CAUBET Annie dir., par Anne BOUQUILLON, Annie CAUBET, Alexander KACZMARCZYK, Valérie MATOïAN, Faïences et matières vitreuses de l’Orient ancien. Étude physico-chimique et catalogue des œuvres du département des Antiquités orientales, Paris, Musée du Louvre éditions / Gand, Éditions Snoeck, 2007, 1 vol. 22 × 28, 310 p., fig. ds t.
- Par Béatrice Muller
Pages 345e à 438e
Citer cet article
- MULLER, Béatrice,
- Muller, Béatrice.
- Muller, B.
https://doi.org/10.3917/arch.092.0345e
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https://doi.org/10.3917/arch.092.0345e
Notes
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[2]
Par ex., dans la même collection (Louvre et Snoeck) : E. GUBEL et al. éd., La sculpture de tradition phénicienne, 2002 ; de la même veine et concernant le domaine islamique on pourrait citer, au hasard, Th. BITTAR, Pierres et stucs épigraphiés, 2003, ou S. NOUJAIM-LE GARREC, Estampilles, dénéraux, poids forts et autres disques en verre, 2004, et, pour rester dans une typologie de matériaux et techniques, rappeler J. CONNAN, O. DESCHESNE, Le bitume à Suse, 1991.
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[3]
Outre celle déjà mentionnée : S. CLUZAN, E. DELPONT et J. MOULIéRAC dir., Syrie, Mémoire et civilisation, Paris, Flammarion et Institut du Monde arabe, 1993 ; M. FORTIN, Syrie, terre de civilisations. Québec, Musée de la civilisation, Les Editions de l’Homme, 1999 ; Y. CALVET, G. GALLIANO dir., Le royaume d’Ougarit aux origines de l’alphabet, Paris, Somogy Éditions d’art, 2004.
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[4]
D’après les mesures chiffrées, celles-ci n’étant pas en accord avec le dessin du fragment, qui est à une échelle plus réduite que le 1/2 annoncé en page de couverture.
1 Les collections du Musée du Louvre sont, on le sait, une mine inépuisable qui n’est pas encore totalement explorée : des ouvrages plus ou moins récents [2] s’emploient à publier un matériel partiellement inédit, exhumé parfois depuis un siècle (par exemple, ici, le no 60, fouilles Morgan, 1908).
2 Dans le foisonnement de la documentation archéologique, le fossé n’est plus infranchissable entre considérations artistiques et esthétiques, traditionnellement du ressort des conservateurs de musées, et les données techniques qui sont l’apanage des archéomètres : déjà l’exposition parisienne de 2005, Faïences de l’Antiquité. De l’Égypte à l’Iran, était dédiée à la mémoire de P. R. S. Moorey, pionnier sur les matériaux et techniques de la Mésopotamie antique. L’ouvrage présenté ici est en quelque sorte un prolongement de cette exposition – la préface d’H. Loyrette le souligne –, sa raison d’être principale et son originalité résidant dans le fait de rendre compte d’analyses physico-chimiques réalisées au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), selon une méthode inventée par le physicien et égyptologue A. Kaczmarczyk.
