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Compte rendu

Nasiri-Moghaddam Nader, L’archéologie française en Perse et les antiquités nationales (1884-1914), Paris, Connaissances et savoirs, 2004, 1 vol. 16 × 24, 434 p., fig. ds t.

Pages 129m à 154m

Citer cet article


  • Chevalier, N.
(2007). Nasiri-Moghaddam Nader, L’archéologie française en Perse et les antiquités nationales (1884-1914), Paris, Connaissances et savoirs, 2004, 1 vol. 16 × 24, 434 p., fig. ds t. Revue archéologique, 43(1), 129m-154m. https://doi.org/10.3917/arch.071.0129m.

  • Chevalier, Nicole.
« Nasiri-Moghaddam Nader, L’archéologie française en Perse et les antiquités nationales (1884-1914), Paris, Connaissances et savoirs, 2004, 1 vol. 16 × 24, 434 p., fig. ds t. ». Revue archéologique, 2007/1 n° 43, 2007. p.129m-154m. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-archeologique-2007-1-page-129m?lang=fr.

  • CHEVALIER, Nicole,
2007. Nasiri-Moghaddam Nader, L’archéologie française en Perse et les antiquités nationales (1884-1914), Paris, Connaissances et savoirs, 2004, 1 vol. 16 × 24, 434 p., fig. ds t. Revue archéologique, 2007/1 n° 43, p.129m-154m. DOI : 10.3917/arch.071.0129m. URL : https://shs.cairn.info/revue-archeologique-2007-1-page-129m?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arch.071.0129m


1 Sous ce titre qu’il convient d’éclairer, en précisant qu’il est question des « antiquités nationales de l’Iran », N. Nasiri-Moghaddam fait une présentation sur trente années des recherches archéologiques de la France en Perse – depuis les fouilles conduites en 1884 par Marcel et Jane Dieulafoy à Suse, à l’emplacement du palais de Darius, jusqu’au lendemain de la Délégation scientifique française en Perse après la démission de Jacques de Morgan, son délégué général, en 1912 – et des conséquences qu’aurait eues cette longue activité sur le patrimoine iranien.

2 Après avoir évoqué le climat intellectuel et politique qui a préludé aux premières fouilles françaises, N. N.-M., pour la période considérée, dresse un rapide bilan des relations franco-persanes. Il souligne leur faiblesse du point de vue politique et économique ; en revanche, il met en évidence leur importance dans le domaine culturel (introduction et chap. I, p. 21-37).

3 À l’exception de la relation succincte concernant l’activité déployée par l’Angleterre qui a précédé la France sur le sol persan grâce aux explorations de ses diplomates et surtout grâce aux premières recherches de W. K. Loftus à Suse, entre 1850 et 1852, les chap. II à VII (p. 39-223) sont consacrés à l’analyse de l’activité archéologique de la France en Perse. Cette présentation s’articule en trois temps : la période des fouilles exécutées à Suse par Marcel et Jane Dieulafoy (1884-1886), les quinze années d’activité de la Délégation scientifique française en Perse dirigée par Jacques de Morgan (1897-1912) et la période postérieure – jusqu’en 1914 – pendant laquelle la France tente de réorganiser sa recherche en territoire persan.

4 Dans ce cadre chronologique trouvent place de copieuses informations sur les différents acteurs de cette recherche. Une part importante est donnée aux différentes conventions accordées par les souverains – Nâser od-din Shâh puis Mozaffar od-din Shâh – qui constituent les fondements de l’archéologie française en Perse : firman de 1884 permettant à Marcel Dieulafoy de fouiller à Suse, convention de 1895 octroyant à la France l’intégralité des fouilles en Perse – complétée par le firman royal de 1897 –, convention de 1900 qui accorde le monopole des fouilles en Perse et l’intégralité des objets découverts en Susiane. Ces textes sont soigneusement présentés, analysés, critiqués et interprétés. De même, un panorama systématique de l’activité des archéologues français est dressé dont le but récurrent est de souligner les divers manquements de ces derniers quant aux accords préalablement signés – principalement l’épineuse question du non-respect des modalités de partage des découvertes est largement traitée constituant ainsi le propos premier de l’A. Enfin, cette étude, qui présente également les réactions du gouvernement persan face au monopole de la France – notamment après la révolution constitutionnelle de 1906 – et celles des différentes puissances occidentales – Angleterre, Russie, Allemagne, Autriche – (chap. VIII, p. 225-248), est complétée par une analyse de la question des antiquités et du marché de l’art en Perse (chap. IX, p. 251-285) et par une présentation des organisations archéologiques persanes avant l’abolition du monopole en 1927 (chap. X, p. 287-315). L’ensemble du texte est nourri par de longues citations et chaque chapitre est complété par des notes abondantes.

5 Il convient de saluer ce livre – à l’origine, une thèse – qui s’appuie sur une étude minutieuse des archives conservées non seulement en France et en Angleterre, mais également en Iran. Si l’ensemble de ce travail n’est pas aussi neuf, ni aussi original que N. N.-M. a tendance à vouloir le prouver, en revanche, l’accès qu’il a eu, de par ses capacités linguistiques, non seulement aux sources occidentales mais également aux sources iraniennes, en fait un ouvrage intéressant.

