L’abbaye cistercienne de Barbery (Calvados) : liste abbatiale et restitution du bâti
Pages 39 à 152
Citer cet article
- DUBOIS, Adrien
- et VINCENT, Jean-Baptiste,
- Dubois, Adrien.
- et al.
- Dubois, A.
- et Vincent, J.-B.
https://doi.org/10.3917/annor.651.0039
Citer cet article
- Dubois, A.
- et Vincent, J.-B.
- Dubois, Adrien.
- et al.
- DUBOIS, Adrien
- et VINCENT, Jean-Baptiste,
https://doi.org/10.3917/annor.651.0039
Notes
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[*]
Chercheur associé au Centre Michel de Boüard-CRAHAM, Université de Caen Basse-Normandie.
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[**]
Doctorant en histoire et archéologie médiévale, Laboratoire du GRHIS, Université de Rouen ; Chercheur associé au Centre Michel de Boüard-CRAHAM, Université de Caen Basse-Normandie. L’étude archéologique a pu être entreprise avec le concours du Service Régional de l’Archéologie de Basse-Normandie et du Service Départemental d’Archéologie du Calvados.
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[1]
F. Vaultier, Recherches historiques sur l’ancien pays de Cinglais, au diocèse de Bayeux, Caen, Hardel, 1837, extrait des Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, n° 10, 1836, [fac-similé : Paris, Res universis, 1992], p. 59-77 ; R. Da Cruz, L’abbaye cistercienne de Barbery (Calvados) de sa fondation jusqu’à 1247, mémoire de maîtrise sous la dir. de Véronique Gazeau et Claude Lorren, Université de Caen, 2001, Annexe I, Le chartrier de Barbery ; A. de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, Caen, Le Blanc-Hardel, t. IV, 1859, p. 503-513. Voir aussi V. Juhel et F. Saint-James, « L’abbaye de Barbery », dans Excursion de la Société des antiquaires de Normandie, Architecture cistercienne dans le Calvados, samedi 20 juin 1998, p. 31-44.
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[2]
En particulier, V. Juhel et F. Saint-James, « L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 35 : « À l’issue de ce rapide tour d’horizon, on se rend compte des lacunes de notre connaissance sur ce monastère et son patrimoine architectural, même si quelques propositions nouvelles ont pu être émises […]. On ne peut qu’espérer que ce site typiquement cistercien et ces ruines d’une grande qualité soient préservées par un classement de la totalité des vestiges au titre des Monuments historiques, et que des fouilles archéologiques puissent un jour être lancées sur ce site si attachant mais menacé à brève échéance d’une complète disparition si rien n’est entrepris d’ici là ».
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[3]
A. du Monstier, Neustria Pia…, Rouen, 1663, p. 883.
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[4]
Voir par exemple les remarques de L. Grillon, « Dom Louis Quinet (1596-1665) abbé de Barbery », dans Mélanges à la mémoire du père Anselme Dimier, II, Histoire cistercienne, 3 Ordre, moines, Arbois, Benoît Chauvin, 1984, p. 325-334.
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[5]
B. Bonnin, Barbery O.C. Étude sur la formation et la gestion du patrimoine d’une abbaye normande au Moyen Âge (du xiie au xve siècle), mémoire de maîtrise préparé sous la direction d’André Debord, université de Caen, 1990 [dactyl., conservé aux Arch. dép. Calvados].
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[6]
Un grand merci à Pierre Bouet pour son aide précieuse dans l’établissement des transcriptions.
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[7]
J. F. Michaud et L. G. Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, vol. 19, Paris, Madame C. Desplaces, 1857, p. 288.
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[8]
Notamment par l’abbé G. A. Simon, Un mystique bénédictin normand au xviie siècle, dom Louis Quinet, abbé de Barbery (1595-1665), Caen, L. Jouan et R. Bigot, 1927, p. 10, n. 3.
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[9]
B. Bonnin, Barbery…, op. cit., n. 41, p. 19, évoque « des annales rédigées au xviiie siècle par Dumoulin curé de Manneville » : il s’agit d’une confusion avec Gabriel du Moulin, curé de Menneval ; cf. abbé Porée, Un historien normand, Gabriel du Moulin, curé de Menneval, Caen, Le Blanc-Hardel, 1884 (extrait de l’Annuaire normand, 1884). La source anonyme (Caen, Musée des Beaux-Arts, fonds Mancel [par la suite indiqué Mancel], vol. 75, n° 39, fol. 140r-146v) utilisée par l’annaliste de Barbery a effectivement puisé dans l’Histoire de Normandie de du Moulin, publiée en 1631, et c’est la première mention marginale que l’on rencontre dans le manuscrit des annales (Arch. dép. Calvados, H 1281/2).
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[10]
Conservé aux Arch. dép. Calvados, H 1281/2. S’agissant d’un manuscrit de 34 pages dont chaque partie (latine puis française) est organisée chronologiquement, il a semblé préférable, pour éviter d’alourdir les notes de bas de page, d’éviter de rappeler cette référence à chaque occurrence lorsque la page est facilement retrouvable.
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[11]
Comparaison de la signature de Basile Jacquin conservée dans le registre des professions et sépultures de Barbery pour 1759-1766 (Arch. dép. Calvados, H 1805) avec la manière dont l’annaliste de Barbery écrit le même nom (Arch. dép. Calvados, H 1281/2, p. 29).
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[12]
Arch. dép. Calvados, H 1804 et H 1805. Il est sacriste en 1751 (Arch. dép. Calvados, H 1274).
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[13]
Mancel, vol. 75, fol. 140r-146v.
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[14]
Cette contradiction de Jacquin amène à douter de la date de décès de Dauphin, qu’il faudrait situer ou bien peu après 1695 (début de l’abbatiat de Poisson) ou bien peu après 1722 ; elle est en tout cas postérieure à 1705, cf. infra.
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[15]
Bernard Dauphin, profès de Barbery, faisait partie de la communauté d’Aunay en 1644 ; M. G. Le Hardy, Étude sur la baronnie et l’abbaye d’Aunay-sur-Odon, Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, vol. 19, p. 170.
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[16]
Jacquin a visiblement traduit en latin une partie des informations qu’il avait tirées de Dauphin, ce qui introduit une légère confusion (voir par exemple le fait que les moines se sont réfugiés dans la forêt au moment des guerres de Religion, p. 10 et 17).
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[17]
Cette question doit faire l’objet d’un travail indépendant. Jean Hermant s’est inspiré de Jean Petite (voir notamment G. Villers, « Notice historique sur Jean Petite », Mémoires de la Société d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres de Bayeux, t. 2, 1844, p. 337-386, en particulier p. 376-381), mais le dossier relatif à Barbery montre à la fois sa volonté d’utiliser d’autres sources et la relative confiance que l’on peut lui accorder : les informations vérifiables de son texte s’avèrent généralement justes, ce qui encourage à prêter crédit aux données qui ne peuvent aujourd’hui être corroborées.
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[18]
Le manuscrit d’Hermant (correspondant au deuxième volume de son Histoire du diocèse de Bayeux, consacré aux abbayes du diocèse) est conservé à la Bibliothèque municipale de Caen sous la cote In-folio 70. Le texte relatif à l’abbaye de Barbery (p. 231-253) étant organisé chronologiquement, il n’a pas paru nécessaire de rappeler cette référence à chaque occurrence.
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[19]
BnF, ms. fr. 4902, fol. 70r-81r (là encore il n’a pas semblé utile de rapporter cette référence à chaque occurrence). Frédéric Galeron, repris par Honoré Fisquet (H. Fisquet, La France pontificale (Gallia christiana), Métropole de Rouen, Paris, E. Repos, 1866, p. 209), évoque ce manuscrit qui « renferme des renseignements sur l’état du monastère et sur ses monuments en 1705 » comme « mal écrit, mais curieux, ce travail avait été adressé à l’intendant de la province du temps de l’abbé François Verjus » (F. Galeron, Statistique de l’arrondissement de Falaise, t. 3, Falaise, Chez Brée l’aîné, 1829, p. 199, n. 1). A. de Caumont, Statistique monumentale…, op. cit., p. 506 et suiv., avait déjà noté l’intérêt de ce manuscrit et en avait recopié et complété la liste abbatiale.
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[20]
C’est ce qu’indique la description du catalogue de la BnF ; voir aussi A. Douchin, « L’intendant Foucault et l’histoire de la Normandie, 1703-1706 », Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, t. LXVI, 2004-2007, p. 111-152. Hermant a eu accès aux manuscrits de l’intendant dès le vivant de ce dernier, cf. J. Hermant, Histoire du diocèse de Bayeux, t. 1, Caen, Pierre F. Doublet, 1705, p. 444.
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[21]
BnF, ms. fr. 4902, fol. 76v.
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[22]
Cf. Jacquin qui le cite p. 20.
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[23]
Arch. dép. Calvados, H 1791.
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[24]
Mancel, vol. 75, fol. 147v-148r.
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[25]
Il copie en résumé entre 1662 et 1664 les trois volumes de l’histoire de Marie des Vallées par le P. Eudes (BnF, ms. fr. 11942, 11943, 11944). À la suite de la polémique, il compose ses Réflexions sur l’histoire de Marie des Vallées (ms. fr. 11946) et écrit deux nouvelles lettres à ce sujet (ms. fr. 11948). Seul ce dernier manuscrit a été consulté pour la présente recherche.
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[26]
Voir notamment le paraphe du BnF, ms. fr. 11948, p. 48, qui ressemble fort (quoique tracé par une main plus jeune de 30 ans) à celui du BnF, ms. fr. 4902. L’auteur de l’écrit polémique se dit « âgé de quarante ans environ » en 1664 (É. Dermenghem, La vie admirable et les révélations de Marie des Vallées, Paris, Plon-Nourrit, 1926, p. 297) ; Dauphin aurait environ 36 ans en 1664 si l’on en croit Jacquin.
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[27]
M. Devoucoux, L’Œuvre de Dieu en Marie des Vallées, Paris, F.-X. de Guibert, 2000, p. 292 rapporte que l’identité du moine de Barbery polémiste a été le sujet de bien des conjectures, certains ayant pensé qu’il s’agissait de Paul Eudeline, sous-prieur puis prieur de Barbery.
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[28]
Sur cette affaire, voir M. Devoucoux, L’Œuvre de Dieu…, op. cit. ; É. Dermenghem, La vie admirable…, op. cit.
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[29]
Cf. G. A. Simon, « Dom Nicolas Le Guédois, prieur d’Aunay (1652-1658), abbé de Barbery (1659-1677) », Revue Mabillon, 1920, p. 206-207.
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[30]
M. Devoucoux, L’Œuvre de Dieu…, op. cit., p. 294
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[31]
B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 14, cf. infra.
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[32]
B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 15.
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[33]
La généalogie de la famille Marmion reste sujette à caution ; nous avons retenu ici la numérotation proposée par B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 20.
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[34]
D. Crouch, The Reign of King Stephen, 1135-1154, Pearson Education Limited, 2000, p. 226-227.
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[35]
A. Duchesne, Histoire d’Angleterre, d’Escosse, et d’Irlande […], Paris, chez Guillaume Loyson, 1634, p. 455.
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[36]
Cette épitaphe est également fournie par le manuscrit anonyme du xviie siècle (Mancel, vol. 75, fol. 147v) et recopiée par de Caumont.
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[37]
On trouve un dessin de ces armes dans BnF, ms. fr. 4902, fol. 82r.
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[38]
A. Manrique, Annales Cistercienses.
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[39]
Un grand merci à Michael Allen et Christophe Maneuvrier pour avoir apporté les arguments métriques, linguistiques et épigraphiques amenant à cette hypothèse.
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[40]
Gallia Christiana, t. XI, col. 453 : Primus fundator, Robertus Marmion occisus anno 1143, in abbatia Coventrensi, sepultus est medius in Anglia, medius in capitulo Barberii, subtus stallum abbatis.
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[41]
Bertrand Bonnin retient pour sa part la date de 1143 mais considère qu’il existe deux tombes différentes, celle du premier donateur (prioris) située au chevet de l’église, et celle de son fils homonyme et fondateur de l’abbaye (junioris) dans le chapitre (B. Bonnin, Barbery…, op. cit., n. 36, p. 18). Tous les relevés d’épitaphes rapportent pourtant bien que cette tombe se trouvait dans le chapitre.
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[42]
R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 33 et n° 133.
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[43]
R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 2.
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[44]
B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 14 : ex dono Robert Marmionis locum de Barberio et locum de Jorques cum omnibus appendiciis eorum et Ricardi Baiocensis episcopi omnia ecclesiastica beneficia ad eadem loca pertinentia (d’après Arch. nat., L 966 ; copie Mancel, vol. 302, p. 305). Le même texte est porté dans la confirmation d’Alexandre III en 1162 (J. Ramackers, Papsturkunden in Frankreich, 2 Normandie, Gottingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1937, 2 vol., n° 109, p. 198-202).
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[45]
G. Saige, Cartulaire de la seigneur de Fontenay-le-Marmion, Monaco, 1895, p. XIX ; B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 16-17. Il est tentant de penser que Robert Marmion s’est rallié au parti du Plantagenêt en 1141, à l’instar de son seigneur Galeran de Meulan.
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[46]
B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 18.
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[47]
R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 1.
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[48]
L’ordre de Savigny possédait des similitudes avec l’ordre cistercien : l’abbaye fondée par saint Vital en 1112 dans un vallon aux confins du diocèse d’Avranches puisait ses racines dans l’érémitisme. Rapidement et avec les faveurs des seigneurs anglo-normands, la congrégation essaime en Mayenne, dans le domaine royal, en Angleterre et surtout en Normandie. On retrouve les premières fondations normandes d’abord dans l’extrême est du duché, dans le diocèse de Rouen, avec l’abbaye de Beaubec (1127) et Foucarmont (1130). La majeure partie des fondations savigniennes se situent autour de 1130.
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[49]
L’original de cette charte (Arch. dép. Calvados, H 1264) a permis à Richard Da Cruz d’offrir une édition corrigeant les erreurs de la Gallia Christiana. Hermant avait quant à lui utilisé une copie qui n’est pas toujours bonne, peut-être la Neustria Pia, ou une des versions fautives utilisées par Arthur du Monstier (cf. notamment la reproduction dans ces versions fautives de mansuram ecclesiae Reginae à la place de masuram Aeles Reginae. Neustria Pia, p. 881).
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[50]
John Rylands Library, Beaumont Charters, GB 133 BMC/43 ; copie BnF, ms. fr. 4900, fol. 149r ; copie Mancel, vol. 75, fol. 143r ; éd. partielle Gallia Christiana, t. XI, instr. col. 88 ; éd. Magni rotuli scaccarii Normanniae sub regibus Angliae, vol. 2, 1844, p. ci, note c, qui reste la plus correcte ; éd. fautive (d’après Mancel, vol. 75), R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 6.
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[51]
Voir aussi B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 18.
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[52]
Arch. dép. Calvados, H 1264, dont Hermant propose une copie incomplète quant à la liste des témoins.
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[53]
Hermant donne une copie maladroite de cette charte : le début est bien celle d’Henri II, mais il poursuit avec la confirmation de Louis IX vidimant celle d’Henri II, en 1268. Merci à N. Vincent d’avoir reconnu ces deux textes dans la version confuse d’Hermant ; ces deux textes se trouvent dans Gallia Christiana, t. XI, instr., 86-88, n° 21 et L. Delisle, Cartulaire normand, de Philippe Auguste, Louis VIII, saint Louis et Philippe le Hardi, Caen, 1852, n° 1217. Malgré cette erreur, on constate qu’Hermant propose ici l’édition de textes qui ne se trouvent alors ni dans le Neustria Pia, ni dans l’édition de 1656 de la Gallia Christiana (laquelle ne consacre pas plus de 7 lignes à Barbery, vol. 4, p. 129).
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[54]
Arch. dép. Calvados, H 1792 : mention de « reparations faites au chapittre, tombez et pavé d’icelluy et sieges d’alentour ».
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[55]
A.-L. Léchaudé d’Anisy (Extrait des chartes et autres actes normands ou anglo-normands qui se trouvent dans les archives du Calvados, vol. 1, Caen, 1834, p. 415-146, n° 52) indique que « Pont-Daniel, abbé de Barbery » est témoin d’un accord entre l’abbé de Troarn et celui de Saint-André-en-Gouffern, datable entre 1167 et 1181 ; il s’agit en réalité de Daniel, prieur de Sainte-Barbe (Arch. dép. Calvados, H 6593).
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[56]
On voit encore une fois ici que Hermant puise à la même source que Jacquin qui indique : Primus abbas Radulphus. Hic religione et observantia regulari claruit, qui et in Claravalle pietatem professus hauserat, suis, ex animo fidelis servus et prudens eandem instillavit potut esse discipulus n.p. S. Bernardi, qui obiit 20 aug. 1153 secum adduxit de Saviniaco duodecim discipulos in hocce novum monasterium formandum hunc tradunt acclamantibus importune ranis in Barberio indixisse silentium quod et servarunt et hactenus servant.
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[57]
Le développement entre < > est placé sur une feuille à part, ce qui manifeste un ajout postérieur à la première rédaction d’Hermant.
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[58]
Arch. dép. Calvados, H 1706 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 40.
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[59]
Arch. dép. Calvados, H 1264 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 2.
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[60]
Chron. Savigny, Recueil des Historiens de la France, t. XIV, p. 519. Sur les difficultés soulevées par ce texte, voir C. Auvry, Histoire de la congrégation de Savigny, éd. A. Laveille, Rouen, Lestringant, 1896-1898, t. III, p. 223-224 ; F. Vaultier, Recherches historiques sur l’ancien pays de Cinglais, op. cit., p. 64-65 ; R. Da Cruz, op. cit., vol. 1, p. 48-49.
-
[61]
H. Müller, Päpstliche Delegationsgerichtsbarkeit in der Normandie, t. 2, Bouvier Verlag Bonn, 1997, n° 63, p. 167-169 (correspondant au texte daté de 1185 par C. Auvry, Histoire de la congrégation de Savigny, t. III, p. 224-225).
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[62]
Arch. dép. Calvados, H 1706 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 55, pour qui cette charte est postérieure à 1204 du fait de la mention de livres tournois, ce qui interdirait de considérer que Guillaume de Cintheaux puisse être Guillaume Ier : la présence des moines Renouf de Cormelles, Robert d’Ifs et Robert de Fontenay indique la fin du xiie siècle ou le début du xiiie siècle.
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[63]
Mancel, vol. 75 ; Gallia Christiana, t. XI, col. 455 ; BnF, ms. fr. 4902 ; Jacquin.
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[64]
Arch. dép. Calvados, H 5607, éd. P. de Farcy, Abbayes de l’évêché de Bayeux, fasc. 2, t. 3, Abbaye de Fontenay, Laval, imprimerie Moreau, 1887, p. 35-36 ; éd. F. Liaigre, L’abbaye de Fontenay : étude économique, des origines à la guerre de Cent Ans, Mémoire de maîtrise, Histoire, Caen, 1970 ; éd. et datation (à partir de l’abbatial de Gérard de Savigny), R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 14. Copie Arch. dép. Calvados, H 1781.
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[65]
BnF, ms. fr. 4902, p. 50 ; Mancel, vol. 303 : « Charte de Robert abbé de Fontenay à Ricard abbé de Barberio au sujet de la concorde à établir à cause de plusieurs terres et biens » ; Mancel, vol. 120 indique seulement (fol. 7r, p. 23) : « Accord entre Barbery et Fontenay après l’an 1185 ».
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[66]
Arch. dép. Calvados, H 1790 ; le don de Jean de Hosa auquel cette analyse fait allusion est confirmé par Lisiard de Sées dans une autre charte sans date, éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 23 d’après H 1749 (on retrouve dans ce carton une charte de 1267 qui permet de supposer l’origine de la confusion).
-
[67]
Arch. dép. Calvados, H 1548 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 32.
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[68]
Arch. dép. Calvados, H 1706 ; Guillaume fils de Thibaut de Moulines vend une masure à Herbert Le Fèvre.
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[69]
Arch. dép. Calvados, H 1759 (copie du xviie siècle).
-
[70]
Arch. dép. Calvados, 2 H 159.
-
[71]
Pour C. Meunier, (Les abbés cisterciens en Normandie xiie-xiiie siècles : Aunay-sur-Odon, Barbery, Bonport, La Noé, Le Valasse, Mortemer, Val-Richer, Mémoire de master 1, Caen, 2006), il est originaire d’Ézy-sur-Eure. Je pencherais plutôt pour Aisy à Soumont-Saint-Quentin (Calvados, cant. Falaise-Nord) ou Ouézy (Calvados, cant. Bourguébus) comme le suggère Bertrand Bonnin.
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[72]
Le même texte (variante d’Ezzy) est donné par la Gallia Christiana, t. XI, col. 453.
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[73]
Arch. dép. Calvados, 2 H 159.
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[74]
Arch. dép. Calvados, H 1530, éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 95.
-
[75]
Arch. dép. Calvados, H 1564 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 96.
-
[76]
G. Saige, Cartulaire…, op. cit., n° XXXVI, « vers 1207 », p. 51. Le conflit entre l’abbaye et Robert d’Ouffières remonte au moins à 1203, cf. H. Müller, Päpstliche…, op. cit., t. 2, n° 131, p. 251-253.
-
[77]
Arch. dép. Calvados, H 1736 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 104. Jourdain du Hommet, évêque de Lisieux (1202-1218).
-
[78]
Arch. dép. Calvados, H 1706 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 55 (la présence des moines Renouf de Cormelles, Robert d’Ifs et Robert de Fontenay indique la fin du xiie siècle ou le début du xiiie siècle). R. Da Cruz date l’acte « d’après 1204 ? ». L’absence de date dans cet acte rend toutefois peu probable une datation trop tardive, ce qui tendrait à privilégier l’identification de Guillaume de Cintheaux à Guillaume Ier, dont on voit mal comment il pourrait être le septième abbé de Barbery, ce qui oriente vers une épitaphe tardive, visant à reconstituer une liste abbatiale méconnue.
-
[79]
Mancel, vol. 75 ; Gallia christiana, t. XI, col. 455 ; BnF, ms. fr. 4902 ; Jacquin.
-
[80]
Il semble effectivement qu’il y ait eu une sépulture : Hic jacet domnus Villelmus abbas VIII (Mancel, vol. 75, fol. 147v), ce qui est encore confirmé par l’épitaphe de Le Guédois (cf. infra).
-
[81]
P. de Farcy, Abbaye de Fontenay, op. cit., p. 37, d’après A.-L. Léchaudé d’Anisy, op. cit., vol. 2, Caen, 1835, p. 243, n° 66.
-
[82]
R. N. Sauvage, L’abbaye de Saint-Martin de Troarn au diocèse de Bayeux, des origines au xvie siècle, Histoire et développement économique d’un monastère normand au Moyen Âge, Caen, H. Delesques, 1911, p. 163.
-
[83]
Arch. dép. Calvados, H 1708 ; datation correspondant à la fois à la mention de Gui de Tournebu, chevalier, et à l’abbatiat de Guillaume de Troarn (d’après R. N. Sauvage, op. cit., p. 294).
-
[84]
Arch. dép. Calvados, H 1708 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 120.
-
[85]
A.-I. Marnier, Établissements et coutumes, assises et arrêts de l’Échiquier de Normandie au treizième siècle (1207-1270), Paris, Techener, 1839, p. 146.
-
[86]
Arch. dép. Calvados, H 1708 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° CXXXVI.
-
[87]
Arch. dép. Calvados, H 5607 ; éd. P. de Farcy, Abbaye de Fontenay, op. cit., p. 45 ; éd. F. Liaigre, op. cit. ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 152.
-
[88]
J.-M. Canivez, Statuta Capitulorum Generalium Ordinis Cisterciensis ab anno 1116 ad annum 1786, Louvain (Bibliothèque de la Revue d’histoire ecclésiastique), 1933-1941, année 1228, st. 29 ; R. Da Cruz, op. cit., vol. 1, p. 177-178.
-
[89]
F. Dubosc (éd.), Cartulaire de Montmorel, Saint-Lô, Archives départementales de la Manche, 1878, p. 81, n° 91.
-
[90]
Ce document, qui se trouvait aux Archives départementales de la Manche avant 1944, a été reproduit avant sa destruction : une photographie conservée dans le fonds Hunger des Archives départementales du Calvados permet ainsi d’observer le sceau, ainsi décrit par Demay : « L’abbé debout, tête nue, crossé, tenant un livre » (Arch. dép. Calvados, F 5690, n° 150). Un vestige de sceau très comparable, appendu à une charte de 1227, se trouve aux Arch. dép. Calvados, H 6536.
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[91]
Arch. dép. Calvados, H 1708 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 189.
-
[92]
Original : John Rylands Library, Beaumont Charters, GB 133 BMC/48 ; copies modernes : Mancel, vol. 75, n° 42, fol. 170r ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 172, qui néglige la liste des témoins ; une autre version fautive, copiée dans BnF, ms. fr. 4902, fol. 86r, indique « Bernardus abbas ».
-
[93]
BnF, ms. fr. 4902, p. 50 ; et Mancel, vol. 303 : « Charte de Robert abbé de Fontenay à Ricard abbé de Barberio au sujet de la concorde à établir à cause de plusieurs terres et biens ».
-
[94]
Arch. dép. Calvados, H 1708 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 189.
-
[95]
R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 289, d’après H 1577 ; H 1668, éd. Ibid., n° 291 ; Ibid., n° 302 d’après H 1738.
-
[96]
Arch. dép. Calvados, H 1550 ; R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 286.
-
[97]
Arch. dép. Calvados, 2 D 110.
-
[98]
BnF, ms. fr. 4902, Fontenay, fol. 26rv, p. 47 et 48 ; et Mancel, vol. 303, p. 21 ; P. de Farcy, Abbaye de Fontenay, op. cit., p. 75 (Mancel, vol. 120 indique bien cet acte de 1263 mais ne précise pas le prénom des abbés).
-
[99]
Arch. dép. Calvados, H 5667 et H 1453.
-
[100]
B. Bonnin, op. cit., p. 126.
-
[101]
G. Saige, op. cit., n° XXXV, p. 48-50.
-
[102]
B. Bonnin, op. cit., p. 126.
-
[103]
Arch. dép. Calvados, H 1706 ; éd. R. Da Cruz, op. cit., annexe, n° 55 : la présence des moines Renouf de Cormelles, Robert d’Ifs et Robert de Fontenay indique la fin du xiie siècle ou le début du xiiie siècle.
-
[104]
Copie Arch. dép. Calvados, H 1790.
-
[105]
Regestrum visitationum archiepiscopi Rothomagensis : journal des visites pastorales d’Eude Rigaud, archevêque de Rouen, Rouen, A. Le Brument, 1852, p. 578.
-
[106]
J.-M. Canivez, Statuta…, op. cit., années 1275, p. 146 et 1277, p. 168.
-
[107]
D’après BnF, ms. fr. 4902, fol. 28 et idem d’après un autre inventaire du cartulaire de l’abbaye de Fontenay, Mancel, vol. 120, fol. 7r. Mancel, vol. 303, p. 22 : « Charte de Robert de Barberio acceptant la concorde faite entre les ab. de Fontenay et Barberio par Philippe ministro abbé de Troarn 1273 ».
-
[108]
Le texte est donné par Hermant, par Gallia Christiana, t. XI, col. 453 ; par Mancel, vol. 75, fol. 147 ; par BnF, ms. fr. 4902, fol. 70r. Tous donnent la même version si ce n’est que la Gallia Christiana omet le amen final.
-
[109]
D’après l’analyse du cartulaire de Fontenay, BnF, ms. fr. 4902, fol. 18r (Mancel, vol. 303 et vol. 120 mentionnent bien cet acte mais sans indiquer l’identité des abbés).
-
[110]
BnF, ms. fr. 4902, fol. 28r, p. 51 : Carta Thomae abbatis de Barbereio concordiae supra ius patronatus ecclesie parochialis de Barbereio 1283 ; Mancel, vol. 303, Fontenay, p. 22 : « Charte de Thomas abbé de Barberio établissant la paix qui existe dans sa communauté 1283 » ; Mancel, vol. 120, fol. 7r : « Lettres de Thomas, abbé de Barbery, sur le même sujet, en 1283 » ; P. de Farcy, Abbaye de Fontenay, op. cit., p. 75.
-
[111]
Arch. dép. Calvados, H 1709.
-
[112]
G. Saige, op. cit., n° XXXVII, p. 53-54.
-
[113]
Arch. dép. Calvados, H 1709.
-
[114]
Hermant ; on retrouve le même texte dans Gallia Christiana, t. XI, col. 454 ; BnF, ms. fr. 4902, fol. 71r ; Mancel, vol. 75, fol. 147v ; Jacquin, p. 8.
-
[115]
Cf. note précédente.
-
[116]
G. Saige, op. cit., n° 34, p. 41-48.
-
[117]
Gallia Christiana, t. XI, col. 454 ; BnF, ms. fr. 4902, fol. 71v ; Mancel, vol. 75, fol. 147v ; Jacquin.
-
[118]
Arch. dép. Calvados, H 1591.
-
[119]
Gallia christiana, t. XI, col. 454.
-
[120]
Hermant, p. 209 (il est repris sur ce point par G. Dupont, L’abbaye du Val-Richer, étude historique, Caen, Le Blanc-Hardel, 1866, p. 127) ; l’information provient sans doute en partie de Neustria Pia, p. 883.
-
[121]
F. Galeron, op. cit., p. 197 ; B. Bonnin, op. cit., p. 126.
-
[122]
Volumes dom Lenoir (microfilmés aux Arch. nat., 104 Mi 1-76), vol. 36, p. 1397.
-
[123]
Hermant, Même texte dans Gallia Christiana, t. XI, col. 454 ; BnF, ms. fr. 4902, fol. 71v ; Mancel, vol. 75, fol. 147v.
-
[124]
Hermant se contredit puisqu’il écrit plus haut (p. 209) : « Laurent d’Hery fut éleu abbé l’an 1351 dans le chapitre où presidoient… en vertu de la commission de l’abbé de Cisteaux dont nous avons parlé cy devant Oliverius abbé de Saint André en Gouffer et D. Pierre de Barbery ». (il est repris sur ce point par G. Dupont, op. cit., p. 127) ; l’information provient sans doute en partie de Neustria Pia, p. 883.
-
[125]
BnF, ms. fr. 20899. Un grand merci à Anne-Marie Siramy d’avoir bien voulu me communiquer une copie de ce document.
-
[126]
Arch. dép. Seine-Maritime, 1 B 10, fol. 22v ; cette information est également rapportée par F. Galeron, op. cit., p. 197.
-
[127]
éd. A. de Caumont, « Relation de la visite des forteresses du bailliage de Caen », Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 2e série, t. 1, 1837-1839, p. 197.
-
[128]
Arch. dép. Calvados, H 1790.
-
[129]
« pensio data fratri Guillelmo Le Mazurier in sua cessione spontanea de regimine monasterii de Barberyo » (J.-M. Canivez, Statuta…, op. cit., année 1402, p. 42, n° 44).
-
[130]
En particulier Neustria Pia, p. 883, Jacquin, p. 9 (fol. 6r) et Hermant qui indiquent cette source.
-
[131]
Arch. dép. Calvados, H 1510.
-
[132]
Arch. dép. Calvados, H 1613 (peut-être s’agit-il là du document indiqué par B. Bonnin, op. cit., p. 126, avec la référence fautive H 1406).
-
[133]
Arch. dép. Calvados, H 1613.
-
[134]
Arch. dép. Calvados, 7 E 88, p. 335 (tabellionnage de Caen) ; voir aussi Arch. dép. Calvados, H 1510.
-
[135]
L. Hommey, Histoire générale ecclésiastique et civile du diocèse de Séez…, t. 2, Alençon, E. Renaut-de Broise, 1899, p. 415.
-
[136]
Arch. dép. Calvados, H 6001.
-
[137]
C’est également la version donnée par la Gallia Christiana, t. XI, col. 454 et par Neustria Pia, p. 883 ; et encore par Basile Jacquin, p. 9 ; Mancel, vol. 75, fol. 147v varie : Hic jacet domnus Joannes Pymenle quondam devotus ac pius abbas hujus loci, in quo abbatizavit egregie XLII annis, et obiit XVII die mensis decembris anno domini MCCCC LXIX cujus anima in pace requiescat amen pater noster.
-
[138]
Arch. dép. Calvados, H 1790.
-
[139]
Chartularium universitatis Parisiensis, t. IV, p. 480, n° 2319 ; T. Sullivan, Parisian licentiates in theology AD 1373-1500. A Bibliographical Register, vol. 2, The Secular Clergy, Brill, 2011, p. 206. Il est encore écolier à Paris en août 1429 (Arch. dép. Calvados, H 1669).
-
[140]
Arch. dép. Calvados, H 6001. On le retrouve sous la simple initiale J. dans un document sur le même sujet en 1431, conservé sous la même cote.
-
[141]
Le cartulaire de Fontaine-Daniel (A. Grosse-Duperon et E. Gouvrion, Cartulaire de l’abbaye cistercienne de Fontaine-Daniel, Mayenne, 1896, p. 277, n° CCLXXV) indique ainsi « Johannes, abbas de Barbereyo. 1431, 27 septembri ». Un grand merci à Jean-René Ladurée qui a bien voulu vérifier que les copies de Gaignières n’apportaient pas davantage d’informations.
-
[142]
Volumes dom Lenoir (microfilmés aux Arch. nat., 104 Mi 1-76), vol. 36, p. 1397.
-
[143]
Arch. dép. Calvados, H 1437.
-
[144]
Arch. dép. Calvados, H 1544.
-
[145]
Arch. dép. Calvados, H 1330.
-
[146]
Arch. dép. Calvados, 7 E 93, vol. 2, fol. 46r.
-
[147]
J.-M. Canivez, Statuta…, op. cit., année 1460, p. 48, n° 14 : Electionem canonicam, promotionem et installationem magistri Gaufridi de Constantino, s. pag. pr., in abbatem monasterii de Barberio, per dominum abbatem de Begar. s. th. pr., reverendi patris domini abbatis Savigniacensis, dicti monasterii patris abbatis commissarium, factas, prout… etc.
-
[148]
Arch. dép. Calvados, H 1698.
-
[149]
Mancel, vol. 75.
-
[150]
Arch. dép. Calvados, H 1669.
-
[151]
J.-M. Canivez, Statuta…, op. cit., année 1460, p. 48, n° 14 (voir supra note 147).
-
[152]
H. Prentout, Les États provinciaux de Normandie, Caen, t. 3, p. 95, p. 100 ; 102.
-
[153]
Arch. dép. Calvados, H 1546.
-
[154]
Et non pater comme indiqué dans la Gallia Christiana.
-
[155]
Mancel, vol. 75, ajoute Cujus anima in pace requiescat. Amen.
-
[156]
La même réflexion est faite par Bernard Dauphin en 1705 (BnF, ms. fr. 4902, p. 72r).
-
[157]
Le passage entre < > se trouve sur une feuille volante, ajoutée après le corps du texte.
-
[158]
B. Bonnin, op. cit., p. 127 ; J.-M. Canivez, Statuta…, op. cit., année 1469, p. 261, n° 123.
-
[159]
quarta dans Mancel, vol. 75.
-
[160]
Dauphin dans sa lettre de 1705, suivi en cela par Hermant, omet viris.
-
[161]
Jacquin porte praefuerat.
-
[162]
Hermant, Dauphin (BnF, ms. fr. 4902, p. 72v), Basile Jacquin (p. 9) ; Neustria Pia, p. 883, et Gallia Christiana, t. XI, col. 454 donnent des versions similaires, qui diffèrent quelque peu de Mancel, vol. 75, fol. 147v : Moesta dies aprilis quarta quae cenobii hujus viris praefecerat religiosis Clementia diva solertem et benignum abbatem Reginaldum Levrard abstulit et hoc sub saxo clausit anno 1496.
-
[163]
H 1531 : il est procureur des religieux pour conclure un échange avec le seigneur de Reviers à Cintheaux (Calvados, cant. Bretteville-sur-Laize).
-
[164]
B. Bonnin, op. cit., p. 124.
-
[165]
Arch. dép. Calvados, H 1454.
-
[166]
J.-M. Canivez, Statuta…, op. cit., année 1469, p. 261, n° 123. Reginaldo Leuvard, religioso professo monasterii de Barbereyo, in theol. bacc. ad dignitatem abbatialem dicti monasterii.
-
[167]
Arch. dép. Calvados, H 1669.
-
[168]
Volumes dom Lenoir (microfilmés aux Arch. nat., 104 Mi 1-76), vol. 36, p. 1361.
-
[169]
Abbé de La Rue, « Mémoire sur la valeur et le prix des livres […] », Bulletin monumental, t. III, p. 181-194, ici p. 192.
-
[170]
Arch. dép. Calvados, fonds de l’abbaye de Villers-Canivet, 2 H 159.
-
[171]
Arch. dép. Calvados, H 1496.
-
[172]
Arch. dép. Calvados, H 1527.
-
[173]
Mancel, vol. 75, indique clairement qu’il est inhumé dans le chapitre, mais Bernard Dauphin affirme à deux reprises (BnF, ms. fr. 4902, p. 72r et 78v) qu’il a été enterré dans l’église abbatiale.
-
[174]
Arch. dép. Calvados, H 1736. Voir aussi H 1734.
-
[175]
Arch. dép. Calvados, H 1455.
-
[176]
Arch. dép. Calvados, H 1736.
-
[177]
J.-M. Canivez, Statuta…, op. cit., année 1497, p. 181, n° 40. Le chapitre, considérant alors les efforts effectués tant au spirituel qu’au temporel, dispense les religieux de l’obligation d’aller faire leurs études à Paris.
-
[178]
Volumes dom Lenoir (microfilmés aux Arch. nat., 104 Mi 1-76), vol. 36, p. 1375. Serment de fidélité également évoqué en Arch. dép. Calvados, H 1782.
-
[179]
Arch. dép. Calvados, 2 E 866.
-
[180]
Des notes informes le disent évêque d’Abelon en 1519 et, peut-être, 1514 (Arch. dép. Calvados, H 1790) ; il est dit évêque d’Abelon en 1512 lors de la fieffe d’une pièce de terre à Moulines (3 novembre 1512, Arch. dép. Calvados, H 1711) et en janvier 1514 lors d’une fieffe à Clinchamps (Arch. dép. Calvados, H 1541).
-
[181]
Arch. dép. Calvados, H 1455.
-
[182]
Arch. dép. Calvados, H 1286, fol. 5r : « Ledit XIIIe de novembre mil cinq cens vingt six mondit sieur fult mis en pocession de ladite abbaye de Barbery » : il s’agit visiblement de Denis Le Chevalier, puisque dans ce compte pour 1526-1528, « monsieur d’Ablon et mondit sieur » sont bien distincts (voir fol. 6r).
-
[183]
Arch. dép. Calvados, H 1455 et H 398.