3 Cet ouvrage collectif avec 304 numéros de catalogue se veut un échantillonnage « qui respecte la représentation statistique des sites, des périodes et des catégories d’objets » (p. 11) de l’Orient ancien conservés au Musée du Louvre (Égypte exclue, cette fois) depuis le IVe millénaire jusqu’à l’époque romaine. Sont ainsi présents dans le catalogue :
4 — la Mésopotamie avec Tello (IVe et IIIe millénaires), Khirbet ed-Diniyé (époque paléo-babylonienne), Djigan (époque médio-assyrienne), Nimroud (époque néo-assyrienne, IXe s. av. J.-C.), Khorsabad (VIIIe s. av. J.-C.), Larsa (époques médio-assyrienne / kassite XIIIe-XIIe s. av. J.-C. et néo-babylonienne finale VIe s. av. J.-C.), Babylone (époque néo-babylonienne VIe s. av. J.-C.) ;
5 — l’Iran avec Suse (du IVe millénaire à l’époque sassanide), Tchoga Zanbil (époque médio-élamite) ;
6 — le Golfe arabo-persique avec Faïlaka (époque hellénistique) ;
7 — la Syrie intérieure (Ire partie) avec Mari (époques des dynasties archaïques et médio-assyrienne), Meskéné-Emar (Bronze Récent), Arslan Tash (IXe s. av. J.-C.) ;
8 — la Syrie intérieure (IIe partie) avec Doura Europos (époque séleuco-parthe et parthe), Raqqa (époques parthe et sassanide tardive), Meskéné Balis (époque romaine, Ier s. apr. J.-C.) ;
9 — le Levant avec Jéricho, Tell el Far’ah et Qadesh (Bronze Moyen II), Ras Shamra-Ougarit (Bronze Moyen II et Bronze Récent), Séfiré et la plaine de Jabboul (Bronze Récent), Khan Sheikoun (Bronze Récent ou VIe s. av. J.-C.), Sidon (Bronze Récent et Ier millénaire du VIIe au IIIe s. av. J.-C.) ;
10 — la Méditerranée avec Chypre (Enkomi, Bronze Moyen, Kition, Ier millénaire, Kourion, IIIe s. av. J.-C.), Rhodes (VIIe s. av. J.-C.), l’Afrique du Nord avec Carthage punique (fin du VIe - Ve s. av. J.-C.).
11 À cela s’ajoutent, pour la Mésopotamie, le Levant et Chypre, des acquisitions sans provenance précise.
12 Ce catalogue est précédé d’une introduction (A. Caubet) qui ne cache pas la part de hasard qui préside à toute collection, et qui infléchit le panorama proposé, la Mésopotamie étant peu représentée au Louvre dans le domaine des arts mineurs, Chypre n’étant pas rattachée, comme ailleurs, aux antiquités classiques, et Rhodes étant partagée entre deux départements. Le cœur de l’ouvrage est constitué d’une part du chapitre « Matériaux et techniques » (V. Matoïan, p. 13-15), mise au point générale clairement exposée de données que l’on peut retrouver ailleurs et, d’autre part, de celui intitulé « Méthodes d’analyse, caractéristiques des compositions en fonction des époques et des régions », dans une traduction française (V. M., p. 17-27) qui précède le texte original de A. Kaczmarczyk (p. 29-36). Enfin, le chapitre « Les emplois du “bleu égyptien” à Ougarit » (V. M., p. 39-40) se justifie par l’importance de la collection (une cinquantaine d’objets répertoriés ici) que l’on retrouve partiellement dans plusieurs catalogues d’exposition [3].
13 L’intérêt des analyses par microfluorescence X de plus de 200 objets est de couvrir un champ chronologique et géographique tel que les résultats soient relativement significatifs. Cinq tableaux, joints aux développements rédigés par couleurs de glaçure, mettent en évidence les teneurs en oxyde d’antimoine, les proportions en plomb et antimoine, les teneurs en oxyde de cobalt, le rapport entre manganèse et fer et, enfin, les teneurs en oxyde de potassium. On se rend compte ainsi que les sciences dites dures se doivent de manier la nuance – ainsi, sur les fig. 1 a et 2, les valeurs moyennes sont-elles corrigées par les valeurs médianes – et que nombre de questions restent sans réponse, comme par exemple celle de la proportion de glaçures vertes qui, bleues à l’origine, avaient subi une altération due à un milieu humide et/ou salifère (p. 20). De même, « la couleur ocre, du jaunâtre à l’olive, observée sur des vases de Chypre ou d’Ougarit, est en fait le résultat d’une dégradation de glaçures à l’origine vertes ou colorées au cuivre » (p. 19). En revanche, l’analyse à elle seule est capable de révéler une couleur qui n’est plus perceptible à l’œil nu (par ex. no 16). Le lecteur s’intéressera aux modulations géographiques et historiques de l’usage du cobalt – ou plutôt des deux types de cobalt repérés, l’un (A) de qualité médiocre, répandu en Méditerranée et au Levant, l’autre (B) plus pur, provenant d’Iran, usité en Mésopotamie (et au Levant après le VIIe s. av. J.-C.) (p. 22). De telles pratiques régionales se comprennent évidemment en fonction de la disponibilité des matériaux sur place – on pourrait citer également l’utilisation de l’argile en Assyrie et Babylonie contre celle de la « faïence » en Élam, ou la préférence pour les cendres végétales pour les régions orientales contre celle du natron, trouvé à l’état naturel en Égypte. L’Égypte sert d’ailleurs souvent de référence, les explorations physico-chimiques sur les matières vitreuses y ayant commencé plus tôt.