6 Ainsi, c’est avec beaucoup de soin que N. N.-M. analyse la convention de 1895, accordée par Naser od-dîn Shâh, et son annexe, le firman royal de 1897 signé par Mozzafer od-dîn Shâh. Son étude révèle, entre autres, les différents vices de ces textes – traduction, grattage, falsification. Elle analyse également le point qui va rester constamment un sujet de litige entre la France et les autorités persanes quant à la nature des terrains sur lesquels peut s’appliquer la convention. À ce sujet, la position de N. N.-M., qui défend que, « dans l’esprit des autorités persanes, le privilège exclusif archéologique de la France signifiait un avantage accordé à cette dernière vis-à-vis des autres pays étrangers et il ne s’agissait en aucun cas d’une contrainte pour les Persans qui pratiquaient des fouilles dans des terrains privés » (p. 96), est certainement à retenir. De même, l’A. s’est particulièrement attaché à éclairer le statut des objets découverts lors des trois premières campagnes de la Délégation, qui, selon les termes de la convention de 1895, devaient faire l’objet d’un partage, écartant toute possibilité de rétroactivité créée par la signature de la convention de 1900. Enfin, particulièrement neufs sont les deux derniers chapitres où N. N.-M. aborde la question des fouilles commerciales et l’émergence, avant la Première Guerre mondiale, des premières institutions archéologiques persanes.

7 Toutefois, si ce soin apporté dans l’analyse est souvent intéressant et éclairant, parfois la volonté de l’A. de faire une présentation complète de l’archéologie française en Perse l’incite à faire des descriptions un peu longues, voire des digressions, qui finalement affaiblissent son argumentation. Le défilé des campagnes de fouilles, année après année, est particulièrement fastidieux même si pour N. N.-M. cette méthode se justifie, tant son désir est grand de démontrer les conséquences néfastes du monopole archéologique de la France sur le patrimoine iranien ainsi spolié. De même, on peut se demander si la longue question du « scandale financier » de la Délégation et ses démêlés internes doivent trouver ici leur place sous une forme aussi détaillée, même si le but de N. N.-M. est de montrer que, même du point du vue purement français, la Délégation, personnifiée dans son délégué général, est une institution contestable. Enfin, les portraits des acteurs de cette recherche, souvent très longs et présentés comme des fiches de dictionnaire, sont plaqués dans le corps du texte ; pour précieux qu’ils soient, ils diluent considérablement le propos. Un regroupement en fin d’ouvrage aurait peut-être été judicieux et aurait permis, par exemple, d’intégrer sans heurts les dernières années de la vie de Jacques de Morgan après sa démission de la Délégation, qui, dans le texte, apparaissent comme hors de propos.

8 Surtout, il est dommage que N. N.-M. ait quelque peu succombé à un certain « iranocentrisme » qui l’a empêché de faire une ouverture vers les régions voisines, en particulier vers l’Empire ottoman. Les rares références qu’il fait à l’Afghanistan offrent moins matière à réflexion que le cas ottoman dans la mesure où l’archéologie afghane s’est développée à partir de 1922 et a été en partie calquée sur le modèle persan. En revanche, au regard de l’exemple ottoman, on peut se demander pourquoi le gouvernement persan – N. N.-M. présente Naser od-dîn Shâh comme un « passionné d’art et d’archéologie » et Mozzafer od-din Shâh comme « intéressé par les antiquités persanes » – n’a pas tiré leçon de l’expérience du gouvernement ottoman qui, depuis le début du XIXe s., et même avant, a autorisé d’importantes recherches de la part des Européens dont il s’est efforcé de limiter l’action en prenant diverses mesures. Non seulement, dès 1850, un musée embryonnaire est créé à Istanbul, réorganisé et ouvert au public en 1882, mais, entre 1869 et 1906, pas moins de quatre lois et règlements sur les antiquités ont été promulgués, le plus important étant celui de 1884 où, pour la première fois, il est stipulé que l’intégralité des découvertes doit revenir à l’État ottoman. Ainsi, à l’instar de son voisin persan, si, au milieu du XIXe s., l’Empire ottoman est dans l’incapacité de pouvoir entreprendre des fouilles, à l’aube du XXe s. il possédait un service des antiquités actif et structuré.

9 En conclusion, même si on peut ne pas adhérer complètement à la vision passionnée donnée par N. Nasiri-Moghaddam sur cette intéressante question de L’archéologie française en Perse et les antiquités nationales, il est certain que son ouvrage ouvre bien des sujets de réflexion, notamment sur la perception que peuvent avoir de cet argument les pays dans lesquels l’activité archéologique des Occidentaux s’est exercée.

10 Nicole Chevalier,

11 Département des Antiquités orientales,
Musée du Louvre,
75058 Paris Cedex 01.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/arch.071.0129m