-
[184]
Hic construxit claustra de novo seu collationes, quia ibi fiebant sectiones sicut in abbatia de Trappa, Arch. dép. Calvados, H 1281/2, p. 9.
-
[185]
Arch. dép. Calvados, H 1281/2, p. 18.
-
[186]
Mancel, vol. 75, et Hermant ; Gallia Christiana, t. XI, col. 454 : tumulatur navis clathros inter et chori portam.
-
[187]
Sepulchrum dans Jacquin, p. 9.
-
[188]
La version d’Hermant présente peu de variantes avec Gallia Christiana et Mancel, vol. 75, fol. 148r qui portent cependant la date du décès à la fin de l’épitaphe, contrairement à BnF, ms. fr. 4902, p. 72r, qui ressemble beaucoup à Hermant ; Neustria Pia, p. 884, indique également la date, mais en la détachant de l’épitaphe.
-
[189]
Arch. dép. Calvados, H 1455.
-
[190]
Arch. dép. Calvados, H 1286, fol. 5r (voir supra note 182). Le même compte (fol. 6r) indique que Denis Le Chevalier a probablement été mis en possession par l’abbé d’Aunay.
-
[191]
Arch. dép. Calvados, H 1455 et H 398.
-
[192]
Arch. dép. Calvados, H 1736 : on peut observer sa signature.
-
[193]
Arch. dép. Calvados, H 1758bis.
-
[194]
Arch. dép. Calvados, H 1410.
-
[195]
Arch. dép. Calvados, H 1532.
-
[196]
Arch. dép. Calvados, H 1600.
-
[197]
Arch. dép. Calvados, H 1455.
-
[198]
En 1533, il baille une maison paroisse Saint-Jean à Caen (Arch. dép. Calvados, H 1519), et s’accorde avec Jean de Nollent, seigneur de Saint-Contest, au sujet des droits de l’abbaye dans cette paroisse (Arch. dép. Calvados, H 398).
-
[199]
Arch. dép. Calvados, H 398.
-
[200]
Arch. dép. Calvados, H 5667.
-
[201]
Arch. dép. Calvados, H 1410.
-
[202]
Le 5 mai 1537, il échange une rente contre une pièce de terre à Saint-Contest avec Nollent, seigneur de Saint-Contest (Arch. dép. Calvados, H 398).
-
[203]
Jacquin, p. 18.
-
[204]
Arch. dép. Calvados, H 1455 et H 398.
-
[205]
L. Musset, « Recherches sur les communautés de clercs séculiers en Normandie au xie siècle », Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 55, 1959-1960, p. 5-38, ici, p. 12. A.-L. Léchaudé d’Anisy, op. cit., vol. 2, p. 377, n° 62 date la suppression de 1539.
-
[206]
Arch. dép. Calvados, H 1791.
-
[207]
Hermant ; Mancel, vol. 75.
-
[208]
Gallia Christiana porte praefuit. Hermant quant à lui porte praestitit, comme BnF, ms. fr. 4902 ; Mancel, vol. 75 ; et Jacquin.
-
[209]
Hermant omet cette dernière ligne de l’épitaphe, que portent Gallia Christiana et Mancel, vol. 75, ainsi que Jacquin. Neustria Pia, p. 884 indique la même date mais ne semble pas considérer qu’elle fasse partie de l’épitaphe. La version BnF, ms. fr. 4902 omettait également cette ligne, si ce n’est qu’une seconde main avait précisé, dans ces deux manuscrits, dans la marge « 1549 » (encore une confirmation de la parenté entre le ms. fr. 4902 et Hermant).
-
[210]
Cette épitaphe est semblable à celle donnée par Mancel, vol. 75, fol. 148r et BnF, ms. fr. 4902, fol. 78r. Pierre Le Chevalier était aussi procureur et receveur de l’abbaye (de 1526 à 1528 ; H 1286).
-
[211]
Arch. dép. Calvados, H 398.
-
[212]
F. Galeron, op. cit., p. 197 ; repris par H. Fisquet, op. cit., p. 209.
-
[213]
Arch. dép. Calvados, H 1791.
-
[214]
Arch. dép. Calvados, H 1519 et M. Nortier, « Les sources de l’histoire de la Normandie à la Bibliothèque nationale de Paris – Le fonds français du département des manuscrits, VII, mss. français 25966-25991, Quittances ecclésiastiques, 3. Monastères », Supplément aux Annales de Normandie, 1961, n° 1, p. 99, d’après BnF, ms. fr. 25971, 1533.
-
[215]
Arch. dép. Calvados, H 1670.
-
[216]
Arch. dép. Calvados, H 1670.
-
[217]
L. du Bois, Histoire de Lisieux, vol. 2, p. 158-159 ; Lettres de Henri III, roi de France, vol. 6 (4 janvier 1583-20 mars 1585), éd. P. Champion, M. François et J. Boucher, Paris, Société de l’histoire de France, 2006, p. 269.
-
[218]
Volumes dom Lenoir (microfilmés aux Arch. nat., 104 Mi 1-76), vol. 36, p. 1405 et Arch. dép. Calvados, H 1456. Voir aussi Arch. dép. Calvados, H 399.
-
[219]
Arch. dép. Calvados, H 1670 et H 1671.
-
[220]
Il est toutefois possible que les déprédations relatives aux documents aient surtout concerné les archives de constitution récente : le saccage pourrait avoir eu comme objectif de faire disparaître les preuves de droits de l’abbaye et non la destruction d’archives anciennes.
-
[221]
Arch. dép. Calvados, H 1711.
-
[222]
Arch. dép. Calvados, 33 F 36.
-
[223]
BnF, ms. fr. 20899, n° 98.
-
[224]
M. Nortier, « Le fonds français du département des manuscrits (suite) », dans Les sources de l’histoire de la Normandie à la Bibliothèque nationale de Paris, Annales de Normandie, 9e année, n° 4, p. 43 (d’après BnF, ms. fr. 25971, 1534).
-
[225]
Arch. dép. Calvados, H 1694.
-
[226]
Arch. dép. Calvados, H 1532. Il est également mentionné comme abbé en 1565 dans la même liasse.
-
[227]
Arch. dép. Calvados, H 1527.
-
[228]
Hermant ; Jacquin ; cet emplacement est également indiqué par Mancel, vol. 75, fol. 148r et BnF, ms. fr. 4902, fol. 73r.
-
[229]
Cette fois, l’épitaphe ne se trouve pas dans Gallia Christiana, mais le texte en est porté dans BnF, ms. fr. 4902, fol. 73r, ainsi que dans Mancel, vol. 75, fol. 148r, ou encore Jacquin, p. X.
-
[230]
Le même texte se retrouve dans Mancel, vol. 75, fol. 148r et BnF, ms. fr. 4902, fol. 77r. Jacques était, d’après le Dictionnaire de la noblesse de La Chesnaye des Bois, art. Ménard de la Ménardière, le frère de Louis.
-
[231]
Cette épitaphe se retrouve dans Mancel, vol. 75, fol. 148r et BnF, ms. fr. 4902, fol. 77r. Pierre était, d’après le Dictionnaire de la noblesse de La Chesnaye des Bois, art. Ménard de la Ménardière, le frère de Louis.
-
[232]
Mancel, vol. 75 ; quelques variantes dans Dauphin.
-
[233]
Mancel, vol. 75. La généalogie de cette famille est indiquée dans un manuscrit, Arch. dép. Calvados, F 4054, qui précise que Louis Ménard était le fils de Bernard Ménard, capitaine de Caen, et de Françoise Bureau.
-
[234]
Jacques Habel, écuyer, sieur de la Mare, passe un accord à ce titre avec Jacques Baudouin, curé de Cingal, le 15 juin 1575 ; le sieur de Suresnes est alors caution d’Habel (H 1528). Voir aussi H 1671.
-
[235]
On précise alors que Suresnes a eu don du roi et du duc d’Alençon de l’abbaye vacante par le décès de Louis de La Ménardière, ce qui indique bien qu’il n’y a pas eu d’autre abbé entre temps.
-
[236]
Arch. nat., ET/VIII/104, fol. 283/299 ; voir aussi Arch. dép. Calvados, H 1329. Peut-être Suresnes pensait-il placer à la tête d’une abbaye un de ses fils : François devint abbé de Mondaye en 1587.
-
[237]
Arch. dép. Calvados, H 1329.
-
[238]
M. Guillot, « Qui était monsieur de Suresnes », Bulletin de la Société historique de Suresnes, 1958, t. IV, n° 17, p. 40-45, ici p. 42.
-
[239]
Arch. nat., ET/VIII/104, fol. 283/299.
-
[240]
Arch. dép. Calvados, H 1665.
-
[241]
Arch. dép. Calvados, H 1782 : lettre royale obtenue par Suresnes, chargé de garantie pour les marchands ayant exploité le bois du Tupot, contre les abbé et religieux de Barbery.
-
[242]
BnF, ms. fr. 4902, fol. 79v.
-
[243]
Arch. dép. Calvados, H 1519.
-
[244]
Il est mentionné dans un accord passé entre Thésart, baron de Tournebu, et Louis de La Ménardière, abbé de Barbery, Arch. dép. Calvados, 33 F 36.
-
[245]
Arch. dép. Calvados, H 1694.
-
[246]
Il est mentionné dans un accord passé entre les religieux et Jacques Baudouin, curé de Cingal, Arch. dép. Calvados, H 1527.
-
[247]
Arch. dép. Calvados, H 1694. On y observe la signature de Montagu.
-
[248]
Arch. dép. Calvados, H 1740.
-
[249]
Arch. dép. Calvados, 33 F 36 (fonds de la baronnie de Tournebu) et copie Arch. dép. Calvados, H 1710 ; simple mention de l’action de Gilles de Montagu, contenue dans un accord de 1630.
-
[250]
Arch. dép. Calvados, H 1782.
-
[251]
La Gallia Christiana comme Bernard Dauphin estiment que Pierre Aubourg a été placé à la tête de Barbery par Pierre d’Harcourt. Au demeurant, on connaît les charges portées par Pierre d’Harcourt à l’encontre de Gilles de Montagu concernant la gestion par ce dernier de la léproserie du Bois-Halbout (Arch. dép. Calvados, fonds de l’abbaye du Val, Hnc 15/6).
-
[252]
On ne trouve pas de trace de relation entre les deux hommes avant 1590, lorsque Henri IV envoie Suresnes auprès de Pierre d’Harcourt (M. de Beuvron) pour lui donner ses ordres (M. Guillot, « Qui était monsieur de Suresnes », op. cit., p. 43).
-
[253]
Abbé Lefournier, Défense de l’histoire de l’abbaye de Notre-Dame-du-Val contre l’abbé Faucon, Caen, Le Gost-Clérisse, 1866, p. 334.
-
[254]
Arch. dép. Calvados, fonds de l’abbaye du Val, Hnc 15/6, baillage de Falaise, 13 novembre 1577. Mention A.-L. Léchaudé d’Anisy, op. cit., vol. 2, p. 270.
-
[255]
Gilles prétend lui avoir été pourvu « deuement et canoniquement » de la léproserie. Il est pourtant difficilement envisageable que les religieux du Val aient proposé un religieux de Barbery pour administrer la léproserie. Le rôle de Pierre d’Harcourt reste très mystérieux.
-
[256]
Arch. dép. Calvados, fonds de l’abbaye du Val, Hnc 2, léproserie du Bois-Halbout, comptabilité.
-
[257]
L’administrateur de la léproserie doit en effet être un religieux du Val.
-
[258]
Arch. dép. Calvados, H 1740.
-
[259]
Arch. dép. Calvados, H 1520 ; on trouve à cette occasion la signature de Gilles de Montagu.
-
[260]
Arch. dép. Calvados, H 1270, H 1736.
-
[261]
Arch. dép. Calvados, H 1282.
-
[262]
H. de Frondeville, Les conseillers du parlement de Normandie au seizième siècle (1499-1594), Rouen-Paris, Lestringant-Picard, 1960, p. 443-444.
-
[263]
BnF, ms. fr. 4902, fol. 79v-80r ; ce texte a déjà été en partie transcrit par A. de Caumont, Statistique monumentale…, op. cit., p. 508-509.
-
[264]
Lettres de Henri III, roi de France, vol. 5, éd. P. Champion, M. François et J. Boucher, Paris, Librairie Honoré Champion, 2000, p. 133, n° 4084 ; lettre du 20 décembre 1580, « pour que le pape accepte la nomination à l’abbaye de Notre-Dame de Barbery, ordre de Cîteaux, diocèse de Bayeux, de frère Pierre Aubourg, religieux de cet ordre, par suite de la résignation faite par frère Gilles de Montagu » (cette lettre, conservée à Modène, n’a pas pu être consultée).
-
[265]
Arch. nat., V6 1172, fol. 118r, n° 5.
-
[266]
Arch. dép. Calvados, H 1520.
-
[267]
Arch. dép. Calvados, H 1740.
-
[268]
Arch. dép. Calvados, H 1520 (mentionné par P.-D. Huet, Les origines de la ville de Caen, Rouen, 1706, p. 126 ; c’est sans doute également sur cet acte que se fondent des notes informes qui mentionnent Aubourg comme abbé en 1589 [Arch. dép. Calvados, H 1790]). On trouve la signature de Pierre Aubourg dans l’acte de février 1589.
-
[269]
A. Gosse-Kischinewski, « Les abbés cisterciens de Normandie, du xiie au xvie siècle », dans Cîteaux et la Normandie, colloque de La Trappe, 2-3 mai 1998, ARCCIS, 1999, p. 51, avance la date de 1555 pour la destitution de Pierre Aubourg.
-
[270]
F. Galeron, op. cit., p. 197 ; H. Fisquet, op. cit., p. 209-210.
-
[271]
Arch. dép. Calvados, H 1511.
-
[272]
Ce bail est mentionné dans un bail à ferme des dîmes de Quétiéville de 1595 (Arch. dép. Calvados, H 1736) ainsi que dans le cadre du procès opposant le cardinal de Givry aux fermiers généraux de l’abbaye (Arch. nat., V6 5, n° 23). Parmi les pièces évoquées lors de cette affaire, figure un accord entre les fermiers généraux et Jacques Auvray, religieux de Barbery et ancien fermier général (mars 1597).
-
[273]
Arch. dép. Calvados, H 1528.
-
[274]
Arch. dép. Calvados, 8 E 31578, fol. 53r. Guy Aubourg est d’ailleurs procureur de l’abbé de Barbery en 1585 pour régler un différend relatif aux travaux à effectuer sur une maison appartenant à l’abbaye à Caen (Arch. dép. Calvados, H 1520). Voir aussi H 1671.
-
[275]
Arch. dép. Calvados, H 1459.
-
[276]
Arch. dép. Calvados, H 1636 (décembre 1602) et H 1528 (août 1602).
-
[277]
Hermant reste vague sur les dates d’abbatiat ; sa source, Bernard Dauphin écrit (BnF, ms. fr. 4902, fol. 80r) : « Nous n’avons aucune connessance assuree du datte du brevet de Barberi pour le cardinal de Givri, non plus que de celui de messire Jaquez le Blonq ; mais par les cartes de visite on peut aveq toute la vraisemblance possible juger que le cardinal a esté pour le moins 10 ou douze ans abbé, je encore veû les chapelles fournies des cinq couleurs qu’il fit faire par ses administrateurs parce que il n’y avoit aucuns ornemens a la sacristie, les hérétiques aiant tout pillé ou brullé ». Basile Jacquin porte pour sa part : ignoratur mensis aut annus quo primum abbatiavit Anna d’Escars in Barberio, certum tamen habemus eundem fuisse abbatem anno 1582 ut patet ex charta visitationis domni Nicolai Marescal abbatis de Loco Dei ubi mandat administratoribus hujus abbatis d’Escars ut dignentur procurare ornamenta ecclesia Barber. quod et liberatissime executi fuerunt. La date de la visite par les supérieurs de l’ordre (15 juillet 1582) et la nécessité des réparations sont confirmées par Arch. nat., V6 1172, fol. 118r, n° 5.
-
[278]
Arch. nat., V6 1172, fol. 118r, n° 5.
-
[279]
Arch. nat., V6 5, n° 23 ; concernant toutes les cotes relatives à ce procès, voir aussi les analyses de l’Inventaire des arrêts du Conseil privé, règnes de Henri III et Henri IV, par F. Dumont, S. Bertheau, É. Kustner, Éditions du CNRS, 1971.
-
[280]
Arch. nat., V6 5, n° 27.
-
[281]
Arch. nat., V6 3, arrêt du 8 octobre 1597.
-
[282]
Arch. dép. Calvados, H 1736.
-
[283]
Arch. dép. Calvados, H 1329.
-
[284]
Arch. dép. Calvados, H 1740.
-
[285]
Arch. dép. Calvados, H 1528. Voir aussi H 1671 au sujet de Guillaume Villard.
-
[286]
Il est décrit dans Société de Sphragistique de Paris, vol. 3, 1854, p. 123-124.
-
[287]
Arch. dép. Calvados, nouv. acq. 948, reproduction d’une estampe : Château de Versailles et de Trianon, n° identification : INV.GRAV.LP 17.45.2.
-
[288]
Arch. dép. Calvados, H 1528.
-
[289]
Arch. dép. Calvados, H 1270.
-
[290]
Arch. dép. Calvados, H 1736.
-
[291]
Arch. dép. Calvados, H 1528 et H 1761.
-
[292]
Arch. dép. Calvados, H 1272.
-
[293]
Au contraire, un document de juillet 1612 indique que « le sieur cardinal de Givry abbé estoit allé de vie a decez » (Arch. dép. Calvados, 2 H 187), ce qui semble attester que Givry était encore abbé de Barbery au moment de son décès.
-
[294]
Il est dénommé Jacques Le Blanc du Raoullet, « conseiller et aumosnier ordinaire du roy et abbé commandataire de l’abbaye Notre-Dame de Barbery » en juillet 1614 (Arch. dép. Calvados, H 1460).
-
[295]
Jacques Le Blanc, sieur du Raoullet, donne ainsi procuration à Pierre Le Blanc du Raoullet le 27 mars 1620 pour prendre 3600 livres de pension sur l’abbé de Barbery (Arch. dép. Calvados, H 1463).
-
[296]
Arch. dép. Calvados, H 1329 et H 1528. Sur la généalogie de la famille Le Blanc voir L’Estourmy, Recherche de noblesse de 1666 pour la généralité de Rouen, élection de Pont-de-l’Arche, vol. 6, 2006, p. 155-160.
-
[297]
F. Galeron, op. cit., p. 198.
-
[298]
F.-N. Baudot Dubuisson-Aubenay, Itinéraire de Normandie, éd. chanoine Porée, Lestringant, 1911, p. 198. Il semble qu’il soit mort en mai 1620 (Arch. dép. Calvados, 2 H 187 ; voir aussi H 1761).
-
[299]
Arch. dép. Calvados, H 1329, accord du 8 juillet 1618 entre Thuault et du Rollet.
-
[300]
Il s’agit d’une fille de Pierre Le Blanc, cf. L’Estourmy, op. cit., et Dictionnaire de la noblesse de La Chesnaye-des-Bois, art. Marguerye : Marguerite Le Blanc du Rollet épouse en 1620 Jean de Marguerye, chevalier, seigneur de Bretteville[-sur-Laize].
-
[301]
BnF, ms. fr. 4902, fol. 80-81.
-
[302]
Arch. dép. Calvados, H 1272.
-
[303]
Arch. dép. Calvados, H 1460.
-
[304]
Arch. dép. Calvados, H 1803 ; il se plaint alors de vols de titres et de dégradations dont aurait été victime l’abbaye.
-
[305]
Arch. dép. Calvados, H 1460.
-
[306]
Arch. dép. Calvados, 33 F 36.
-
[307]
Arch. dép. Calvados, 33 F 36. Le procès ne trouvera son terme que sous l’abbé Thuault, en 1630.
-
[308]
Arch. dép. Calvados, H 1463. 27 mars 1620, tabellionnage de Louviers.
-
[309]
Arch. dép. Calvados, H 1282.
-
[310]
Arch. dép. Calvados, H 1272 et H 1528. Il l’est également en 1614 (Arch. dép. Calvados, H 1775) et 1616 (Arch. dép. Calvados, H 1761). Cf. aussi Basile Jacquin, p. 18.
-
[311]
Arch. dép. Calvados, H 1329, accord du 8 juillet 1618 entre Thuault et du Rollet.
-
[312]
Cette information qui provient probablement de Bernard Dauphin (BnF, ms. fr. 4902, fol. 74r) n’a pas été confirmée par d’autres sources.
-
[313]
Arch. dép. Calvados, H 1282.
-
[314]
Arch. dép. Calvados, H 1282.
-
[315]
On trouve trace de ce conflit dans Arch. dép. Calvados, H 1269, et des dépenses de ce voyage en H 1288. Concernant le conflit entre les religieux et le serviteur de Thuault après la mort de ce dernier, voir H 1476.
-
[316]
Arch. dép. Calvados, H 1463. Parti de Barbery le 5 avril, il arrive à Paris le 9 (H 1288).
-
[317]
Arch. dép. Calvados, H 1288 et 1289.
-
[318]
Hermant ; Dauphin (BnF, ms. fr. 4902) rapporte que sa tombe est « celle qu’on voit proche l’entrée du chœur où l’abbé ou président se met à tierce qui est de pierre blanche assès grande et belle » (la source étant Charles Le Brethon, docteur de la faculté de Paris, qui assista Jean Thuault lors de sa mort ; Dauphin rapporte avoir lui-même vu la tombe en 1667). Pour Basile Jacquin, « Il fut inhumé au collège des Bernardins à l’entrée du cœur, proche la chaise où se met Mr de Cisteaux à l’heure de tierce ».
-
[319]
Arch. dép. Calvados, H 1476.
-
[320]
Arch. dép. Calvados, H 1463 apporte quelques rectifications : le bourgeois de Caen s’appelait « Pierre Dumesnil », l’abbé, Alexandre du Val, écuyer, pourvu de l’abbaye par arrêt du 17 juin 1638 (seulement deux jours après la mort de Thuault), et un accord a été passé le 16 août avec les religieux au sujet des fermages de l’abbaye.
-
[321]
Alexandre Sallet, écuyer, sieur de Quilly, fils de Georget Sallet.
-
[322]
On trouve effectivement mention du paiement de cette pension encore en 1696 (Arch. dép. Calvados, H 1285).
-
[323]
G. A. Simon, Un mystique bénédictin…, op. cit. ; L. Grillon, « Dom Louis Quinet… », op. cit.
-
[324]
Arch. dép. Calvados, H 1269.
-
[325]
G. A. Simon fait du père de Quinet un « laboureur aisé » (Un mystique bénédictin…, op. cit., p. 10), prétendant s’appuyer sur Jacquin qui écrit pourtant, sans doute en recopiant Dauphin : « Il n’avoit rien de bas que sa naissance ».
-
[326]
L. Grillon, op. cit., p. 326, signale : « Hermant indique plusieurs dates dont nous lui laissons la responsabilité : 1611, entrée au noviciat du Val-Richer ; 1615, profession à l’abbaye de l’Estrée ; 1620, ordination sacerdotale et 25 décembre de la même année, première messe » (en réalité, Hermant – de même que Jacquin – n’indique que la deuxième de ces dates ; c’est l’abbé Simon qui apporte ces informations complémentaires). Cette seule date indiquée par Hermant et par Jacquin est confirmée par un inventaire de pièces produites contre les prétentions d’Alexandre du Val (Arch. dép. Calvados, H 1282) : le 23 août 1615, acte de profession faite par ledit dom Louis Quinet en l’ordre de Cîteaux, reçue par frère Étienne du Bois, abbé de l’abbaye de l’Estrée.
-
[327]
G. A. Simon, « Dom Nicolas Le Guédois, prieur d’Aunay (1652-1658), abbé de Barbery (1659-1677) », Revue Mabillon, 1920, p. 204.
-
[328]
La Gallia Christiana (t. XI, col. 455) ainsi que ms fr 4902, fol. 75r ; Hermant omet septimo quondam hujus domus abbati.
-
[329]
La Gallia Christiana (t. XI, col. 455) ajoute ici aetatis 68. Jacquin ; Mancel, vol. 75 ; et Dauphin ne portent pas cette information. L’abbé Simon l’a pourtant retenue.
-
[330]
Basile Jacquin précise : elogium ejus, superlapideum tabulam in parte sinistra capituli erectam, caracteribus deauratis fusius inscriptum patet sequentibus verbis.
-
[331]
Moréri, de même que BnF, ms. fr. 4902 et Jacquin ; Hermant omet Cisterciensis.
-
[332]
Hermant et Moréri portent statim. Dauphin, Jacquin, abbé Simon : Statum.
-
[333]
Jacquin : Pariensi.
-
[334]
Moréri, à la différence de BnF, ms. fr. 4902 et de Jacquin, ajoute ici Barberii.
-
[335]
L’abbé Simon omet sexentesimo.
-
[336]
anno milleno sexentesimo trigesimo octavo, viginti annis praefuit manquant dans Moréri.
-
[337]
et tum suis, tum manquant dans Jacquin.
-
[338]
Moréri et l’abbé Simon et probablement Dauphin portent sed. Jacquin indique des points de suspension. Hermant porte sexus.
-
[339]
Moréri et ms. fr. 4902 portent cum mirabili. Hermant porte cum admirabili.
-
[340]
Simon : at ; Jacquin : ut ; Dauphin et Hermant : ac.
-
[341]
Moréri porte in amplianda. Toutes les autres versions donnent amplificanda.
-
[342]
Moréri et ms. fr. 4902 et Jacquin et Simon portent : propaganda. Hermant : propugnanda.
-
[343]
Simon omet ut. Jacquin, Hermant, Dauphin le portent.
-
[344]
extraneis manquant dans Hermant.
-
[345]
Illustrissimis manquant dans Moréri.
-
[346]
Simon omet et.
-
[347]
Hermant et Moréri : praeclara ; Dauphin : praclara ; Jacquin : praelaturae ; Simon : proeclare.
-
[348]
Hermant, Dauphin, Jacquin : vitae ; Simon : recta.
-
[349]
Moréri porte ac.
-
[350]
Simon insère ici entre parenthèses vitae.
-
[351]
Simon et Jacquin omettent et.
-
[352]
Hermant et Jacquin : sanctis ; Simon et Dauphin : sanctae.
-
[353]
Jacquin omet sacramentis.
-
[354]
Simon omet ac devote à la différence de Dauphin, Hermant et Jacquin.
-
[355]
Hermant omet septuagenarius à la différence de Jacquin, et ms. fr. 4902, Moréri et Simon.
-
[356]
Moréri omet januarii.
-
[357]
L’abbé Simon, Un mystique bénédictin…, op. cit., a édité ce texte amputé de sa dernière ligne (p. 83).
-
[358]
Cette épitaphe est également transcrite dans Mancel, vol. 75, fol. 148r, avec pour seule différence le jour de décès, indiqué le 3 juin ; BnF, ms. fr. 4902 ne mentionne pas la date du décès.
-
[359]
Arch. dép. Calvados, H 1742.
-
[360]
On conserve toutefois, de la main de Dauphin, ce qu’il appelle l’éloge « en raccourci » de Le Guédois, en latin (BnF, ms. fr. 4902, fol. 75v-76r) : on y retrouve les mêmes informations que dans le texte plus détaillé de Jacquin.
-
[361]
Sur Nicolas Le Guédois, cf. G. A. Simon, « Dom Nicolas Le Guédois, prieur d’Aunay (1652-1658), abbé de Barbery (1659-1677) », Revue Mabillon, 1920, p. 15-26 ; 200-220, qui d’ailleurs cite Hermant à plusieurs reprises.
-
[362]
Cf. Arch. dép. Calvados, H 1269.
-
[363]
G. A. Simon note que la bulle du pape est datée du 5 juillet 1659, le brevet du roi du 11 mai, et que Le Guédois prit possession le 18 décembre 1659 (d’après Arch. dép. Calvados, H 1269). Basile Jacquin précise que c’est l’abbé Quinet qui fit venir Le Guédois à Barbery pour en devenir le prieur puis l’abbé.
-
[364]
Gallia Christiana, (t. XI, col. 455) ajoute ici R. ainsi que G. A. Simon, « Dom Nicolas Le Guédois… », op. cit., p. 220.
-
[365]
Dauphin, Hermant, abbé Simon : instauratam ; Jacquin : restauratam.
-
[366]
Gallia Christiana, t. XI, col. 455 ; BnF, ms. fr. 4902, fol. 75v ; Jacquin ; abbé Simon. Hermant omet et.
-
[367]
G. A. Simon note que la dépouille de Le Guédois avait été ensevelie sur le tombeau de l’abbé Guillaume III, décédé en 1317, « et que l’on regardait suivant les listes d’alors, comme le huitième abbé, alors qu’il était en réalité le douzième » (p. 220). Hermant, lui, distingue le supposé huitième abbé Guillaume de Guillaume Marmion. On serait tenté de le suivre puisque le relevé d’épitaphes du xviie siècle (Mancel, vol. 75) distingue bien les deux. Il s’agit là d’une erreur de l’abbé Simon.
-
[368]
G. A. Simon (op. cit., n. 1, p. 220) constate que la Gallia Christiana porte 11 octobris et préfère retenir cette date du 12, qui est celle du ms. fr. 4902 et de Jacquin. Le Guédois est mort le 11 octobre (Arch. dép. Calvados, H 1330).
-
[369]
Requiescat in pace. Amen manque dans Gallia Christiana.
-
[370]
G. A. Simon, « Dom Nicolas Le Guédois… », op. cit., p. 204-205.
-
[371]
G. A. Simon, « Dom Nicolas Le Guédois… », op. cit., p. 205.
-
[372]
Gallia Christiana l’appelle François. Un document daté de 1686 conservé aux Arch. dép. Calvados, H 1792 confirme « François ».
-
[373]
Eusserthal, Allemagne.
-
[374]
Verjus est nommé par le roi à l’évêché de Grasse en 1684. D’après le dictionnaire de Moréri, il est mort en décembre 1710.
-
[375]
Brevet de l’abbaye de Barbery pour Pierre du Poisson, 2 avril 1695 (Arch. dép. Calvados, H 1269).
-
[376]
Arch. dép. Calvados, H 1270.
-
[377]
Arch. dép. Calvados, H 1283.
-
[378]
A. J. Krailsheimer (éd.), Abbé de Rancé, Correspondance, vol. 2, 1676-1682, Les Éditions du Cerf, 1993, n° 80/3, p. 332-334.
-
[379]
Arch. dép. Calvados, H 1283 et H 1331.
-
[380]
Arch. dép. Calvados, H 1284 et H 1331.
-
[381]
Arch. dép. Calvados, H 1473.
-
[382]
Arch. dép. Calvados, H 1284.
-
[383]
Arch. dép. Calvados, nouv. acq. 1272.
-
[384]
Ce mot porte une rature : un première version « arcasas » semble avoir été corrigée en « arca<cin>as ». Peut-être pour désigner le buffet de l’orgue, ailleurs Jacquin note s’être trompé en disant que du Poisson avait fait l’orgue, « il n’avoit fait que la cage, c’est-à-dire le buffet ».
-
[385]
Cette date est confirmée dans deux documents conservés sous la cote H 1270.
-
[386]
Arch. dép. Calvados, H 1270.
-
[387]
On le trouve effectivement parmi les moines de Saint-André-en-Gouffern en 1703 ; Arch. nat., S 3220 A2.
-
[388]
H. Fisquet, La France pontificale, op. cit., p. 210 ; F. Galeron, op. cit., p. 198.
-
[389]
F. Vaultier, op. cit., p. 77.
-
[390]
F. Galeron, op. cit., p. 198.
-
[391]
BnF, ms. lat. 10065, n° 9.
-
[392]
Il est procureur de Royaumont en 1717, cf. H.-L. Duclos, Histoire de Royaumont : sa fondation par Saint-Louis et son influence sur la France, vol. 2, Paris, 1867, p. 361.
-
[393]
Cf. H.-L. Duclos, op. cit., p. 391 (en 1731). Il est prieur de Royaumont dès 1723 (M. Legrand, « Les dernières années de l’abbaye de Notre-Dame de Villiers », Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais, 1913, t. 31, p. 85).
-
[394]
Nicolas Lambelin a été pourvu de l’abbaye de Barbery par bulles données à Rome en 1733 (Arch. dép. Calvados, H 1269).
-
[395]
Arch. dép. Calvados, H 1804.
-
[396]
La seconde épouse de Louis de Cairon, Claude Marguerite Bricault, fut enterrée dans le cimetière de Barbery en 1786 (Arch. dép. Calvados, H 1807).
-
[397]
F. Vaultier, op. cit., p. 69.
-
[398]
D’après les Éphémérides normandes, Lange, t. 1, Caen, 1833, p. 351, il se retira d’abord à Jersey puis en Hollande et mourut à Maëstricht.
-
[399]
F. Galeron, op. cit., p. 198-199 ; H. Fisquet, op. cit., p. 210.
-
[400]
Trad. A. Dimier, Les moines Bâtisseurs, architecture et vie monastique, Mesnil-sur-l’Estrée, Fayard, 1964, p. 38.
-
[401]
Il ne figure pas sur le plan cadastral de 1809.
-
[402]
Non figuré sur le plan de 1783, il apparaît sur celui de 1809.
-
[403]
unum campum qui est intra clausum monachorum super vivarium ; Arch. dép. Calvados, H 1453.
-
[404]
Arch. dép. Calvados, H 1455.
-
[405]
Ce moulin et son étang alimenté par le Val-Clair, à proximité de la source, sont figurés sur le plan de 1783 : le moulin se trouvait à l’emplacement des actuels bâtiments de la fromagerie.
-
[406]
Arch. dép. Calvados, H 1458.
-
[407]
Arch. dép. Calvados, H 1459. Sur la distinction entre le moulin à blé à la Vieille Abbaye et le moulin à orge dans l’enclos, voir aussi H 1792.
-
[408]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[409]
Arch. dép. Calvados, H 1467.
-
[410]
Arch. dép. Calvados, H 1470.
-
[411]
Arch. dép. Calvados, H 1274.
-
[412]
Arch. dép. Calvados, H 1330.
-
[413]
Arch. dép. Calvados, Nouv. Acq. 1252. Le pré est parfaitement identifiable sur le plan de 1783.
-
[414]
On observe ces détails sur le plan de 1783. Les tuileries doivent faire l’objet d’un travail indépendant.
-
[415]
L’accord intervenu avec l’abbaye de Fontenay à ce sujet n’a pu être retrouvé : il est mentionné dans une analyse du cartulaire de Fontenay, Mancel, vol. 120, fol. 6v et dans BnF, ms. fr. 4902, fol. 26v.
-
[416]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[417]
Arch. dép. Calvados, H 1381/2. À l’époque où écrit Galeron, ce plan se trouvait dans la collection Lair.
-
[418]
F. Galeron, op. cit., p. 201.
-
[419]
Arch. dép. Calvados, H 1271.
-
[420]
Arch. dép. Calvados, H 1805.
-
[421]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[422]
Cf. R. Da Cruz, op. cit., p. 188.
-
[423]
L. Musset, « Sites monastiques de Basse-Normandie, L’abbaye de Barbery », Art de Basse-Normandie, n° 23, automne 1961, p. 25-26.
-
[424]
F. Galeron, op. cit., p. 204, « La seule construction qui se voit encore dans cette enceinte, est la maison de l’abbé, qui ressemble à un petit château moderne » ; G. Baril, « La vente des abbayes du Calvados pendant la Révolution », Baïocana, IV, 1902, p. 101-102.
-
[425]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[426]
F. Galeron, op. cit., p. 198 ; et H. Fisquet, op. cit., p. 210.
-
[427]
A. de Caumont, op. cit., p. 512. Cette datation est suivie par L. Musset, « Sites monastiques de Basse-Normandie, L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 26 et par V. Juhel et F. Saint-James, op. cit., p. 33.
-
[428]
L’allée n’est pas achevée en 1737 (Arch. dép. Calvados, H 1479).
-
[429]
Arch. dép. Calvados, H 1334. Les plaids se tenaient auparavant dans la grande salle du manoir abbatial.
-
[430]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[431]
L. Musset, « Sites monastiques de Basse-Normandie, L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 25.
-
[432]
V. Juhel et F. Saint-James, « L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 34 ; R. Da Cruz, op. cit., p. 210-213.
-
[433]
Jacquin, p. 18.
-
[434]
Du fait de son attribution à l’abbé Thuault, il serait antérieur à 1638, ce qui présente toutefois une difficulté, Étienne Faisant (que nous remercions ici pour son aide) considérant que le décor de cette galerie ne saurait être antérieur au milieu du xviie siècle.
-
[435]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[436]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[437]
Arch. dép. Calvados, H 1793.
-
[438]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[439]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 1221, n° 299, éd. G. Baril, « La vente des abbayes… », op. cit., p. 101-102.
-
[440]
F. Vaultier, op. cit., p. 71-72.
-
[441]
Pour F. Galeron, op. cit., p. 198, Pierre du Poisson « fit construire la maison abbatiale ».
-
[442]
Arch. dép. Calvados, H 1330-1331. La mention de travaux de terrassement (« dégrader, charger et transporter des terres devant ledit logis des hôtes », H 1330) et des services d’un maçon pour « faire les cheminées dudit logis » (H 1330) laisse penser qu’il s’agit d’un bâtiment nouvellement construit et non de simples réparations d’un logis existant.
-
[443]
Arch. dép. Calvados, H 1283.
-
[444]
Arch. dép. Calvados, H 1334.
-
[445]
Basile Jacquin, p. 17.
-
[446]
Arch. dép. Calvados, H 1461.
-
[447]
Arch. dép. Calvados, H 1461 et 1463.
-
[448]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[449]
Arch. dép. Calvados, H 1792 : « pillet et ciel au vivier de l’infiermerye ».
-
[450]
Arch. dép. Calvados, H 1458.
-
[451]
En 1790, cet étage accueillait également la bibliothèque (Arch. dép. Calvados, 1 Q 475).
-
[452]
Arch. dép. Calvados, H 1792
-
[453]
Arch. dép. Calvados, H 1281/2.
-
[454]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[455]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[456]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[457]
Cf. liste abbatiale du Gallia Christiana qui l’appelle à tort Guillaume (cf. G. Dupont, L’abbaye du Val-Richer, étude historique, Le Blanc-Hardel, 1866, p. 155 et surtout Mancel, vol. 75, qui mentionne bien ce Jean de Normandie).
-
[458]
Arch. dép. Calvados, H 1463.
-
[459]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[460]
Arch. dép. Calvados, H 1272.
-
[461]
En 1627, un bail accorde au métayer la jouissance des « maysons proches de la porte du Boys, les vieulx grands grenyers et estables et estables [sic] de dessoubz, et les grands grenyers qui donnent sur le clouestre sy besoing en a, reservé la poretion qui est separee d’une closture qui demeure audit sieur [l’abbé] », Arch. dép. Calvados, H 1461.
