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Compte rendu

Söderlind Martin, Late Etruscan Votive Heads from Tessennano, Production, Distribution, Sociohistorical Context (Studia archaeologica, 118), Rome, L’Erma di Bretschneider, 2002, 1 vol. 17,5 × 25, 434 p., 170 fig. N/B ds t., 24 fig. coul., p. 412-423.

Pages 319zi à 438zi

Citer cet article


  • D'Ercole, M.-C.
(2007). Söderlind Martin, Late Etruscan Votive Heads from Tessennano, Production, Distribution, Sociohistorical Context (Studia archaeologica, 118), Rome, L’Erma di Bretschneider, 2002, 1 vol. 17,5 × 25, 434 p., 170 fig. N/B ds t., 24 fig. coul., p. 412-423. Revue archéologique, 44(2), 319zi-438zi. https://doi.org/10.3917/arch.072.0319zi.

  • D'Ercole, Maria Cecilia.
« Söderlind Martin, Late Etruscan Votive Heads from Tessennano, Production, Distribution, Sociohistorical Context (Studia archaeologica, 118), Rome, L’Erma di Bretschneider, 2002, 1 vol. 17,5 × 25, 434 p., 170 fig. N/B ds t., 24 fig. coul., p. 412-423. ». Revue archéologique, 2007/2 n° 44, 2007. p.319zi-438zi. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-archeologique-2007-2-page-319zi?lang=fr.

  • D'ERCOLE, Maria Cecilia,
2007. Söderlind Martin, Late Etruscan Votive Heads from Tessennano, Production, Distribution, Sociohistorical Context (Studia archaeologica, 118), Rome, L’Erma di Bretschneider, 2002, 1 vol. 17,5 × 25, 434 p., 170 fig. N/B ds t., 24 fig. coul., p. 412-423. Revue archéologique, 2007/2 n° 44, p.319zi-438zi. DOI : 10.3917/arch.072.0319zi. URL : https://shs.cairn.info/revue-archeologique-2007-2-page-319zi?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arch.072.0319zi


1 L’étude de M. Söderlind sur la production et la destination des ex-voto étrusco-italiques d’époque républicaine a comme point de départ l’analyse des têtes votives en argile du dépôt de Tessennano, près de Vulci (Étrurie méridionale). Fouillé en 1956, ce dépôt avait déjà fait l’objet d’une autre publication récente (S. Costantini, Il deposito votivo del santuario campestre di Tessennano, Corpus delle Stipi votive in Italia, VIII, Regio VII, Rome, 1995). Cette nouvelle publication prend en compte les seules têtes votives, aujourd’hui réparties entre le Musée archéologique de Tuscania et le Musée des Antiquités méditerranéennes et proche-orientales de Stockholm, ces dernières pour la plupart inédites. L’A. se propose de conjuguer l’analyse traditionnelle, stylistique et typologique, avec de nouvelles approches et méthodes d’enquête. Une démarche novatrice consiste par exemple en l’observation en parallèle des parties antérieures et postérieures des protomés, respectivement façonnées à la main et par moulage, ce qui amène à introduire, parmi les critères de classement, la notion d’ « unité de production ». De même, une attention particulière est consacrée à la provenance des argiles et de leurs inclusions, ainsi qu’à la reconstruction détaillée des différents passages de l’archétype, modelé à la main, aux moulages et au produit final. Après quelques pages de définition terminologique (p. 51-53), le catalogue (p. 55-205) présente une typologie visant à croiser plusieurs critères. La répartition se fonde ainsi sur le sujet représenté (tête masculine, féminine, etc.), sur le type (qui désigne la dérivation du même moule), sur la variante (qui indique les retouches incisées ou ajoutées à la main), sur la génération de moule, sur l’unité de production, évoquée plus haut. Enfin, l’observation des traces d’usure du moule d’origine a permis d’introduire la notion de « série », qui regroupe les exemplaires tirés du même moule à la même époque. Selon une méthode déjà expérimentée dans plusieurs volumes du Corpus delle stipi votive in Italia, ces différentes informations sont exprimées par l’alternance de lettres en majuscule et en minuscule et de chiffres romains et arabes.

2 Le chapitre suivant (p. 207-239) propose une chronologie du matériel. La comparaison des têtes de Tessennano avec les statues des sarcophages de Tuscania, relativement bien datées grâce aux données épigraphiques et archéologiques, permet de construire une grille chronologique relativement précise. La production des têtes de Tessennano s’étend ainsi du début du IIIe au tout début du Ier s. av. J.-C. ; la plupart des nouveaux types sont créés dans la première moitié du IIe s. av. J.-C. Quant à l’analyse stylistique, elle repose essentiellement sur trois critères : la comparaison avec d’autres protomès votives, notamment produites en Étrurie méridionale, les parallèles avec la grande sculpture et l’application des catégories stylistiques créées dans la tradition allemande de G. Kaschnitz von Weinberg, de G. Hafner, plus récemment reprises par M. G. Hofter. Cette partie ne saurait se soustraire à l’impression de quelques hésitations entre plusieurs méthodes d’enquête. On aurait par ailleurs pu comparer avec de plus larges contextes votifs italiques d’époque républicaine : à titre d’exemple, les têtes masculines du type AIIIa1 (p. 130, fig. 80 a) paraissent très proches du type masculin le plus répandu dans le dépôt votif d’Athéna Ilias à Luceria.

