Pesticides : nous avons le devoir d’être déterminés
- Par Nadine Lauverjat
Pages 29 à 30
Citer cet article
- LAUVERJAT, Nadine,
- Lauverjat, Nadine.
- Lauverjat, N.
https://doi.org/10.3917/apdem.053.0029
Citer cet article
- Lauverjat, N.
- Lauverjat, Nadine.
- LAUVERJAT, Nadine,
https://doi.org/10.3917/apdem.053.0029
Notes
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Toutes les ressources nécessaires dans notre brochure « pesticides et biodiversité » : https://www.generations-futures.fr/publications/brochure-biodiversite-et-pesticides/
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Voir notre site https://victimes-pesticides.fr/
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Carte des maires qui prennent des arrêtés anti-pesticides https://arretes-contre-pesticides.gogocarto.fr/annuaire
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Shake ton politique : https://shaketonpolitique.org/
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1Depuis plus de 20 ans maintenant notre association, Générations Futures, agit pour dénoncer les impacts des pesticides sur notre santé ainsi que sur notre environnement tout en faisant la promotion des alternatives à leur utilisation.
2Ce combat est né du constat des effets néfastes de ces substances sur la biodiversité, sur les milieux et sur notre santé. Déjà dans les années 90, les premières données scientifiques montraient la nocivité de ces polluants sur les organismes aquatiques, sur les pollinisateurs, sur certains mammifères dont l’Homme. Les premières études scientifiques menées outre-Atlantique s’inquiétaient de l’effet de perturbation du système endocriniens de certains pesticides pourtant largement utilisés en agriculture. 20 ans, et autant d’années de combats plus tard, est-ce que les choses se sont améliorées pour notre santé et notre environnement ? A-t-on réussi à mettre un terme aux effets délétères de ces substances ? La réponse évidente est non.
Un système dépendant aux pesticides
3Ainsi en France, en 2008, le plan Écophyto s’était donné comme objectif de réduire de 50 % en 10 ans l’usage des pesticides. L’objectif affiché étant ainsi de réduire notre dépendance à ces substances et dans le même temps d’en réduire les effets négatifs. 10 ans après son lancement, les chiffres publiés en janvier 2020 montrent une augmentation de 21 % de quantité de substances actives (QSA) vendues entre 2017 et 2018. Outre l’augmentation de cette QSA qui porte sur le tonnage, il est aussi très important de regarder de près l’indicateur de référence qu’est le Nodu (nombre de doses unité) qui traduit parfaitement la dépendance de notre système agricole dominant à l’usage des pesticides. Ce Nodu augmente lui de 24 % ! Oui vous avez bien lu 24 % ! Certains ont tenté d’expliquer cette croissance de manière « conjoncturelle » et due notamment aux stocks faits par des agriculteurs en prévision de l’augmentation récente de la redevance sur les pollutions diffuses et donc les pesticides… Si cela peut expliquer en partie le phénomène, cela n’explique absolument pas l’ampleur de ce dernier. En réalité, cette augmentation traduit surtout le fait que, dans son ensemble, l’agriculture française échoue à évoluer vers une moindre dépendance aux pesticides. C’est d’autant plus criant qu’en parallèle, les fermes Dephy (fermes de démonstration qui se veulent exemplaires sur la réduction des pesticides) tendent vers la diminution et que dans les zones non agricoles (parce que la loi est venue imposer l’interdiction des pesticides pour les jardiniers amateurs et les collectivités) les indicateurs diminuent fortement également…
L’impact de la dépendance
4Le souci est que l’utilisation massive de ces substances pollue et impacte durablement notre environnement. Ainsi, 89 % des points de mesures en eau de surface réalisés par les unités de distributions en France contiennent des pesticides. Certains contiennent même jusqu’à 20 pesticides différents. De la même manière, 71 % des points de mesures en eau souterraine contiennent des pesticides. Ces pesticides sont aussi présents dans l’air, en témoigne les différentes enquêtes réalisées par les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air [1]. Cette surexposition de nos écosystèmes à ces polluants a des conséquences sur des espèces fragiles. En effet, de nombreuses données scientifiques publiées montrent que les populations d’abeilles domestiques ont chuté de 25 % en Europe entre 1985 et 2005. Ces derniers hivers, la mortalité de ces populations était de 20 % en moyenne en Europe, jusqu’à 53 % dans certains pays. Or 75 % de la production mondiale de nourriture dépend des insectes pollinisateurs. En outre, entre 60 et 90 % des plantes sauvages ont besoin d’insectes pollinisateurs pour se reproduire [2].