-
[462]
C. de Bourgueville, Les recherches et antiquitez de la ville de Caen, Caen, Le Fevre, 1588, p. 204. Il est confirmé en cela par les actes de François Ier qui attestent sa présence à Barbery en juin 1545.
-
[463]
T. N. Kinder, L’Europe cistercienne. Histoire et architecture, Paris, Zodiaque, 1997, p. 131.
-
[464]
F. Galeron, op. cit., p. 198.
-
[465]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[466]
Comparaison possible avec le vestige du cloître moderne de l’abbaye de Mortemer (Eure).
-
[467]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[468]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[469]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 1221, n° 299, éd. G. Baril, « La vente des abbayes… », op. cit., p. 101-102.
-
[470]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[471]
En Normandie, il ne reste aucun cloître cistercien encore en élévation, hormis celui de l’abbaye Blanche, qui cependant ne possède pas de voûtement médiéval.
-
[472]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 1221, n° 299, éd. G. Baril, « La vente des abbayes… », op. cit., p. 101-102.
-
[473]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 1221, n° 299, éd. G. Baril, « La vente des abbayes… », op. cit., p. 101-102, le cloître est alors « pavé en pierre d’Aubigny, au milieu duquel est un bassin et autour un parterre ».
-
[474]
« … racommodera la charpenterie ou il sera besoin ensemble la couverture jusques au coing du gable vers l’eglise et a l’auttre bout vers le reffectoir continuera le rond point en tant qu’il en sera besoin jusques a l’huis de la montee qui va aux greniers pres l’allée de la fontaine du cloystre… », Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[475]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[476]
cf. A. de Caumont, Statistique monumentale…, op. cit., p. 512 et G. Baril, « La vente des abbayes… », op. cit., p. 101-102.
-
[477]
Arch. dép. Calvados, H 1281/2.
-
[478]
Arch. dép. Calvados, H 1804.
-
[479]
Arch. dép. Calvados, H 1669. Voir aussi B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 51, note 32.
-
[480]
Arch. dép. Calvados, H 1504.
-
[481]
Sur la question du respect de la règle cistercienne concernant les inhumations, voir E. Dabrowska, « Le rite funéraire propre à l’ordre de Cîteaux », dans Unanimité et diversité cisterciennes, Actes du quatrième colloque international du CERCOR, Dijon 23-25 septembre 1998, Saint-Étienne, CERCOR, 2000, p. 229.
-
[482]
A. de Caumont, Statistique monumentale…, op. cit., p. 512.
-
[483]
F. Vaultier, op. cit., p. 71.
-
[484]
L. Musset, « Sites monastiques de Basse-Normandie, L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 22-27. Dans cette hypothèse, les travées seraient larges de 5,2 m.
-
[485]
Les mentions de travaux de 1726 et 1738 sans indication de cotes font référence à Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[486]
Plus rarement, certaines ailes des moines sont plus larges que les autres ailes du carré claustral (abbaye de Mortemer : 15 m de large dans œuvre contre 10,5 m pour l’aile du réfectoire).
-
[487]
Cf. M. Lachiver, Dictionnaire du monde rural : les mots du passé, Fayard, 1997, p. 519.
-
[488]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[489]
Arch. dép. Orne, 64 B 97, cf. infra.
-
[490]
Arch. dép. Calvados, H 1381/2 et H 1515 ; Arch. dép. Orne, 64 B 97. N’a pas été retenue ici une représentation schématique, vers 1683, BnF, GE FF-18344, fol. 107.
-
[491]
Arch. dép. Calvados, H 1331.
-
[492]
Arch. dép. Orne, 64 B 97. Contrairement à Basile Jacquin qui utilise le mot « chœur » dans son sens liturgique et parle du sanctuaire pour désigner l’espace du maître autel, cette visite évoque bien le chœur à chevet plat puisqu’en 1764, un an après cette visite, Jacquin explique que l’« on découvrit le sanctuaire pour y placer une charpante toute neuve » (voir infra).
-
[493]
Arch. dép. Calvados, H 1381/2 ; Arch. dép. Orne, 64 B 97.
-
[494]
Les arcs-boutants au nord sont réparés vers 1738, Jacquin, p. 18 et 28.
-
[495]
Arch. dép. Orne, 64 B 97.
-
[496]
Arch. dép. Calvados, H 1331 : « les deux grandes roses tant du grand autel que de la croisée du costé du septentrion ».
-
[497]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[498]
Hermant, p. 233.
-
[499]
G. Quenet, Les tremblements de terre aux xviie et xviiie siècles : la naissance d’un risque, Champ Vallon, Seyssel, 2005, p. 32 ; « Journal d’Étienne Desloges », dans G. Vanel, Recueil de journaux caennais, 1661-1777, publiés d’après les manuscrits inédits, Rouen, 1904, p. 105.
-
[500]
F. Vaultier, op. cit., p. 72 : « beau clocher de pierre, en forme de flèche gothique, dans le genre de celui d’Ifs (sous Caen) – un peu plus élevé d’ailleurs et aussi plus fort de proportions –, une légère secousse de tremblement de terre l’ayant ébranlé en 1776, il fallut se résoudre à le détruire, et il fut remplacé alors par une construction en charpente et en ardoise, assez bonne en son genre, mais qui resta bien loin de fournir l’équivalent de ce qu’on avait perdu ».
-
[501]
Arch. dép. Calvados, H 1515. B. Bonnin date cependant le plan de 1691, ce qui signifierait qu’il s’agit du clocher antérieur à 1695.
-
[502]
L’absence de clocher pour l’abbatiale originelle serait plus conforme aux principes architecturaux des cisterciens qui refusent l’édification de tours que ce soit à la croisée du transept ou sur le massif oriental. Toutefois une minorité d’églises en sont pourvues dès le xiiie siècle, comme en Irlande et en Angleterre (S. Harrison, « “I lift up mine eyes” : A re-evaluation of the tower in Cistercian Architecture in Britain and Ireland », dans T.-N. Kinder (dir.), Perspectives for an architecture of solitude. Essays on cistercian, Art and architecture in Honour of Peter Ferguson, Cîteaux, Turnhout, Brepols, 2004, p. 125-136).
-
[503]
Jacquin, p. 13.
-
[504]
Arch. dép. Calvados, H 1475.
-
[505]
Arch. dép. Calvados, H 1331.
-
[506]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[507]
Arch. dép. Calvados, H 1478.
-
[508]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[509]
Arch. dép. Calvados, H 1286, fol. 9r.
-
[510]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[511]
Arch. dép. Calvados, H 1331.
-
[512]
Arch. dép. Calvados, H 1331.
-
[513]
Voir Jacquin, p. 11 et p. 26.
-
[514]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[515]
Mancel, vol. 75, fol. 148r. Voir aussi Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[516]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[517]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[518]
Arch. dép. Calvados, H 1281/2, p. 29.
-
[519]
Arch. dép. Orne, 64 B 97.
-
[520]
Arch. dép. Calvados, H 1669.
-
[521]
Cette information est confirmée par une visite de 1763, la charpente du chœur et du croisillon étant « à refaire à neuf » ; la couverture, alors en tuile, doit être refaite en ardoise « a la volonté desdits sieurs religieux » (Arch. dép. Orne, 64 B 97). Cette distinction entre la tuile et l’ardoise est figurée par des coloris différents sur le plan de 1783.
-
[522]
Voir par exemple la transformation du chevet plat de l’abbatiale cistercienne normande d’Aunay en chevet échelonné de manière à augmenter le nombre de chapelles en 1347 (G. Le Hardy, La baronnie et l’abbaye d’Aunay-sur-Odon, H. Delesques, Caen, 1897, p. 61).
-
[523]
Toutes ces mesures sont données dans œuvre.
-
[524]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 1221, n° 299, éd. G. Baril, « La vente des abbayes… », op. cit., p. 101-102 : « église de 166 pieds de longueur (environs 53,95 m) et de 60 (19,5 m) de largeur.
-
[525]
L’abbatiale qui nous intéresse est la deuxième phase (vers 1150), A. Dimier, Recueil de plans d’églises cisterciennes, Paris, Librairie d’art ancien et moderne, 1949, pl. 125-126.
-
[526]
Mancel, vol. 75, fol. 148r. Voir aussi H 1792.
-
[527]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[528]
Selon des calculs de débattement moyen nécessaire pour un escalier, et selon un maximum de 4 m de hauteur à parcourir pour passer d’un niveau à un autre, la largeur de la pièce suffit à elle seule à contenir la structure.
-
[529]
J.-B. Vincent, « Une approche archéologique globale des abbayes cisterciennes normandes : l’exemple de l’abbaye de Fontaine-Guérard », dans Journées archéologiques de Haute-Normandie 2011, Rouen, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2012, p. 231.
-
[530]
B. Beck, « Recherche sur les salles capitulaires en Normandie », Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, t. LVIII, 1965, p. 11-113.
-
[531]
B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 122.
-
[532]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[533]
Arch. dép. Calvados, H 1331.
-
[534]
Arch. dép. Calvados, H 1289.
-
[535]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[536]
Arch. dép. Calvados, H 1289.
-
[537]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[538]
F. Vaultier, op. cit., p. 71.
-
[539]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[540]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[541]
Arch. dép. Calvados, H 1281/2, p. 20.
-
[542]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[543]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[544]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[545]
Arch. dép. Calvados, 1 Q 475.
-
[546]
Dictionnaire de l’Académie française, 4e édition (1762) : « On appelle aussi Tablette, les pierres ordinairement plates, dont on se sert pour terminer les murs d’appui, ou autres pièces de maçonnerie » ; J.-F. Féraud, Dictionaire critique de la langue française, 1787-1788 : « Planche de bois, ou pièce de marbre, qui est posée à plat sur le chambranle d’une cheminée, ou sur l’apui d’une fenêtre ».
-
[547]
Arch. dép. Calvados, H 1792.
-
[548]
Arch. dép. Calvados, H 1463.
-
[549]
Arch. dép. Calvados, H 1472.
-
[550]
Arch. dép. Calvados, H 1330.
-
[551]
Arch. dép. Calvados, H 1461.
-
[552]
Arch. dép. Calvados, H 1463.
-
[553]
La construction en est effectuée entre 1688 et 1694 d’après Arch. dép. Calvados, H 1331.
-
[554]
Jacquin, p. 27.
-
[555]
Arch. dép. Calvados, H 1792 : « huis de la montee qui va aux greniers pres l’allée de la fontaine du cloystre » (1619).
-
[556]
Voir toutefois un cliché du service de l’inventaire de 1979 (Cl. inv. Corbierre, 79.14.428.X) qui permet une meilleure lecture : http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/HTML/IVR25/IA00000133/INDEX.HTM, page 44.
-
[557]
On a signalé plus haut l’utilisation de ce même terme pour désigner la porterie moderne.
-
[558]
Arch. dép. Orne, 64 B 97.
-
[559]
Arch. dép. Calvados, H 1330.
-
[560]
Arch. dép. Calvados, H 1331.
-
[561]
Arch. dép. Calvados, H 1698. On trouve dans la même cote un document de 1458 relatif au départ de Raoul Le Roy et de son épouse, qui ne se considéraient plus aptes à exercer les services auxquels ils s’étaient engagés.
-
[562]
Par exemple dans Arch. dép. Calvados, H 1709 (1281 et 1272), H 1453 (1247), et H 1664 (1300).
-
[563]
A. de Caumont, Statistique monumentale…, op. cit., p. 512.
-
[564]
R. Da Cruz, op. cit., p. 195 ; L. Musset, « Sites monastiques de Basse-Normandie, L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 27.
-
[565]
A. de Caumont, op. cit., p. 511 : « des colonnes monocylindriques, à pans coupés, supportaient la retombée des voûtes, qui étaient très belles et très hardies ».
-
[566]
A. de Caumont, op. cit., p. 512.
-
[567]
Arch. dép. Orne, 64 B 97.
-
[568]
Arch. dép. Calvados, H 1461.
-
[569]
F. Vaultier, op. cit., p. 73.
-
[570]
L. Musset, « Sites monastiques de Basse-Normandie, L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 27.
-
[571]
B. Bonnin, Barbery…, op. cit., p. 116-117.
-
[572]
V. Juhel et F. Saint-James, « L’abbaye de Barbery », op. cit., p. 32.
-
[573]
Les deux bâtiments sont conçus sans bas-côté. L’hotellerie de Villers-en-Brabant est un vaste espace à l’intérieur duquel on retrouve un espace de chauffe.
-
[574]
A. Dimier, « La Maison-Dieu de la Trappe », dans B. Chauvin (dir.), Mélanges à la mémoire du père Anselme Dimier, t. 2, Pupillin, Arbois, 1987, p. 847-850.
-
[575]
É. Faisant et F. Saint-James, « Les logis médiévaux de l’Abbaye aux Hommes de Caen », Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, t. LXIX, 2010, p. 9-61.
-
[576]
Ibid., p. 37.
-
[577]
« La consécration d’une église et a fortiori le récit de cette consécration (de même que l’inscription qui pouvait la commémorer) indiquent moins la construction d’un nouvel édifice, c’est-à-dire une fondation au sens strict, qu’ils ne sanctionnent une restauration, un transfert d’autorité, un réaménagement – des lieux de culte et des groupes sociaux tout à la fois », M. Lauwers, « Consécration d’église, réforme et ecclésiologie monastique », dans D. Méhu (dir.), Mise en scène et mémoire de la consécration de l’église dans l’occident médiéval, Turnhout, Brepols, 2007, p. 147.
-
[578]
F. Saint-James propose une datation du voûtement de l’hôtellerie vers les années 1230 (op. cit., p. 33).
-
[579]
Un chapelle y est mentionnée tardivement, mais pourrait trouver son origine dans la protofondation.
Introduction
1Le paysage vallonné dans lequel s’inscrivent les vestiges de l’abbaye de Barbery – conservés dans les communes de Barbery et Bretteville-sur-Laize –, entre la forêt de Cinglais et des terres agricoles en pâture et en culture, porte aujourd’hui encore la marque des aménagements médiévaux et modernes liés à l’implantation des moines cisterciens (fig. 1). Les bâtiments abbatiaux ont cependant beaucoup souffert de destructions successives depuis la fin du xviiie siècle. Malgré l’intérêt des historiens et des archéologues, dont témoignent les publications, depuis Frédéric Vaultier en 1837 jusqu’à Richard Da Cruz en 2001, en passant par Arcisse de Caumont [1], l’interprétation de certains édifices reste encore sujette à caution [2]. Les difficultés rencontrées pour identifier les bâtiments de l’époque moderne se voient décuplées lorsqu’il s’agit de proposer une restitution de l’organisation du site à l’époque médiévale, au sujet de laquelle les archives sont pratiquement muettes. De récentes investigations archéologiques, croisées avec un réexamen des sources écrites modernes, permettent de proposer de nouvelles interprétations.
Localisation multiscalaire de l’abbaye de Barbery
Localisation multiscalaire de l’abbaye de Barbery
2L’approche de terrain a consisté en un relevé microtopographique du site conjugué à l’analyse de bâti des vestiges subsistants, éclairant à la fois l’aménagement du terrain en vue de l’implantation de l’établissement et l’organisation du plan monastique autour du carré claustral. Les sources écrites présentent quant à elles les difficultés relatives à toute confrontation des données textuelles à celles du terrain. Les visites effectuées à l’époque moderne paraissent conduire d’une pièce à l’autre sans logique particulière, renseignant parfois davantage sur l’inventaire précis du mobilier que sur l’organisation générale de l’établissement. La difficulté de préciser la chronologie des travaux est en partie liée à celle d’établir une liste fiable des abbés, à qui les sources narratives de l’époque moderne attribuent certaines entreprises. Or la liste abbatiale de Barbery présente des problèmes soulevés dès le xviie siècle : lors de l’enquête menée pour la rédaction du Neustria Pia, l’abbé Quinet les avait attribués à l’humilité de ses prédécesseurs dont les sources de la pratique taisent généralement le nom [3]. Si, au xviiie siècle, les auteurs de la Gallia Christiana pensaient avoir contourné le problème à l’aide notamment des épitaphes, les travaux de Véronique Gazeau ont montré à quel point certaines de leurs données restent sujettes à caution malgré l’autorité dont elles bénéficient, d’autant plus qu’une partie des sources à leur disposition ont désormais disparu. Même pour l’époque moderne, malgré la grande abondance de sources, des points d’ombre subsistent [4]. Des recherches récentes dans les fonds d’archives de Barbery – en particulier celles de Bertrand Bonnin [5] et Richard Da Cruz – et l’examen des textes inédits de contemporains de la Gallia Christiana permettent de suggérer une liste abbatiale, certes incomplète, mais plus détaillée que celles admises jusqu’ici [6].
3Nous nous proposons donc ici de présenter rapidement les sources narratives inédites qui, quoique connues, ont été jusqu’à présent partiellement exploitées, avant d’aborder la question de la fondation de l’abbaye, sa liste abbatiale, et enfin revenir, grâce aux apports cumulés des données de terrain et des sources d’archives, à la chronologie et à l’organisation fonctionnelle du bâti.
Les sources narratives
4Deux auteurs dont les pages sur Barbery sont restées inédites fournissent des renseignements précieux même si leurs sources demeurent souvent obscures. L’un, Jean Hermant (1650-1725), décrit comme un « compilateur ignorant et de mauvais goût » ou, dans le meilleur des cas, comme un « écrivain médiocre et incorrect, mais laborieux, et à qui l’on doit savoir quelque gré de ses recherches [7] », a composé une histoire du diocèse de Bayeux en trois volumes, dont les deux derniers sont inédits. L’autre, un moine de Barbery désigné comme « l’annaliste de Barbery [8] », a écrit un manuscrit formé d’une liste abbatiale en latin, suivie d’une recherche en français sur l’identité des moines de Barbery, qui se finit par des annales pour les années 1736-1764. Ces deux auteurs utilisent une source commune qu’ils complètent tous deux d’éléments dont l’origine n’a pas toujours pu être déterminée. L’annaliste de Barbery étant plus disert sur ses sources, il permet cependant de reconnaître en partie celles qu’utilise Hermant.
L’annaliste de Barbery : le frère Basile Jacquin
5Si Bertrand Bonnin, Louis Grillon, ou avant eux l’abbé Simon, ont largement puisé dans les Annales de Barbery, ils n’ont pas jugé utile de préciser l’identité de leur auteur [9]. Son manuscrit [10] lui-même permet de l’établir. En 1740, il indique que quatre moines firent profession le 10 octobre à Savigny, les frères Basile Jacquin, Joseph Felue, Antoine Carlier et Jacques Maufroy, avant de préciser : « Immédiatement après notre professions, nous arrivâmes icy [c’est-à-dire à Barbery] pour commencer le cour de philosophie après la Toussaint ». Les précisions qu’il donne concernant Basile Jacquin, seul des quatre moines dont il indique les date et lieu de naissance, laissent penser qu’il s’agit du rédacteur, ce qui est confirmé à la fois par l’arrêt du manuscrit en septembre 1764 – Jacquin étant mort en 1766 – et par l’examen graphologique [11]. Le registre des professions et sépultures de Barbery offre quelques renseignements à son sujet. Robert Jacquin, né le 14 août 1711 à Landrecies (Nord), prend l’habit de novice sous le nom de frère Basile le 10 août 1739 à Savigny et y fait profession pour celle de Barbery le 10 octobre 1740 ; il meurt à Barbery le 7 avril 1766 et est inhumé dans le cimetière, à côté de l’abbé Lambelin [12].
6Son manuscrit est organisé en deux parties. La première, en latin (p. 1-14), se compose d’une copie très peu modifiée d’un manuscrit anonyme du xviie siècle (aujourd’hui conservé dans le fonds Mancel au Musée des Beaux-Arts de Caen [13]) qui propose un bref historique de la fondation de Barbery ainsi que des copies de chartes et bulles relatives aux origines de l’établissement. Le texte de Jacquin se poursuit, toujours en latin, avec une liste abbatiale qui s’achève avec la mort de l’abbé Lambelin en 1757. La seconde partie est décrite par Jacquin lui-même comme un « inventaire des supérieurs et religieux de Barbery depuis l’an 1478 tirés d’un ancien manuscrit partie de divers actes que j’ay pu trouvé dans la procure » (p. 15) et s’achève sous forme d’annales. Outre cet ancien manuscrit, Jacquin note à un endroit « j’ay apris cecy des anciens » (p. 25) et ajoute des mentions marginales liées à ses propres recherches, notamment dans les registres de délibérations du chapitre. Jacquin permet à deux reprises d’identifier l’auteur de cet « ancien manuscrit ». Au sujet des difficultés à établir une liste abbatiale pour la fin du xvie siècle, Jacquin note :
« au milieux du labirinte d’où je ne peus sortir que par le haut pour y découvrir un issue, je trouvay par hazard un vieux manuscrit fort embrouillé, mais n’ayant point d’autre guide plus fidel, je me trouve obligé de m’en aider aufin de pouvoir continuer la route que je me suis prescrit. Le voicy mot pour mot ».
8Il ajoute ultérieurement dans la marge du passage cité : « c’est dom Bernard Dauphin qui raporte ce fait ». Il évoque un peu plus loin ce manuscrit et son auteur lorsqu’il indique (p. 25) :
« Dom Bernard Dauphin, fameux par ses [poésies], je l’ay cherché longtems afin de le conoitre, c’estoit en vain car il étoit en cage, je l’ay déniché enfin à l’arivée de monsieur l’abbé de Lastours, je luy suis redevable d’une grande partie de cette squelette chronoloque et historique des particularités de cett maison depuis son origine jusqu’à nous, surtout des épitafes des supérieurs et autres faits que je n’aurois pu déchiffrer à cause de leur vétusté. La modestie qu’il a gardé dans son opuscule cronologique quoy qu’en mauvais ordre, en y omettant son nom, m’a fait perdre beaucoup de tems. Je l’ay reconu dans un sonnet qu’il composa à l’arrivée de monsieur du Poisson come je viens de le dire [14] ; il eut beaucoup à souffrir sur la fin de mr. Le Guédois à qui on avoit raporté plusieurs calomnies noires dont il pouvoit être innocent ; il paroît, à en juger à vu de clocher, que la vivacité de son génie et de son caractère peut-être trop libre et indiscret luy ont occasionez ces avantures fort disgratieuses ; il fut donc longtems en prison et trova moyen d’en sortir je n’en sçais pas davantage ».
10Bernard Dauphin, moine de Barbery, est surtout connu par les recherches de frère Basile : né en 1628, novice en 1640, profès en 1642 – en même temps que l’abbé Le Guédois –, il aurait ratifié sa profession en 1644 [15], et serait mort peu après avoir été libéré d’une longue prison – nous allons y revenir – après 1695, voire après 1722. Son texte n’a pas été retrouvé : il semble qu’il ait été écrit en français, Jacquin lui empruntant volontiers des citations [16].
Jean Hermant
11Le mépris dans lequel Jean Hermant (1650-1725) est tenu est en partie dû au fait qu’il ne serait qu’un plagiaire de Jean Petite, chanoine de Bayeux, mort en 1694, dont le texte est malheureusement perdu [17]. Le dossier relatif à Barbery montre pourtant que, s’il s’inspire indéniablement de sources dont il tait la nature, préférant citer les sources originales qu’il n’a probablement pas consultées (mais dont la fiabilité ne paraît pas devoir être remise en cause), il n’en utilise pas moins des informations dont la production est postérieure à la mort de Petite. Sa liste abbatiale de Barbery [18] est en effet appuyée – parfois au mot près – sur un manuscrit aujourd’hui conservé à la BnF, composé en 1705 [19], probablement à l’intention de l’intendant Foucault [20], par un moine de Barbery qui signe son courrier d’un simple paraphe. Ce moine indique dans son courrier avoir vu en 1640 les armes des Marmion [21] à la voûte de l’église de Barbery. Cette date de 1640 a permis d’envisager que l’auteur du courrier puisse être Bernard Dauphin, qui semble avoir été enclin à rappeler régulièrement cette date, celle de son noviciat, dans ses écrits [22]. En outre, le nombre d’individus susceptibles d’avoir observé l’abbatiale en 1640 et d’en témoigner 65 ans plus tard devait être suffisamment restreint pour que l’hypothèse soit examinée. La signature de Bernard Dauphin, retrouvée dans un document de 1701 [23], achève de convaincre qu’il s’agit bien de lui : le paraphe du courrier de 1705 s’interprète alors comme les lettres « FB » pour « frère Bernard », ce qui correspond aux deux premières lettres de sa signature complète. La comparaison des écritures laisse penser que c’est probablement également à Dauphin que l’on doit un relevé des épitaphes de Barbery, probablement effectué entre 1665 et 1677 (après la mort de l’abbé Quinet et avant celle de Le Guédois) [24]. L’identification de son écriture autorise à signaler ici une découverte marginale par rapport à notre sujet – quoiqu’elle montre à quel point Dauphin était un travailleur infatigable [25] –, mais intéressant plus particulièrement les historiens du mysticisme au xviie siècle. L’examen graphologique [26] permet en effet de reconnaître en lui [27] l’auteur de plusieurs manuscrits manifestant son opposition à saint Jean Eudes dans l’affaire Marie des Vallées [28]. Si Jacquin ignore ou feint d’ignorer la raison qui a conduit Dauphin en prison, il y a fort à parier qu’elle est liée à cette rébellion à l’encontre de son abbé, Le Guédois, qu’il avait désigné dans un de ses écrits comme un des tenants de ce qu’il considérait comme une hérésie [29].
12Dans le cadre de cette affaire, on apprend qu’une partie des œuvres de jeunesse de Dauphin auraient été brûlées [30]. Son travail sur l’histoire de l’abbaye de Barbery avait visiblement été épargné puisque Jacquin l’utilise à plusieurs reprises. À en juger à la similitude que présentent les écrits de Jacquin et d’Hermant, il y a fort à parier qu’ils travaillent tous deux à partir de la même source, probablement ce texte perdu de Bernard Dauphin. Or il semble bien que les difficultés qui se présentent pour comprendre les origines de l’établissement sont intimement liées à la tradition qu’il a transmise.
Une longue fondation (1140-1247)
13La fondation de l’abbaye Notre-Dame de Barbery, comme de la majorité des établissements de l’ordre de Savigny – réuni à celui de Cîteaux en 1147 –, est mal connue. Bertrand Bonnin et Richard Da Cruz ont bien montré que si tous les auteurs s’accordent à situer la première fondation de l’abbaye de Barbery vers 1140, aucune date précise ne peut être proposée, la première mention, une bulle de confirmation d’Anastase IV de 1154, ne faisant état que d’un domaine de Savigny [31]. Bertrand Bonnin avance la fourchette de 1140-1142 [32]. L’intention de la fondation est en tout cas attribuée par Robert (IV) Marmion – dans sa charte de 1181 qui confirme la fondation de l’abbaye – à son père, Robert (III) [33]. Ce dernier étant mort en Angleterre, pendant le siège de l’abbaye de Coventry, en 1144 [34], la donation doit être antérieure à cette date. Une première difficulté se présente ici, qui explique les différentes datations.
14Hermant écrit en effet :
« Duchêne dans son Histoire d’Angleterre dit qu’il fut tué devant la porte de cette abbaye [Coventry] en 1143 [35]. Mais on peut assurer qu’il se trompe puisqu’il a fondé depuis l’abbaye de Barbery où il est inhumé. Il repose dans le chapitre sous une tombe à l’antique qui est au rang de celles des abbez, dont l’inscription en lettres gothiques gravée sur une grande et large épée est conceuë en ces termes “Hic fundatoris nostri est tumba prioris” [36]. On y voit aussi les armes de sa famille très bien marquées qui sont des billettes sans nombre et non des glands comme on l’a cru jusques à present [37] ».
16Hermant, amené pour cette raison à préférer la date de 1148 proposée par Manrique [38], copie ici la lettre envoyée par Dauphin à l’intendant Foucault. Dauphin lui-même s’inspirait du manuscrit latin du xviie siècle conservé au fonds Mancel (et copié par Jacquin), qui porte :
Cumulavit igitur Robertus tertius de Marmion vota patris in dotanda abbatia quam et fundabat Barberii ; tradunt Robertum de Marmion juniorem seu 3um ad summam etatem pervenisse et migrasse ad Dominum anno 1242, ejus stemmata gentilitia erant schedae innumerae (des billetes sans nombres) non vero glandes ut quidam falso existimarunt ; corpus ejus in capitulo de Barberio locatum expectat donec veniat immutatio [sua], sepulchrum illius habet ensem insculptum in cujus lamina haec verba leguntur + Hic fundatoris nostri est tumba junioris, et in superio[re] parte ejusdem ensis eminent stemmata ejus quae sunt schedae innumerae.
18Dauphin, s’inspirant de ce texte, en modifie cependant le sens : il y a fort à parier qu’il a choisi de proposer la version prioris à la place de junioris [39] pour restaurer l’honneur du fondateur de son abbaye, menacé par les écrits de Robert de Torigni et par les historiens modernes. Il ajoute en effet dans sa lettre :
« Ceste tombe est au rang de celles des abbés et ses os y reposent dans une urne de pierre depuis plus de [400] cens ans, quelques uns l’avoient revoqué en doutte, mais a present on en peut demeurer convaincu puisque ceste présente année [1705], le vingt et uniesme jour d’octobre, ce tombeau aiant esté ouvert en présence de révérend père en Dieu messire dom Pierre du Poisson, de toute sa communauté et de monseigneur N. Foucaut intendant de la ville de Caen et de quantité de personnes considérables, on le trouva en la manière que je viens de reporter ; ce qui marque l’erreur où la plume interessé et maligne de Robert du Mont qui le veut bien traiter ce seigneur, autant pieux et magnifique que fidèlle a son roy, comme un excommunié, puisque il est incontestable que on ne lui auroit pas donné une sépulture si honorable s’il [..] avoit esté tel qu’il le dépeint à la postérité, ainssi que du Chesne après lui, l’ordre de Cisteaux estant pour lors dans sa plus grande splendeur et son chapitre général trop rigoureux pour des formalités semblables ».
20Cette probable falsification de Bernard Dauphin a amené les auteurs de la Gallia Christiana à imaginer que Robert (III) Marmion a été inhumé moitié en Angleterre, moitié à Barbery [40], et les historiens modernes à proposer des dates de fondation postérieures à 1144 [41]. En réalité, cette tombe paraît devoir être attribuée non à Robert III, mais peut-être à Robert IV, ou plus probablement encore à Robert V, qui s’autodénomme Robertus Marmion junior dans certaines de ses chartes [42] et qui a donné son accord aux aumônes de son père en 1181 [43].
21Quoi qu’il en soit, comme l’a remarqué Bertrand Bonnin, le don conjoint de Robert (III) Marmion et de Richard, évêque de Bayeux (1135-1142), des domaines de Barbery et de Jurques, confirmé dans la bulle d’Anastase IV pour Savigny, permet bien de le dater au plus tard de 1142 [44]. Bertrand Bonnin suggère que cette première donation, ou projet de fondation d’une abbaye si l’on en croit les termes de la charte de 1181, pourrait bien avoir été posée par l’évêque de Bayeux comme condition de restitution des terres de Robert (III) Marmion, terres confisquées du fait de l’échec de Robert dans son opposition marquée à l’encontre de Geoffroy Plantagenêt pendant la guerre civile [45].
22La véritable décision d’une fondation abbatiale semble devoir être datée de 1176 [46], ainsi peut-être que sa réalisation puisque c’est déjà à l’abbé Raoul, que le pape Alexandre III s’adresse en 1177 pour accorder sa protection à l’abbaye et confirmer ses biens, notamment le monastère, décrit comme ancienne grange de Savigny [47]. Le toponyme « la Vieille Abbaye », où se trouve une ferme possédée par l’abbaye jusqu’à la fin du xviiie siècle, conserve aujourd’hui encore le souvenir de ce premier établissement. Ce site a probablement accueilli la communauté des moines avant l’achèvement de la construction des bâtiments de l’abbaye, à moins d’un kilomètre au nord-est, là où sont aujourd’hui conservées les ruines. Cette conversion d’une grange savignienne en abbaye cistercienne pourrait être liée à la réunion de l’ordre de Savigny [48] à celui de Cîteaux en 1147.
23C’est seulement en 1181 que Robert (IV) Marmion, désireux de parachever l’œuvre de son père, donne un nouvel emplacement plus propice à l’installation des moines pour édifier l’abbaye (où il envisage d’être inhumé), et confirme de nombreuses autres donations [49]. Une dizaine d’années plus tard, il offre à l’abbaye 500 livres angevines pour la construction de l’église abbatiale [50], laquelle ne sera consacrée qu’en 1247. C’est lui que les moines retiendront comme leur « véritable » fondateur, comme Hermant le reconnaît lui-même [51]. Les donations de Robert (IV) sont confirmées par Robert de Meulan dès 1181 [52] puis par Henri II Plantagenêt [53].
24Si l’on ignore à quelle date précise la grange de Savigny devient une véritable abbaye cistercienne, l’existence d’un abbé en 1177 montre qu’une communauté s’est installée à Barbery à cette période, sans doute à la Vieille Abbaye, en attendant que Robert Marmion finisse de composer avec différents interlocuteurs de manière à pouvoir former un ensemble de terres adapté à la construction de nouveaux bâtiments et à l’idéal cistercien. La nouvelle communauté participe elle aussi aux négociations en vue de s’assurer la propriété des terres à l’intérieur de l’enclos. La documentation postérieure montre également l’implication des communautés de moines dans la mise en œuvre des éléments bâtis, en collaboration ou parfois en opposition avec l’abbé. L’influence du mode de gestion de l’abbaye sur le bâti se fait ainsi sentir tout au long de l’histoire de l’établissement, ce qui nécessite de revenir à la liste abbatiale avant de proposer une restitution des édifices.
La liste abbatiale de Barbery
25La liste abbatiale d’Hermant, presque identique à celle de Dauphin et à celle de Jacquin, est inconciliable avec celle de la Gallia Christiana, mais aussi avec les documents d’archives. Elle prétend à l’exhaustivité en s’aidant en grande partie des pierres tombales des abbés, celle de Michel Brasart en particulier, dont l’épitaphe donnait à ce dernier la place 14 dans la liste abbatiale. Étant donné qu’elle omet des abbés attestés par des documents d’archives, il y a lieu de penser qu’elle a été constituée en cherchant à combler les vides antérieurs à Michel Brasart et donc qu’elle est assez peu fiable. L’homogénéité de style des épitaphes de Michel Brasart et des Guillaume, qui occuperaient les sixième et septième places de la liste, amène à se demander si ces épitaphes ne doivent pas être datées du xive siècle, après la mort de l’abbé Michel (identifié à Michel Brasart). Au demeurant, on ne dispose d’aucun relevé d’épitaphes antérieur aux travaux de l’abbé Thuault, lesquels ont concerné les tombes du chapitre dans la première moitié du xviie siècle [54]. Le premier relevé d’épitaphes est postérieur à la mort de l’abbé Quinet (1665) et sans doute les autres relevés dont nous disposons ne sont-ils que des copies de cette première transcription : Jacquin affirme en tout cas avoir utilisé le relevé de Dauphin parce que les épitaphes n’étaient plus lisibles à son époque. Il est donc délicat d’attribuer une valeur précise à la numérotation des abbés proposée par ces épitaphes, qui pourrait correspondre à une reconstitution tardive de la liste abbatiale. J’indique ici une liste en tentant de concilier tous les éléments. Les abbés dont le nom est souligné sont ceux attestés par une source fiable. Ceux dont le nom est souligné mais entre parenthèses sont les abbés évoqués par une source insuffisante. Les noms indiqués entre parenthèses et non soulignés correspondent à des abbés admis dans certains travaux du fait d’une mauvaise interprétation des sources.
Présentation synthétique des listes abbatiales
Présentation synthétique des listes abbatiales
Raoul
26Le premier abbé de Barbery [55], Raoul, est mentionné dans la bulle d’Alexandre III de 1177. Jean Hermant apporte un certain nombre d’informations qui proviennent en partie du manuscrit anonyme du xviie siècle [56].
Amédée-Louis Léchaudé d’Anisy prétend que Raoul a souscrit une charte de Thibaut de Moulines : en réalité, il s’agit de Ranulfus, priore de Barbereio [58].« On compte pour premier abbé de Barbery Radulphe < Une ancienne chartre de l’abbaye de Savigny nous apprend que c’étoit un religieux de Clervaux élevé sous la discipline de saint Bernard décédé en 1153, et qui avoit sçû mettre à profit les leçons qu’il avoit receuës de vive voix d’un si grand saint. En effet, dans ces premiers temps où l’ordre de Cîteaux étoit dans sa grande ferveur, il falloit estre un religieux d’une haute vertu et d’un mérite extraordinaire pour estre choisi entre tant de dignes sujets, afin de faire un établissement dans quelque province. Ainsi nous devons croire que Radulphe, premier abbé de Barbery, s’étoit distingué des autres par ses belles qualitez. Il demeuroit simple religieux à Savigny quand ses supérieurs le nommèrent pour établir cette abbaye ; on luy donna pour l’accompagner douze religieux, qui composèrent d’abord sa communauté, mais qui s’augmenta considérablement dans la suite. Il se logèrent tous ensemble dans la ferme qu’on appelle encore à présent la Vieille Abbaye. Ils y demeurèrent selon toutes les apparences jusques à ce qu’on eust fait quelques bastimens convenables pour les loger au lieu où est présentement l’abbaye, qui étoit une place extrêmement marécageuse. C’est une tradition dans ce canton là que ce saint abbé excommunia les grenoüilles comme saint Bernard avoit fait les mouches de Fugny parce que leurs cris continuels et importuns troubloient les religieux dans leur office de jour et de nuit en sorte qu’à peine s’entendoient-ils chanter ; ce qu’il y a de certain, c’est qu’elles y sont muettes contre leur nature. On ne sçait point en quelle année mourut ce abbé. Ce fut à luy que le pape Alexandre III etc. [57]> le pape Alexandre III adressa sa bulle de confirmation de l’établissement et de la fondation que Robert de Marmion le père avoit faite de ce monastère. Elle est dattée de l’an 1177 à Agnanie et le XVIII du pontificat de ce pape ».