3 Les apports des chapitres consacrés à la production et à la circulation des produits, des prototypes, des moulages et des ateliers (chap. V-VI, p. 275-345) sont tout à fait remarquables. L’A. commence par évoquer les étapes saillantes d’un long débat, ouvert par A. Della Seta en 1918 et relancé à partir des années 1970, dans les importantes contributions de L. Vagnetti, de M. Bonghi Jovino et d’A. Comella. Les termes de la question peuvent être résumés ainsi : au vu de la grande affinité typologique et stylistique des terres cuites retrouvées dans les différents dépôts votifs étrusco-italiques et compte tenu de leur processus de fabrication fondé sur l’impression sur moulage, quelles ont été les voies de diffusion des modèles et des objets ? Faut-il supposer une circulation de moulages, de produits finis, de matière brute, d’ateliers ou d’individus ? Anonymes par excellence, les terres cuites votives ne livrent que de très rares indications épigraphiques, qui pourraient parfois faire penser à une filiation effective des ateliers ou à un déplacement d’individus, comme dans le cas des initiales inscrites sur des offrandes de Lucera, attestées également à Tarente et à Héraclée. L’exploration archéologique n’apporte que de très minces indices, vu la presque totale absence d’informations sur les ateliers qui entouraient les sanctuaires. Il faut donc se tenir, à l’heure actuelle, à un cadre d’interprétation qui ne saurait dépasser le domaine des probabilités. L’A. considère ainsi comme peu vraisemblable l’hypothèse des déplacements fréquents des ateliers : la nécessité de disposer d’installations coûteuses et de matières premières abondantes (eau, argile, bois) devait plutôt les pousser à la sédentarisation. La circulation d’individus se heurte au même genre de difficulté : l’A. souligne que seule l’intervention dans les grands chantiers de construction et de décor des temples aurait pu justifier une mobilité importante d’artisans spécialisés. Les traces d’un tel phénomène ne manquent pas dans l’Italie du IIe s. av. J.-C. : des artisans de Tarquinia ou de Vulci ont participé, juste après 197 av. J.-C., à la construction du temple de Concordia dans la colonie latine de Cosa. On pourrait également citer l’exemple des statues qui décoraient, à la même époque, le fronton du temple d’Athéna Ilias à Luceria. Quant à l’hypothèse de la circulation de moulages en argile, elle aurait l’inconvéniant majeur d’attribuer une valeur inestimable à chaque matrice, en tant que moyen de reproduction d’un très grand nombre d’exemplaires. La circulation des produits finis est, bien sûr, une autre possibilité envisageable, d’autant plus qu’un exemplaire de bonne qualité pouvait à son tour produire des moulages. En conclusion, aucun de ces différents modes de circulation ne paraît s’imposer comme exclusif et aucun argument ne permet de les considérer comme rigoureusement alternatifs. Ce cadre général, solidement bâti et argumenté, pourrait à mon sens être corrigé par deux considérations d’ordre temporel, qui invitent à laisser un plus large espace à la circulation des individus. Le premier facteur repose sur la considération qu’on peut difficilement imaginer l’installation d’une technique dans un nouveau milieu sans une transmission directe du savoir-faire, au moins dans sa phase initiale. Le deuxième facteur est lié au temps cyclique du calendrier des fêtes et des cérémonies, souvent associées aux pratiques religieuses. Insaisissables sur le plan de l’évidence archéologique, de tels événements cycliques doivent tout de même être pris en compte comme pouvant attirer des artisans spécialisés, au moins à l’intérieur d’un réseau de sanctuaires relativement proches.

4 À cette grille théorique, l’A. intègre les observations techniques développées dans les précédents chapitres, concernant l’origine de la matière brute et les aspects techniques de leur fabrication : autant d’informations essentielles pour reconstituer les différents circuits de production et de diffusion des terres cuites votives. Il est en effet évident que, si des offrandes provenant de plusieurs dépôts votifs reproduisent le même type, mais divergent entre elles par l’argile et par les détails réalisés à la main, il s’agira d’une circulation de moules entre ateliers et sites distincts. À l’opposé, des exemplaires issus de la même argile et finis par les mêmes retouches à main libre, mais provenant de deux lieux différents, témoignent de la circulation de produits finis. Enfin, la diversité de l’argile, couplée à un travail semblable de finition à la main, suggère le déplacement d’artisans sur différents lieux de culte. Les trois cas de figure sont documentés à Tessennano. La circulation d’artistes, probablement formés dans les milieux de Tarquinia, serait ainsi perceptible dans une protomé qui dépasse sensiblement la qualité moyenne, pour atteindre le niveau d’un véritable portrait. En revanche, la circulation des produits finis semble notamment concerner des têtes masculines, diffusées entre Tessennano, Tarquinia, Tuscania et Vulci. Ces mêmes sites, avec d’autres ateliers de l’Étrurie méridionale (Saturnia, Pitigliano), sont aussi touchés par la circulation de moules. L’analyse technique permet également à l’A. de préciser les écarts chronologiques d’une production qui s’étale, dans son ensemble, sur presque deux siècles. Ainsi, la bonne qualité des têtes masculines du type A I, issues de moules de première génération, suggère de dater leur fabrication peu après la création de l’archétype, c’est-à-dire peu après le milieu du IIIe s. av. J.-C. Depuis Tarquinia, elles se seraient répandues vers Vulci, Tessennano et Tuscania par une double voie de diffusion, fondée à la fois sur la circulation de matrices et sur la mobilité des coroplathes. La circulation des produits finis devient en revanche prioritaire à la seconde moitié du IIe s. av. J.-C., ce qui pourrait suggérer un appauvrissement du savoir-faire artisanal.