14 L’historien pourra regretter que les énoncés n’affichent pas explicitement le nombre d’échantillons analysés pour chaque type de recherche physico-chimique – susceptible, il est vrai, d’être retrouvé dans le catalogue, mais peu aisément. De façon plus générale, d’ailleurs, il faut constater que l’archéométrie s’appuie parfois sur un nombre de données très réduit, ce qui doit induire beaucoup de prudence dans la valeur des conclusions.
15 La consultation du catalogue fait apparaître à quelle extraordinaire variété d’objets ont été employées ces matières vitreuses, objets qui vont de la minuscule amulette (no 37, 129, 146, 240...) à toutes sortes de vaisselle, du sceau-cylindre (no 42, 243...) aux reliefs estampés (no 196-200) ou aux figurines (no 203). Une place de choix est réservée au décor architectural (carreau d’antéfixe no 17, brique décorée no 18, tête de clou no 51, dallage no 83...), où il faudrait remarquer tout particulièrement le museau de lion fragmentaire no 53 : en effet, si l’on se fie aux proportions du fragment intégré dans le dessin de restitution, la longueur de l’animal entier [4] atteint 1,50 m, ce qui est une prouesse technique – prouesse similaire bien soulignée en p. 90 du catalogue de l’exposition parisienne de 2005 à propos du lion de terre argileuse à glaçure du temple d’Inshushinnak à Suse : ce dernier (no 353, L. 1,36 m) inspire directement la restitution dont il est question ici. En outre, le catalogue de l’ouvrage dont il est rendu compte ici a le mérite de faire sortir de l’ombre un certain nombre d’inédits – à la trentaine d’objets déclarés comme tels il convient d’ajouter la série du Bronze Récent de Mari (22 objets), simplement mentionnée en tant que mobilier de tombes dans Tombes et Nécropoles de M. Jean-Maris, MAM V (BAH 153, 1999) et celle de Meskéné/Emar (26 objets), dont la publication est à venir prochainement.
16 Ces données, si complètes qu’elles soient, et qui n’évitent pas certaines redites par rapport aux publications précédentes, sont cependant livrées dans une optique muséographique qui n’épargne pas au chercheur d’aller puiser ailleurs le contexte archéologique précis de ce matériel. Par ailleurs il est toujours frustrant pour l’archéologue, dont l’efficacité du travail repose sur les séries, de devoir se contenter d’échantillonnages ; souhaitons que des travaux futurs, pour colossaux et ingrats qu’ils s’annoncent, rendent compte petit à petit de l’exhaustivité d’un patrimoine dont beaucoup reste encore à tirer. Mais l’apport nouveau, répétons-le, est celui des analyses physico-chimiques – répertoriées dans le catalogue en plus de leur présentation dans le chapitre de synthèse.
17 On peut s’étonner de relever quelques imperfections de divers ordres : outre la « frite » avec un seul T vers la fin du sommaire, ne faudrait-il pas lire : époque d’Ur III - 1re dynastie de Babylone au lieu de « Époque d’Our, 3e - 1re dynastie de Babylone » pour le no 2 ? Une perle n’a-t-elle pas un volume, et par conséquent n’est-elle pas en forme de « parallélépipède » plutôt que de « rectangle » (no 130) ? Au no 193, on voudrait bien savoir à quelle référence correspond « Caubet 1997 », qui n’est pas dans la bibliographie... Imperfections mineures qui n’entachent pas la qualité d’un ouvrage tel que sait en éditer le Musée du Louvre, à la fois publication scientifique, ouvrage de référence pour le public et livre d’art – on ne saurait assez louer la qualité des photographies, en particulier des planches en couleurs qui sont nombreuses et viennent doubler les clichés en noir et blanc.
18 Béatrice MULLER,
19 CNRS - UMR 8167,
27, rue Paul-Bert,
94204 Ivry-sur-Seine Cedex.
jean_claude. margueron@ sfr. fr