Guillaume Ier
27Dès le deuxième abbé, Jacquin et Hermant diffèrent de la Gallia Christiana, puisqu’ils considèrent Thomas d’Ifs comme deuxième abbé – peut-être du fait d’une confusion avec le prieur Thomas mentionné en 1181 [59] –, alors qu’il semble s’agir d’un abbé de la seconde moitié du xiiie siècle. Un abbé nommé Guillaume est mentionné, d’après la Gallia Christiana, qui le dit ancien moine de Savigny, en 1178 et 1185. La première de ces dates et cette allusion à Savigny semblent se rattacher à une phrase mystérieuse de la Chronique de Savigny selon laquelle en 1178, l’abbé Joscelin de Savigny envoie une communauté à Barbery [60]. Il n’y est pourtant pas fait mention du nom d’un abbé de Barbery. Quant à la seconde date, elle a été corrigée par Harald Müller qui a édité le texte de l’accord de 1182-1183, dont Guillaume, abbé de Barbery, est témoin, réglant le conflit entre Le Plessis-Grimoult et Savigny au sujet des dîmes de Sourdeval [61]. Il pourrait être l’abbé Guillaume de Sanctellis (Cintheaux, Calvados, cant. Bretteville-sur-Laize), témoin d’une charte non datée d’Élise, veuve de Thibaut de Moulines [62]. L’épitaphe qui fait de Guillaume de Cintheaux le septième abbé de Barbery [63] serait alors liée à des travaux bien postérieurs. En présence des abbés Gérard de Savigny, Robert de Saint-André et Robert du Val-Richer, l’abbé Guillaume de Barbery s’accorde en 1186-1187 avec Robert abbé de Fontenay au sujet des dons octroyés à Barbery par Raoul Taisson et Robert fils Erneis [64].
(Richard)
28Un inventaire des titres de Fontenay mentionne une « Carta Roberti abbatis et conventus de Fontaneto et Ricardi abbatis de Barbereio et monachorum eius concordiae pro quadam terra coram Robert Marmione et pluribus militibus aliis [65] ». Il ne peut s’agir de la charte de 1186-1187, à laquelle Robert Marmion n’a pas souscrit. Peut-être donc y a-t-il eu un abbé Richard de Barbery, après 1185 et avant 1201, contemporain de l’abbé Robert II de Fontenay (1180-1193), soit entre 1185 et 1193.
Geoffroy
29Un abbé Geoffroy semble avoir été le contemporain de Lisiard évêque de Sées (1188-1201) : l’analyse qui nous en informe est cependant très fautive, raison qui a amené Hermant à placer l’abbatiat de ce Geoffroy en 1267 [66]. Il pourrait également être l’abbé mentionné sous le nom de Geoffroy dans une charte de Raoul Travers, dont les témoins, même si les homonymies posent de redoutables problèmes, paraissent se rattacher à la fin du xiie siècle [67]. Dans les mêmes années, l’abbé Geoffroy souscrit également une charte de Guillaume, fils de Thibaut de Moulines [68]. Il donne une charte réglant le conflit l’opposant aux moniales de Villers-Canivet quant aux possessions de Saint-Germain-Langot, apaisé grâce à l’intervention de Guillaume, abbé de Savigny, de Jean, abbé d’Aunay, et de Robert, abbé de Saint-André, ce qui indique une datation entre 1187 et 1207 [69]. Il pourrait encore être l’arbitre désigné par son initiale dans une sentence arbitrale sans date (mais où figure également Robert, abbé de Saint-André-en-Gouffern), rendue entre les moniales de Villers-Canivet et Roland de Soumont [70].
(Germain)
30Hermant et Jacquin reconnaissent comme troisième abbé Germain Dezi [71], inhumé dans le chapitre avec cette épitaphe :
Raoul II
31Raoul II est désigné comme le quatrième abbé de Barbery par la lettre de Bernard Dauphin ainsi que par Basile Jacquin. Hermant précise : « Radulphe II est connu par la présentation qu’il fist de Radulphe Laigni à la cure de Saint-Germain de Sainteaux, auquel Robert des Ablèges, évêque de Bayeux, donna la collation ». Cette collation, de 1206, se trouve en effet dans les archives de Barbery [74]. La même année, Guillaume, abbé de Savigny, et Robert, abbé de Saint-André-en-Gouffern, règlent un conflit opposant l’abbé Raoul et le prêtre Robert de Vassy pour la présentation aux cures de Saint-Germain-du-Chemin et Saint-Hermès de Fontenay [75] ; on le retrouve dans l’échange, daté vers 1207 par Gustave Saige, entre l’abbaye de Barbery et Robert d’Ouffières, chevalier, du quart de la dîme des fruits des paroisses de Saint-Germain-du-Chemin et de Saint-Hermès de Fontenay-le-Marmion contre des terres à Maisons [76].
Guillaume II
32Hermant est encore le seul à rapporter une information, vérifiée dans les archives [77], au sujet de l’abbé Guillaume II : « Guillaume I est aussi connu par la présentation qu’il fist à Joudain du Houmet [sic] XVIII évêque de Lysieux, l’an 1213, de la personne de Guillaume Le Normand pour la cure de Keteville [Biéville-Quiétéville, Calvados, cant. Mézidon-Canon] dont il reçeut la collation ». Il pourrait, comme le pensent les auteurs de la Gallia Christiana, être l’abbé Guillaume de Sanctellis (Cintheaux, Calvados, cant. Bretteville-sur-Laize), enterré dans le chapitre et témoin d’une charte non datée d’Élise, veuve de Thibaut de Moulines [78]. L’épitaphe qui fait de Guillaume de Cintheaux le septième abbé de Barbery [79] indiquerait alors que Guillaume II est suivi immédiatement par un autre abbé Guillaume, une autre épitaphe identifiant la tombe de Guillaume, huitième abbé [80] : les archives ne permettent pas, en l’état actuel des connaissances, de distinguer ces éventuels deux abbés. L’abbé de Barbery Guillaume, mentionné dans un acte daté de 1209 par Léchaudé d’Anisy (et, à sa suite, par Paul de Farcy [81]), est issu d’une confusion de Léchaudé à la fois au niveau de l’abbé (il s’agit de Guillaume abbé de Troarn, sans mention du nom de l’abbé de Barbery [82]) et de la date ; l’acte, incomplet, aujourd’hui conservé aux Archives départementales du Calvados, doit être daté de 1249, 1259 ou 1269 [83]. En revanche, c’est bien un Guillaume abbé de Barbery qui concède à Robert Doré quatre champs près de Moulines en échange d’une rente en 1219 [84]. À cette période, il semble que des contestations sur les possessions de l’abbaye conduisent à un arrêt de l’échiquier de Pâques 1223 [85]. Guillaume, abbé de Barbery, concède une maison à Moulines en 1223 [86]. Un accord intervient entre Guillaume, abbé de Barbery, et l’abbaye de Fontenay au sujet des dîmes de Barbery en 1228 [87]. C’est donc ce Guillaume (ou un de ces deux Guillaume) qui est rappelé à l’ordre par le chapitre général en 1227 pour un défaut de visite et échappe à la déposition en 1228 pour avoir proféré un mot déshonnête à un moine de Saint-André-en-Gouffern [88]. C’est lui également qui, en 1227, est témoin, avec l’abbé de Saint-André-en-Gouffern, d’un don à Guillaume Acarin, chanoine du Sépulcre de Caen [89]. On le retrouve encore en 1230, apposant son sceau sur un vidimus des statuts de Port-Royal [90]. Il existe encore un abbé Guillaume mentionné en 1234 [91], dont on ignore s’il s’agit du même individu du fait de la mention de Ricardus abbas en 1232.
(Richard)
33Un « Ricardus abbas » est présent en 1232 aux assises à Falaise quand Robert de Vieux renonce à ses prétentions contre l’abbaye de Barbery au sujet de terres proches de l’abbaye [92]. Il ne semble pas pouvoir être l’abbé Richard mentionné par les inventaires de Fontenay (« Carta Roberti abbatis et conventus de Fontaneto et Ricardi abbatis de Barbereio et monachorum eius concordiae pro quadam terra coram Robert Marmione et pluribus militibus aliis » [93]), non seulement parce l’absence de date indiquée dans l’acte renvoie à un acte plus ancien, mais aussi parce qu’aucun Robert n’a été abbé de Fontenay à cette période.
(Guillaume)
34Un abbé Guillaume mentionné en 1234 [94] pourrait être le même que celui qui précède Richard.
Philippe
35Hermant, en accord avec Basile Jacquin, compte Philippe pour sixième abbé : « ce fut sous luy que l’église de cette abbaye fut dédiée, au mois d’octobre de l’an 1246 ». Il s’agit en réalité d’octobre 1247 [95]. Il cède une terre à un tenancier à Espins cette même année [96]. En mars 1250 (as), Philippe abbé de Barbery s’accorde avec Philippe, prieur de Sainte-Barbe-en-Auge, au sujet des dîmes de terres situées à Gouvix [97].
(Gilbert)
36Deux analyses du cartulaire de Fontenay évoquent Gilbert, abbé de Barbery, en 1256 et 1263 [98]. Malheureusement, les pièces conservées ne permettent pas de confirmer l’identité de cet abbé : une sentence de l’official de Bayeux en 1263 relative à la présentation à la cure de Barbery, débattue entre Fontenay et Barbery, ne fait aucune mention du nom de l’abbé [99]. B. Bonnin considère qu’il s’agit de Guillaume de Cintheaux [100]. On peut effectivement penser qu’il y a là une confusion entre Gilbert et l’abbé Guillaume attesté en 1262.
Guillaume
37L’abbé Guillaume confirme en 1262 l’accord intervenu entre Jeanne, dame de Fontenay, et l’abbaye de Barbery au sujet d’un moulin à Fresney-le-Puceux [101]. B. Bonnin considère qu’il s’agit de Guillaume de Cintheaux [102] : il paraît toutefois peu crédible que la charte d’Élise, veuve de Thibaut de Moulines, qui mentionne Guillaume de Cintheaux, ne soit pas datée [103] si elle avait été émise dans la seconde moitié du xiiie siècle.
(Geoffroy)
38Hermant et Jacquin indiquent tous deux un abbé Geoffroy, dont Hermant précise qu’il « est peu connu à cause qu’il ne posséda pas longtemps la dignité d’abbé de Barbery. Il est néanmoins fait mention de luy dans la chartre de confirmation des décimes de Rouvré [Rouvres, Calvados, cant. Bretteville-sur-Laize] en 1267 ». L’étrange et très fautive copie à laquelle il se réfère ici fait de lui le contemporain, en 1267, de l’évêque Lisiard de Sées, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’une confusion avec Geoffroy, abbé de la fin du xiie siècle [104]. En 1267, l’abbaye reçoit l’archevêque Eudes Rigaud [105].
Robert
39Hermant désigne comme dixième abbé Robert, qui « fut déposé avec sept autres abbez dans le chapitre général tenu à Cisteaux l’an 1275 pour avoit proféré quelques paroles injurieuses contre ceux qui avoient esté choisis pour en estre les définiteurs ; et deux ans après, le chapitre se tenant encore à Cisteaux, il fut déclaré capable d’estre éleu de nouveau abbé à la prière de Pierre de Benais, XLIII évêque de Bayeux ». Ces informations sont exactes [106]. Elles peuvent être complétées par l’accord conclu, par Philippe abbé de Troarn, entre Robert et l’abbaye de Fontenay au sujet des dîmes de Barbery en 1273 [107].
Thomas
40D’après Jean Hermant et Basile Jacquin, suivant en cela Bernard Dauphin, Thomas d’Ifs fut le deuxième abbé de Barbery :
Nous suivons ici l’opinion des auteurs de la Gallia Christiana qui préfèrent le situer au xiiie siècle, du fait de mentions de l’abbé Thomas en 1280 [109] et 1283 dans le cartulaire de l’abbaye de Fontenay [110].« Thomas Dys fut le successeur de Radulphe, il est inhumé dans le chapitre avec cet épitaphe.Thomas Dys natus quondam fuit hic tumulatusabbas idoneus, huic miserere Deus,mater Virgo Dei propitieris ei, amen [108] ».
Raoul III
41Un abbé Raoul, ignoré de Jacquin et d’Hermant, est attesté en juillet 1285, lorsqu’il procède à un échange de rentes avec Guillaume Le Boucher [111], et en octobre 1288, dans un autre échange de rentes, avec Guillaume Bertran, seigneur de Fontenay-le-Marmion [112].
Gautier
42Les auteurs de la Gallia Christiana signalent une charte de Saint-André-en-Gouffern qui attesterait l’existence d’un abbé Gautier en 1292.
Guillaume
43Un document endommagé laisse envisager l’existence d’un abbé Guillaume en février 1304 (as), qui fieffe une terre à Moulines à Robert Toyn junior [113]. Il est possible qu’il s’agisse du même que celui qui suit l’abbé Philippe II, ce dernier ayant pu résigner sa charge quelques années avant de mourir.
Philippe II
44On ne connaît de Philippe II que son épitaphe, dans le chapitre :
Guillaume
46Un abbé Guillaume est connu du fait de son épitaphe : Corpus Guillermi jacet hic anno MCCCXVII [115].
47En juillet 1317, un accord entre l’abbaye de Barbery et Robert Bertran, seigneur de Fontenay, ne mentionne pas le prénom de l’abbé ; ce pourrait être Guillaume Marmion [116].
Guillaume Marmion
48Une épitaphe est encore la principale source qui renseigne sur l’abbé Guillaume Marmion :
(Pierre)
49D’après la Gallia Christiana, des sources imprécises du Val-Richer indiqueraient un abbé Pierre de Barbery en 1324, 1349 et 1351 [119]. Concernant cette dernière date, Hermant évoque lui aussi, dans sa liste abbatiale du Val-Richer [120], un abbé Pierre de Barbery, quoiqu’il l’appelle Michel dans sa liste abbatiale de Barbery : « Laurent d’Hery fut éleu abbé l’an 1351 dans le chapitre où presidoient… en vertu de la commission de l’abbé de Cisteaux dont nous avons parlé cy devant Oliverius abbé de Saint André en Gouffer et D. Pierre de Barbery ».
(Jean)
50La Gallia Christiana, suivie en cela par Frédéric Galeron et Bertrand Bonnin [121], indique un abbé Jean et commente : Johannes I abbas Barberii regi fidem dixit 18 julii 1350, ex regestis camerae compotorum Parisiensis. Cette date permet de penser qu’il s’agit d’une confusion avec Jean Pymeule, dont l’hommage au roi date du 18 juillet 1450 [122].
Michel Brasart
51Michel Brasart est connu par son épitaphe : Hic jacet domnus abbas Michael Brasart abbas XIV [123]. Sans que le nom Brasart n’apparaisse dans les autres sources consultées, il semble pouvoir être identifié à l’abbé Michel qui, d’après Hermant, « se trouva en 1351 à l’élection de Laurent de Heris, abbé du Val-Richer [124] ». La Gallia Christiana ajoute qu’il est mentionné en mars 1362 (as) dans une pièce de la collection Gaignières, retrouvée à la BnF par Bertrand Bonnin, par laquelle Michael humilis abbas mon. beate Marie de Barbereio donne quittance à Jean Mauvoisin, receveur général des emprunts et rançons pour la délivrance des forts de Saint-Vaast[-sur-Seulles] (Calvados, cant. Tilly-sur-Seulles) et de Lingèvres (Calvados, cant. Balleroy), du remboursement d’une somme prêtée à cette fin [125]. La Gallia Christiana précise également à raison que l’abbé Michel comparaît à l’Échiquier de Pâques 1392 tenu à Caen, pour le règlement du conflit opposant l’abbaye à Guillaume d’Aigneaux [126]. Ce serait donc sous son abbatiat, en 1372, que l’abbaye est visitée sur ordre du roi et qu’il est commandé « à l’abbé et à Pierre de Cheux, capitaine, etc., que ledit fort fut emparé et garny [127] ».
Guillaume Le Mazurier
52Hermant et Jacquin désignent comme seizième abbé un certain Guillaume, d’accord en cela avec la Gallia Christiana qui l’appelle Guillaume Le Mazurier. Pour Hermant, « c’est luy que Robert de Genève, éleu pape sous le nom de Clément VII durant le grand schisme d’Occident, exempta du droit de vacance à cause de la mortalité et des guerres qui désoloient la Neustrie ». Des notes informes mentionnent l’exemption du droit d’annate ou vacance pour l’abbé Guillaume le 23 juin 1392 sous le pape Clément VII à cause des guerres, mortalités et pestes qui avaient touché la Normandie [128], ce qui correspond probablement à l’information de la Gallia Christiana qui le dit abbé en juillet 1392. Guillaume Le Mazurier résigne sa charge en 1402 [129].
Nicolas Le Comte
53L’abbé Nicolas Le Comte est connu d’Hermant, de Jacquin, de la Neustria Pia et de la Gallia Christiana, comme docteur en théologie, mentionné en 1411 dans le cartulaire de Barbery [130] : une copie de 1476 évoque en effet la sentence rendue par « Nicolle Le Comte », abbé de Barbery en mars 1411 (as) [131]. Nicole, humble abbé et maître en théologie, en septembre 1406, est en conflit avec Robert de Fontenay, seigneur du Mesnil-Touffray, au sujet d’une rente [132]. En octobre 1407, Nicolas, abbé de Barbery, s’accorde avec Guillaume de Montenay, seigneur de Fontenay-le-Marmion, à la suite du conflit qui les avait opposés, relatif à l’installation de fourches de justice à Fontenay [133]. « Nicolle humble abbé de Barbery, maistre en theologie », est, le 23 mars 1411 (as), arbitre dans le conflit qui oppose l’abbaye aux paroissiens de Bretteville-sur-Laize [134]. « Nicolas, abbé de Barbery, professeur en droit canonique » est présent en 1416 à l’élection de Jean Groignet comme abbé de Saint-André-en-Gouffern [135]. Il est encore mentionné en 1424 dans l’enquête sur des dîmes contestées entre Barbery et Fontenay sous le nom d’abbé Nicole [136].
Jean Pymeule (1427-1469)
54Hermant et Jacquin s’accordent à considérer Jean Pymeule comme dix-septième abbé. Pour Hermant,
Des notes informes évoquent un Jean abbé en 1428 [138]. Jean est mentionné comme abbé de Barbery alors qu’il est étudiant à l’université de Paris en janvier 1429 [139]. On retrouve Jean, abbé de Barbery, en juillet 1429 lors de la désignation d’un arbitre dans le conflit opposant Barbery à Fontenay [140]. Il était mentionné en 1431 dans un document du chartrier de Fontaine-Daniel dont la teneur reste inconnue [141]. Le 18 juillet 1450, il prête serment de féauté au roi, il est alors désigné comme « son amé et féal conseiller Jehan abbé de Barbery [142] ». Jean est abbé lors de la fieffe d’une pièce de terre à Barbery en mars 1453 (as) [143]. En juillet 1455, il baille à ferme une pièce de terre à Maisons [144]. D’après la Gallia Christiana, il est présent à l’Échiquier de Normandie en 1456 (il pourrait s’agir d’une confusion avec la présence de Jean à la Chambre des comptes en 1455 [145]). En février 1456, il s’accorde avec Guillaume Poullain au sujet des terres « jouxte le cours d’Ouldon [146] ». Dès 1460, il est probable qu’il résigne sa charge et Geoffroy de Constantino est élu abbé [147]. Le 3 mars 1461 (ns), Jean Pymeulle apparaît dans un accord comme « nagaires abbé [148] ». Il fut inhumé dans le chapitre [149]. En 1478, Guillaume Baccon, curé de Fresney-le-Vieux, donne une rente à l’abbaye pour le salut de son âme et celle de feu Jean Pymeulle, naguères abbé [150].« Jean Pymeule fut abbé pendant XLII ans. Il s’acquitta dignement de son devoir. Il mourut en 1469 ainsi qu’on le voit par l’inscription qui est sur son sépulchre en ces termes : Hic jacet Joannes Pymeule quondam devotus ac pius abbas hujus loci in quo abbatisavit egregie 42 annis obdormivit in Domino anno 1469 [137]. Suivant le cartulaire couvert en noir de l’évêché de Bayeux, l’official de Caen donna le 21 octobre de l’an 1445 une sentence qui réduisit à six florins les soixante que cette abbaye payoit à Rome dans la vacance ».
Geoffroy de Constantino
55Geoffroy de Constantino est élu abbé en 1460, du vivant de son prédécesseur [151]. En 1461, l’abbé de Barbery Geoffroy participe aux États provinciaux de Normandie [152]. En 1490, un certain Guillaume Coustantin est prieur de Buron [153].
(Nicolas Gorland)
56Une épitaphe d’une tombe du chapitre laisse soupçonner l’abbatiat de Nicolas Gorland. Hermant écrit à ce sujet :
Bertrand Bonnin fait remarquer à ce sujet que Renaud Levrard est abbé dès 1469, année de décès de Jean Pymeule [158].« Nicolas Gorlan est inhumé dans le chapitre avec ces paroles : Hic venerabilis religiosus frater [154] Nicolaus Gorlan jacet, quondam superior hujus loci, qui obit anno Domini 1472, XII mensis augusti [155]. Mais comme le mot de superior peut souffrir quelque difficulté, on n’est pas certain s’il avoit esté abbé ou seulement prieur de ce monastère, < cependant, ce qui nous doit faire présumer qu’il estoit véritablement abbé de Barbery, c’est qu’anciennement on n’inhumoit dans les chapitres des maisons de Cisteaux que ceux qui gouvernoient en chef [156] ou si dom Nicolas Gorlan n’étoit que prieur, il est à croire que son rare mérite, sa vertu, et la sainteté de ses mœurs furent la seule raison pour laquelle on luy déféra cet honneur [157] > ».
Renaud Levrard (1469-1495)
57Hermant et la Gallia Christiana s’accordent pour faire de Renaud Levrard le vingtième abbé. Hermant dit s’appuyer sur le cartulaire de Barbery pour écrire : « Renault Levrard estoit abbé de Barbery en 1484. Il mourut en 1496 ». On connaît plusieurs relevés de son épitaphe donnant différentes versions entre lesquelles il est difficile de trancher : Moesta dies aprilis quinta [159], quem coenobii huius viris [160] praefecerat [161] religiosis, eadem dies, solertem sed benignum abbatem Reginaldum Levrard abstulit, et sub hoc saxo clausit anno 1496 [162].
58Renaud Levrard est religieux de Barbery dès 1455 [163]. Il est inscrit dans les rectories de l’université de Caen en septembre 1456 [164], « bourcier » de l’abbaye en 1463 [165], avant d’être abbé en 1469 [166]. Jacquin s’appuye probablement sur des sources d’archives pour le dire abbé en 1472 ou 1473. Il est encore abbé en 1477 [167] et en 1484 lorsque, par lettres patentes du 21 juin, le roi commet le bailli de Caen pour recevoir les feautés de Renaud abbé de Notre-Dame de Barbery, du fait de son ancien âge ; il est reçu le 17 juillet 1484 [168]. Il est probablement celui qui a donné des tuiles pour couvrir le nouveau bâtiment de la bibliothèque de la faculté des arts de Caen en 1478 [169]. Il est arbitre avec Mathias, abbé de Saint-André-en-Gouffern, en 1487, dans le conflit opposant la prieure au confesseur de Villers-Canivet [170]. Le 1er octobre 1487, Nicolas, abbé de Savigny, l’autorise à transiger au sujet d’un conflit lié à une recette à percevoir à Angers [171]. En 1489, il fieffe une pièce de terre à Cingal [172]. Il semble avoir résigné sa charge puisque son successeur Jean est abbé dès 1495 ; cette même année 1495, le chapitre général constate l’illégalité de pratiques de ce seniorem abbatem qui a engagé des biens ecclésiastiques. Il est inhumé dans le chapitre ou dans l’abbatiale [173]. On lui connaît un homonyme, probablement un membre de sa famille, présenté à la cure de Quétiéville (Biéville-Quétiéville, cant. Mézidon-Canon) vers 1504 par les religieux de Barbery [174].
Jean Levrard (1495-1530)
59Jean, abbé de Barbery, est mentionné dès juillet et août 1495 dans le cadre d’un conflit avec l’abbaye de Fontenay pour le patronage de l’église de Barbery [175] ; il apparaît aussi en janvier 1497 dans le règlement d’un conflit avec le curé de Quétiéville [176] ; il est toutefois considéré comme nouvellement pourvu au chapitre général de 1497 [177]. Dauphin, Hermant et Jacquin s’accordent à voir en lui le neveu de Renaud Levrard. Jean Levrard docteur en théologie, abbé de Notre-Dame de Barbery, prête le serment de fidélité au roi le 28 mars 1498 [178]. En mai 1499, il figure parmi les témoins d’un enquête et se dit alors âgé d’environ 45 ans [179]. Il devint évêque d’Abelon (dans l’île de Négrepont, suffragant d’Athènes) à une date inconnue mais antérieure à 1512 [180]. Il a probablement résigné sa charge puisque son successeur Denis Le Chevalier est abbé dès mars 1528 [181] et probablement dès novembre 1526 [182]. En 1529, Jean, évêque d’Abelon, reste toutefois « abbé anticque » de Barbery [183]. Basile Jacquin lui attribue, dans la partie latine de son texte, la construction d’un nouveau cloître des collations [184], tandis qu’il indique dans la partie française [185] que l’abbé Thuault fit rebâtir « le côté du cloître de l’église qui avoit été rebati par dom Denis Le Chevalier [cloître des collations] vers l’an 1537 ». Il semble être le premier abbé à avoir été inhumé dans l’abbatiale, devant le crucifix, dans le chœur [186]. La date de sa mort (28 mai 1530) est indiquée par le relevé d’épitaphes le plus fiable dont nous disposons ; Hermant et Jacquin utilisent tous deux le même relevé fautif, qui omet cette information.
Denis Le Chevalier (1526?-1549)
61Denis Le Chevalier est abbé dès mars 1528 [189] et probablement dès novembre 1526 [190], du vivant de son prédécesseur. Le 1er mars 1528 (ns), Denis Le Chevalier, abbé, fait l’aveu et serment de feaulté au roi [191]. Il est en procès la même année au sujet d’une rente à Quiétéville [192] et baille à ferme les dîmes de Saint-Germain-Langot [193]. En septembre 1530, après la mort de Jean Levrard, il est évêque d’Abelon [194]. En novembre 1530, il comparaît aux assises de Falaise contre Jean Conseil pour le droit de présentation aux écoles de Cintheaux [195]. On le retrouve en juin [196] et décembre 1531 [197], en 1532 lorsqu’il baille à ferme le moulin banal, en 1533 [198] et 1534, au sujet des biens de l’abbaye à Saint-Contest [199], en 1535 [200], 1536 [201], 1537 [202]. Basile Jacquin lui attribue la reconstruction du cloître des collations vers 1537 [203]. En septembre 1541, l’abbé Denis rend aveu au roi [204]. D’après la Gallia Christiana, il aurait été désigné par le pape pour statuer sur la suppression des quatre chanoines appelés « cornetiers » qui assuraient l’office paroissial à l’église Saint-Gilles pour les religieuses de La Trinité de Caen, supprimés vers 1542 [205]. On le retrouve encore en 1548 et jusqu’en septembre 1549 [206].
62Son épitaphe fixe la date de son décès au 19 octobre 1549. Il fut inhumé dans le chœur de l’église comme son prédecesseur [207] avec l’épitaphe :
64Hermant ajoute « on voit près du tombeau de cet abbé, celuy d’un de ses frères nommé Pierre Le Chevalier : il est à l’entrée du chœur joignant la nef avec cette épitaphe :
Cy gist Mr Pierre Le Chevalier, en son vivant prestre et curé de Saint Bening, frère de monsieur Denys évêque d’Abelon et abbé de céans, lequel trépassa le 9 jour d’aoust 1540. Priez Dieu pour luy [210] ».
66Peut-être faut-il également compter au nombre de ses parents « Guillaume Le Chevallier, seigneur et curé de Chicheboville » qui est témoin d’un accord passé entre l’abbé Denis et Jean de Nollent, seigneur de Saint-Contest, en 1533 [211].
Louis Ménard (de la Ménardière) (…-1573)
67Dauphin, Hermant et Jacquin s’accordent à reconnaître en Louis Ménard le successeur de Denis Le Chevalier. F. Galeron distingue deux abbés, Bertrand Ménard, mentionné d’après lui en 1555, et Louis Ier de la Ménardière, inhumé devant l’autel de la Vierge en 1573 [212] ; il se trompe : Louis Ménard est abbé de Barbery dès 1552 [213]. En juillet et novembre 1554, il est également prieur de Saint-Gilles de Pont-Audemer [214]. En 1558, il ne s’intitule ni prieur de Saint-Gilles de Pont-Audemer, ni de Sainte-Barbe-en-Auge [215]. On ignore quand il devint prieur de Sainte-Barbe-en-Auge, et Jacquin se demande s’il se démit de l’abbaye à cette occasion : cette hypothèse est à écarter, Louis se disant abbé de Barbery et prieur de Sainte-Barbe en 1563 [216], alors qu’il semble n’avoir cédé le prieuré de Sainte-Barbe à son neveu Robert de La Ménardière qu’en 1571 [217]. En 1556, il fait hommage au roi pour l’abbaye [218]. En 1558, 1563 et 1569, il baille à ferme la dîme de Fresney-le-Vieux (Calvados, cant. Bretteville-sur-Laize) [219]. C’est sous son abbatiat (et non sous celui de Gilles de Montagu comme Jacquin semble le suggérer) qu’en 1563 l’abbaye connaît les déprédations commises par les protestants, sans que l’ampleur des destructions soit perceptible. Un procès-verbal de novembre 1563 décrit la ruine des bâtiments mais aussi des archives, celles aujourd’hui conservées témoignant peut-être de l’excès du sergent visiteur [220]. Jacquin, s’appuyant sur un « vieux manuscrit fort embrouillé » qu’il cite « mot pour mot » et dont il a ajouté ultérieurement dans la marge qu’il était de Bernard Dauphin, rapporte que la porte du logis abbatial (que Jacquin n’a pas connu) portait, « écrit en gros caractères : ravages en cette année 1563 ». En mai 1564, l’abbé Louis baille à ferme les grosses dîmes de Moulines [221] ; en octobre 1564, l’abbé Louis de La Ménardière, dans un accord passé avec le baron de Tournebu, mentionne les réparations nécessaires suite aux ravages : il est question de « rebastir leur temple et monast. devalizé par la ruine des guerres » [222]. Louis Ménard donne quittance au receveur de l’élection de Caen en 1558 [223] et en 1566 [224]. Cette même année 1566, il baille à ferme le moulin à tan de Gouvix [225]. En 1568, il baille à ferme la dîme de Cintheaux [226]. En août 1569, le curé de Cingal lui donne quittance pour le versement de sa pension, conformément à l’accord du mois d’avril précédent [227].
68Il meurt le 4 mars 1573 et est enterré devant l’autel de la Sainte Vierge [228]. Hermant écrit que « cet abbé, qui étoit une personne de mérite, avoit des parens de son mesme nom qui s’étoient consacrez comme luy au service des autels et qui choisirent leur sépulture dans son église, voulant estre inhumez auprès de luy. Ainsi devant cet autel de la Sainte Vierge, il y a trois tombeaux avec les épitaphes des personnes qui y sont inhumées. La première est de l’abbé Louis Ménard conceuë en ces termes :
Cy gist noble et circonspecte personne révérend père en Dieu dom Loüis Ménard en son vivant abbé de céans, et prieur de Sainte-Barbe en Auge, qui décéda le 4 jour de mars 1573. Priez Dieu pour luy [229].
70La seconde qui est après celle de cet abbé est ainsi marquée :
Cy gist noble et venerable personne Mr Jacques Menard, prestre, en son vivant seigneur de Guiberville, prieur du Goullet, chanoine de Bayeux, curé de Guibray et Lytheau qui décéda le 6 jour de may 1556. Priez Dieu pour luy [230].
72Voicy la troisième :
Cy gist noble et vénérable personne maistre Pierre Menard, prestre, en son vivant curé de Saint-Pierre d’Orgeval, et de Nostre-Dame de Bretheville en Caux qui décéda le 22 de juillet 1558. Priez Dieu pour luy [231] ».
74Hermant omet de mentionner la sépulture de Georges de La Ménardière (autre frère de l’abbé Louis d’après La Chesnaye des Bois), inhumé à Barbery, dont l’épitaphe a été relevé au xviie siècle : « Soubs ce tombeau repose encores ce noble corps et l’ame aux cieux de feu noble homme messire Georges de La Menardière, genereux chevalier noble et vertueux de Hierusalem la Cité jusques en l’an soixante deux qu’il décéda le jour Saint André [232] ». Isabeau de La Grellée, inhumée en 1570, appartient probablement à la même famille [233].
Gilles de Montagu ou Montaigu (1575-1580)
75Il y eut probablement une période de vacance du siège abbatial, entre 1573 et 1575, au cours de laquelle Jacques Habel a été économe [234], avant que Claude de Gobbé, sieur de Suresnes, ne donne provision de l’abbaye à Gilles de Montagu le 17 mars 1575, devant les tabellions du Châtelet [235]. Montagu promet alors de résigner sa charge en faveur de Suresnes ou de la personne par lui désignée, à la volonté de Suresnes, et lui laisse l’entière jouissance des biens temporels de l’abbaye [236]. Peu après, en novembre 1575, Gilles ratifie les baux à ferme passés par Jacques Habel [237]. Suresnes reste mal connu : homme de confiance de Catherine de Médicis, il prend part en 1574 à la reprise de Carentan et garde le château d’Alençon l’année suivante [238]. En 1575, il est désigné comme conseiller et maître d’hôtel ordinaire du frère cadet d’Henri III, François, duc d’Alençon. C’est ce dernier qui lui a donné l’abbaye de Barbery [239]. Si l’on en croit une déclaration de Pierre d’Harcourt en 1614, Suresnes a été commendataire de l’abbaye [240]. Suresnes lui-même se décrit en revanche en 1585 comme l’ancien procureur des abbé et religieux [241]. Gilles de Montagu est lui aussi très mal connu, aussi bien de la Gallia Christiana que d’Hermant, qui indique simplement « il en est fait mention dans le chartrier de cette abbaye », négligeant ici de rapporter les informations de Dauphin qui écrit en 1705 qu’il n’a pas pu en savoir beaucoup sur Gilles de Montagu : « sinon qu’il fut un grand seigneur et chasseur » [au rapport des anciens de Barbery] ; « je ne puis assurer combien de tans il fut abbé ni mesme où il a esté enterré ; je appris seulement de quelques uns d’eux qu’il fut invité d’aller à la Cour par le grand veneur de France, parce qu’il avoit un grand renom et estoit en estime entre les personnes de ceste condition et d’ailleurs qu’il estoit de naissance et d’une illustre famille [242] ». Il était religieux de Barbery dès juillet 1554 [243]. Il l’était encore en octobre 1564 [244], novembre 1566 [245] et 1569 [246]. En 1577, il vend le moulin à tan de Gouvix pour financer l’aide demandée par le roi [247]. Une ligne de Basile Jacquin a permis de repérer une présentation à la cure de Quilly par Gilles de Montagu, abbé, en 1578 [248]. On sait également qu’il intenta ou poursuivit le procès contre le seigneur de Moulines au sujet du patronage de cette paroisse [249]. Si l’on en croit Suresnes, Gilles aurait vendu une partie des bois du Tupot à Saint-Germain-Langot afin de financer les réparations de l’abbaye, le successeur de Gilles estimant toutefois que les sommes dégagées n’avaient pas été employées aux réparations [250]. Gilles de Montagu résigne sa charge en 1580, du vivant de Suresnes († 1600), en faveur de Pierre Aubourg, sans doute sous la pression de Pierre d’Harcourt [251], sans que l’on ait pu retrouver de trace d’une transaction entre Gobbé et d’Harcourt à ce sujet [252] : l’attaque de Pierre Aubourg contre la gestion de son prédécesseur laisse penser que s’il y a eu accord, il a fait long feu. Suresnes a pourtant assuré la communication entre Catherine de Médicis et Jacques de Matignon (beau-père de Pierre d’Harcourt) à plusieurs reprises, notamment en juin 1574.
76Un autre élément laisse soupçonner des relations complexes entre Pierre d’Harcourt et Gilles de Montagu. L’abbé Lefournier indique dans la rubrique des religieux du Val, administrateurs temporels du Bois-Halbout, Gilles de Montagu en 1581 [253]. Il s’agit bien du même individu, qui n’était cependant pas religieux du Val, mais bien de Barbery : c’est un des points sur lesquels, en 1577, insiste Pierre d’Harcourt à qui Gilles de Montagu s’était opposé au sujet de la vente de revenus de la léproserie [254]. On apprend dans le même document que Gilles de Montagu administre la maladrerie du Bois-Halbout depuis trois ans (peut-être à la suite d’une transaction avec le précédent administrateur [255]), qu’il est religieux de Barbery depuis plus de vingt ans et qu’il en est devenu abbé. Dans la comptabilité de la léproserie du Bois-Halbout, Gilles de Montagu, écuyer, est administrateur entre 1580 et 1582 [256], désigné par lapsus ou mensonge volontaire [257] comme religieux du Val – à moins encore qu’il ne se soit fait religieux du Val pendant cette période, avant de redevenir religieux de Barbery : Gilles de Montagu est encore mentionné parmi les religieux de Barbery en 1587 [258] et février 1589 [259], alors que Pierre Aubourg est abbé.
77Contrairement à l’assertion de Dauphin qui veut que Gilles ait été d’une illustre famille, il semble appartenir à la petite noblesse de la région. Un certain Guilbert de Montagu, écuyer, seigneur de Martigny[-sur-l’Ante, Calvados, cant. Falaise], procureur de David Pollon (économe de Barbery) en 1613 [260], puis de Jacques Le Blanc du Rollet en 1617 [261], pourrait être de la même famille. Il est ainsi tentant de considérer que Gilles devait être parent de Philippe de Montagu ou Montaigu, écuyer, seigneur de Montagu, de la Brière et de la Pallu, avocat à Falaise en 1568 puis conseiller au parlement de Rouen, marié en 1561 avec Nicole des Buats [262].
Pierre Aubourg (1580-1596?)
