Bonifacio Raffaela, Ritratti romani da Pompei (Archaeologia Perusina, 14), Rome, Giorgio Bretschneider, 1997, 1 vol. 22 × 30, 146 p., 44 pl. h. t.
Pages 365zn à 437zn
Citer cet article
- BALTY, Jean-Charles,
- Balty, Jean-Charles.
- Balty, J.-C.
https://doi.org/10.3917/arch.052.0365zn
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1 Le retard mis à rendre compte de ce volume n’a d’égal – et c’est bien la raison même de ce délai – que mon embarras à juger de l’opportunité qu’il y avait à revenir sur ces portraits de Pompéi auxquels A. De Franciscis avait consacré une première étude en 1951 : Il ritratto romano a Pompei (Memorie dell’Accademia di Archeologia Lettere et Belle Arti di Napoli, I). Leur nombre ne s’est guère accru depuis cette date. Tout au plus R. Bonifacio a-t-elle tenu compte ici de quelques statues funéraires (nos 15-22) de la nécropole de Porta Nocera, mises au jour en 1954, ajouté deux têtes féminines provenant du temple d’Isis (nos 9 et 10), têtes que son prédécesseur considérait comme « idéales » (cf. sa n. 157, p. 81), et une statuette de la Casa dei Scienziati (n° 31) qu’il avait éliminée comme hellénistique ; elle fait sienne également l’identification, proposée par E. J. Dwyer, Pompeian Domestic Sculpture, Rome, 1982, p. 96, du buste 6192 du Musée national de Naples – et non de la tête 120424, comme De Franciscis, qui se proposait cependant de reprendre le problème – comme étant l’œuvre découverte le 8 août 1861 dans le tablinum de la Casa del Citarista (on rappellera pourtant que ce buste est donné par Ruesch, Guida, no 974, p. 235, comme provenant d’Herculanum et que le Giornale dei Soprastanti, cité in extenso par R. Bonifacio, parle, tout comme Fiorelli, non de « busto muliebre », comme l’écrit Dwyer, mais de « testa muliebre ». Un réel doute subsiste donc). Sans doute s’agit-il désormais d’un véritable catalogue, aux notices très correctement et systématiquement structurées – le livre de De Franciscis tenait davantage de l’essai –, mais il demeure bien scolaire par certains aspects : son introduction, qui n’est qu’un survol superficiel des principales prises de position sur le portrait romain, et son énumération de toutes les opinions successivement énoncées à propos des œuvres les plus connues. Mais ce qui surprend le plus, c’est l’indigence (aucune vue de face de la tête no 6, aucun détail de celle des statues nos 7, 8, 11, 15, 16, 18-22, 42 et 51) et la qualité souvent très médiocre de la documentation photographique (cf. les pl. I et XXIX pour les célèbres Sorex et Caecilius Felix, dont on trouve heureusement ailleurs de remarquables clichés) ; certains portraits ne sont reproduits que de trois-quarts ; quelques-uns ont droit aux quatre vues (face, dos et profils), aujourd’hui traditionnelles ; d’autres, à une ou deux seulement.
