per il Museo « Claudio Faina », xx, p. 257‑337, surtout p. 302).

7 La présence d’artisans grecs ou d’origine grecque en Étrurie est significative de l’attraction exercée par le marché étrusque sur l’artisanat grec, dont témoigne par ailleurs le flux de céramique attique, parfois conçue en fonction des goûts étrusques, qu’il s’agisse des formes ou, de manière plus difficile à déterminer, du décor (ainsi des représentations érotiques, comme le suggère V. Jolivet p. 468). C’est à ce phénomène décisif de l’importation de vases attiques qu’est consacré l’article d’A. Maggiani, qui analyse les graffites commerciaux figurant sous le pied de vases découverts à Chiusi et propose de reconstituer des logiques commerciales de lots et de cargaisons — une proposition fort suggestive, qui appelle d’autres analyses du même type, qui exploitent davantage le riche corpus des graffites commerciaux grecs (et parfois étrusques) rassemblés par A. Johnston. Inversement, on notera l’intérêt des quelques textes qui analysent la circulation et l’influence de la céramique étrusque hors d’Étrurie : dans le Latium (G. Zuchtriegel), dans les Marches (A. Coen) et plus largement en Méditerranée pour la céramique étrusco‑corinthienne (J. MacIntosh Turfa).

8 La question de la circulation des artisans et des vases est inséparable de la question de la diffusion des modèles de représentation, comme le montrent deux études consacrées à des productions qualitativement modestes mais d’une grande portée historique. L’analyse menée par F. Gilotta des cadres de représentation de la céramique à figures rouges d’époque classique montre ainsi la circulation des modèles culturels entre monde italiote et monde étrusco‑falisque. Dans son étude des plats de Genucilia, M. Torelli insiste quant à lui sur l’usage cérémoniel de ces vases (qu’il associe, pour les exemplaires de Cerveteri marqués d’un sigle HRA, à Héraklès — sans justifier l’exclusion de l’autre hypothèse d’un culte à Héra‑Uni, qui aurait mérité discussion) et sur les modèles iconographiques (notamment les monnaies) qui ont pu inspirer leur décor.

9 Les questions iconographiques sont abordées dans différents essais, qui montrent la fécondité de cette approche pour les différentes périodes de la céramique étrusque, dès l’apparition des premières images en Étrurie, avec le célèbre vase d’Aristonothos, à laquelle M. Harari consacre une fine analyse. T. Rasmussen évoque le thème populaire à l’époque orientalisante du fauve tenant une jambe dans la gueule, que l’a. associe prudemment à la chasse et à une thématique funéraire — peut‑être n’est‑il pas hors de propos de rappeler que certains vases à parfum prennent eux‑mêmes la forme d’une jambe. D’autres études analysent les représentations architecturales dans la peinture de vase et la peinture pariétale d’époque archaïque (I. E. M. Edlund‑Berry), le programme iconographique exceptionnel d’un skyphos du musée de Boston (F.‑H. Massa‑Pairault, qui s’emploie à réhabiliter une ancienne proposition de M. Del Chiaro, qui y voyait une représentation de la geste de Servius Tullius) ou le motif de l’œil sur un plat de Genucilia (L. Ambrosini).

10 Le foisonnement du livre est bien mis en évidence dans sa conclusion, rédigée par V. Jolivet, qui semble s’être livré par avance à un compte rendu de l’ouvrage (exercice dans lequel il excelle). Ce texte final accentue encore la logique unitaire de ces mélanges qui, par‑delà les inévitables critiques formelles que l’on pourrait émettre (quelques références citées en note mais oubliées dans les abréviations bibliographiques, quelques renvois internes erratiques et surtout la médiocre qualité des illustrations, même en couleurs), sont appelés à constituer un ouvrage d’étude et de référence. On saluera pour finir le fait que tous les textes étrangers (soit la plupart des contributions, dues pour l’essentiel à des chercheurs italiens) ont été traduits par V. Jolivet, rendant ainsi l’ouvrage plus accessible aux lecteurs francophones et contribuant, on l’espère, à susciter chez les étudiants de nouvelles vocations pour ce secteur des études étrusques.

11 Laurent Haumesser,

12 Musée du Louvre, Pavillon Mollien, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, 75058 Paris cedex 01. laurent.haumesser@louvre.fr


Date de mise en ligne : 04/07/2017

https://doi.org/10.3917/arch.171.0153v