78L’abbatiat de Pierre Aubourg, comme celui de Gilles de Montagu, est fort mal connu. Hermant (ou une main postérieure) a rayé son nom de la liste abbatiale sans qu’on puisse se l’expliquer autrement que par les contradictions que contenait le texte de Bernard Dauphin, qui propose plusieurs dates incompatibles entre elles. Bernard Dauphin écrit en 1705 :
Basile Jacquin recopie lui aussi un texte de Dauphin au contenu semblable. La date de 1580 est correcte, Pierre Aubourg ayant été nommé à la tête de l’abbaye après la résignation de Gilles de Montagu, vers décembre 1580 [264]. La visite des supérieurs de l’ordre en 1582, bien attestée [265], ne semble pas avoir eu de conséquences sur son abbatiat. Le reste des informations de Dauphin doit être considéré avec prudence. Pierre est encore abbé en juin 1587 lorsqu’il baille à ferme des maisons situées à Caen appartenant à l’abbaye [266]. Le 10 juillet 1587, Pierre Aubourg, abbé de Barbery, ratifie avec ses moines un échange conclu par le bailli de l’abbaye [267]. L’abbé Pierre Aubourg vend à Pierre de Harcourt, le 2 janvier 1589, la maison appartenant aux religieux à Caen ; d’autres ventes sont prévues en février 1589 [268]. Frédéric Galeron, repris en cela par Honoré Fisquet, prétend à tort que Pierre Ier Aubourg, déposé comme simoniaque [269], est mort en 1561 [270]. Il est encore abbé de Barbery en mai 1593 lorsqu’il procède à un échange de terres avec les paroissiens de Bretteville-sur-Laize [271]. Le 1er octobre 1593, cinq religieux sont établis fermiers généraux de l’abbaye par bail à eux fait par l’abbé, dont on ignore malheureusement l’identité [272]. Si Pierre Aubourg peut avoir été déposé comme l’affirme Dauphin – qui propose toutefois une date incompatible avec les documents de la pratique –, on retrouve pourtant, en octobre 1598, « domp Pierre Aubourg, prieur » de Barbery, qui représente le commun des religieux dans une affaire les opposant au curé de Cingal [273]. En août 1600, Pierre Aubourg, frère de Guy Aubourg (fermier général du marquis de la Motte-Cesny), est encore religieux de Barbery et chapelain de Saint-Georges (à Cesny) [274]. En 1602, Pierre Aubourg, religieux de Barbery, représente le droit du fermier général de l’abbaye « à cause de certain acord fait entre les sieurs relligieux et ledit fermyer general [275] » ; la même année, il est bailli de l’abbaye et procureur des prieur (et non de l’abbé) et religieux de l’abbaye [276]. Il est donc envisageable que ce soit de cette fonction qu’il ait été démis en 1610 lors de la visite de Denis Largentier évoquée par Dauphin.« En l’année 1580, dom Pierre Aubourg aiant esté intrus par l’authorité de M. Pierre de Harcourt, gendre du maréchal Jaque de Matignon qui estoit tout puissant pour lors en ce pays, icy et du tems de la Ligue, fut excommunié et décrossé par le vénérable et sainct abbé de Clervaux dom Denis Largentier, dans la visite qu’il fit à Barberi l’an 1610 et il es mort en pénitence (il estoit homme de bien comme je le appris de nos anciens qui l’ont vu mais d’un esprit trop médiocre et un peu trop complesant aux desseins du susdit seigneur d’Harcour, comme beau-frere de son agent et receveur general, N. de Martimbosc). Ce fut soubz son gouvernement et peut estre par sa lascheté comme il y a grande apparence, qu’on se saisit des tiltres de la maison et qu’on usurpa, entre autres fiefs et terres de ladite abbaie, le fief qu’on avoit dans la parroisse de Fresné le Puceux ; des circonstances semblables furent la cause qu’il fut déposé et traitté aveq rigueur ; on ne sçait où son corps repose, non plus que celui de Gilles de Montaigu. L’an 1582, les religieux de Barberi obtindrent une sentence contre dom Pierre Aubourg, soy disant abbé, et neantmoins en 1586 il se trouve un bail signé de sa main aveq la qualité d’abbé [263] ».
Anne d’Escars (1596?-1612)
79Les difficultés que présente la datation de l’abbatiat de Pierre Aubourg s’étendent à celui de son successeur. La Gallia Christiana, comme Hermant, Jacquin et Dauphin, utilisant probablement les mêmes informations, considèrent qu’Anne d’Escars était abbé de Barbery dès 1582, ce qui est incompatible avec l’abbatiat de Pierre Aubourg, à moins que ce dernier n’ait été que le prête-nom de d’Escars, comme Montagu l’avait été de Suresnes. Recopiant visiblement le même texte (celui de Bernard Dauphin ?), Hermant et Jacquin fournissent les mêmes informations, correspondant parfois mot pour mot au dictionnaire de Moréri (dès l’édition de 1681). Voici ce qu’écrit Hermant, très proche du texte de Moréri :
« Anne d’Escars, cardinal de Givri, abbé de Barbery, estoit fils de Jacques de Peruse sieur d’Escars et de sa seconde femme Françoise de Longvi, dame de Givri. Il nâquit le 29 mars en 1546 à Paris où il étudia et ensuite il fut prendre l’habit de religieux de Saint-Benoist dans l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, dont il fut abbé aussi bien que de Barbery, de Molesmes, de Pultières et de Nostre-Dame de Champagne au diocèse du Mans. Il fist un voyage à Rome où le pape Pie V luy donna des marques particulières d’estime. Son zèle pour la religion le rendit odieux aux hérétiques, mais d’un autre costé il entra trop ouvertement dans le party de la Ligue. Il avoit esté fait évêque de Lysieux dès l’an 1585, mais il jouit très peu de ses revenus pendant les malheurs de la guerre. Cependant, il fut récompensé d’une autre manière, Clément VIII luy ayant donné le chapeau de cardinal dans la promotion qu’il fist le 5 juin de l’an 1596. Henri IV, qui n’avoit point contribué à cette élévation, en témoigna du mécontentement, mais ce généreux prince ayant connu le mérite et la droiture du cardinal d’Escars lui donna plusieurs marques de sa bienveillance, et – sans attendre que le frère de ce prélat qui étoit évêque de Langres, dont il étoit coadjuteur, fust mort – il le fist en 1608 évêque de Mets et le nomma compromecteur des affaires de France à Rome. Il mourut en sa maison de Vic le 19 du mois d’avril de l’an 1612. Son corps fut porté dans son église de Mets où l’on voit son tombeau et sa statue dans la chapelle de Saint-Maximin ».
81Hermant et Jacquin tentent ensuite de préciser les dates d’abbatiat du cardinal de Givry à Barbery et s’accordent avec la Gallia Christiana pour affirmer qu’il jouissait de Barbery dès 1582 :
« La carte de visite du r. père Nicolas Maréchal, abbé du Lieu Dieu, dattée de cette mesme année, contient un article particulier par lequel il ordonne qu’on obligera les administrateurs de monsieur l’abbé de donner des ornemens pour l’église, ce qui fut éxecuté assez libéralement pour le temps [277]. Il y a encore des religieux dans cette maison qui les ont vûs avec les armes de ce prélat en broderie ».
83On voit bien ici que Jacquin comme Hermant, recopiant Dauphin, commencent à s’appuyer sur la tradition orale des moines de Barbery. La date de 1582 est pourtant incompatible avec l’abbatiat de Pierre Aubourg, mais s’explique par le fait que les recommandations de 1582 faisaient encore l’objet d’un procès en 1599, opposant d’Escars au fermier général de l’abbaye [278]. Givry a sans doute été pourvu de l’abbaye de Barbery à la fin de 1596 : on apprend en effet dans le cadre du même procès que Louis Brésillet a été nommé économe de Barbery en novembre 1596 [279], et que d’Escars a promis en décembre de la même année de ratifier le bail à ferme des revenus de l’abbaye – conclu entre Brésillet d’une part et Simon Vincent et Thomas Le Roux d’autre part – « lorsqu’il seroit pourveu de ladite abbaye » [280]. Un arrêt du roi du 27 novembre 1596 avait ordonné que Givry jouirait du revenu des abbayes de Champagne et Barbery à compter de la Saint-Jean 1596 [281].
84Un document étonnant de janvier 1602, signé Johannes abbas de Barberio, courrier ou brouillon de courrier envoyé par l’abbé Jean de Barbery à l’évêque de Lisieux sollicitant la collation du prêtre désigné par l’abbé à la cure de Quétiéville [282] paraît trop isolé pour suffire à supposer une interruption dans l’abbatiat de Givry : on a vu qu’il est parfois délicat de distinguer les fermiers généraux des abbés à cette période.
85En mai 1603, un accord est passé entre le procureur du cardinal de Givry et les religieux de Barbery, délaissant à ces derniers la jouissance des biens temporels de l’abbaye pour sept ans [283]. Il est fait allusion à cet arrangement en 1606 lors d’un accord entre les religieux et le curé de Quilly, où Givry est encore mentionné comme abbé [284]. En mai 1609, c’est encore avec la qualité d’abbé de Barbery qu’il institue Guillaume Villard, chanoine de l’Église de Bayeux, son vicaire général, lequel consent à ce titre au versement d’une rente au curé de Cingal en février 1610 [285].
86Son sceau est connu [286], de même que son portrait [287].
87Si Hermant et Jacquin n’en disent rien, après la mort du cardinal de Givry en avril 1612, une prise de possession nous apprend que David Pollon (ou Pollin [288]) a été nommé économe de Barbery par lettres patentes du roi données à Paris le 28 février 1613 [289] ; il est encore mentionné comme économe en juillet [290] et août [291] 1613 alors que Jacques Le Blanc du Rollet est déjà abbé [292]. Rien n’indique donc que Givry ait échangé l’abbaye avec Le Blanc du Rollet comme le veulent Dauphin, Hermant et Jacquin [293].
Jacques Le Blanc du Rollet (1613-1618)
88Les traditions orales entrent encore sans doute pour une large part dans ce que nos auteurs nous disent de Jacques Le Blanc du Rollet. L’affaire de l’échange n’a pas été retrouvée. Là encore, Hermant nous donne la version la plus complète :
« Jacques Le Blanc du Rollet [294] doit estre compté pour le XXVI abbé de Barbery. Après le parricide commis en la personne de Henri III roy de France l’an 1589, Henri IV étant parvenu à la couronne comme son légitime successeur, n’en fut pas plutost devenu paisible possesseur qu’il donna à messire Jacques Le Blanc surnommé du Rollet, pour un de ses fils appellé Jacques comme luy, une abbaye située proche Givry ; et peu de temps après il le fist gouverneur de Louvyers. Cet établissement que son mérite et ses employs luy avoient procuré, le firent songer à établir aussi son fils en Normandie par la permutation qu’il fist de son abbaye qui accommodoit le cardinal de Givry avec celle de Barbery qui se trouvoit d’un égal revenu. Le roy ayant donné son consentement à cette échange, les bulles en furent expédiées aussitost à Rome et M. du Rollet prist possession de l’abbaye de Barbery au nom de son fils, pour lequel il avoit obtenu presque en mesme temps un canonicat dans l’église métropolitaine de Rouen. Pendant le temps que cet abbé jouit de cette abbaye, il ne laissa pas d’y faire du bien, et ce fut luy qui rétablit la rose de la nef qu’une tempeste violente avoit fait tomber. Jacques du Rollet étant mort en 1618, son père eut assez de crédit en cour pour faire tomber l’abbaye sur le prieur qui étoit alors à Barbery nommé dom Jean Thuault. Les bulles qui luy en furent expediées en cour de Rome contenoient des conditions fort avantageuses pour la famille de M. du Rollet, mais qui étoient trop à charge à l’abbé [295]. C’est ce qui obligea dom Jean Thuault de consulter ses supérieurs avant que d’accepter le présent qu’on luy avoit procuré. La réponce qu’il receut fut favorable, on luy écrivit qu’il pouvoit en conscience accepter l’abbaye avec les conditions qu’on avoit imposées dessus, à quoy il se soumit ».
90Hermant rapporte ici une erreur de Dauphin : si l’abbé s’appelait bien Jacques Le Blanc du Roullet, son père se nommait Pierre Le Blanc, sieur du Roullet, gouverneur de Pont-de-l’Arche et de Louviers, grand prévôt de Normandie [296]. Cette erreur en entraîne une autre concernant la date du décès de Jacques Le Blanc : Hermant l’indique en 1618, Galeron écrit qu’il est mort en 1615 [297]. Pour le chanoine Porée, qui semble être le plus fiable, il est mort en 1620 [298]. C’est en tout cas Jacques, « cy devant abbé commandataire », qui, en présence de son père, résigne l’abbaye de Barbery en faveur de Jean Thuault, prieur, en juillet 1618, moyennant une pension de 3600 livres [299]. Bernard Dauphin, croyant cet accord postérieur à la mort de l’abbé, écrit au sujet de cette transaction :
« Dans lequel brevet il y a une fraude bien visible puisque il fait revivre son fils au nom duquel il possédoit l’abbaye pour la résigner aveq la permission de sa majesté a dom Jean Thuault aveq une penssion autant onéreuse qu’injuste, de trois mil six cent livres annuellement qui a esté payée exactement jusques à la mort dudit dom Jean Thuault mort en 1638 c’est-à-dire vingt ans durant, sans le tour du baston [profit illicite qu’on fait secrètement dans une charge] a la fille dudit sr du Rollet mariée en 1618 a messire N. de Marguery Sorteval, nommé ordinairement monsr de Brethuille [300]. Tous les meubles dudit sieur abbé qui estoient en grand nombre et considerables comme partye suivirent le tout, la crosse qui estoient belle et d’argent ne fut point épargnée et etc. Male parta male dilabuntur [301] ».
92Il ne semble pas avoir obtenu les bulles faisant de lui l’abbé de Barbery avant le printemps 1613. Le 27 mai 1613, Jacques Le Blanc du Raoullet, abbé commendataire de Barbery, passe un accord avec les religieux concernant la jouissance des biens temporels de l’abbaye [302]. Il ne se désintéresse visiblement pas complètement des affaires de Barbery ; on le trouve bien désigné comme abbé en juillet [303] et novembre [304] 1613, en 1614 [305] et encore en 1616 [306], lorsqu’il intente un procès au seigneur de Moulines au sujet du patronage de cette paroisse [307]. En mars 1620, dans la procuration qu’il donne à son père Pierre pour percevoir la rente à prendre sur l’abbaye, il se dénomme « Jacques Le Blanc escuyer sr du Raoullet cappitainne et gouverneur des ville et citadelle de Louviers, demeurant en ladite ville, province de Normandye [308] », ce qui a probablement suscité la confusion de Bernard Dauphin qui a confondu Pierre et Jacques.
Jean Thuault (1618-1638)
93D’après Hermant, « Dom Jean Thuault estoit natif de Laval et sortoit d’une honneste famille de cette ville. Il avoit fait profession de la règle de Cisteaux dans l’abbaye de Clermont peu éloignée de la petite ville de Laval, vers l’an 1617 ». Cette date est erronée. Pour Jacquin, « dom Jean Thuault natif de Laval d’honêtes gens, religieux profes de l’abbaye de Clairmont près d’une ville de ce nom diocèse du Mans, il reçu la tonsure le 2 mars 1602 ». Les archives de Barbery apportent quelques précisions : un inventaire de pièces évoque ainsi l’acte de profession de Jean Thuault en l’abbaye de Villeneuve (diocèse de Nantes) le 4 juin 1595 et confirme la date du 2 mars 1602 pour la tonsure. Il obtient ensuite des lettres de sous-diacre de l’évêque de Sées le 5 mars 1603, de diacre en 1606 à l’évêché de Paris, de prêtrise le 19 septembre 1609 à l’évêché de Paris [309]. Il devient prieur de Barbery en 1613 ou peu auparavant [310], et abbé en juillet 1618 [311]. Hermant écrit pour sa part que « Monsieur l’abbé de Clairvaux l’envoya en qualité de prieur à Barbery et le trouva revestu de la dignité d’abbé lorsqu’en 1619, il fist en personne la visite de cette abbaye ». Jacquin évoque également « la carte de visite de dom Denis Largentier abbé de Clairvaux », au sujet duquel Hermant rapporte : « Il approuva la conduite qu’il [Thuault] tenoit dans le gouvernement de son monastère et fist paroistre une grande soumission dans les ordres qu’il reçeut de son supérieur ». Hermant poursuit son récit sur Jean Thuault :
« On le loüe de son application à réparer les ruines que le temps et le malheur des guerres civiles avoient causé à sa maison. Il fist faire le cloistre auquel on donne le nom de cloistre des morts et construire les arcs boutans qui soutiennent tout ce grand édifice. Il fist faire les chaires du chœur qui passent pour un assez bel ouvrage ; il rétablit l’autel et donna le tabernacle, répara les granges et fist d’autres semblables réparations qui mirent la maison en très bon état. On le loue de sa prudence, de son bon sens et d’une conduite qui le fist choisir de ses supérieurs pour visiteur général des abbayes de Normandie et du Mans ».
95Jacquin insiste également sur ces réparations dont la nécessité était signalée dans la charte de visite de 1619 :
« Come mr. l’abbé Thuault étoit nouvellement installé, [l’abbé de Clairvaux] luy ordonna par sa carte de visite de faire son possible pour réparer la maison tant pour le spirituel que pour le temporel et qu’il fit pour lors ce qu’il n’avoit pu exécuter étant prieur. Il fut fidel autant que le tems luy permit : il répara la maison et les fermes, il comença par le cloître que nous appellons les trespassez ou des collations comme je viens de dire qu’il fit faire tout de neuf avec les arboutans etc. que j’ay encore vu [marge : en 1740], dont plusieurs piliers ont servis à faire le collidore qui conduit de la procure à l’abbatial. Il releva la grange de Fontenay etc. a fondamentis.
Il soutint avec vigueur et prudence les droit de la maison contre des personne puissantes qui avoient usurpés ce qui n’étoit pas de leur domaine. Il meubla son abbatiale du principal nécéssaire, il cultiva les terres en non valleures et entretint toujours bon nombre de religieux pour faire décemment l’office divin et mit le bonne ordre partout, de sorte qu’il mérita d’être honoré de la charge de vicaire général de la province de Normandie, de Bretagne etc. [312] ».
97Hermant et Jacquin s’accordent pour remarquer qu’à la fin de 1637 – dès le mois de mars en réalité [313] –, un « abbé de cour », l’abbé de La Victoire, de la famille de Coupeauville, « luy suscita une affaire » pour la possession de Barbery. Le procureur d’Alexandre du Val de Coupeauville, pourvu par brevet du roi de l’abbaye de Barbery, se rend en juillet 1637 pour prendre possession de l’abbaye [314]. Afin de lutter contre ses prétentions, Thuault fut contraint d’aller poursuivre un procès à Paris en 1638 [315]. Nos auteurs estiment que c’est la fatigue et les contrariétés liées à ce procès qui le mirent « au tombeau en peu de jours ». D’après son serviteur, il est mort « de la maladye de flus de sang » à Paris, où il s’était rendu en avril 1638 [316] ; malgré les saignées administrées le 12 juin 1638, il est mort le 15 juin 1638 [317]. Toutes les sources le disent enterré « dans l’église du collège des Bernardins sans qu’on ait mis aucune marque de distinction sur sa tombe. C’est celle qu’on voit proche la première chaire du haut du chœur du costé de l’Évangile » [318].
98On lui connaît une nièce, dont l’époux, Barnabé de Laurens, sieur de La Barre, président en l’élection de Mortain, aurait tenté de détourner une partie des biens de l’abbaye [319].
Alexandre du Val, abbé de La Victoire
99Hermant et Jacquin ne varient encore que par le style quant aux événements postérieurs. Pour Hermant,
« Mr. Thuault estant mort, le roy Louis XIII nomma pour abbé de Barbery l’abbé de La Victoire, lequel, en vertu du brevet du roy, en fist prendre possession par un bourgeois de Caen nommé mr. du Bois sans qu’il y eut aucune opposition de la part des religieux [320]. Cependant, mr. le cardinal de Richelieu ayant esté averti de la vacance de cette abbaye arrivée par la mort de dom Jean Thuault, sans avoir égard à cette surprise, envoya un autre brevet de l’abbaye de Barbery au prieur de l’abbaye de Royaumont nommé dom Louis Quinet, dont il connoissoit le mérite et la capacité, ce qui causa pendant quelque temps un procez entre ces deux abbez. Mais son éminence appuyant fortement celuy sur lequel il avoit jetté les yeux, et qui d’ailleurs étoit une personne remplie de plusieurs bonnes qualitez, l’abbé de La Victoire crut qu’il seroit tost ou tard obligé de céder ; c’est ce qui le porta à se démettre de son droit et à laisser dom Louis Quinet dans l’entière et paisible possession de l’abbaye de Barbery moyennant une pension dont ils convinrent entr’eux ».
101Jacquin écrit pour sa part :
« Quand le sieur de La Victoire eut apris la nomination de dom Louis Quinet, il prit au lieu de son aumusse la peau d’un renard, n’ynorant pas que son éminence ne demeurat ferme dans son choix, il sçut si bien ménager l’esprit de dom Quinet par la médiation du sieur Alexandre Sallet [321], son filleul, conseiller au parlement de Rouen, pour lors à Paris, qu’il luy céda son droit prétendu sur Barbery moyenant une pension dont ils conviendroint qui a été payée jusqu’en l’an 1698 à son neveu après sa mort [322] ».
Louis Quinet (1638-1659)
103L’abbé Quinet fut une des figures spirituelles les plus marquantes de Barbery – et plus généralement de la réforme de l’étroite observance en Normandie – et un contemporain de Bernard Dauphin. Ce dernier lui a consacré de nombreuses pages, dans lesquelles ont largement puisé Jean Hermant et Basile Dauphin, sources principales à leur tour du chanoine Simon et de Louis Grillon auxquels nous renvoyons pour l’essentiel [323]. Voici le texte d’Hermant à son sujet :
« Dom Louis Quinet, ayant fait expédier ses bulles à Rome sur la fin de l’année 1638, prist possession de son abbaye [324]. Il étoit natif d’un village du pays d’Auge dit La Houblonnière et fils d’un laboureur, d’une condition médiocre [325], mais homme de bien il se fist religieux étant encore fort jeune, en l’abbaye du Val-Richer, et fist profession pour cette abbaye dans celle d’Estrées l’an 1615 [326] ».
105D’après Jacquin,
« quand mr. l’abbé de Clairvaux visita le Val-Richer, ayant remarqué la beauté de son esprit, l’aima et le considéra, ordonnant qu’on le fit étudier. Il fit sa philosophie au Pont-à-Mousson aiant pour maitre le père Fournier, jésuite, homme de bien qui fut depuis confesseur de S. François de Sales, il en prit un soin particulier ».
107Hermant s’intéresse davantage à ses études parisiennes :
« Il étoit fort bien fait de corps et d’esprit. Il parut avec éclat dans les écoles de Sorbonne pendant ses études, et mérita d’y recevoir le bonnet de docteur. Ses supérieurs le choisirent pour confesseur du royal monastère de Maubuisson proche Pontoise, et le nommèrent ensuite prieur de celui de Royaumont. Ce fut dans cet employ dont il s’acquitta dignement que mr. le cardinal de Richelieu le connut. Ce grand ministre, qui avoit une pénétration si étenduë, ne fut pas longtemps à pratiquer dom Quinet sans connoistre de quoy il étoit capable. Sa vertu et ses bonnes qualitez luy acquirent son estime et sa confiance, et il le choisit plusieurs fois pour son confesseur. C’est ce qui arrivoit quand le roy alloit à Chentilly, car alors cette éminence venoit prendre son logement dans l’abbaye de Royaumont et mettoit les affaires de sa conscience entre les mains de ce sage et sçavant directeur, qu’il nomma enfin abbé de Barbery. Son éloge en latin que nous mettrons cy dessous pourra donner (quoyqu’en petit) quelque idée de sa personne ».
109Jacquin indique que Quinet était âgé de 38 à 40 ans lorsqu’il arriva à la tête de Barbery. Seul Jacquin apporte quelques détails sur cette arrivée :
« Monsieur l’abbé Quinet étant arrivé icy, les religieux ayant apris qu’il avoit ordre de mettre la réforme dans la maison, luy fermèrent la porte au nez, sans le vouloir ny recevoir ny reconoitre pour leur supérieur, de sorte qu’il fut obligé de passer outre et d’aller coucher à l’abbaye d’Aulnay, mais faisant réflexion que mr. le cardinal de Richelieu pour lors abbé général de Cisteaux prenoit cette affaire à cœur, en protégeant les pieux desseins du nouveau réformateur, furent ob[l]igés de céder et le reconnurent partie de bon, partie de mauvais grés ou malgré eux, cédant à la force et acquiescèrent quelque tems arprès par la prudence et la sagesse du nouveau supérieur dont il s’est servit pour les gagner, leur protestant de ne les vouloir obliger en rien de nouveau.
Sur la fin de cette année, c’est à dire le 8 Xbre, feste de la conception de la Sainte Vierge, on commença à manger au réfectoire, il y eut trois anciens religieux qui par pieté demandèrent à faire maigre, c’est ce qui plus beaucoup à dom Louis Quinet et voilà l’épocte de la réformation de Barbery parce que ceux qui ont été reçu depuis religieux ont promis de garder l’abstinence de chaire qu’en cas de maladie selon le premier esprit de l’ordre.
Je ne peu me dispenser de raporter les éloges naifs et natures que dom Bernard Dauphin, si fameux dans l’histoire toutefois non écrite mais par tradition, touchant le vénérable dom Quinet, voicy ses propres termes : “je ne diray rien de son mérite ni de ses riches qualités, ni des talens rares dont le ciel l’avoit favorisé, et dont il a fait un très dignes usage”, il continue, “si je faisoit un racourci de sa vie et de ce que j’ay pu remarquer depuis 1640 qui fut l’heureux moment que Dieu, par une bonté extraordinaire, me soumis à sa conduite et qu’il voulut bien se charger de mon enfance et de mon éducation, car je n’avois atteins que l’âge de douze ans et quelque mois, étant né en 1628, jusqu’à son heureux décès, je ferois un volume entier mais je diray simplement que c’étoit un home selon le cœur de Dieu et un des plus éclairés directeurs pour la conduite des âmes des siècles passez” ».
111Hermant, semblable en cela à Jacquin qui situe ces événements vers 1660 – date à laquelle il semble s’être déchargé de la charge de vicaire général et de visiteur [327] –, rapporte la fin de l’abbatiat de Quinet :
« Lorsqu’il fut devenu âgé, et qu’il vit que les maladies assez fréquentes dont son corps étoit affligé le rendoient foible et incapable de s’acquitter des fonctions de son ministère, il songea à se démettre de son abbaye. Par la faveur de quelques personnes de qualité et fort considérées à la cour, qui avoient pour luy autant d’amitié que d’estime, il la fist donner à dom Nicolas Le Guédois qui avoit esté son élève et qui alors étoit prieur d’Aulney. Ses bulles furent expédiées à Rome et il prist possession de son abbaye du vivant de son bienfaiteur, qui vécut encore cinq ans comme une personne privée sans autre application qu’à se préparer au grand passage de l’Éternité et à diriger quelques bonnes âmes qui s’étoient mises sous sa conduite. Il porta longtemps les langueurs d’une vie mourante, et ce ne fut que le jour de son décez, étant alors septuagenaire, qu’il prist le lit. On remarqua toujours en luy un esprit élevé vers Dieu, un jugement solide, et le caractère d’une âme sainte qui ne respiroit qu’après la dissolution de son corps mortel pour aller gouster les délices d’un bonheur éternel. Il mourut dans une tranquillité si grande qu’on ne s’aperçeut point du moment de sa mort, après avoir reçeu tous les sacremens qu’on accorde en cette occasion aux personnes mourantes, avec une piété autant exemplaire que l’avoit esté sa vie. Mr. Le Guédois luy rendit les derniers devoirs ».
113Il fut inhumé dans le chapitre avec l’épitaphe suivante sur sa tombe :
115Hermant poursuit :
« Cependant comme les religieux de ce monastère ne crurent pas qu’on eust fait assez de justice au mérite de ce saint abbé, ils trouvèrent à propos d’enclaver une table de pierre blanche [330] dans le mur, sur laquelle on mist l’éloge qui suit :
Reverendus in Christo pater domnus Ludovicus Quinet, in monasterio Sanctae Mariae Vallis Richerii communem ordinis Cisterciensis [331] observantiam, vixdum professus, strictiorem statum [332] amplexus est ; in facultate theologiae Parisiis [333] gradum doctoralem assecutus, Regalis Montis prior, ac deinde [334] abbas effectus, in utroque monasterio regularem disciplinam instauravit, anno milleno sexentesimo [335] trigesimo octavo, viginti septem annis praefuit [336], et tum suis, tum [337] etiam multis aliis cujuscunque sexus [338] maxime religiosi status ad virtutem, cum mirabili [339] suavitate et gratia speciali, instruendis ac [340] dirigendis indefessus operam dedit ; in amplificanda [341] ordinis gloria, in reformatione illius propaganda [342], in regendo Parisiensi studio, in visitandis monasteriis sibi ut [343] vicario generali, per totam Normanniam specialiter commissis, in spiritualibus sacerdotum colloquiis quibus frequenter interfuit promovendis, nec non in pluribus monasteriis extraneis [344] ut pote in partem ministerii, ab illustrissimis [345] episcopis saepe vocatus gubernandis, incredibili et [346] zelo et sapientia laboravit. Praeclara [347] scriptis, verbis et exemplis reliquit omnibus vitae [348] Christianae et [349] religiosae [350] documenta ; et [351] tandem clarus meritis, sanctis [352] ecclesiae sacramentis [353] pie ac devote [354] susceptis, septuagenarius [355] hic interiit, die secunda januarii [356] anno millesimo sexcentesimo sexagesimo quinto ».
117La version latine de Jacquin ajoute :
« Alii plures ejus laudes carminibus celebrarunt inter hos sequentia vernacula lingua :Cy gist un homme incomparableL’abbé Louis Quinet docte autant que pieuxpour son âme bénite, elle repose aux cieuxMonsieur l’abbé Quinet le Savant et pieux [357] ».
119Hermant conclut :
« Il ne faut pas oublier que dom Louis Quinet composa un livre de piété, qui a pour titre Les États pénibles et humulians de Jésus Christ en la terre. Il fut imprimé chez Pierre Poisson en 1651.
Ce sçavant et pieux abbé avoit une sœur qui, imitant les vertus de son frère, travailloit par ses entretiens et ses exemples à augmenter le règne de Jésus Christ, qui mourut aussi saintement qu’elle avoit vécu ; elle souhaitta d’estre inhumée dans l’église de cette abbaye ; son corps est enterré dans la nef à l’entrée du chœur et sur sa tombe on a mis les paroles suivantes :
Cy gist le corps de feu madame Marie Quinet, sœur de monsieur l’abbé de céans, qui décéda le cinquième de juin l’an mil six cens cinquante six. Priez Dieu pour elle [358] ».
121Sans doute faut-il également reconnaître un de ses parents en la personne de Pierre Quinet, curé de Quilly en 1664 [359].
Nicolas Le Guédois (1659-1677)
122L’abbatiat de Nicolas Le Guédois est bien connu grâce aux écrits de Bernard Dauphin (avec lequel il « avoit vécu dès l’âge de 14 ans » selon Jacquin), perdus [360] mais relayés par Basile Jacquin et Hermant, dont les textes ont été utilisés par l’abbé Simon [361]. D’après Hermant, « Dom Nicolas Le Guédois, très digne successeur de dom Louis Quinet, prist naissance dans le bourg de Thorigni d’une honneste famille. Il se fist religieux dans l’abbaye d’Aulney ». Jacquin précise : « il se fit religieux fort jeune et le premier que mr. Quinet reçut a profession depuis qu’il fut abbé, sans doute avant la réforme ». Hermant poursuit :
Il avait également remplacé Quinet comme visiteur général – au moins entre 1660 et 1667 [370] –, ce qui l’amena à participer à la réforme de La Trappe en 1662 aux côtés de l’abbé de Rancé [371].« Son mérite l’éleva bientost dans les charges de la maison, et il eut celles de celérier, et de procureur de la maison avant l’âge de vingt ans, parce que, dans ses mœurs et dans sa conduite, on remarqua la sagesse et la prudence d’un vieillard. On l’envoya depuis [en 1643 d’après Jacquin] au collège des Bernardins à Paris où il fist son cours de théologie, après quoy il enseigna la théologie et prist le degré de bachelier. Les religieux d’Aulney l’ayant choisi pour leur prieur [362], il fut obligé de quitter Paris et de revenir dans le monastère où il avoit fait profession. Mr. Quinet, visiteur général des abbayes de l’ordre en Normandie, l’établit dans sa nouvelle charge de prieur et mr. de Clairvaux, père immédiat de cette abbaye, le confirma dans cet employ. Pendant son gouvernement, il n’omit rien de tout ce qu’on peut souhaitter en un parfait religieux ; et, sage supérieur tant en ce qui regarde le spirituel que le temporel, il se fist aimer et estimer de tout le monde. Ses vertus éclatèrent incomparablement davantage lorsqu’il fut fait abbé de Barbery [363], et pour tout dire en un mot, il se comporta si saintement qu’il eut une mort prétieuse devant Dieu. Il n’avoit que cinquante quatre ans quand il décéda. Il étoit très bien fait de corps aussi bien que d’esprit encore que sa taille ne fust pas avantageuse. Quoyqu’il fust un peu mélancholique, sa conversation ne laissoit pas d’estre agréable et meslée de beaucoup de douceur et d’honnesteté. Dom Dominique Georges, abbé du Val-Richer, officia à ses obsèques, et ses religieux firent graver sur son tombeau l’épitaphe suivante :Hic jacet [364] in Christo pater domnus Nicolaus Le Guedois, huius domus abbas, in qua praefuit decem et novem annis ; strictiorem regulae observantiam a praedecessore suo instauratam [365] mirifice coluit, fovit et [366] ampliavit ; domino Guillelmo octavo [367] quondam ejusdem domus abbati appositus est, die duodecima octobris [368], anno millesimo sexcentesimo septuagesimo septimo.Requiescat in pace. Amen [369] ».
François Verjus (1678-1695)
123Hermant, recopiant encore une fois une erreur de la lettre de Dauphin de 1705, appelle Charles Verjus le successeur de Le Guédois :
Les archives permettent de préciser quelques points sur la vacance du siège abbatial entre 1678 et 1695. Louis XIV avait nommé Jacques Le Mercier économe de l’abbaye de Barbery par lettres patentes données à Wetteren (Belgique) le 25 mai 1678. Dès août 1678, on apprend que François Verjus, prêtre du diocèse de Paris, a été nommé par le roi pour être pourvu en commande de l’abbaye et l’économat de Le Mercier est prolongé de six mois en six mois en attendant que Verjus ait obtenu les bulles papales [376]. D’après Basile Jacquin, l’abbé de Clairvaux établit le procureur de Barbery, dom Étienne d’Ailly, commissaire supérieur de l’abbaye. Dès 1680, les documents mentionnent l’urgence des réparations nécessaires [377], ce qui amène plusieurs négociations. Un courrier de l’abbé Rancé permet de penser que l’abbé de Perseigne avait envisagé solliciter la direction de Barbery vers 1680. Rancé l’en décourage cependant, estimant que « Barbery n’est pas en trop bon état pour le temporel comme pour le spirituel [378] ». Une première transaction intervient entre l’économe Le Mercier et les religieux le 7 octobre 1683 [379] et une seconde en mai 1684 [380] pour partager entre eux les biens temporels de l’abbaye. Le 19 août 1687, un orage entraîne des dégâts qui suscitent des procès à Falaise et au Châtelet [381] entre l’économe et les religieux sur les charges des réparations, nécessaires à la clôture, à l’église de l’abbaye, mais aussi aux moulins et bâtiments dépendants de l’abbaye [382] : un accord intervient le 18 août 1689 afin de procéder aux réparations [383]. Basile Jacquin rapporte qu’un acte capitulaire de 1692 fait état de l’offre des religieux de Barbery d’une pension en échange de la démission de Verjus en faveur de leur prieur, Jérôme Bertin, offre restée sans effet.« Charles [372] Verjus, prestre de l’oratoire, frère de mr. le comte de Crécy, plénipotentiaire à la paix de Nimègues, fut nommé abbé de Barbery incontinent après la mort de dom Nicolas Le Guédois. Le roy ne luy en fist expédier le brevet que sous l’obligation de se faire religieux. Mais comme il fut persuadé que Dieu ne l’appelloit pas à cet état, après avoir joüi du tiers des revenus de l’abbaye pendant quelques années par œconomat, il jugea à propos de permuter (sous le bon plaisir de sa majesté) avec mr. du Poisson, religieux de Morimond et abbé d’Urcestal [373], qui est une abbaye de la commune observance et fille de celle de Morimond. Ces deux abbez firent leur émission entre les mains du roy qui nomma de son autorité messire Charles Verjus, à présent évêque de Grasse [en marge : mort en 1711 [374]] abbé d’Ureestal et mr. du Poisson abbé de Barbery. Cette permutation se fist l’an 1695 [375] et la mesme année le jour de Saint Jérôme, mr. du Poisson se rendit à Barbery ; et l’année suivante, ses bulles ayant esté expédiées, il prist solemnellement possession de cette abbaye comme légitime abbé, auquel tous les religieux profez de la maison promirent obéissance ».
Pierre du Poisson (1695-1722)
124Hermant écrivant durant l’abbatiat de Pierre du Poisson, il n’apporte presque pas d’information à son sujet. Le texte latin de Basile Jacquin est le plus détaillé :
Hermant dans des notes ajoutées tardivement à son manuscrit ajoute : « Il mourut d’apoplexie le dimanche 17e mai 1722 [385] entre les mains de ses domestiques en revenant de l’église où il s’étoit fait conduire pour entendre la messe où il communia ; il étoit devenu fort infirme depuis quelque temps ». Dès le 1er avril 1722, il avait obtenu du roi de voir Louis d’Auderic de Lastours nommé son coadjuteur [386].Vigesimus nonus abbas dominus Petrus du Poisson, de Moribundo [sic] communis observantiae professus, commissarii tum prioratus diversis in locis summa cum laude officio perfuntus erat. Deinde Barberiam ultima die 7bris anni supradicti 1695 advenit, domum abbatialem et hospitium instruxit ac restauravit ecclesiam, organis cum arca[ci]nas [384] nec non multis exquisitis ornamentis, se 4 candelabris cum cruce processionali et baculo, lampades argenteis decoravit, gregem sibi commissum concrevit tandem obiit 17a maii 1722, aetatis 70, conversionis 51 et humatus in medio santuarii cum epitaphio. Fuit homo frugi, Castro Montis [corrigé Calvomontis dans la version française] in Campania Galliae probis ac honestis parentibus natus.
Louis d’Auderic de Lastours (1722-1733)
125Hermant et Dauphin n’apportent aucune information sur l’abbé Louis d’Auderic de Lastours et notre principale source reste Basile Jacquin. Dans son texte latin, il indique :
Honoré Fisquet, à la suite de Frédéric Galeron, ajoute qu’il éleva le cloître et le pavillon d’entrée et reçut la sépulture dans le sanctuaire en 1732 [388]. Pour Basile Jacquin, bien plus fiable, il est mort le 23 janvier 1733 âgé de 60 ans, et « il ne fit point batir aucun édifice », mais répara la grange de Fontenay et « laissa des matériaux de toutes espèces à son digne successeur ». Vaultier note cependant que ses armes figuraient au fronton du logis abbatial [389].Trigesimus abbas domnus Ludovicus Auderic de Lastours, Narbonensis communis observantiae alumnus de Fonte Frigido [Fontfroide, corrigé à tort dans la version française en Monte Frigido] expresse professus qui primum cellerarius fuerat Sancti Andreae de Gofferno [387], dein monialium de Villario Caniveti rem familiarem strenuae administravit, tandem elapso undecimo prelaturae suae anno, etatis 60, conversionis vero 44° diem clausit 23 januarii 1733. Sepultus in dextera parte sanctuarii apud predecessorem suum cum epitaphio, nunc sub pavemento occulto.