5Les abeilles sont touchées mais les oiseaux aussi sont concernés. Ainsi, des chercheurs ont constaté que les oiseaux en agriculture conventionnelle sont 4,5 fois plus contaminés par les pesticides que ceux en agriculture intégrée et 5,9 fois plus que ceux en agriculture biologique. 75 % de ces espèces d’oiseaux des « champs » ont vu leur effectif diminuer en 20 ans, et les pesticides en sont la cause majeure. Les abeilles, les oiseaux mais les Hommes aussi sont concernés par les effets des pesticides. Un rapport publié en 2014 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides indique que « de nombreuses études épidémiologiques […] mettent en évidence une relation significative entre les expositions aux pesticides et certaines pathologies chroniques. Ces liens, qui sont établis avec des niveaux de preuve inégaux, ont été inventoriés récemment par une expertise collective de l’Inserm (2013). Parmi les pathologies concernées figurent notamment certains cancers […], certaines maladies neurologiques […], et certains troubles de la reproduction et du développement. » Actuellement, en France, deux pathologies graves sont inscrites au tableau des maladies professionnelles pour leur lien avec les pesticides : Parkinson et les Lymphome malin non hodgkinien, dont la leucémie lymphoïde chronique et le myélome multiple. Les professionnels sont concernés, mais les riverains des zones cultivées aux pesticides le sont aussi [3] ! Il est d’ailleurs intéressant de noter que le règlement européen 1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques stipule notamment à l’article 14 que « sont considérées comme vulnérables, les personnes nécessitant une attention particulière dans le contexte de l’évaluation des effets aigus et chroniques des produits phytopharmaceutiques sur la santé. Font partie de ces groupes, les femmes enceintes et les femmes allaitantes, les enfants à naître, les nourrissons et les enfants, les personnes âgées les travailleurs et habitants fortement exposés aux pesticides sur le long terme. ». C’est d’ailleurs au motif de cette obligation de prendre en compte de manière spécifique ces populations que le Conseil d’État dans son arrêt [4] du 26 juin 2019 a donné raison à des ONG dont Générations Futures et demandé au gouvernement de prévoir des dispositions législatives plus protectrices pour ces populations riveraines. Or, en effet, il y a urgence sur ce sujet. Ainsi par exemple des études disponibles sur cette question montrent une augmentation de la maladie de Parkinson chez les citoyens habitant dans les régions les plus agricoles et surtout les plus viticoles de la France métropolitaine [5].
Des raisons d’espérer
6Alors, doit-on pour autant se résigner devant de telles données ? La réponse est non ! Il y a de nombreuses raisons d’espérer et d’agir. La prise de conscience et la mobilisation citoyenne n’aura jamais été aussi forte que depuis ces dernières années. Plus d’un million de citoyens ont signé l’Appel des Coquelicots pour demander l’arrêt des pesticides de synthèse [6], des centaines d’événements sont organisés chaque année dans le cadre de la Semaine pour les alternatives aux pesticides pour démontrer que l’usage de ces produits n’est pas une fatalité [7], les conversions en bio sont en augmentation constante [8], des élus – comme de nombreux maires [9] – prennent des décisions politiques visant à une meilleure protection de la population, des ONG proposent des outils de mobilisation [10] pour influer sur les futures politiques publiques, des citoyens partout en Europe s’unissent pour un avenir promouvant une nouvelle ère agricole [11], des lois sont votés pour interdire l’utilisation de pesticides pour les jardiniers amateurs ou dans les collectivités [12], des décisions juridiques confortent le bien fondé des populations pour une meilleure protection de notre environnement, en témoigne la décision récente du Conseil constitutionnel [13] qui reconnaît que « la protection de l’environnement, patrimoine commun des êtres humains, constitue un objectif de valeur constitutionnelle » qui peut justifier des « atteintes à la liberté d’entreprendre » alors que les représentants des vendeurs de pesticides avait saisi ledit conseil pour faire « tomber » un article de la loi agriculture et alimentation qui interdira d’ici à 2022 la production, le stockage et la vente de pesticides interdits dans l’UE et qui auraient donc été voués à l’exportation dans des pays tiers aux règlementations moins protectrices.
7Toutes ces mobilisations, ces décisions sont porteuses d’espoir. Nous engrangeons des victoires, parfois petites, parfois plus grandes, nous sommes confrontés à des reculs ou parfois nous faisons du surplace, mais peu importe, il nous faut maintenir le cap sans jamais se relâcher. En réalité, la question n’est pas de savoir si nous allons réussir ou échouer face à la l’ampleur de la tâche à accomplir ni de savoir si nous devons être optimistes ou pessimistes face à une situation qui semble catastrophique. La seule attitude raisonnable est d’accepter le fait que nous n’avons d’autre choix que d’être déterminés à léguer à nos enfants et petits-enfants une planète où chacun pourra s’épanouir en respectant son prochain et en protégeant son lointain. Vaste programme certes, mais au combien enthousiasmant et galvanisant !