5 Dans le chapitre conclusif (p. 345-391), l’A. vise à replacer les offrandes votives de Tessennano dans l’arrière-plan topographique et démographique du territoire, l’un des mieux étudiés de l’Italie républicaine, pour restituer une identité ethnique et sociale aux anonymes acteurs du culte. Le dépôt votif de Tessennano était probablement en rapport avec l’une des nombreuses communautés rurales surgies dans l’Ager Vulcentis, après la conquête par Rome en 280 av. J.-C. et la fondation de la colonie latine de Cosa en 273 av. J.-C. Une nouvelle phase de peuplement du territoire, postérieure à la seconde guerre punique, a comporté la refondation de Cosa (197 av. J.-C.), les fondations de Saturnia (183 av. J.-C.) et de Heba (vers le milieu du IIe s. av. J.-C.). Des nombreuses transformations touchent alors ce territoire, qui avait déjà connu une vaste répartition cadastrale au moment de la fondation de Cosa et une floraison de petites fermes tout au long du IIIe s. av. J.-C. L’installation successive de nombreuses villae avec une partie résidentielle témoigne d’une reconversion des cultures qui débouche sur la commercialisation des produits, notamment du vin. Les offrandes votives de Tessennano sont, à une exception près, postérieures à la fondation de Cosa et accompagnent les transformations du territoire : né vers 250 av. J.-C., ce lieu de culte connaît son apogée au courant du IIe s. av. J.-C. Quelques aspects iconographiques des terres cuites viennent confirmer le rapport avec les pratiques cultuelles romaines, tel le voile qui couvre les têtes masculines, conforme à l’usage sacrificiel romain, ou la toge que revêtent les enfants. Une participation étrusque à la production et à la fréquentation du lieu de culte est cependant probable. D’une part, la typologie d’ensemble des offrandes votives est cohérente avec les pratiques cultuelles attestées en Étrurie déjà avant la conquête romaine, fondées sur la caractéristique et bien connue association de têtes, statues, statuettes et ex-voto anatomiques. D’autre part, les têtes de Tessennano montrent une parenté certaine avec les têtes des sarcophages de Tuscania, qui sont assurément le fait d’un artisanat et d’une clientèle étrusque. Comme dans le cas d’un autre lieu de culte italique lié à la colonisation latine, le sanctuaire d’Athéna Ilias à Luceria, il semble ainsi que ces pratiques de dévotion aient pu connaître une fréquentation hétérogène et permettre des formes d’intégration entre colons et autochtones. La qualité assez modeste des offrandes votives laisse penser que cette articulation se serait produite à un niveau assez bas de l’échelle sociale. C’est d’ailleurs par un phénomène de dévalorisation sociale que l’A. explique la brutale diminution des offrandes votives en terre cuite au tournant entre le IIe et le Ier s. av. J.-C. et leur disparition définitive à la première moitié du Ier s. av. J.-C.

6 Si l’ouvrage consacre une grande attention aux aspects sociaux de la production et de la circulation des offrandes votives, avec des résultats scientifiques remarquables, l’aspect cultuel est en revanche cantonné à un rôle absolument marginal : c’est seulement à la p. 364 qu’on évoque l’identité probable de la divinité vénérée dans le sanctuaire, Apollon. On aurait, par ailleurs, souhaité un rappel ou un tableau succinct des autres catégories d’offrandes présentes dans le dépôt, telles les statuettes d’animaux citées à la p. 361. Une petite remarque de forme concerne enfin une banale faute de « copier-coller » à la p. 385, qui a visiblement échappé aux relectures du texte.

7 Mais ces remarques ne sauraient guère diminuer la valeur d’une enquête rigoureuse, originale et riche de nouveaux résultats. Comme l’A. lui-même le souligne dans son introduction, malgré leur caractère anonyme et partiellement répétitif, les terres cuites votives étrusco-italiques se confirment être un outil essentiel de compréhension non seulement des rituels, mais aussi du fonctionnement social et économique de l’Italie républicaine.

8 Maria Cecilia D’Ercole,

9 Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne,
17, rue Le Dantec,
75013 Paris.
cceciliadercole@ noos. fr


Date de mise en ligne : 27/02/2008

https://doi.org/10.3917/arch.072.0319zi