(N. Fitz-Herbert)
126La Gallia Christiana est suivie par Frédéric Galeron (recopié par Honoré Fisquet) qui indique dans sa liste abbatiale « N. Fitz-Herbert, mort peu de jours après sa nomination [390] » ; on est surpris que Basile Jacquin ne l’évoque pas. Il s’agit probablement d’une confusion dont l’origine n’a pas pu être déterminée.
127Le 1er août 1733, d’après Basile Jacquin, « dom Gilbert du Bailleul fut envoyé supérieur comissaire et prit aussitôt possession de sa charge » ; il précise ensuite : « dom Gilbert du Bailleul gouverna cette maison jusqu’à l’arrivée de dom Nicolas Lambelin qui n’arriva icy que le 25 juillet 1734 ; dom du Bailleul fut fait prieur du Val-Richer et de plusieurs maisons dont il dissipa les revenus en peu de temps selon la tradittion comune ». Lors de la visite de l’abbaye par Nicolas Coquerel le 1er octobre 1733, Gilbert du Bailleul est supérieur commissaire ; la communauté est composée de six religieux prêtres, de deux non prêtres et d’un frère convers, tous résidant, et deux autres religieux de la maison de Barbery demeurent l’un au Val-Richer et l’autre au monastère de Châtillon [391].
Nicolas Lambelin (1733-1757)
128Basile Jacquin est encore notre source principale concernant l’abbatiat de Nicolas Lambelin, dont il a été le contemporain.
« Dom Nicolas Lambelin profet de l’abbaye de Royaumont dont il fut sucessivement procureur [392], et prieur [393], enfin nommé abbé de Barbery le 25 juillet 1733 [394] à la grâce de Dieu, arriva icy le 31 juillet où il rétablit insensiblement les petit désordres contre la discipline régulière qui se glissent ordinairement pendant les vacances des sièges.
Il commença par faire réparer les brèches de l’enclos et oter toute comunication avec la ferme de la bascour, il fit faire en 35 la procure et une petite sale pour la dépense vis à vis. L’année suivant, il fit l’escalier du dortoire ; mais avant d’aller plus loing, on ne sera pas fâché de conoître le caractère de ce grand home, reprenons les choses un peu plus haut. Plusieurs anciens religieux de cette maison aiant entendu parlé de ce nouveau supérieur, le regardoient de loin come un tirant qui devoit les metre à la chaîne selon le portrait qu’on leur en avoit fait, et demandoient leur sortie, entre autre, dom Pierre Brillant auquil il permit de s’aller stabilier où il voudroit, il choisit la maison de Coete Maloin en Bretagne où il mourut.
Il faut remarquer d’un autre part que dom Nicolas Lambelin étant encore prieur de Royaumont, quoique nommé abbé de Barbery, anvant de partir, répondit à ceux qui luy parloient des religieux de Barbery en ces termes pleins de force, d’un air grave, imposant, mais respectable : "Quand ce seroient des démons, s’ils sont traitables, je sauray les mettre à la raison" et ajouta "Sont ce des hommes ? ils sont raisonables"…. Je luy entendu plusieurs fois raconter la même chose mais avec une affabilité que je ne puis exprimer.
En effet, il sçavoit manier les esprits les plus farouches et les plus barbares, si j’ose parler ainsi, et les combler par sa douceur toujours égale, sa sagesse, sa prudence et sa modération. De sorte qu’il avoit le don de gagner les cœurs, de se faire craindre, aimer et respecter de tous ceux qui avoient le bonheur de le conoitre, il parloit aux évêques et aux grands seigneurs come à ses égaux, mais il savoit montrer un front d’airain inflexible contre les désordres qu’il trouvoit dans les maisons de son vicariat, il étoit intrépide et infatigable dans ses visites pour le rétablissement du bon ordre, de la discipline régulière ».
130Basile Jacquin rapporte une anecdote relative à la visite d’une maison de l’ordre de Cîteaux – Nicolas Lambelin ayant été fait visiteur et vicaire général des provinces de Normandie, du Maine, Perche et Anjou en 1738 –, puis évoque la défense qu’il prit du prieur de Savigny et fait l’éloge de ses vertus. Jacquin poursuit son récit sous formes d’annales, signalant les travaux effectués sous l’abbatiat de Lambelin, en particulier la réfection du cloître et la construction de la porterie. Il écrit, à l’année de sa mort, 1757 :
« Mort de dom Nicolas Lambelin ce 25 juillet, funeste épocte, après avoir souffert l’espace environ dix ans des douleurs les plus aiguës (ayant un ulcère dans le colet de la vessie) avec une patience à l’épreuve et une soumission entière au Seigneur. Sa vie a toujours été frugalle, extremmement sobre dans le boire et le manger, mais il servoit noblement à sa table et n’alloit manger nul part que rarement, pas même chez nos voisins, il avoit l’âme si grande et si généreuse qu’il aimoit mieux donner que de recevoir de qui que ce soit, rien ne le gênoit davantage que lorsqu’il étoit obligé de solliciter ses juges dans les tribunaux ; il haïssoit si fort les procès qu’il céda une pature dont nous étions en possession de tems immémorial mais n’ayant trouvé aucun tittre légitime, il haïssoit à la fureur ceux qui aimoient la bonne chère ou la bouteille, il disoit souvent qu’il ne pouvoit pas comprendre coment un homme puisse se laisser aller à cette foi[bl]esse ; enfin tout ce que j’en pouroit raporter de cette home incomparable surpasseroit infiniment tous ce que j’en ai dit et encore d’un stile quoique vray mais beaucoup au dessous de son mérite, le lecteur curieux peut voir son épitave où on a tacher d’exprimer en peu de motz ce que je viens de raporter plus au long ».
132Il fut inhumé, selon sa volonté, dans le cimetière qu’il avait fait bénir quelques années plus tôt. Son épitaphe est rapportée dans la partie latine du texte de Jacquin :
134Toujours d’après Jacquin, Nicolas Lambelin aurait, quelques jours avant sa mort, écrit à l’évêque de La Trappe : « je choisi pour mon sucesseur dom Bernard de Cairon ».
135Le registre des professions et sépultures indique :
Anno Domini 1757, die 25 juillet, obiit omnibus eclesiae sacramentis rite munitus reverendus d. d. Nicolaus Lambelin, monasterii Beatae Mariae de Barberio ordinis Cisterciensis, strictioris observantiae, diocesis Bajocensis, abbas meritissimus, de Regalimonte expresse professus, anno aetatis suae 75, conversionis 56, praelaturae 24, tum ingenio, cum meritis fuit vir quam rarus procurator successive ac prior in dicta domo de Regalimonte, omnium miris agendo modis mentes sibi conciliavit, factus deinde abbas de Barberio claustra de toto egregie restauravit variasque ruentes domus partes revocavit ad meliorem formam, vicarii generalis ac visitatoris munire pluribus in provinciis fructu cum maximo et honore functus est habitus tandem est semper omnibus et ubique vir optimus, simplex, rectus ac d[ice]m timens, amator fratrum quibus verbo et exemplo lux luxit indefi[cum] regularis observantiae tenacissimus ; zelo Dei ardenter incensus, qui cum a votorum emissione constanti semperque novo in Dei servitio fervore lampadem ornare non cessasset, bene praeparatus animam Deo reddidit post gravissimos dolores diutissime et patientissime toleratos pro ejus anime refrigerio totius ordinis orationes et sacrificiorum suffragia e[nixe] postulavimus tumulatus fuit in coemeterio propre crucem ubi locum suae sepulturae eligerat, mihique et omnibus nostra confratribus ac pluribus aliis indicaverat n.f. Bernardus prior de Barberio [395].
Bernard de Cairon
137Le dernier abbé de Barbery, Henri François de Cairon, fils de Louis de Cairon [396], écuyer, seigneur de Crocy (Calvados, cant. Morteaux-Coulibœuf) et de Anne Françoise de Guerpel, prit l’habit de novice sous le nom de frère Bernard en l’abbaye de Savigny le 28 janvier 1739 et fit profession pour l’abbaye de Barbery le 20 février 1740. Il semble avoir été prieur dès 1755 à en croire Jacquin, qui ajoute que l’élection de Bernard de Cairon fut confirmée par Louis XV le 25 août 1757. Le nouvel abbé se rendit ensuite à Paris « pour remercier ledit seigneur roy de sa nouvelle dignité et revint aussitôt à Barbery où toutes les personnes du voisinage vinrent l’en féliciter et partagèrent avec nous la joye qu’ils en ressentoient ». Vaultier le décrit comme
« un homme unique, dans son espèce, pour le temps où il a vécu ; aux vertus du plus rigide anachorète, il joignait toutes les qualités aimables d’un homme d’esprit et de bon ton. Sa charité et sa justice étaient sans égales, aussi bien que son zèle ; il avait commencé par être mousquetaire ; il s’était fait ensuite religieux, par pure vocation, et c’est à La Trappe qu’il était d’abord entré ; éconduit par l’abbé, après une courte épreuve, comme trop faible de santé, il était venu, sur l’injonction paternelle de celui-ci, se rendre à Barbery où la vie était devenue un peu moins rigide ; il y a été, pendant sa longue et belle carrière, le modèle des siens et l’objet de la vénération commune de tout le pays [397] ».
139Galeron, repris par Honoré Fisquet, ajoute :
« N. de Cairon, dernier abbé, vieillard austère qui administrait encore l’abbaye au moment de la Révolution. Il maintint la réforme aussi longtemps qu’il le put ; mais vers 1783, les abus pénétrèrent malgré lui. En 1788, il présida à Caen l’assemblée du clergé du diocèse, émigra en 1792 [398] et mourut à Maëstricht en 1795 pendant le bombardement de cette ville par l’armée française. Il était digne par ses vertus d’une meilleure destinée [399] ».
Conclusion
141La liste abbatiale peut donc être utilement complétée grâce aux sources du xviiie siècle autres que la Gallia Christiana. On voit la variété des sources d’information d’Hermant, et en particulier l’intérêt qu’il porte à la tradition locale. Les erreurs qu’il commet sont visiblement liées d’ailleurs à ce besoin de retrouver le bon nombre d’abbés avant Michel Brasart, de manière à s’accorder avec les inscriptions funéraires. Il y a pourtant fort à parier que ces inscriptions sont tardives et correspondaient déjà à une volonté des religieux de Barbery de reconstituer une liste abbatiale. On remarque aussi qu’il porte attention aux activités des abbés sur le bâti. Ainsi lorsqu’il évoque les travaux effectués sous la direction de Jean Thuault. Cet intérêt porté au bâti se confirme à la fin de son texte relatif à Barbery lorsque, après avoir énuméré les bénéfices dépendant de Barbery et les fiefs de l’abbaye, il conclut :
La mention de ces bâtiments et des travaux associés à tel ou tel abbé permet de compléter le tableau général que l’on peut dresser de l’état matériel de l’abbaye. Si la documentation reste maigre pour le Moyen Âge, les sources, nombreuses à l’époque moderne, autorisent des suppositions tout en montrant à quel point la fréquence des travaux (ou de leur nécessité) interdit les certitudes. Enfin, elles soulignent l’importance fondamentale de ces travaux dans les relations entre l’abbé et les religieux, dans les rapports économiques avec l’extérieur et dans le respect de la règle.« Voilà l’état où se trouve maintenant cette abbaye qui étoit autrefois très considérable, comme on le peut voir par ses ruines et par les bastimens qui sont encore sur pied. Le seul réfectoire marque par sa beauté et sa grandeur, ainsi que le grand et vaste logis des convers et frères donnez, qui subsiste encore en son entier et qui est dans la grande cour, qu’il y avoit au moins deux cens religieux, réduits à present à sept ou huit ».
Le site et son aménagement
Topographie et organisation générale
142D’après la Chronologia monasteriorum Germaniae illustrium du poète Gaspard Brush, « Saint Bernard aimait toujours les vallées entourées de forêts de toutes parts, les riantes prairies et les rivières. Mais Saint Benoît préférait les collines et les hauteurs dressées dans le ciel, d’où le regard s’étend à perte de vue. Mais tous deux cherchaient l’éloignement du monde [400] ». Ces vers du début du xvie siècle, en soulignant l’attrait des vallées qui se manifeste dans les fondations cisterciennes, définissent un schéma souvent considéré trop strictement mais qui s’applique fort bien au site de Barbery. Les bâtiments sont en effet installés à la lisière de la forêt de Cinglais, dans un vallon orienté nord-est - sud-ouest (large de 850 m au sommet des deux versants et d’une cinquantaine de mètres au talweg), sur un terrain légèrement en pente (5 % de déclivité), parcouru par le ruisseau du Val-Clair. Les moines s’installent ici dans un espace peu contraignant, où n’ont été nécessaires que quelques aménagements fossoyés pour la construction du carré claustral (fig. 1 et 3).
143Le bâti conservé trahit l’organisation de l’ensemble monastique en deux ensembles. Le premier, à l’ouest, regroupe les édifices ayant conservé les plus beaux vestiges médiévaux : la porterie et une structure d’accueil, reliées par des bâtiments agricoles modernes. Le second, isolé par un mur de clôture, comprend des bâtiments modernes (fig. 2 plan de localisation et fig. 4, 5a-b, 6, 8 et 9) – dont l’interprétation sera discutée – et deux façades médiévales conservées, le mur nord de l’aile occidentale du carré claustral et le porche de l’abbatiale (fig. 2 plan de localisation et fig. 11). Ces deux secteurs sont situés sur la rive gauche du Val-Clair, c’est-à-dire sur le versant nord-ouest du vallon, et installés sur des terrasses qui leur sont propres, séparées par un dénivelé de 8 m en moyenne. L’aménagement le plus important était destiné à l’installation des bâtiments conventuels. La terrasse est formée par un décaissement en front de taille du vallon afin d’obtenir une surface plane. Un mur de soutènement est placé sur le flanc ouest de la terrasse, et, sur le retour nord, un autre sert à la fois de clôture et de pignon pour l’aile ouest du carré claustral. La plateforme où se concentrent les bâtiments monastiques est astucieusement placée entre la porterie et le cours du Val-Clair, 6 m au-dessus du niveau de ce dernier, de manière à limiter les risques d’inondation.
Relevé topographique de l’abbaye de Barbery
Relevé topographique de l’abbaye de Barbery
Coupe transversale de la vallée et du carré claustral
Coupe transversale de la vallée et du carré claustral
Premier moulin moderne au centre de la clôture, édifié sur digue. Vue depuis le sud
Premier moulin moderne au centre de la clôture, édifié sur digue. Vue depuis le sud
Canalisation principale reliant les deux moulins. Vue depuis le sud
Canalisation principale reliant les deux moulins. Vue depuis le sud
Collecteur du trop-plein de l’étang rejoignant la canalisation principale
Collecteur du trop-plein de l’étang rejoignant la canalisation principale
Second moulin (aval), placé en bordure de clôture. Vue depuis le sud
Second moulin (aval), placé en bordure de clôture. Vue depuis le sud
144Le site est délimité par une clôture encore intacte, mais dont le tracé a connu des évolutions. Un plan de 1783 (cf. infra fig. 7) indique un tracé du mur qui, légèrement déplacé au tournant du xviiie et du xixe siècle, enserre actuellement 5,6 ha où se trouvaient l’église abbatiale, son cloître et les bâtiments annexes, excluant la porterie médiévale. Des vestiges de murs sur le terrain ainsi qu’un autre tracé sur le plan de 1783 amènent à restituer une autre clôture qui englobait la porterie et le bâtiment d’accueil, dans une superficie enclose de 8,2 ha. Il paraît délicat de dater ces clôtures, dont la fermeture a été plus ou moins stricte au cours du temps. Basile Jacquin rapporte par exemple que l’abbé Lambelin, arrivé à Barbery en 1734, « commença par faire réparer les brèches de l’enclos et ôter toute comunication avec la ferme de la bascour ».
Les aménagements hydrauliques
145Aucun vestige ne permet de se faire une idée des installations hydrauliques de l’abbaye médiévale. À l’intérieur de l’enceinte, deux moulins se succèdent aujourd’hui sur le cours du Val-Clair, canalisé tout au long de sa traversée de l’enclos abbatial. Un moulin à huile construit au xixe siècle [401] dans le prolongement des ruines de l’abbatiale, perpendiculaire au vallon, est associé à une retenue d’eau barrant le cours du Val-Clair (fig. 2 plan de localisation et fig. 4). En aval, le ruisseau, encore à ciel ouvert au xviiie siècle et désormais enterré (fig. 2 plan de localisation et fig. 5a-b), actionne le mécanisme d’un second moulin, appuyé contre la clôture nord, distant de 94 m du premier (fig. 2 plan de localisation et fig. 6). Les plans autorisent à dater sa contruction entre 1783 et 1809 [402], voire entre 1791 et 1809 puisqu’il n’est pas mentionné dans la documentation relative à la saisie des biens nationaux.
146L’aménagement du Val-Clair est cependant bien antérieur à la construction de ces moulins. Dès l’époque de la fondation de 1181, une charte mentionne un vivier à l’intérieur de la clôture [403]. Ce sont toutefois les textes modernes qui nous informent le mieux. Basile Jacquin écrit qu’en 1763 « on travailla en même tems à changer le lit du ruisseau du jardin qui ne put être achevé cette année ». Il précise même, pour l’année 1743, « Nous avons […] culbuté la chaussée d’étang au bas du ruisseau du jardin et pratiqué ensuite 2 jardin à fleurs à la place d’un fameux rocher qui fut réduit en poudre a force de bras… ». On ignore l’emplacement exact de cet étang, que l’on retrouve dans les sources écrites de l’époque moderne.
147Les éléments les plus anciens se trouvent dans les baux du xvie siècle. Si seul le moulin banal de la seigneurie de Barbery, situé près de la Vieille Abbaye, est mentionné dans le bail de 1529, le projet de construction du « moullyn de la maison de l’abaye », apparaît dès 1532 [404]. En 1594, les moines baillent à ferme les deux moulins, en distinguant « le moulin a froment de la Vieille Abbaye [405] » d’« ung moullin estant dedans l’enclos d’icelle abbaye, ausdits relligieulx appartenant suyvant le reglement a eulx donné par les supperieurs de leur ordre et par eulx fait construire et bastir de nouveau au boult de leur estang, estant derriere l’inffirmerye de ladite abbaye [406] ». Deux autres prises à ferme, en 1601 et 1602, nous apprennent qu’il s’agit d’un moulin à orge situé près du colombier de l’abbaye [407]. En 1638, une visite des murs de l’abbaye mentionne :
« particullierement les murailles de l’avenue de ladite abbaye qui contiennent vingt perches de long qui ferment le grand parc, les murailles qui sont depuis ladite advenue jusques au moullin, du nombre desquelles y a eu douze perches de longueur et dix a unze piedz de hauteur reffaittes de neuf… [408] ».
149Ce moulin, mû par le Val-Clair, s’appuyait donc sur l’enclos, ce qui permet d’affirmer qu’il était situé au même emplacement que le moulin actuellement installé contre la clôture nord. Le plan issu du relevé topographique (fig. 2-E1) met en lumière, malgré les terrassements des xviie, xviiie et xixe siècles, entre le moulin situé contre la clôture et la retenue d’eau actuelle, une dépression qui est très probablement un héritage de l’étang mentionné au xvie siècle. Ce moulin ne paraît plus en usage en 1656, lorsque le fermier du moulin banal s’engage à « rapporter et transporter à ses frais et despens le moulin à orge au lieu ou il estoit par cy devant parce que ledit sieur [l’abbé] luy a laissé la maison ou il estoit avec la petitte court ainsi que les autres meusniers en ont jouy par cy devant [409] ». En 1673, l’idée semble avoir été abandonnée et il n’est plus question de moulin à l’intérieur de l’enclos [410]. La destination de ce secteur paraît changer dès 1660, lorsque les moines font aménager le « grand jardin derriere leur esglize [411] ». C’est encore confirmé par les travaux de 1677-1679 lorsqu’un canal est creusé « devant l’église [412] » (c’est-à-dire derrière).
150Le Val-Clair, poursuivant sa course au nord de l’enclos, formait un nouvel étang, l’« étang frère Guillaume », qui servait de vivier aux moines et dont on observe aujourd’hui encore l’imposante digue. Cette dernière ayant été détruite par le déluge des eaux lors de la tempête d’août 1687, l’étang est converti en pré [413]. À l’est de l’abbaye, le ruisseau de Corneville (fig. 1), affluent de la Laize, avait lui aussi été exploité de manière à former quelques étangs, certains liés aux tuileries installées à Barbery, et un autre, appelé l’étang de Corneville, que les moines utilisaient là aussi comme vivier [414].
151Utilisé comme force hydraulique et pour la pisciculture, le Val-Clair est donc une rivière multitâche, indispensable à la vie de la communauté. À cela s’ajoute une dernière fonction, celle de collecteur principal pour les eaux usées du monastère. Le cours du Val-Clair, en bas du vallon, ne peut ni alimenter directement en eau potable les cuisines, le lavabo du cloître et la sacristie, situés 6 m plus haut, ni permettre de chasser les eaux usées de ce secteur. En amont, entre la Vieille Abbaye et le site actuel de l’abbaye, le Val-Clair se divise : un bief parallèle au ruisseau, en moyenne 4 m plus haut, achemine l’eau vers l’abbaye, en passant devant le bâtiment d’accueil (à proximité duquel il formait un étang observable sur le plan de 1783). Ce bief alimentait ensuite un bassin maçonné en partie comblé (moderne ?), de l’autre côté de la clôture interne, au sud-ouest du cloître, avant probablement de rejoindre le cours principal du Val-Clair en chassant les eaux usées. Un autre réseau alimentait l’abbaye en eau potable, par le biais de tuyaux enterrés et de fontaines. On connaît l’existence de fontaines à l’abbaye de Barbery dès 1256 [415]. On en retrouve la mention en 1681 dans un document qui prévoit des travaux selon lesquels l’eau doit être acheminée depuis la Bondice, source située au nord-ouest de la Vieille Abbaye, avec des tuyaux provenant des ateliers potiers de Ger (Manche), « jusques a l’entrée du cloistre ou se fera le partage des eaux… [416] ». Aucun vestige n’en est connu aujourd’hui.
Plan et architecture de l’abbaye de Barbery : essai de restitution
Le plan de 1783 et les édifices modernes
152Un plan de 1783 qui a déjà été évoqué, actuellement conservé aux Archives départementales du Calvados [417], permet de se faire une idée relativement précise de l’apparence de l’ensemble, sans malheureusement que la fonction de chaque bâtiment ne soit indiquée (fig. 7). Ce plan en couleur, de 1,40 m sur 1,84 m, serait l’œuvre, à en croire Frédéric Galeron [418], du dernier dépensier de Barbery, dom Louis Ternaud, mathématicien. Cette identité est confirmée – avec une orthographe du nom différente – par un cartouche du plan, qui indique la date de 1783 et permet de savoir que le dessinateur était moine de Barbery. Joseph G. Ternand, né en mai 1740 à Fontaine-aux-Bois (Nord, cant. Landrecies) [419], prit en effet l’habit en mai 1759 [420]. Il était sous-prieur en 1790 [421]. L’auteur du plan est donc familier de l’environnement qu’il dessine. L’utilisation d’une échelle (de 60 perches) montre également le soin apporté à son ouvrage. Malgré les critiques qui ont été émises quant à la fiabilité de ce plan [422], il semble que son auteur ait voulu apporter le maximum de précisions lorsque l’espace à sa disposition le permettait : en témoignent par exemple la représentation, dans le secteur des tuileries, de différentes formes avec des coloris distincts, qui distinguent très probablement le four de l’aire de séchage, ou, de manière plus flagrante encore, la représentation en élévation d’une partie des bâtiments de l’abbaye. Étant donné que parmi ces édifices, un seul est aujourd’hui observable, on ignore quelle confiance peut être accordée aux détails de la représentation.
Détail du plan de 1783 (Arch. dép. Calvados, H 1381/2). Avec l’aimable autorisation des Archives départementales du Calvados
Détail du plan de 1783 (Arch. dép. Calvados, H 1381/2). Avec l’aimable autorisation des Archives départementales du Calvados
153Cependant, les relevés effectués sur le site permettent de tester la validité des mesures proposées par les sources écrites et, en s’appuyant sur la forme générale mise en évidence par le plan et confirmée par le relevé topographique, de proposer une restitution de l’agencement de l’espace à l’époque moderne. Si l’organisation du carré claustral ne paraît pas avoir été modifiée depuis le Moyen Âge, le plan de 1783 figure, à l’est de cet ensemble, un long bâtiment orienté nord-sud dont il ne reste aucun vestige et qui s’avère être le logis abbatial, au sud, la porterie moderne aujourd’hui conservée, et à l’ouest, un édifice nord-sud qui pourrait avoir été une écurie couverte d’un grenier. À l’inverse, on ne retrouve pas sur ce plan une galerie moderne aujourd’hui située au sud-ouest de l’ancien carré claustral, face au mur de clôture.
La porterie du xviiie siècle
154Le bâtiment qui est aujourd’hui le mieux conservé est l’ancienne porterie moderne, convertie en logis d’habitation, dont Lucien Musset a décrit l’architecture et les transformations [423]. F. Galeron semble responsable d’une confusion qui veut que cette porterie soit devenue le logis de l’abbé à la fin du xviiie siècle [424]. En réalité, encore en 1790, cette porterie (fig. 2 plan de localisation et fig. 8), occupée par le prieur, est appelée « pavillon » ou « pavillon de la porte d’entrée des maisons conventuelle et abbatiale » et clairement distinguée de « l’abbatiale » qui désigne alors le logis abbatial [425]. Cette porterie figure nettement sur le plan de 1783 dans sa disposition initiale, avec sa porte cochère donnant directement sur le chemin, face à une allée d’arbres, avant le déplacement du mur de clôture. C’est sans doute la confusion avec le logis abbatial qui fait écrire à F. Galeron que Louis d’Auderic de Lastours « éleva le cloître et le pavillon d’entrée [426] » (donc entre 1722 et 1732). Arcisse de Caumont estime pour sa part que « le logement de l’abbé […] avait été construit par MM. Dupoisson et de Lastours [427] ». Pour Basile Jacquin, contemporain des événements, « le bâtiment de la porte d’entrée fut achevé et habité sur la fin de cette année 1752 ». Ce serait donc en réalité à l’abbé Nicolas Lambelin (1733-1757) qu’il conviendrait d’attribuer la construction, ainsi probablement que l’aménagement de l’allée d’arbres qui y menait [428].
Porterie moderne, vue du nord
Porterie moderne, vue du nord
155Il existait cependant auparavant une « grande porte » devant laquelle étaient tenus les plaids de la seigneurie de Barbery à partir de 1662 [429]. Il est tentant de penser qu’elle se situait au même emplacement. Si l’on ignore tout de ce dernier édifice, on peut également poser l’hypothèse qu’il s’agisse du « pavillon » (terme également utilisé pour désigner la construction du xviiie siècle) construit par l’abbé Thuault, consistant en deux chambres l’une sur l’autre évoquées dans une visite de 1638 [430].
La galerie moderne
156À l’ouest de la porterie moderne (fig. 2 plan de localisation et fig. 9a et b), un édifice aujourd’hui en élévation, dont le style appartient au xviie siècle alors même qu’il ne figure pas sur le plan de 1783, pose des problèmes d’interprétation qui ne paraissent pas pouvoir être résolus sans l’aide des sources écrites. Lucien Musset pensait y reconnaître un vestige du cloître de 1738, s’étonnant toutefois de son style qui l’apparentait au xviie siècle, et concluait que Le Boursier, qui en aurait été le maître d’œuvre, « ne suivait pas de près le goût du jour [431] ». V. Juhel et F. Saint-James, s’appuyant sur des considérations stylistiques, sur des traces de remontage et sur le cadastre, ont établi qu’il ne pouvait en réalité s’agir du cloître de 1738, et ont proposé d’y voir « la réutilisation au xixe siècle d’un autre bâtiment (promenoir ?) [432] ». L’absence de ce bâtiment sur le plan de 1783 et sur le cadastre de 1809 amène à penser que les éléments de décor devaient alors se trouver sur un autre bâtiment, aujourd’hui disparu. Or, parmi les éléments figurés en 1809 (fig. 10), seuls l’ancien logis abbatial et un bâtiment perpendiculaire paraissent avoir les dimensions susceptibles d’avoir porté cette galerie, et les descriptions du logis abbatial permettent d’exclure que ce décor en provienne. Reste donc ce bâtiment qui lui était perpendiculaire. Il figure sur le plan de 1783, quoique de manière fort allusive : il semble qu’on puisse supposer un élément sans étage, sorte de galerie reliant l’ancien « cellier de Normandie » (grand bâtiment qui prolonge l’aile sud du carré claustral vers l’est, et où est aménagé le logis du procureur vers 1735) au logis abbatial (à l’est). Basile Jacquin conforte cette interprétation, lorsqu’il écrit que l’abbé Thuault « répara la maison et les fermes, il comença par le cloître que nous appellons les trespassez ou des collations comme je viens de dire qu’il fit faire tout de neuf avec les arboutans etc. que j’ay encore vu [marge : en 1740], dont plusieurs piliers ont servis à faire le collidore qui conduit de la procure à l’abbatial [le logis abbatial] [433] ». Ces éléments correspondent donc probablement au cloître du xviie siècle [434], déplacés à deux reprises, une première fois lors de la reconstruction de l’ensemble du cloître entre 1738 et 1743, et une seconde après 1809. Lors de ce second déplacement, ce décor semble être installé de manière à former un mur gouttereau parallèle à un vestige du pignon de l’aile des convers et du gouttereau de la cuisine, alors disparues, tandis que le pignon oriental du bâtiment ainsi constitué paraît – au regard de la reconstitution établie à partir de relevés de terrain et de sources écrites – appartenir à l’ancienne aile du réfectoire (cf. infra fig. 12). On remarque en effet, dans l’élévation nord de ce bâtiment, les vestiges d’un four qu’il est malheureusement délicat d’interpréter du fait des nombreuses reprises de la maçonnerie, mais qu’il est tentant d’associer à la mention d’une boulangerie dans ce secteur en 1790 [435].
Photographie de la « galerie » moderne, vue du sud
Photographie de la « galerie » moderne, vue du sud
Carte postale des « restes des cloîtres de l’abbaye de Barbery »
Carte postale des « restes des cloîtres de l’abbaye de Barbery »
Cadastre de 1809
Cadastre de 1809
Le logis abbatial
157On repère sur le plan de 1783 (fig. 7) et sur le cadastre de 1809 (fig. 10) un long bâtiment orienté nord-sud, à l’est de l’ensemble claustral, fermant la cour comprise entre le réfectoire, le « grand cellier » et la porterie, et doté d’un jardin apparemment fermé. La visite de 1738 permet de l’identifier comme le logis abbatial, puisque la grande salle qui supporte le sud du dortoir (ancien grand cellier) « tend vers le logis abbatial et fait face à la cour d’entrée dudit monastère et dudit logis abbatial [436] ». En 1790, « la maison abbatiale » forme « un corps séparé de ladite abbaye » et le bâtiment est supposé mesurer 130 pieds de longueurs sur 34 de largeur (soit environ 42 m sur 11, ce qui donne une idée de l’importance de l’édifice). Un inventaire du mobilier du logis abbatial en juin 1734 [437] laisse soupçonner à chaque étage une organisation autour d’un corridor.
158Les religieux de Barbery au début de la Révolution le désignent comme « un bâtiment qui servoit autrefois de sale des morts, qu’on a depuis erigé en hospice et que dom Bernard de Cairon habite conjointement avec les hôtes depuis 34 ans » (c’est-à-dire environ 1757, après l’élection de Bernard de Cairon comme abbé) [438]. La maison abbatiale est alors « couverte en tuiles et ardoises, ornée d’un fronton de chaque côté, bâtie en pierre de taille et moellons, ayant 21 croisées de face et 2 étages [439] ». Ces frontons portaient, d’après Vaultier, les armes de Louis Auderic de Lastours [440], mais la Gallia Christiana et Basile Jacquin désignent Pierre du Poisson comme l’auteur de la construction [441]. Des comptes entre 1677 et 1679 mentionnent toutefois d’importants travaux au logis de l’infirmerie et des hôtes qui laissent penser que la construction a été engagée avant l’abbatiat de Pierre du Poisson [442]. En 1683, l’accord entre les religieux et l’économe (en son nom et comme représentant de l’abbé) prévoit d’ailleurs que les religieux jouiront du logis abbatial, à charge pour eux de laisser des chambres à l’abbé au cas où il viendrait séjourner à l’abbaye [443].
159Ce secteur était probablement déjà dévolu au logis abbatial dans la première moitié du xviie siècle, même s’il paraît illusoire de préciser son organisation à partir des sources écrites. Les témoignages de 1638 rapportent que ce logis était en « grande décadence » à l’arrivée de Thuault qui l’a fait restaurer. Les réparations engagées par Thuault concernent différentes chambres, hautes et basses, dont on ne parvient pas à appréhender l’organisation. On remarque cependant l’existence d’une chapelle et de trois chambres aux noms évocateurs : la chambre du Roi, celle de la Fontaine et celle du Cerf. Une « salle abatialle », proche de la chambre de l’abbé semble pouvoir être reconnue comme la « grande salle du manoir abbatial » où se tiennent les plaids de la seigneurie de Barbery dès 1599 et jusqu’en 1648 [444]. Basile Jacquin n’a pas connu ce logis mais cite mot à mot Bernard Dauphin pour qui la « porte de l’abbatiale », c’est-à-dire du logis abbatial, portait « écrit en gros caractères : ravages en cette année 1563 [445] ». Il est donc possible que ce logis soit antérieur à 1563.
160L’ensemble abbatial comprenait une grande écurie – qui pourrait être l’écurie « proche du dortoir » –, mentionnée dans un bail de la ferme dès 1627 [446] et en 1637, le fermier ayant alors le droit d’usage de la grande écurie « dedans la cour abatialle [447] ». Le même document signale que l’abbé fait reservation d’un petit jardin fruitier clos de muraille « estant dans les enclos de son jardin abbatial et verge proche dudit jardin », ce qui semble pouvoir correspondre à ce que l’on observe sur le plan de 1783. Le jardin abbatial, décrit en 1790, est alors couvert « de quatre plains en forme triangulairez » (que l’on retrouve sur le plan de 1783) avec des bordures de buis [448].
L’infirmerie et le « cellier de Normandie »
161La première destination du logis abbatial, ancienne salle des morts, logis de l’infirmerie et des hôtes à la fin xviie siècle, amène à s’interroger sur l’emplacement de l’infirmerie évoquée au xvie et au début du xviie siècle. On a vu que l’étang du moulin, appelé vivier de l’infirmerie en 1638 [449], se situait derrière l’infirmerie de l’abbaye dès 1594 [450]. L’emplacement présumé – à l’aide du relevé topographique – de cet étang conduit à supposer que l’infirmerie pouvait se trouver jusqu’au milieu du xviie siècle au nord du secteur consacré à partir de la seconde moitié du même siècle au logis abbatial, considéré au moment de sa construction comme le logis de l’infirmerie et des hôtes. Cette configuration serait comparable à celle de l’infirmerie de l’abbaye d’Ourscamp (Oise).
162Une autre hypothèse consiste à reconnaître l’infirmerie dans le grand édifice orienté est-ouest prolongeant vers l’est l’aile sud du carré claustral sur la vue cavalière de 1783. En 1738, ce bâtiment, dont l’étage forme le retour du « triangle » (c’est-à-dire du L) du dortoir [451], abritait au rez-de-chaussée une salle de 103 pieds de longueur « dont on avoit mal à propos fait un bucher, la voute de laquelle salle par sa trop grande largeur, qui est de 25 pieds de clair, souffroit beaucoup [452] ». Une réorganisation est alors prévue pour aménager les appartements du procureur et du portier à l’extrémité orientale du bâtiment ; il semble qu’une autre portion du bûcher soit convertie en chauffoir en 1761 [453] et l’on retrouve en 1790 le chartrier contigü à l’appartement du procureur [454]. La description de 1738 permet de restituer un bâtiment long de 33,40 m et large de 8,10 m environ (dans œuvre), comportant sur sa façade sud une porte et six croisées. Le bâtiment est donc réparti sur sept travées. Par souci de stabilité, il paraît préférable que l’édifice soit pourvu d’une série de colonnes permettant de répartir le poids de l’étage, ce qui engage à restituer une salle à double nef. À l’intérieur, au niveau du pignon ouest, un escalier vétuste permettait d’accéder à l’étage. En 1738, deux portes étaient ouvertes « dans son gable vers ledit logis abbatial », c’est-à-dire dans le pignon est. La mention dans un document informe de travaux nécessaires aux deux portes du bout de la « grande sale et cave de Normandie [455] » invite à reconnaître dans ce bâtiment le « grand celier de Normandye » évoqué en 1638 [456]. Cette dénomination paraît pouvoir être rapprochée de Jean de Normandie, cellérier de Barbery élu abbé du Val-Richer en 1444 [457]. On ne parvient cependant pas à repérer l’édifice dans la documentation antérieure et on ne peut lui attribuer une origine médiévale avec certitude. Dans cette dernière éventualité cependant, il serait envisageable de lui attribuer une fonction de latrines, étant donnée sa position comparable aux latrines des abbayes de Maubuisson (Val-d’Oise), de Royaumont (Val-d’Oise) ou encore de Furness en Angleterre.
À l’ouest du cloître, un secteur consacré aux animaux ?
163Sur le plan de 1783, un groupe de bâtiments apparaît à l’ouest du cloître, qu’il est très délicat d’identifier. Toutefois, la longueur de ce complexe, sa proximité avec le bassin situé à l’angle sud-ouest de la clôture (vers lequel est aménagé un accès en pente douce visible à la fois sur les vestiges et sur le plan de 1783 et qui paraît réservé aux animaux) et enfin, son lien, vers le nord, avec les deux portes en vis-à-vis ouvertes dans les murs de la réserve (fig. 7) permettent de proposer de l’interpréter comme une écurie, peut-être mentionnée dans un bail de 1637 comme « la grand escurye dedans la cour abatialle [458] ». La porte du Bois, qui, au nord de la réserve, ouvre sur la forêt de Cinglais, abrite en effet le logis du fermier dans la première moitié du xviie siècle, jusqu’à l’aménagement du secteur de la porterie gothique dans la seconde moitié du xviie siècle (voir supra). En 1638, on y trouvait également et logiquement – le fermier usant des fumures – le pigeonnier [459]. En face et au sud de cette porte, la porte dite du Cloître [460] ouvrait sur le secteur des greniers et étables, comprenant aussi bien l’ancienne structure d’accueil convertie en grenier à l’étage et étable au rez-de-chaussée que l’étage de l’aile ouest du carré claustral, à usage de greniers. Si les systèmes de clôture dans cet espace restent flous [461], il est tout de même tentant d’imaginer que le long bâtiment nord-sud situé à l’ouest du cloître était intégré à ce complexe à usage économique.