2 Certes, R. Bonifacio a repris les vieux inventaires et réussi à préciser certaines provenances ; elle procure aussi une véritable notice pour chacune de ces œuvres, mais on s’étonne de nombre de négligences, de l’oubli de toute référence à son prédécesseur pour le no 40 p. 100, comme si l’œuvre ne figurait pas dans l’étude de 1951 (elle y est bien à la p. 49, fig. 44-45) ; de l’incohérence du renvoi à l’illustration de ce dernier livre (les nos 1, 4, 5 et 50 en sont dépourvus ; le no 8 est aux fig. 70-71, non 170-171) ; de la rapidité de certaines notes techniques (le Tibère no 50, dont l’état de conservation est considéré comme « buono », p. 122, sans autre précision, a le buste et les yeux modernes ; cf. De Franciscis, légende de la fig. 34) ; du caractère erroné de certaine référence bibliographique (n. 33 p. 123 : Polacco, Il volto di Tiberio, p. 142 sq., ne cite aucun portrait d’Oslo... [cf. d’ailleurs l’index p. 201 s.v.] ; il y a là télescopage des n. 32 et 33) ; de l’absence de quelques autres (le buste no 43 figure dans l’étude de K. Polaschek, Studien zu einem Frauenkopf im Landesmuseum Trier und zur weiblichen Haartracht der iulisch-claudischen Zeit, Trierer Zeitschr., XXXV, 1972, p. 180, n. 171 c et fig. 11 . 9). On s’étonnera surtout de ne trouver aucun renvoi au récent catalogue d’E. Pozzi et al., Le collezioni del Museo nazionale di Napoli, I . 2. La scultura greco-romana, Naples, 1989. On eût attendu plus de soin d’un travail qui visait à « aggiornare la ricerca del De Franciscis » (p. 14).
3 Cela dit – et il importait de le dire –, on saura gré à R. Bonifacio de s’être à nouveau penchée sur les rapports des premières fouilles : vingt-sept têtes, bustes ou statues-portraits y sont çà et là mentionnés, qui semblent avoir aujourd’hui disparu, mais s’ajoutent donc aux cinquante-deux autres reprises dans le catalogue ; c’est une bonne moitié de plus, qui porte donc à près de quatre-vingts le nombre total de portraits exhumés à Pompéi – ce qui n’est assurément pas négligeable. Quant à la classification adoptée, qui ne suit pas l’ordre chronologique des œuvres mais les regroupe en statues honorifiques, portraits funéraires et portraits privés, elle a sans doute l’avantage d’autoriser quelques considérations sur le « pouvoir des images », comme l’écrit l’A. (p. 129), reprenant la formule bien connue de P. Zanker. Mais les types statuaires destinés aux nécropoles ne sont guère différents de ceux destinés à la place publique, la ville des morts renvoyant sans cesse à celle des vivants, et l’on ne saurait affirmer (p. 170), l’échantillon étant assez limité malgré tout, qu’il y a davantage de réalisme dans les portraits funéraires féminins que dans les statues honorifiques correspondantes (en fait, les deux seules statues d’Eumachie et de la soi-disant Octavie ou Livie provenant du macellum [nos 11 et 12]). Le problème des ateliers est abordé, l’A. prenant en compte diverses découvertes récentes dans la zone des Champs Phlégréens pour envisager que certaines de ces sculptures pompéiennes puissent également être l’œuvre d’officines campaniennes ; on eût aimé cependant une étude précise, qu’invitaient à nous donner ces découvertes d’une seule et même ville dont la vie s’était, un jour d’août 79, si brutalement arrêtée à jamais.
4 Sur les cinquante-deux portraits ici retenus, douze appartiennent à la sphère publique et à des monuments officiels, civils ou religieux, dix-sept proviennent des nécropoles, quinze ont été mis au jour dans un contexte privé (toute information manque malheureusement pour les huit autres). C’est le groupe des portraits privés qui est ici le plus original en regard des découvertes habituelles. Plusieurs d’entre eux étaient encore fixés sur un hermès inscrit qui nous a ainsi conservé, en tout ou en partie, le nom du personnage représenté (C. Cornelius Rufus, Vesonius Primus, L. Caecilius Felix). Leur localisation dans le tablinum ou l’atrium de la maison, qui comptent au nombre des parties les plus publiques de la domus, suffit à montrer également que les limites entre sphère publique et sphère privée ne sont pas toujours aussi nettes qu’on ne l’a un moment pensé.
5 Une comparaison avec le matériel infiniment plus riche d’Herculanum eût été également souhaitable ; il n’y est fait que de trop rares et trop générales allusions.
6 Jean-Charles Balty,
7 Émérite de l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV),
1, avenue de la Résistance,
82600 Aucamville.