164Le cas échéant, ces écuries n’auraient sans doute pas accueilli seulement le bétail du fermier et les chevaux de l’abbaye. Les importantes dimensions de ces écuries pourraient être liées à une transformation fonctionnelle du site, que trahissait déjà le nom de certaines chambres du secteur abbatial de cette première moitié du xviie siècle, la chambre du Roi et la chambre du Cerf en particulier. Il est tentant en effet de rapprocher ces dénominations du témoignage de Charles de Bourgueville, lorsqu’il écrit qu’en 1545, « le Roy faisoit sejour près de ceste ville, tant à Barberi, Trouart, Touque, que autres lieux, pour le plaisir de la chasse [462] ».
165Cette première investigation concernant le bâti moderne permet donc à la fois de percevoir l’importance des évolutions fonctionnelles de l’ensemble, et d’isoler les édifices dont l’origine médiévale est davantage assurée malgré le peu de vestiges conservés.
Autour du cloître : les bâtiments conventuels
166Moins d’une vingtaine de mètres linéaires de vestiges apparents, répartis sur deux murs liés perpendiculairement, témoignent des bâtiments conventuels médiévaux (fig. 2 et 11). Le plan de 1783 permet d’identifier ces ruines au pignon de l’aile ouest, au porche de l’abbatiale et à l’angle intérieur nord-ouest du cloître. Les vestiges conservés, la topographie et les sources écrites autorisent à proposer une restitution des bâtiments médiévaux de l’abbaye de Barbery (fig. 12), établie structure par structure.
Photographie panoramique des vestiges du carré claustral, prise du sud-est. À gauche, les vestiges du pignon de l’aile ouest, au centre les vestiges d’un angle du cloître et à droite les vestiges du porche intérieur de l’abbatiale
Photographie panoramique des vestiges du carré claustral, prise du sud-est. À gauche, les vestiges du pignon de l’aile ouest, au centre les vestiges d’un angle du cloître et à droite les vestiges du porche intérieur de l’abbatiale
Plan restitué des bâtiments du monastère médiéval dans l’espace actuel
Plan restitué des bâtiments du monastère médiéval dans l’espace actuel
Le cloître
167Le cloître remplit de multiples fonctions, religieuses et pratiques, qui en font l’élément central de l’abbaye [463]. À Barbery, il ne subsiste de son dernier état qu’un pilastre d’angle engagé et surmonté d’un chapiteau à ressaut de style classique, enseveli sur plus de 1,50 m de hauteur (fig. 13). Frédéric Galeron estime que Louis d’Auderic de Lastours « éleva le cloître [464] ». Basile Jacquin, contemporain des événements, attribue en réalité à l’abbé Nicolas Lambelin la reconstruction du cloître : « on jetta même les fondations du cotté de la cave [l’aile ouest] dont la muraille fut rebatie en neuf dès les fondements, et le côté dudit cloître fut achevé en 40 [1740], et furent les trois autrez cottez achevés en 43 et pavés l’année suivante ». Il est en cela parfaitement confirmé par les sources de la pratique, un devis de 1738 prévoyant la reconstruction de l’intégralité du cloître « en portiques voutés en voutes d’arestes decoré d’une ordonnance convenable à l’ireguliarité de l’emplacement, le tout en pierre de taille possé avec mortier de chaux et sable, avec une nouvelle charpente couverte de thuilles [465] » et un nouveau pavage. Au vu des éléments encore en place, c’est-à-dire le départ d’une voûte d’arête au-dessus du pilastre d’angle, et la mention dans les sources écrites de clés de voûte du cloître, on peut envisager une voûte en pierre surbaissée comme on les retrouve fréquemment pour les xviie-xviiie siècles [466]. Ce cloître devait se composer d’une série de pilastres espacés régulièrement, intégrés aux quatre murs gouttereaux des bâtiments conventuels du carré claustral. La restitution du portique côté cour intérieure est plus délicate. Il paraît vraisemblable qu’il était percé de grandes arcades dans le même style que les pilastres, soit assises sur un muret, soit ajourées jusqu’au sol. L’architecte du devis de 1738, Pierre Le Boursier, indique les dimensions du cloître antérieur, promis à être détruit :
Détail du pilastre d’angle de la galerie du cloître situé à l’angle de l’abbatiale et de l’aile ouest
Détail du pilastre d’angle de la galerie du cloître situé à l’angle de l’abbatiale et de l’aile ouest
« Procedant ensuitte ausditmentions [sic] dudit cloistre il a trouvé qu’il a soixante neuf toizes [134,5 m] deux pieds [0,650 m] de circuit [= 135,150 m] et neuf pieds [2,925 m] deux pouces [5,08 cm] et demi de largeur [3 m] dans œuvre sur unze pieds [3,575 m] neuf pouces [22,9 cm] de hauteur [= 3,8 m] depuis le niveau du pavé jusque sous les clefs des voutes [467] ».
169La hauteur sous voûte du cloître de 3,80 m autorise l’évaluation des dimensions des murs porteurs de la voûte du cloître.
170Dans la plupart des cas, les cloîtres sont carrés ou tout du moins s’approchent de cette forme, avec parfois des décalages d’1 à 3 m. Plus rarement, ils sont rectangulaires voire trapézoïdaux, du fait de contraintes naturelles majeures, ce qui est à exclure à Barbery. En partant du principe que le cloître est carré et que le périmètre du cloître atteint 135,15 m environ, réparti sur quatre galeries, un pan mesure environ 33,8 m. Cette mesure approximative est relativement confirmée par les dimensions, indiquées par l’architecte Le Boursier en 1738, du mur occidental de la galerie ouest du cloître,
« qu’il a trouvé de dix sept toizes [33,14 m] quatre pieds [1,30 m] sept pouces [17,8 cm] de longeur [= 34,618 m] sur vingt neuf pieds [9,5 m] un pouce [2,55 cm] de hauteur [= 9,525 m] depuis le res de chaussé jusque sur les sablieres de la charpente dudit corps de logis et trois pieds et demi d’epoisseur [= 1,1375 m] dans le milieu de sa hauteur [468] ».
172Un faible écart de 0,8 m est donc relevé avec la mesure trouvée en répartissant équitablement en quatre le périmètre. La moyenne entre ces deux estimations permet de proposer un cloître de 34,2 m de côté avec une marge d’erreur de moins d’1 m (fig. 14). Ces longueurs, contraintes par les bâtiments conventuels, paraissent devoir être stables depuis les origines de l’établissement, seule la largeur de la galerie pouvant avoir évolué. Elles sont en outre comparables à celles des cloîtres de l’abbaye de Bonport (Eure) (33,4 m mesurés) et de Saint-André-en-Gouffern (Calvados) (moyenne de 37 m calculée), la largeur de la galerie d’environ 3 m étant également dans les moyennes. À la Révolution, le cloître est décrit « décoré de trente six portiques [469] ».
Restitution du carré claustral de l’abbaye de Barbery pour le Moyen Âge
Restitution du carré claustral de l’abbaye de Barbery pour le Moyen Âge
173On a vu plus haut que les indications de Basile Jacquin permettent de penser qu’une partie du décor du cloître de l’état antérieur (la galerie nord ou « cloître de collation », reconstruite entre 1618 et 1638 par l’abbé Thuault) est aujourd’hui conservée en réemploi au sein de l’enclos. D’après Basile Jacquin, l’abbé Thuault aurait à cette occasion fait reconstruire une partie du cloître déjà réédifiée par l’abbé Jean Levrard (1495-1530) ou bien par dom Denis Le Chevalier vers 1537. On ignore tout des caractéristiques architecturales de ces états, d’autant que Jacquin n’évoque en revanche aucune reconstruction après les dégradations de 1563, lorsque, après l’attaque des protestants, le cloître est décrit – peut-être avec quelque excès – comme « tombé par terre pour une grande partie… [470] ».
174Par comparaison avec d’autres sites présentant des vestiges de cloître [471] médiéval, celui de Barbery pourrait avoir été doté d’un stylobate surmonté d’une série d’arcades ajourées. Le mince élément architectural représenté par le pilastre d’angle suggère pour le xviiie siècle un départ de voûtement en pierre, de surcroît attesté par les sources. Un pavage en pierre d’Aubigny est mentionné à la Révolution [472]. Une restitution du décor est donc impossible, nous possédons seulement une idée du type de décor employé grâce aux quelques élévations qui possèdent encore des chapiteaux du milieu du xiiie siècle.
175On retrouve à Barbery les éléments traditionnels des cloîtres, quoiqu’il reste délicat de préciser leur chronologie. Une fontaine centrale – qui est figurée sur le plan de 1783 –, est mentionnée à la Révolution [473], en 1737 [474] et surtout en 1681, lorsque les moines passent contrat avec un maître fontainier. Ce dernier s’engage à faire venir, à l’aide de tuyaux de terre cuite, l’eau de la Bondice, jusqu’à
« l’entrée du cloistre ou se fera le partage des eaux, ou chaque branche sera de tuiaux plus menus […] et desdites branches je m’oblige d’en conduire une à la cuisine, une autre à la sacristie, une au lavoir du cloistre qui jectera par deux ou trois endroits a la volonté du révérend père prieur avec un jet d’eau dans le milieu du préau garni d’un enjouement qui se montera à vis [475] ».
177L’emplacement précis du lavoir du cloître ne peut être déterminé ; il est généralement proche de l’aile du réfectoire.
178Avant que l’abbé Lambelin fasse bénir, vers 1753, un cimetière où les moines seront par la suite inhumés, devant le narthex de l’abbatiale [476], le cloître servait de lieu d’inhumation au xviiie siècle, ce dont témoignent à la fois Basile Jacquin et le registre des professions et sépultures. Jacquin indique notamment qu’un ancien procureur de Barbery est enterré en 1736 « dans le cloitre des trepassez c’est à dire le côté de l’église [477] ». Un autre moine est inhumé en 1740 dans le cloître, le long de l’église « à la porte de l’orgue [478] ». Cette galerie du cloître servait de lieu de sépulture dès le Moyen Âge : en 1400, le prêtre Jean Aupois indique ainsi le lieu où il souhaite être inhumé : « pour estre mis icellui mons. Jehan quant Dieu fera son commandement de lui en sepulture ou cloestre d’[icellui] ostel devant l’uys de l’eglise comme l’en y entre et l’en passe par devant le chappistre d’icellui ostel [479] ». On sait que des laïcs étaient eux aussi inhumés à l’abbaye, mais on ignore à quel emplacement. Ainsi, en 1400, Thomas et Perrote Davy donnent une rente à Barbery « pour estre mis iceulx mariez en sepulture en l’ostel d’iceulx religieux quant Dieu fera son commandement d’eulx ou de l’un d’eulx et pour avoir chescun an une messe universel a estre dite eudit hostel le jour de leur trespassement [480] ». Quant aux abbés, ils sont généralement inhumés dans le chapitre jusqu’au xvie siècle, puis parfois dans l’abbatiale où sont également enterrés, jusqu’à la fin du xviiie siècle, un certain nombre de laïcs liés à l’abbaye [481].
L’abbatiale
179L’abbatiale est localisable grâce aux ruines remarquables de son entrée occidentale, qui constituait l’accès principal (fig. 14). Elle se développait ensuite vers l’est comme l’attestent le plan de 1783 et les vestiges de l’angle du cloître. Ces maçonneries subsistantes indiquent la largeur de transept et la disposition interne en trois vaisseaux, et informent sur le style employé. Les sources écrites sont indispensables pour parvenir à une restitution du plan de l’édifice.
180L’entrée de l’abbatiale consistait en un porche monumental contre lequel était appliqué, en extérieur, un narthex qui a déjà attiré l’attention d’Arcisse de Caumont [482] (fig. 2 plan de localisation et fig. 15a-b). Appuyé contre le pignon de l’abbatiale, cet avant-corps dessine cinq arcades aveugles en arc brisé, soulignées par un formeret à base de fines ogives rondes. À l’intérieur de chaque arcade, le long du formeret, un décor trilobé suggéré par une série de trois ressauts chanfreinés de fines ogives engagées puis d’une seconde série plus épaisse, dessine un arc brisé retombant sur deux épaulements. À la retombée des voûtes, trois colonnes engagées en noyau triangulaire sont surmontées d’un astragale, relié de travée en travée par un cordon (créant ainsi une perspective horizontale). Les chapiteaux ont un décor floral prolongé par des crochets sur lesquels se retrouve un tailloir à ressaut. Ces derniers sont reliés les uns aux autres par une corniche, possédant les mêmes caractéristiques de modénature que les tailloirs, parallèle au cordon de l’astragale. Toute la structure, éléments de décor compris, est construite en calcaire jaune en moyen appareil, ce qui confère un aspect monumental à l’ensemble. Les vestiges apparents définissent une galerie de cinq travées, formant des carrés d’environ 3,20 m de côté, avec, en vis-à-vis, des arcades non conservées. Au centre, une porte rectangulaire, avec des montants et linteaux moulurés, desservait un escalier conduisant à la nef en contrebas. En effet, entre le narthex et l’abbatiale, une différence de niveau – aujourd’hui d’une moyenne de 2 m et qui témoigne, malgré les épais niveaux de remblai, d’une réalité médiévale – nécessitait un escalier à la porte de l’abbatiale pour accéder à la nef.
Vestige du massif occidental de l’abbatiale (vue depuis l’extérieur) dont les cinq arcatures révèlent un narthex
Vestige du massif occidental de l’abbatiale (vue depuis l’extérieur) dont les cinq arcatures révèlent un narthex
Ancienne carte postale des vestiges du narthex
Ancienne carte postale des vestiges du narthex
181À l’intérieur de l’abbatiale, sur le pignon interne ouest, les vestiges trahissent en partie l’organisation interne. Les négatifs de colonnes engagées permettent d’identifier avec certitude une nef encadrée de chaque côté de collatéraux, attestés par ailleurs par les sources écrites. La largeur hors œuvre mesurée est de 18,3 m (15,9 m dans œuvre), répartie entre un vaisseau central de 8,4 m et 4,2 m pour chacun des collatéraux. L’arase du mur nord de la nef est encore perceptible sur le terrain, mais ne permet pas d’effectuer une mesure fiable. En revanche, on a établi plus haut une moyenne de 34,2 m par galerie du cloître. Les vestiges montrent que l’angle nord-ouest du cloître, greffé sur le gouttereau de l’aile des convers (aile ouest), ne coïncide pas avec le pignon de l’abbatiale, décalé de 2 m vers l’est (fig. 11). En tenant compte de cette configuration, on peut estimer que la distance séparant le porche de l’abbatiale du retour du transept équivaut à 32,2 m hors œuvre et 31 m dans œuvre (fig. 14). L. Musset s’appuyant sur F. Vaultier [483], contemporain de la destruction de l’abbaye, évoque une nef à six travées [484]. Cependant, en 1726 [485], un devis pour la restauration des six contreforts engagés le long du gouttereau sud de l’abbatiale et saillants dans le cloître, à la retombée des voûtes, permet de proposer une autre restitution :
« il conviendra rempater six pilliers buttants qui sont possés dans l’alignement dudit cloistre et qui soutiennent une des costiere de l’eglize ainsy que la poussée des voutes d’icelle et en outre reedifier en neuf deux des arcs buttants dont les voussoirs ont leurs naisances dans lesdits pilliers buttants ».
183Le vestige de l’angle nord-ouest du cloître ne présentant aucun signe d’un contrefort d’angle, en supposant qu’il en était de même à l’angle nord-est, on peut restituer sur ce pan de cloître huit travées d’environ 4,25 m de large. Chaque travée des bas-côtés formait ainsi un espace carré (4,2 m x 4,25 m).
184En 1738, une visite des travaux engagés à la suite du devis de 1726 précise ce qui a été réalisé ainsi que les chantiers à mettre en œuvre. On y apprend que les murs de l’église ont environ 50 pieds de hauteur, soit environ 16 m. Deux croisillons (nord et sud) séparés par la croisée du transept sont évoqués. La largeur du transept est généralement identique à la largeur de l’aile des moines (aile est) [486], qui ici n’a pas pu être documentée. On admet couramment, pour des édifices comparables, une moyenne de 10 m hors œuvre. À Barbery, le pignon de l’aile des convers mesure 12,4 m hors-œuvre : étant donné l’homogénéité apparente de l’aile des convers et de celle des moines sur le plan de 1783 et le fait que cette dernière aile paraît prolonger strictement le transept, on peut estimer une largeur de transept hors-œuvre de 12,4 m et dans œuvre autour de 10,4 m – meilleure hypothèse de restitution pour l’équilibre du carré claustral. Il est tout aussi difficile de restituer la profondeur des transepts. En 1738, l’abbé fait remarquer au visiteur des travaux que,
« pour empêcher la ruine du bâtiment de ladite églize vers le même côté du nort-ouest, il a été obligé de démolir et refaire en neuf les deux côtieres des murs du crosillon de ladite églize ayant trente cinq pieds [11,4 m] de longeur qui étoient crevez depuis l’araze jusque à dix pieds vers le bas […] ».
186L’interprétation du chiffre reste délicate. À l’extérieur de l’édifice en effet, les deux côtières (c’est-à-dire les gouttereaux [487]) du transept ne présentent pas nécessairement les mêmes dimensions : le gouttereau ouest, au départ de la nef, peut être plus court que le gouttereau est, qui se rattache au chevet. La différence ne se voit pas à l’intérieur de l’édifice puisque la largeur du bas-côté est le prolongement interne du transept, mais se trouve donc en face du départ du chœur de l’église. Ceci permet de penser que les 11,4 m correspondent au gouttereau nord-est (hors-œuvre), qui s’accroche au chevet. Si cette mesure avait été prise de l’autre côté, on serait en présence d’un bras de plus de 17 m de profondeur à partir de la croisée du transept. Cette dimension n’est pas inimaginable dans des contextes d’abbatiales plus imposantes, avec des largeurs et longueurs de nef plus vastes. Dans le cas de l’abbaye de Barbery, la première configuration, avec un espace interne du croisillon d’environ 10,4 m x 11,4 m soit 118,5 m2, permet de prévoir deux travées par bras, la largeur de chaque travée étant équivalente à celle du bas-côté.
187La visite de 1738 indique en outre les travaux de charpenterie engagés sur ce croisillon nord, avec l’installation de quatre fermes réparties en quatre travées :
« pour bien réparer avec solidité il fut absolument necessaire de demolir en entier lesdites côtieres et en faire de toutes neuves, de fournir et faire placer quatre sommiers de chacun trente pieds de longeur [9,75 m] sur dix pouces [25 cm de section] en quarré pour recevoir quatre fermes de vingt deux pieds de pointes [7,15 m de hauteur], de six pouces d’epoiseur sur dix pouces de largeur avec des sourchevrons de vingt cinq pieds [8,2 m] de longeur soutenus de jambes de forces a plein ceintre sous les avant trais, avec leurs faistes et doubles faistes et tous leurs liens et suppots, doubles sablieres de chaque costé avec leurs patins et jambes de forces sous les chevrons qui ont trente pieds de longeur [9,75 m], de cinq pouces de largeur, et trois d’epoisseur, et six fillieres de trente pieds de longeur et six pouces en quarré pour suporter lesdits chevrons [488] ».
189Partant du principe qu’il n’y a pas de ferme pignon (possibilité d’ancrer les bois dans la maçonnerie du pignon), les quatre armatures se succèdent jusqu’au niveau du clocher. La hauteur formée par le triangle est d’environ 7,15 m de hauteur avec des chevrons de 8,2 m de longueur, reposant sur un entrait de 9,75 m. Les calculs trigonométriques aboutissent à des cotes justes et permettent de dessiner les fermes en donnant une idée de la hauteur de toiture. Les « filières », destinées à « supporter lesdits chevrons », ce qui semble désigner des pannes, sont au nombre de six et d’une dimension équivalente à la longueur du bras du transept. La hauteur de toiture étant de plus de 7 m, il est très probable qu’aient été prévues trois séries de pannes par versant de toiture, ce qui impliquerait une profondeur de transept équivalent à une panne. Ce document très précieux permet, en effet, d’entrecroiser les différentes données qui séparément apparaissent comme lacunaires. Un devis de 1763 [489], pour la réfection de la charpente du croisillon sud et du chœur, mentionne que trois fermes seulement sont requises pour ce croisillon sud. Cela ne modifie pas les dimensions déterminées d’après le devis de 1738, puisque dans ce cas de figure une répartition en quatre travées est toujours possible, le pignon nord et le clocher couvrant la croisée du transept en étant dépourvus. Tout en restant prudent face à l’interprétation des documents, on peut admettre un transept de 31,7 m de longueur sur 12,4 m de largeur hors œuvre.
190Le chœur est moins bien documenté. Les trois représentations modernes [490] semblent figurer l’abbatiale avec un chœur rectangulaire, dit à chevet plat, plutôt qu’avec le chevet rayonnant fréquemment rencontré dans les abbayes masculines cisterciennes normandes de la première moitié du xiiie siècle. L’église abbatiale de Barbery adopterait le plan bernardin, en croix latine se terminant par un chevet plat avec des chapelles, dans les croisillons du transept, alignées sur le gouttereau est, comme celle de l’abbaye Blanche (Mortain, Manche). En 1694, un état des réparations effectuées depuis 1688 évoque la réfection des « trois grandes fenestres du grand autel » ainsi que « les deux grandes roses tant du grand autel que de la croisée du costé du septentrion », ce qui laisse imaginer une série de trois baies en lancette surmontées d’un oculus [491].
191Un indice concernant la profondeur du chœur est fourni par une nouvelle visite, en 1763 :
« la charpente du chœur ainsy que celle de dessus le croisillion du côté de ladite abbaye [croisillon sud] est d’une très ancienne construction et ne peut subsister, que par consequent ces deux parties de charpente sont à refaire a neuf ; laquelle sera composée de six fermes dont trois sur le chœur et trois sur ledit croisillion, chaque ferme sera composée d’un tirant de trente quatre pieds de longueur [492] ».
193Ce texte suggère une profondeur de chœur équivalente à celle du transept, hypothèse retenue pour la restitution. Il engage également à envisager une largeur de chœur similaire à celle du transept, ce qui est structurellement inenvisageable et n’a pas été retenu pour la restitution. Le plan de 1783 ainsi qu’un plan de la fin du xviie siècle figurent deux baies sur le gouttereau du chœur [493], ce qui nécessite fréquemment une subdivision interne et tend à appuyer l’hypothèse de deux travées correspondant à la largeur des travées de la nef. Cette restitution du chœur de l’abbatiale doit cependant rester hypothétique, le plan de 1783 étant peu fiable quant à la répartition des baies et les proportions des bâtiments étant médiocrement respectées du fait de la représentation en vue cavalière et de la taille réduite. Les formes sont en revanche très crédibles.
194Comme on l’a vu ci-dessus, la nef était renforcée de chaque côté [494] par des séries de contreforts en très mauvais état au début du xviiie siècle, notamment dans la partie du cloître : « six pilliers buttants » intégrés au mur sud de l’abbatiale et des « arcs buttants » visibles dans le cloître soutenaient la poussée des voûtes [495]. La restitution proposée du plan de l’église autorise à envisager cinq contreforts-boutants, correspondant à la retombée des voûtes des travées de la nef. Greffé sur la hauteur du collatéral, le contrefort devient boutant pour soutenir la pression des voûtes du vaisseau central. Entre chaque culée, deux séries de baies devaient être percées, une éclairant le collatéral certainement plus petite au sud pour échapper au toit du cloître, et de hautes fenêtres pour illuminer le vaisseau central.
195Une des représentations schématiques de l’abbatiale montre qu’au moins un des bras du transept était percé d’une rose (fig. 16). Un texte de la fin du xviie siècle atteste l’existence de cette rose dans le bras nord [496]. Le bras sud pouvait posséder une rose à condition que son pignon soit plus haut que l’aile des moines, ce que ne montre pas le plan de 1783 ; on ne peut toutefois exclure l’hypothèse. Le porche était lui aussi percé d’une « vitre » éclairant la nef principale, mentionnée en 1638 [497]. Il s’agit certainement de la « rose de la nef » dont Hermant affirme qu’elle a été restaurée par l’abbé Le Blanc du Rollet [498].
Représentation schématique du clocher de l’abbaye de Barbery (Arch. dép. Calvados, H 1515)
Représentation schématique du clocher de l’abbaye de Barbery (Arch. dép. Calvados, H 1515)
196Le clocher figure, sur le plan de 1783, dans son dernier état (fig. 7), après le tremblement de terre de 1776 [499] qui avait ébranlé le clocher de pierre dont était alors dotée l’abbatiale [500]. Il est probable que c’est ce clocher antérieur au tremblement de terre qui est schématisé dans un croquis exploité par B. Bonnin (fig. 16) [501]. Cette tour de pierre, dont F. Vaultier donne à penser qu’elle datait de la première construction [502], avait en réalité été construite vers 1695. Basile Jacquin écrit en effet que Jérôme Bertin, prieur entre 1692 et 1695, « fit faire le clocher et fut élu en 95 abbé de la Pieté[-les-Ramerupt] [503] », ce qui est confirmé par un contrat de mars 1693 conclu entre Jean Baptiste Varignon, maçon de Caen, d’une part, et Jérôme Bertin, prieur, et Augustin Fromond, sous-prieur, d’autre part, pour la construction d’un clocher conforme au dessin accordé entre eux [504]. Il est tentant de penser que l’orage de 1687 avait endommagé le clocher : dans un état des réparations de l’abbaye entre 1688 et 1694, on peut lire : « on a élevé sur les quatre piliers du chœur une tour […] dont la piramide n’est pas commencée [505] ». Le clocher antérieur, dont on ne sait rien, est peut-être figuré sur un croquis où il semble que le dessinateur ait voulu manifester un décor particulier, peut-être un clocher ajouré (fig. 17). À la Révolution, on mentionne : « Item au clocher quatre cloches, et un horloge en fer avec trois timbres [506] ». Quelques éléments ont été retrouvés au sujet de ces cloches. En 1732, Jean Simonnot, fondeur de cloches de Brévannes en Lorraine (aujourd’hui Breuvannes-en-Bassigny) s’engage à faire refondre les quatre cloches [507]. D’après Basile Jacquin, le 4 juillet 176[1], « on fit refondre la 2e et la 4e cloches ». Quant à l’horloge, il en est question dès 1638 [508] et 1527 [509] sans qu’il soit possible de la situer.
Représentation schématique de l’abbatiale de Barbery (Arch. dép. Orne, 64 B 97)
Représentation schématique de l’abbatiale de Barbery (Arch. dép. Orne, 64 B 97)
197L’organisation interne de l’église abbatiale est délicate à établir précisemment du fait de l’imprécision des sources écrites. La clôture interne est matérialisée, au moment des visites de la Révolution, par « trois grilles de fer dont l’une est aussi dorée en partie, lesquelles séparent ledit chœur de sa nef », un rideau isole le chœur du sanctuaire, tandis qu’« une balustrade en bois surmontée de pointes de fer […] traverse toute laditte nef [510] ». On connaît l’existence de grilles de fer séparant la nef du chœur dès la fin du xviie siècle [511]. À la même période, « on a haussé les chaires du chœur et quarrelé à neuf ledit chœur et le sancta sanctorum où on y a élevé 3 degrés de pierre de taille [512] ». Au témoignage de Basile Jacquin, il semble que le sanctuaire lui-même est surélevé, sans doute vers 1752 : « Mr. de Lastours est enterré [1733] dans le sanctuaire avec un épitave que l’on ne voit plus ; le sanctuaire a été rehausé de 3 marches [513] ».
198Quatre chapelles, mentionnées dès le xviie siècle, se situaient probablement dans le transept, qui dispose très certainement, si l’on retient la restitution de deux travées par bras, de l’espace nécessaire. En 1638 [514], nous connaissons les dédicaces de trois d’entre elles : Saint-Jean, Saint-Bernard et Notre-Dame (et des trépassés). Seule la chapelle Notre-Dame et des trépassés peut être localisée, grâce à un relevé d’épitaphes [515] qui montre qu’elle se situe contre la sacristie, c’est-à-dire contre l’aile orientale du cloître. En 1638, on mentionne un « oratoire proche du cœur [516] ». Plutôt que d’un oratoire aménagé dans le chœur, il pourrait s’agir d’un petit bâtiment en faisant office, implanté à l’angle du transept et du chevet, avec une porte communicant sur le gouttereau du chevet. Durant l’époque moderne, un changement de dédicace s’opère pour les chapelles de l’abbatiale excepté pour Notre-Dame. En 1790 [517], sont ainsi mentionnées les chapelles de Saint-Bernard, Saint-Benoît et Saint-Nicolas.
199Plusieurs entrées permettaient d’accéder dans l’église. Le narthex en élévation met en exergue une porte centrale aujourd’hui murée, qui donnait accès par un escalier au vaisseau central de la nef. Ce porche occidental était généralement voué aux laïcs désireux d’assister aux offices. Du fait de détériorations – probablement attribuables au xixe siècle – dont témoignent des ouvertures dans la dernière travée de part et d’autre de l’entrée principale, l’existence d’accès secondaires ouvrant sur les collatéraux ne peut être documentée. Basile Jacquin mentionne une autre porte, lorsqu’il signale l’inhumation d’un moine « dans le cloître, vis-à-vis la porte de l’orgue [518] ». Deux emplacements sont susceptibles d’accueillir l’orgue, qui nécessite une hauteur sous voûte importante, que n’offrent pas les collatéraux. Le vaisseau central de la nef est le plus souvent utilisé pour asseoir l’instrument contre le porche, mais les bras du transept peuvent aussi jouer ce rôle. Un procès-verbal de 1726 permet toutefois d’exclure cette dernière hypothèse :
« En consequence de quoy nous nous sommes transportez comme dit est et commencés par l’eglize de Notre Dame de Barbery que nous avons trouvée assés en bonne état en dedans à réserve de cinq ou six toize de pavé qu’il faudra relever et remettre en plusieurs endroits de la nef, rebander deux des ardoubors de la voûte des bas costez proche la soufflerie de l’orgue… [519] ».
201La soufflerie se situant nécessairement à proximité du porche de l’abbatiale, la porte devait se trouver dans la dernière travée ouest de la nef (fig. 14). Son existence ne peut être affirmée dès la conception de l’abbatiale. Néanmoins, on observe, pour d’autres sites cisterciens (notamment l’abbatiale de Fontaine-Guérard), une porte généralement attribuée aux convers, à proximité de l’aile ouest, qui leur permettait d’accéder à leur espace réservé dans l’abbatiale. De nombreux autres exemples attestent également une autre porte, toujours dans la galerie de la collatio, à l’angle de l’aile des moines, permettant la circulation des moines depuis le cloître : c’est sans doute la porte désignée par Jean Aupois en 1400 lorsqu’il mentionne l’emplacement de son inhumation : « ou cloestre d’[icellui] ostel devant l’uys de l’eglise comme l’en y entre et l’en passe par devant le chappistre d’icellui ostel [520] ».
202Enfin, deux ouvertures généralement situées dans les transepts n’ont pas pu être documentées à Barbery. L’une, dans le bras nord, conduit, dans certains établissements (Mortemer, Bonport, Abbaye Blanche), les moines vers le cimetière qui se développe autour de l’abbatiale. À Barbery, on ne trouve cependant aucune mention d’un cimetière antérieur à celui qui est implanté dans la première moitié du xviiie siècle devant le narthex. Dans le bras sud, une ouverture est habituellement ménagée vers la sacristie ; souvent, un escalier permet aux religieux d’accéder du dortoir à l’abbatiale. On verra ci-dessous que, à Barbery, l’escalier mène du dortoir à la sacristie.
Une abbatiale médiévale ?
203La mise en contexte topographique, l’étude des sources et les vestiges architecturaux permettent de dresser une vue d’ensemble assez fiable de l’abbatiale à la période moderne, mais n’autorisent pas à la plaquer sur l’époque médiévale, comme le montre l’étude du clocher dont on connaît trois états différents pour les seuls xviie et xviiie siècles. Les décors, la clôture des espaces et leur attribution sont bien évidemment mouvants. Il est aussi possible que des ouvertures soient percées en fonction des goûts et des besoins. Si l’étude menée jusqu’à présent permet de transposer au moins le plan de l’abbatiale moderne pour la période médiévale, la date de construction du bâtiment n’est pas connue. Même si, très fréquemment, la consécration de l’abbatiale (1247) correspond à un bâtiment achevé, il est tout aussi possible qu’à ce moment, seul le chœur ait été élevé.
204L’intrication étroite de l’abbatiale construite aux environs du milieu du xiiie siècle et du carré claustral n’autorise pas de modification en profondeur sans bouleversement du plan monastique général. Il paraît difficile de concevoir que des travaux de grande ampleur, tels que l’élargissement de la nef ou des transepts, une reconstruction totale de l’abbatiale, le remplacement du chœur, n’aient laissé aucune trace dans les sources. Au contraire, ces dernières évoquent à la fin du xviiie siècle des travaux qui auraient touché des structures fort anciennes : Basile Jacquin explique qu’en 1764, « on découvrit le sanctuaire pour y placer une charpante toute neuve pour le couvrir en hardoise. La tradition est que celle qui y étoit auparavant fut celle dès la fondation […] [521] ». En outre, les travaux effectués sur le chœur [522] visent souvent à son agrandissement pour augmenter le nombre de chapelles, adoptant généralement des chevets rayonnants (abbatiale de Clairvaux…). Celui de Barbery reste configuré jusqu’au xviiie siècle en chevet plat. Les rares vestiges architecturaux observables, à savoir le pignon occidental et le narthex, montrent des caractéristiques stylistiques du milieu du xiiie siècle, avec la présence entre autres d’un chapiteau à l’angle interne de l’abbatiale en forme de crochet. Ces éléments sont à placer dans le contexte primitif de construction et peuvent être mis en relation avec la date de consécration de l’édifice. Enfin, le plan restitué pour la période moderne est parfaitement compatible avec une conception originelle. Dans la configuration actuelle de restitution, l’abbatiale est formée d’une nef longue de 32,15 m et large de 16,80 m [523], un transept long de 29,30 m et large de 9,00 m avec chœur saillant à chevet plat de 6,60 m de large et long de 11,4 m. Au total l’édifice est de taille moyenne pour une longueur totale de 52,55 m avec une largeur de 29,3 m au transept et de 16,8 m à la nef. Ces estimations calculées selon des données cumulées, structures par structures, correspondent à un mètre près à la longueur mesurée en 1791 [524] pour la longueur et diffèrent d’un peu plus de deux mètres pour la largeur du transept. L’abbatiale de Barbery s’inscrit pleinement dans les plans caractéristiques des monastères du xiiie siècle, dont la morphologie générale est comparable à celle d’une abbaye sœur plus ancienne, Furness [525], la première fille de Savigny en Angleterre, qui présente un chœur très saillant aligné sur le vaisseau central de la nef. Ainsi, cette restitution effectuée à partir des documents modernes et de l’étude de terrain permet de transposer le plan moderne au modèle médiéval, malgré quelques modifications qui ne sont pas d’ordre planimétrique ou structurel.
L’aile des moines
205Dans le prolongement du croisillon sud du transept, l’aile des moines se développe du nord au sud, longeant la galerie orientale du cloître (fig. 14). Le plan de 1783 suggère que le pignon sud de l’aile des moines vient à l’aplomb du gouttereau nord de l’aile du réfectoire. En retour, et à la perpendiculaire de l’aile des moines (prolongement de l’aile du réfectoire), un bâtiment orienté est-ouest – désigné ci-dessus sous le nom de « cellier de Normandie » – longe la totalité du pignon de l’aile des moines, et se greffe à celui de l’aile du réfectoire.
206Tout au nord de cette aile, contre l’abbatiale, se trouve la sacristie, comme en témoigne un croquis du xviie siècle visant à situer les tombes à l’intérieur de l’abbatiale [526]. La visite de 1738 déjà évoquée permet quant à elle de retrouver le plan classique d’un abbaye cistercienne.
« Ledit sieur abbé nous a fait au surplus remarquer que le dortoir de ladite abbaye est en triangle, en la partie qui forme un des côtés du cloistre et qui conduit à l’ecalier dans l’angle vers la sacristie ensuitte est le chapitre, un pasage pour aller au jardin et de suitte une grande cave dont la voute qui porte une partie des chambres dudit dortoir étoit fort endommagée, de sorte que pour la soutenir et la rendre plus solide il a été obligé de partager ladite cave par moitié par un mur […] ».
208Au nord, la nouvelle salle créée par l’installation de ce mur de refend continue à être employée comme cellier. La seconde salle, au sud, destinée à servir de réfectoire aux domestiques, est en partie adossée à un vestibule, certainement dans l’aile sud du cloître, qui sépare le réfectoire d’une cuisine. Une série de portes permet d’accéder à ces deux salles via le vestibule, sans passer par le cloître : l’abbé en effet
« a fait condamner la porte d’entrée qui donnoit dans le cloître, il a fait faire un [sic] autre dans ledit mur pour l’exploitation de ladite cave qui est de service, l’autre partie d’icelle sert actuellement en un réfectoire pour les domestiques qui n’en avoient point du tout ; et à cet efet on a ouvert une demie croisée vers le jardin et l’on a percé deux portes dans le vestibulle une dans la côtiere l’autre dans l’angle se qui servira de cotière audit réfectoire qui auparavant servoit de refend à une grande cave ; et parce que de l’autre côté dudit vestibule du costé d’un autre escalier est la cuisinne on a percé le mur vis à vis de l’autre porte pour passer audit refectoire et on a fermé la porte de ladite cuisine qui donnoit dans le cloistre ; par cet aménagement il a trouvé un lieu propre à manger pour les domestiques qui n’en avoient point auparavant et il ne se trouve plus rien à aprehender pour ladite voute [527] ».
210L’extrémité de l’aile des moines communique avec l’aile sud du carré claustral. Ces deux ailes, orientale et méridionale, n’ont laissé aucune trace visible, mais des hypothèses peuvent être émises à partir des restitutions précédemment proposées. La longueur de l’aile des moines est forcément au moins équivalente à celle de la galerie du cloître. À défaut de connaître la largeur de l’aile du réfectoire, nous partons du postulat que la largeur est identique aux autres ailes, c’est-à-dire 12,40 m. Il n’est pas exclu que l’édifice soit moins large de 2 à 3 m, marge d’erreur certes importante, mais qui ne modifie pas en profondeur l’aspect général du plan. Si l’on ajoute à la longueur d’un côté du cloître la moitié de la largeur de l’aile du réfectoire, et que l’on retranche du total la profondeur du croisillon sud de l’abbatiale, on peut proposer de restituer une aile des moines de 12,4 m de largeur et 33,3 m de longueur hors-œuvre. Les dimensions restituées sont loin des volumes de l’abbaye de Bonport (aile des moines de 65 m de longueur), mais comparables à ceux de l’abbaye féminine de Fontaine-Guérard.
211Les textes modernes permettent de préciser l’organisation interne de l’aile. Au nord, contre le transept de l’abbatiale, dans la sacristie, un escalier, probablement installé contre le mur du transept, dessert le dortoir [528] (fig. 14). Cet espace peut être conçu comme un vestibule permettant l’accès au dortoir depuis le cloître, à l’abbatiale ou à la sacristie : l’association de fonctions circulatoires et religieuses évite la multiplication des escaliers. Cette configuration se retrouve à Fontaine-Guérard [529]. Dans la continuité de la sacristie se situait la salle capitulaire. Nous ne possédons aucun indice sur son plan, ni sur le nombre de ses travées. Le plan de 1783 nous permet cependant de penser qu’elle était comprise dans l’emprise de l’aile, et non saillante comme à Fontaine-Guérard ou Hambye [530]. On sait également que le chapitre général ordonna en 1330 d’effacer un calendrier portant l’indication des pitances accordées aux moines qui y avait été peint [531]. Au sud de la salle capitulaire, on trouve en 1738 un accès étroit conduisant du cloître au jardin situé à l’arrière de l’aile des moines. En 1790, il semble que ce passage ait été converti en parloir [532]. Enfin à l’extrémité sud, une « grande cave » communiquait avec l’aile du réfectoire. S’il y a lieu de penser que les espaces consacrés à la sacristie et à la salle capitulaire n’ont pas changé de fonction entre le Moyen Âge et l’époque moderne, il pourrait en être différemment de ce cellier qui occupe un espace généralement consacré à la salle de travail médiévale. Cependant, une salle de travail doit être pourvue de larges baies tandis que cette pièce voûtée est aveugle à l’époque moderne avant qu’une ouverture soit percée dans le gouttereau oriental. Les ouvertures peuvent avoir été bouchées afin de convertir la pièce en cellier, à moins que cet espace n’ait eu cet usage dès la conception.
212Sur toute la longueur de l’aile des moines, l’étage est dévolu au dortoir, qui se prolongeait en formant un L (ou « triangle ») à l’étage du bâtiment perpendiculaire à l’aile des moines – dont le rez-de-chaussée est désigné comme cellier de Normandie au xviie siècle. Ce dortoir « en equaire » est bâti ou rebâti entre 1688 et 1694, avec 22 croisées à douze chambres, deux planchers, « le colidor pavés de pierres de taille au dessus un platfond [533] ». En 1692, il semble qu’un grenier surmonte le dortoir [534].
213Là encore, les modifications de l’époque moderne ne paraissent pas avoir bouleversé en profondeur le plan originel : la restitution de l’extrémité sud de l’aile et de sa jonction avec celle du réfectoire reste néanmoins hypothétique.
L’aile du réfectoire
214S’étendant le long de la galerie sud du cloître, l’aile du réfectoire n’est jamais nommée de la sorte dans les sources modernes, qui l’évoquent rarement. Le plan de 1783 atteste d’une organisation que l’on peut qualifier d’indépendante puisque l’aile, malgré une façade linéaire côté cloître, résulte de trois édifices accolés les uns aux autres. Contraints entre l’aile ouest et l’aile des moines, les bâtiments se répartissent sur la longueur d’une galerie de cloître (34,2 m), avec des largeurs variant selon les édifices.
215À l’est, réside un premier édifice un peu énigmatique connu indirectement grâce au réaménagement du cellier de l’aile des moines en 1738, évoqué ci-dessus. Une cuisine est en effet aménagée dans l’aile sud attenante à l’aile des moines, c’est-à-dire dans l’aile du réfectoire. Un vestibule y est également inséré pour la circulation entre réfectoire des domestiques (dans l’aile des moines), cuisine, et un escalier [535]. Les dimensions de ce bâtiment ne sont pas déterminables. Le dessinateur du plan de 1783 suggère tout de même une taille plus modeste par rapport aux autres édifices (cuisine et réfectoire de l’aile sud). Selon le plan cistercien médiéval, ce lieu pourrait être le chauffoir, endroit permettant aux moines de se réchauffer ponctuellement, transformé en cuisine par la réutilisation d’une cheminée. La mention en 1692 d’un chauffoir surmonté d’un grenier (auquel accéderait l’escalier mentionné en 1738) pourrait ainsi désigner cet espace [536].
216Au milieu de l’aile du réfectoire, un bâtiment saillant est bien repérable sur le plan de 1783. La longueur du réfectoire (environ 26 m) en 1790 [537] invite à l’identifier à ce bâtiment, de même que la description donnée par F. Vaultier : « le réfectoire tout d’un jet, en voûtes hautes, larges et hardies, mais sans accessoires, ni division, ni pilier [538] ». Cette configuration de réfectoire saillant – à la différence des réfectoires parallèles au cloître de Mortemer (Eure), Fontaine-Guérard ou Jumièges (Seine-Maritime) – se retrouve, par exemple, à l’abbaye de Saint-André-en-Gouffern. La dimension mentionnée en 1790 paraît donnée dans œuvre si l’on compare cet édifice à d’autres réfectoires de même facture. Le même document précise :
« Dans ledit réfectoire, il y a un lambris en chêne de neuf pieds de hauteur garnissant les deux tiers dudit appartement qui a quatre vingt pieds de longueur [26 m], avec onze tables en chêne garnies de tiroir, une autre vieille table, un coffre en forme de table pour tailler la soupe des pauvres et deux buffets en chesne [539] ».
218En revanche, sa largeur n’est pas indiquée. La description de F. Vaultier permet d’imaginer un bâtiment haut sous voûtes, avec des croisées d’ogive formant plusieurs travées à nef unique. En effet, l’absence de pilier central autorise un vaste espace interne, libre pour accueillir les tables et bancs des moines lors des repas. Le plan de 1783 représente une grande et large baie sur le pignon sud, qui devait occuper une grande partie de l’espace. La restitution ici proposée est le résultat de l’insertion dans la figure 14 de l’aile de l’abbaye de Bonport qui est la seule conservée en Normandie. Le réfectoire de l’abbaye de Bonport est en effet un bâtiment comparable, de 29 m de longueur (seulement 3 m de plus) sur presque 10 m de largeur dans œuvre. Ce dernier est composé d’une nef unique scandée de cinq travées hautes. Sur le pignon, sont percées une grande verrière ainsi que trois paires de baies ouvertes sur les gouttereaux, suivies d’une verrière haute du côté du pignon sud pour échapper au cloître, ce qui apporte beaucoup de lumière au bâtiment. Il est tentant de proposer une restitution comparable pour Barbery et de dater les deux édifices de la même époque, vers le milieu du xiiie siècle, tout comme celui de Saint-André-en-Gouffern redécouvert récemment lors de sondages archéologiques, ou encore le réfectoire de l’abbaye de Royaumont. Ce dernier est toutefois divisé en six travées, subdivisées en deux nefs, les voûtes reposant sur une série de cinq piliers centraux, à la différence des réfectoires de Barbery et de Bonport.
219À Barbery, en 1638, « le viel reffectoir […] parois estre inhabitté, n’y ayant aucune vittre [540] ». Il retrouve pourtant sa fonction peu après, lors de la restauration d’une vie communautaire stricte par l’abbé Quinet. Basile Jacquin rapporte en effet, sans doute d’après Bernard Dauphin, qu’en 1640 :
« Sur la fin de cette année c’est à dire le 8 Xbre, feste de la conception de la Sainte Vierge, on commença à manger au réfectoire, il y eut trois anciens religieux qui par piété demandèrent à faire maigre, c’est ce qui plus beaucoup à dom Louis Quinet et voilà l’épocte de la réformation de Barbery [541] ».
221Basile Jacquin nous apprend également que le réfectoire a été pavé en 1746, décoré d’un lambris et pourvu de tables. Le réfectoire est à nouveau déserté des religieux vers 1788 lorsque l’abbé de Cairon décide de « réunir la table du réfectoire à celle des hôtes qui se tenoit à l’abbatiale [logis abbatial] [542] ».
222Cette aile se termine à l’ouest par un bâtiment cerné par le réfectoire et l’aile occidentale. Cet édifice est certainement le plus mal documenté, que ce soit à travers les sources ou par l’étude de terrain. L’inventaire du mobilier en 1790 [543] conduit de l’aile des moines à l’aile du réfectoire, décrit la cuisine, le réfectoire et une boulangerie qui pourrait donc correspondre à ce dernier bâtiment ouest. Il est possible que sa fonction médiévale soit différente, peut-être s’agissait-il de la cuisine du monastère. L’adaptation de la cuisine en boulangerie est tout à fait concevable, avec la réutilisation et la transformation d’une cheminée certainement monumentale en four. Le plus bel exemple conservé d’une cuisine cistercienne normande reste encore celle de l’abbaye de Bonport avec sa hotte monumentale.
L’aile des greniers et du pressoir, ancienne aile des convers
223La quatrième aile du carré claustral, à l’ouest, est généralement une copie conforme de l’aile des moines, hormis dans son organisation interne (fig. 14). D’importantes réfections à l’époque moderne permettent de relativement bien connaître ce bâtiment. Un procès verbal estimatif des réparations du cloître de 1738 désigne sans ambiguïté la fonction de cet espace à cette date :
« le mur contre lequel l’aille ou la ligne oxidentalle dudit cloistre est adossé et qu’il soutient d’un côté, et de l’autre, les caves, la menuiserie, le réfetoir de l’infirmerie, le pressoir, l’escalier pour monter aux chambres des hôtes qui sont sur lesdites caves, les greniers à pommes sur ledit pressoir, un grenier en l’entresol sur lesdittes chambres et au dessus un grenier ; à tous lesquels appartements ledit mur sert de costiere [gouttereau] et de soutien ainsi qu’au toist dudit corps de logis [544] ».
225Ce mur menace alors de tomber sur le cloître, ce qui amène à prescrire sa démolition et sa reconstruction complète. Basile Jacquin mentionne lui aussi ces travaux :
« Cette même année 1739, dom Nicolas Lambelin abbé de Barbery obtint la coupe de la réserve pour rebâtir les cloîtres en entier, on jetta même les fondements du côtté de la cave dont la muraille fut rebâtie en neuf dès les fondements, et le côté dudit cloître fut achevé en 40, et furent les trois autres côttez achevés en 43 et pavés l’année suivante ».
227En 1790, on mentionne toujours un cellier où se trouve le pressoir et une infirmerie, dotée d’une chapelle, dont on ne précise pas l’emplacement mais qui est probablement dans cette même aile [545]. La présence du pressoir permet de reconnaître cette aile dans les sources modernes : un contrat de travaux du 16 octobre 1619 évoque en effet cette aile sous le nom de « grand grenier de dessus le pressoir », dont il s’agit alors de refaire la couverture et charpente « depuis la premiere ferme de bout vers l’eglize jusques a une tablette [546] cassee qui donne sur la court vers le bois [547] ». On retrouve ce « grand grenier » parmi les biens affermés par l’abbé Jean Thuault à Pierre Guilbert, de Barbery, qui prend à ferme la basse cour de l’abbaye en avril 1637 :
« aura ledit Guilbert, preneur, pour sa demeure, toutes et chacunes les maison dont il jouict a present, avec le grand grenier ; aura aussy ledit Guilbert droict et liberté piller au pressoir de ladite abbaye tous et chacuns les fruictz qu’il racuillira sur ladite ferme, consentant ledit sieur bailleur que ilz y pilleront chacun sa sepmaine ; a la charge dudit preneur d’entretenir en couverture volante toutes lesdites maisons dont il jouira fors que l’un des costés dudit grand grenier sera entretenu par ledit sieur bailleur qui est le costé vers le clouestre de laditte abbaie [548] ».
229C’est justement ce dernier mur, dont l’entretien était à la charge des moines, qui est en ruine en 1738.
230L’usage de cette aile du cloître est un enjeu important au xviie siècle dans le conflit qui oppose l’économe Le Mercier aux religieux. En 1681, le bail de la ferme de la basse cour précise en effet que le preneur devra construire un pressoir, un cellier et une « charterye » parce que les religieux « se sont emparés de l’antien pressoir, celier et greniers dont les fermiers ont cy devant jouy, lesquels ont esté applicqués par lesdicts sieurs religieux à leur usage [549] ». Ceci éclaire les travaux de 1677, les religieux ayant alors commandé à un maçon de faire « les fenêtres, portes et murailles de séparation dans le pressoir et grenier de dessus [550] ». Il s’agit probablement en réalité de refaire ces murs de séparation puisqu’ils existent déjà en 1627 dans un bail où est mentionnée la jouissance par le fermier des grands greniers donnant sur le cloître, sauf la portion « qui est séparée d’une closture [551] ». Il est encore question en 1637 « de la portion du grenier qui est separé d’une closture du grand grenier qui donne sur le clouestre [552] ». Quoi qu’il en soit, la jouissance du pressoir doit revenir au fermier en 1683 selon les termes de l’accord conclu entre Le Mercier et les religieux, lesquels s’engagent à laisser « l’entiere et plaine jouissance du pressoir, greniers et lieux attenants au fermier de la basse court pendant ledit temps », c’est-à-dire les deux années suivantes, probablement en attendant la construction d’un nouveau pressoir à côté de la porterie gothique [553]. Cette nouvelle construction ne semble pas mettre un terme pour autant aux contacts entre la ferme et les bâtiments conventuels, Basile Jacquin indiquant que l’abbé Nicolas Lambelin aurait fait « réparer les brèches de l’enclos et oter toute communication avec la ferme de la bascour [554] » vers 1734.
231Au Moyen Âge, dans les habitudes cisterciennes, cette aile est à l’usage des convers. Le rez-de-chaussée se compose d’un grand cellier et d’un escalier permettant d’accéder à l’étage, dédié à un dortoir couvrant la totalité de l’édifice. À Barbery, le cellier aurait été partiellement converti en pressoir, tandis que l’étage, auquel un escalier accédait au niveau de la fontaine [555], serait devenu, dès le xviie siècle au moins, grenier à pommes et hôtellerie. Un espace est dédié en 1738 au réfectoire de l’infirmerie dans lequel il pourrait être tentant de reconnaître l’ancien réfectoire des convers. Grâce à la partie basse du pignon nord de l’aile des convers en élévation, on peut, en s’appuyant sur le schéma de 1783, proposer une restitution du pignon sud de l’édifice, aligné avec le gouttereau sud de la cuisine. Les vestiges sont assez lisibles et significatifs pour tenter une restitution de l’édifice. Les traces d’arrachement des gouttereaux du pignon nord indiquent une largeur de 12,4 m hors œuvre (fig. 18) ; les autres éléments de restitution permettent de proposer une longueur d’environ 45,6 m. L’édifice est composé de deux niveaux, un rez-de-chaussée voûté dont le sol d’origine est à environ 1,70 m de profondeur, surmonté d’un étage matérialisé par un alignement de pierre saillant au dessus des voûtes du rez-de-chaussée. Le bâtiment devait mesurer, au niveau du gouttereau, une dizaine de mètres de hauteur.
Étude du pignon de l’aile ouest du carré claustral
Étude du pignon de l’aile ouest du carré claustral
232L’usage de cette aile du cloître montre bien à quel point la clôture des espaces est fluctuante, ainsi que l’importance des relations des moines avec la ferme de la basse cour. L’étude des bâtiments de cette dernière ne fait que le confirmer.
Hors du cloître : le complexe de la porterie médiévale
233Malgré un état avancé de délabrement, le complexe de la porterie est encore parfaitement repérable. La cohérence de ces bâtiments est maintenue par leur regroupement, surplombant à l’ouest les édifices conventuels. Sont aujourd’hui conservés l’ancienne porterie gothique, désignée comme grande porte jusqu’à la fin du xviie siècle avant d’être pleinement intégrée aux bâtiments de la basse cour, et un bâtiment d’accueil converti au moins dès le début du xviie siècle en étable.
La porterie gothique
234À une soixantaine de mètres de l’extrême nord-ouest du carré claustral, un bâtiment formé par quatre murs sans toiture ni étage, laissé à l’abandon, est recouvert d’une végétation qui contrarie l’étude [556] (fig. 2 plan de localisation et fig. 19). Une intervention sommaire a été réalisée afin de comprendre sa fonction. Le bâtiment semble de prime abord carré, mais mesure en réalité 10,7 m de longueur sur 7,5 m de largeur, dans œuvre. Des réaménagements ont largement perturbé sa fonction d’origine. En 1726, les mesures indiquées pour les bâtiments de ce secteur dévolu à cette époque à la ferme de la basse cour de l’abbaye – et qui reste une ferme après la disparition de l’abbaye (fig. 20) – permettent d’identifier ce bâtiment comme le « pavillon [557] » :
La porterie gothique, vue de l’est
La porterie gothique, vue de l’est
Ancienne carte postale de la ferme de la basse cour
Ancienne carte postale de la ferme de la basse cour
« De la, nous nous sommes transportez a la ferme de la basse cour de ladite abbaye qui est composée d’un corps de logis de cinquante pieds de longeur [16,25 m] et de vingt quatre de largeur [7,80 m] distribuée dans le bas en une cuisinne et un escalier et une petite sale deux chambre dessus ; à coté est un corps de pavillon saillant dans la cour de douze pieds [3,90 m] servant dans le bas d’une cave de vingt cinq pieds [8,06 m] en quarré ; sur ladite cave, une chambre ; à costé est un autre corps servant actuellement de pressoir et une chambre dessus, greniers sur le tout [558] ».
236Des éléments architecturaux témoignent de l’organisation interne (fig. 21). Des traces d’arrachement des formerets et la présence de culots, pour certains encore en place, attestent l’existence d’un voûtement au rez-de-chaussée. Trois travées sont repérables sur les deux gouttereaux, espacées en moyenne de 3,37 m. On perçoit, sur le mur occidental extérieur, une grande ouverture aujourd’hui en partie bouchée : encadré par deux contreforts saillants, un arc chanfreiné de 3,51 m de largeur à la base suggère la porte charretière de la porterie. Plus au sud devrait se trouver la porte piétonne, qu’une restructuration de la maçonnerie empêche de documenter. Un remontage du parement avec un effet de paroi montre le départ d’un arc du contrefort central. Ce départ est plus bas que la porte charretière et plus petit, avec une mesure approximative d’ouverture maximale de 3,10 m. Le mur ouest, totalement repris, ne se prête à aucune lecture. Par symétrie, on aurait dû retrouver une similitude dans les ouvertures. À l’intérieur, le bâtiment se découperait en deux longs couloirs, orientés est-ouest, de trois travées chacun. La porterie était certainement surmontée d’un étage. Durant la période moderne, le bâtiment est complètement restructuré, les ouvertures monumentales sont bouchées, laissant des portes plus petites, plus adéquates pour une exploitation agricole. Au sud, sur la moitié de la porterie, un bâtiment rectangulaire correspond à l’habitation du fermier. Des traces d’enduits peints en faux-joints rouges retrouvés sur le côté sud de la porterie, qui sert de pignon au logement, laissent penser que ce dernier serait un édifice plus ancien et, peut-être, une des composantes de la porterie. On a vu plus haut que ce logis n’est pas converti en logis du fermier avant le milieu ou la seconde moitié du xviie siècle, ce dernier habitant à la porte du Bois dans la première moitié du même siècle.
Essai de restitution de la porterie de l’abbaye de Barbery
Essai de restitution de la porterie de l’abbaye de Barbery
237La porterie gothique est mentionnée lors de travaux en 1677-1678 comme « la grande porte de ladite basse cour », « bâtiment de la porte » ou encore « première porte de la basse cour [559] ». Elle reste en effet probablement en usage jusqu’à la fin du xviie siècle, lorsqu’on construit auprès d’elle un pressoir et une écurie : « Plus on a fait un bastiment pour un pressoir et écurie du costé de l’entrée de l’abbaye ce qui a desjà cousté environ six cent livres [560] ». La fonction de portier était cependant probablement dévolue aux laïcs depuis fort longtemps : dès 1454, Raoul Le Roy, qui s’est « donné » à l’abbaye, se voit confier la responsabilité de garder, clore et ouvrir la porte de l’abbaye [561], en échange de quoi il prendra sa demeure avec son épouse dans « la maison de ladite porte ». Auparavant, des mentions de la porte de l’abbaye n’informent pas sur le bâti, mais seulement sur l’usage consistant à faire des dons aux pauvres à la porte au xiiie siècle [562].
Une structure d’accueil médiévale ?
238En contrebas plus à l’est, les imposantes ruines d’un édifice laissé à l’abandon (fig. 2 plan de localisation et fig. 22), dont Arcisse de Caumont soulignait déjà l’intérêt, conserve l’intégralité de ses murs sur toute leur hauteur (fig. 12-2). L’antiquaire déplorait, en 1859, la destruction des voûtes : « Les belles voûtes que je viens de décrire ont été détruite à grand’peine il y a un an […] C’est un acte de vandalisme rural [563] ». Le classement du bâtiment au titre des Monuments historiques en 1933 n’empêcha pas la ruine des toitures pendant la seconde guerre mondiale [564]. Malgré diverses alarmes, la dégradation du bâtiment se poursuit.
Élévation du pignon oriental de la structure d’accueil, visible depuis l’entrée moderne du monastère
Élévation du pignon oriental de la structure d’accueil, visible depuis l’entrée moderne du monastère
239D’une superficie d’environ 500 m2 (fig. 23), l’édifice mesure 32 m de longueur sur 15,6 m de largeur. La disposition interne de l’ensemble se compose de trois éléments : deux grandes pièces principales (salle ouest et salle est) de 14 m sur 8 m chacune, longées au sud par un bas-côté de 29 m sur 4,6 m. D’extérieur, malgré des zones dissimulées par un lierre dense, les façades laissent transparaître de nombreuses ouvertures, certaines bouchées, d’autres buchées pour les transformer en porte. Les réaménagements successifs de l’édifice ont bouleversé l’organisation de circulation, l’éclairage, mais ont conservé ses traits caractéristiques qui permettent aujourd’hui d’en proposer une restitution chronologique par phase de construction.
Essai de restitution de la structure d’accueil de l’abbaye de Barbery
Essai de restitution de la structure d’accueil de l’abbaye de Barbery
240Le gouttereau septentrional (fig. 24) est dès l’origine percé de baies, afin d’agrémenter les deux grandes salles du bas. Elles sont identiques, même si une seule est archéologiquement complète, permettant sa transposition à toutes les ouvertures du septentrion et des deux pignons. En forme de lancette, elle est subdivisée par un meneau central en deux lancettes plus petites surmontées d’un œil de bœuf quadrilobé (fig. 25). D’ouest en est, ce gouttereau est composé de huit travées scandées de contreforts, en grande partie démolis. Ils ont la particularité d’être très minces avec une base à ressaut et surmontés d’un glacis rampant jusqu’à un larmier intermédiaire qui délimite le rez-de-chaussée du premier étage. Dans la première travée ouest, se placent une porte et à l’opposé une baie en lancette beaucoup plus petite que les autres pour combler un espace réduit. Les cinq travées suivantes sont quant à elles percées de ces grandes baies si reconnaissables. L’avant-dernière travée orientale est percée d’une porte monumentale. Sur la même façade, les baies du premier étage sont différentes. Assez trapues, elles montrent des piédroits très moulurés sous forme de ressaut, surmonté d’un arc en plein-cintre. À cheval sur les deux niveaux, deux portes ont été placées au-dessus d’un contrefort, axées sur le piédroit occidental. Formées de piédroits arrondis surmontés d’un arc surbaissé lui aussi arrondi, ces portes aux dimensions identiques aux baies de l’étage se situent, pour la première, entre la première et seconde travée, pour la seconde, entre la septième et la huitième travée. Un effet longitudinal est souligné par deux niveaux de larmiers terminés par un troisième correspondant à une corniche. Le premier longe la base de toutes les baies du rez-de-chaussée et se prolonge sur un ressaut du contrefort pour garder une linéarité. Le deuxième correspond à un larmier démarquant les deux niveaux du bâtiment et passe sous toutes les ouvertures et les sommets des contreforts. Il suit également le décrochement des deux portes dont l’emmarchement est plus bas que la base des baies. Elles sont toutes les deux de même facture, à savoir une forme triangulaire composée d’un chanfrein, suivi par un rentrant plat qui se termine par une goutte d’eau jusqu’à l’aplomb du mur. Enfin, une série de modillons carrés en forme de doucine supporte un larmier simplement chanfreiné.
Carte postale du gouttereau nord de la structure d’accueil
Carte postale du gouttereau nord de la structure d’accueil
Carte postale du gouttereau nord de la structure d’accueil
Carte postale du gouttereau nord de la structure d’accueil
241Les pignons du bâtiment conservent la même organisation que le gouttereau nord, à savoir baie, larmier, contrefort. Sur les deux pignons, au rez-de-chaussée, deux grandes baies en lancette ont à leur base un larmier et sont encadrées par des contreforts surmontés d’un second larmier. Pourtant, ces baies sont plus larges que les précédentes afin de prendre une large place aux extrémités des deux nefs. Au-dessus, deux baies identiques à celles de l’étage du gouttereau nord sont axées avec celles du rez-de-chaussée. Au faîte, une différence s’opère entre les deux pignons, avec pour l’oriental deux petites baies et pour l’occidental, une seule fenêtre centrale. D’un point de vue structurel, le pignon n’est pas symétrique du fait de l’insertion d’un bas-côté sur la longueur sud de l’édifice. De ce fait, le rampant de toiture se prolonge plus bas au sud qu’au nord.
242Les pignons de ce bas-côté sont percés de deux baies superposées, encadrées par deux contreforts, l’une ouvrant sur le rez-de-chaussée et l’autre sur l’étage. Le gouttereau sud a été fortement remanié, et il reste difficile de percevoir l’organisation de sa façade, plus petite que son pendant nord, du fait de la présence du bas-côté. La façade de ce dernier présente de nombreuses traces d’arrachement de contreforts et quelques baies bouchées. D’autres baies ont été percées afin de convertir le bâtiment à un usage agricole. On ne distingue aujourd’hui aucune ouverture correspondant à un état primitif. Néanmoins, sur le gouttereau sud, à l’est, la trace d’une fenêtre, en partie bouchée et démontée, témoigne d’une typologie de baie spécialement employée pour le bas-côté. De même, au milieu du mur, la trace de deux arcs à claveau successifs atteste d’un passage double (fig. 26).
Vestige d’un passage double depuis l’extérieur desservant des vestibules, pour accéder au rez-de-chaussée et aux étages de la structure d’accueil
Vestige d’un passage double depuis l’extérieur desservant des vestibules, pour accéder au rez-de-chaussée et aux étages de la structure d’accueil
243Les arrachements de voûtes sur les gouttereaux et les négatifs de charpente permettent une restitution des volumes et des niveaux. Les salles ouest et est possèdent quasiment les mêmes caractéristiques, avec six baies réparties sur le gouttereau nord et le pignon correspondant à chacune des deux salles. Ces dernières sont séparées par un mur de refend situé exactement au milieu du bâtiment. L’organisation interne tend à montrer que ce mur peut être considéré comme l’axe d’une symétrie presque parfaite, tant au niveau de la répartition des voûtes que des portes, voire des cheminées, au rez-de-chaussée comme à l’étage (fig. 23). Au rez-de-chaussée, chaque salle possède deux portes d’accès au bas-côté ; on retrouve la même organisation à l’étage suggérant un niveau au-dessus du bas-côté. Toutes les pièces disposent d’un système de cheminées fonctionnant en binôme, avec un conduit identique saillant par rapport au mur, prenant la forme d’un contrefort pour les cheminées du rez-de-chaussée et de l’étage (fig. 29). Le système de voûtement est très détérioré, jusqu’au bûchage des culots, à l’exception de trois d’entre eux qui permettent de reconnaître le style employé.
244Un relevé volumétrique du bâti a été réalisé afin d’établir un phasage, mais surtout de déterminer la disposition interne et la relation entre chaque pièce, le système de circulation étant essentiel pour comprendre l’édifice. Éclairées par des séries de baies décorées, les deux grandes salles, certainement très lumineuses, sont voûtées de très fines croisées d’ogives en amande. Les vestiges des voûtes témoignent de deux nefs de quatre travées. Les voûtes étaient maintenues par des culots à décor géométrique ou végétal, et soutenues au centre par trois colonnes décrites par Arcisse de Caumont [565]. Une légère déformation et un rétrécissement sont ressentis au contact du refend. Il est vraisemblable que les constructeurs n’ont pas pris en considération l’épaisseur du mur qui ampute la longueur des travées contiguës de 90 cm. Les cheminées sont inscrites dans le mur sud et placées dans la deuxième travée en partant du refend. Les murs étaient enduits et peints d’un pigment rouge avec des tracés réguliers en joint blanc d’un faux appareillage. Par endroits, des rosaces incisées se distinguent dans le mortier. La salle du bas-côté, quant à elle, est voûtée en plein-cintre sur toute sa longueur. Les éléments retrouvés en négatif indiquent que ce bas-côté était divisé en deux espaces reprenant l’organisation des grandes salles, ce dont témoignent des arrachements et une double porte aujourd’hui bouchée. Ainsi, une circulation double et parallèle divise l’espace en deux. Chaque pièce du bas-côté possède une cheminée ainsi que deux baies de forme trapue et ogivale au centre, installées sur le gouttereau sud. Sur les pignons, ces baies sont plus grandes. L’étage présente une disposition identique à celle du rez-de-chaussée.
245La topographie et le système de circulation sont très particuliers dans ce bâtiment. Les deux portes de la façade nord permettaient d’accéder aux deux grandes salles. À l’intérieur, aucun indice ne témoigne de la possibilité d’accéder directement de l’une à l’autre, la porte bouchée dans le refend ayant été rajoutée ultérieurement. Chaque grande pièce accède au bas-côté par deux portes, situées à ses extrémités. Les premières sont situées contre les gouttereaux et les secondes de part et d’autre du mur de refend, aminci pour faciliter le passage (fig. 27). On peut supposer que ce mur se prolongeait dans le bas-côté, rendant totalement hermétiques les deux ensembles. Il est très probable que ce bas-côté ait servi d’accès aux deux salles du rez-de-chaussée et aux étages. En effet, au-dessus des deux portes séparées par le refend des grandes salles, on retrouve les mêmes organisations spatiales. On peut donc supposer l’existence d’un escalier dans ce corridor, permettant l’accès à l’étage. Enfin, à l’étage, la même configuration se retrouve dans chaque grande salle : une porte contre le pignon ouvrant sur une salle haute du bas-côté, une autre, contre le refend, sur un escalier (fig. 28). Le gouttereau nord voit la présence de deux portes réparties sur les deux salles du haut (fig. 24) ; même si en extérieur un système de corbeau encadre ces structures, la présence d’un escalier en bois contre cette façade ne peut être documentée.
Détail des aménagements réalisés dans le refend facilitant l’insertion de la porte
Détail des aménagements réalisés dans le refend facilitant l’insertion de la porte
Emplacement des deux portes d’accès à l’escalier, alignées verticalement
Emplacement des deux portes d’accès à l’escalier, alignées verticalement
246L’interprétation de l’ensemble est rendue délicate par sa conversion en bâtiment agricole. Une carte postale montre ainsi le foin débordant des baies (fig. 25), quelques décennies après qu’Arcisse de Caumont a déploré la destruction des voûtes dans le but « d’obtenir plus de place pour loger le blé [566] ». L’usage agricole de l’édifice était cependant plus ancien encore. La visite de la basse cour en 1726 le désigne comme « un ancien bastiment qui sert actuellement d’écurie, estables, bergerie, grenier à foin [567] ». Au nord, vers la cour, une porte ouvre à cette date sur une souette (étable à porcs), qu’un mur de refend sépare de l’étable. Il semble que l’on puisse encore reconnaître cet édifice dans un bail de 1627 qui mentionne « les vieulx grands grenyers et estables et estables [sic] de dessoubz », bien distingués des « grands grenyers qui donnent sur le clouestre [568] ».
247Si la tradition locale, démentie par A. de Caumont, voulait faire de ce bâtiment une ancienne église [569], la conversion précoce du bâtiment à des fins agricoles a sans doute trompé Lucien Musset qui voyait là sa fonction initiale [570]. Jean Hermant semble le décrire comme « le grand et vaste logis des convers et frères donnez, qui subsiste encore en son entier et qui est dans la grande cour ». Bertrand Bonnin, s’appuyant des chartes du xiie siècle, l’interprète pour sa part comme une infirmerie séculière [571]. Vincent Juhel et François Saint-James, soulignant la qualité du décor, proposent d’y reconnaître une hôtellerie [572]. Ces deux dernières interprétations peuvent être retenues, l’organisation interne laissant supposer une hiérarchie entre les deux grands espaces strictement cloisonnés (fig. 29). Tout d’abord la configuration de l’édifice suggère un fonctionnement en toute autonomie, par sa position de marge dans l’abbaye (à l’intérieur du petit enclos, proche de la porterie), dédiée à l’accueil des hôtes. Effectivement, le rez-de-chaussée est agrémenté de deux grandes salles d’accueil soignées et confortables – une cheminée large d’une travée et un programme décoratif soigné (sculpture et peinture) – le tout longé par un bas-côté dédié aux communs – de type cuisine, en raison de la présence de cheminées. La répartition des espaces se répercute à l’identique au premier niveau, les grandes salles pouvant servir de dortoir, tandis que le bas-côté échappe pour le moment à toute interprétation d’usage. Les pratiques d’accueil des communautés cisterciennes sont généralement connues au travers d’un maigre lot d’hotelleries conservées en Europe. Les exemples les plus célèbres restent les bâtiments d’accueil de l’abbaye d’Ourscamp (Oise) ou celle de Villers-en-Brabant (Belgique), dont les dispositions internes ne peuvent être rapprochées de celles de Barbery [573]. En puisant dans les rares exemples locaux, des similitudes organisationnelles apparaissent, à l’instar d’un bâtiment des hôtes à l’abbaye cistercienne de La Trappe [574], ou encore l’important logis de l’Abbaye aux Hommes de Caen [575], tous deux édifiés au xiiie siècle. Enfin, la structure d’accueil de Barbery présente un caractère d’exception avec une volonté de hiérarchiser altimétriquement l’édifice, composé de deux blocs identiques à des altitudes différentes. Le niveau de sol du bloc ouest (salle principale, bas-côté et étage) est plus élevé que celui du bloc est, sans compromettre l’unité architecturale – le toit ne montre aucune démarcation –, tandis que les larmiers et la disposition des baies sur la façade nord accompagnent la différence de niveau. Au vu des terrassements entrepris au Moyen Âge, et à Barbery même, pour mettre à niveau des bâtiments, la déclivité naturelle ne paraît pas pouvoir expliquer cette distinction qui serait plutôt à mettre au compte d’une volonté de hiérarchiser les deux espaces. Ce bâtiment d’accueil pourrait de la sorte avoir distingué les hôtes des malades, en évitant tout contact entre eux. L’hypothèse d’une différenciation des hôtes selon leur importance sociale est plus convaincante. En effet, les descendants des fondateurs d’une abbaye doivent régulièrement séjourner sur place afin d’honorer leurs aïeux et participer à certaines grandes fêtes religieuses, des séjours bien documentés pour l’abbaye de Saint-Georges de Boscherville [576]. En somme, un espace pourraît leur être attribué respectant une hiérarchie du statut, les parties les plus hautes de l’hôtellerie de Barbery leur étant consacrées. On soulignera malgré tout l’importance de l’unité architecturale créant dans un seul volume deux édifices aux fonctions identiques, pour des statuts différents, certainement dans un soucis de cohésion, de coûts et d’usage au quotidien. La construction de la maison abbatiale, où sont logés les invités de marque à l’époque moderne, a probablement entraîné la conversion du bâtiment.
Coupe longitudinale et transversale du bâtiment d’accueil
Coupe longitudinale et transversale du bâtiment d’accueil
Datation et phasage du bâti médiéval
248Le seul repère chronologique dont nous disposons concernant le bâti médiéval est la consécration de l’abbatiale en 1247. Rien n’indique cependant que les travaux soient alors achevés [577]. Les maigres vestiges du carré claustral (fig. 11, 12, 13 et 15) permettent de proposer un élément de chronologie relative. Le pignon de l’aile des convers s’appuie contre la maçonnerie plus ancienne du narthex (fig. 12 et 18). La maçonnerie se prolonge en se transformant en gouttereau oriental de l’aile des convers, dont le voûtement, laissé en négatif, se greffe sur la maçonnerie du narthex. Chronologiquement, l’aile des convers est donc postérieure au narthex, ce qui n’autorise cependant aucune datation absolue (fig. 30). Les épitaphes du chapitre ne constituent pas davantage un élément chronologique fiable, la plus ancienne sépulture (datée par l’épitaphe de 1206) ayant pu être déplacée.
Hypothèse de restitution de l’abbaye de Barbery pour le xiiie siècle
Hypothèse de restitution de l’abbaye de Barbery pour le xiiie siècle
249Reste la datation stylistique suggérée par le narthex, l’abbatiale, et la structure d’accueil (fig. 15 et 31). Le style employé est cohérent avec une construction au milieu du xiiie siècle, voire dans la seconde moitié du xiiie siècle [578]. On peut imaginer une campagne de construction autour du milieu du xiiie siècle. Il ne semble pas que le site ait vu l’installation de constructions provisoires étant donné la proximité du site de la « Vieille Abbaye » qui pouvait accueillir la communauté naissante [579].
Culot de la salle ouest du rez-de-chaussée du bâtiment d’accueil (milieu du xiiie siècle)
Culot de la salle ouest du rez-de-chaussée du bâtiment d’accueil (milieu du xiiie siècle)
Conclusion
250Malgré le peu de vestiges conservés, l’abbaye de Barbery peut servir de site de référence concernant l’organisation du bâti, comparable aux abbayes de Bonport, de Royaumont, de Saint-André-en-Gouffern, dont les bâtiments sont également élevés vers le milieu du xiiie siècle, avec des caractéristiques similaires. L’abbatiale de Barbery présente toutefois l’originalité d’un chevet plat tandis que la plupart des abbayes cisterciennes masculines adoptent un chevet absidial avec chapelle.
251La conservation de la porterie gothique et du bâtiment d’accueil constitue l’un des intérêts principaux de l’ensemble. Malgré la présence de porteries médiévales cisterciennes en Normandie comme à Villers-Canivet et Mortemer ou encore les quelques vestiges de l’abbaye de l’Estrée, ces dernières ne conservent pas les autres composantes de ce secteur. Les structures d’accueil médiévales sont très rares, particulièrement chez les cisterciens. L’enjeu que représente la gestion de ces espaces convertis à des fins agricoles à l’époque moderne montre encore une fois la nécessaire association de l’étude des sources écrites aux investigations archéologiques en vue de comprendre les transformations structurelles du bâti.
252Le dossier met enfin en évidence l’important travail monographique qui reste à accomplir avant de pouvoir proposer des synthèses sur les établissements cisterciens normands.
Mots-clés éditeurs : Cistercien, cloître, hôtellerie, Jean Hermant, liste abbatiale, Marmion, méthode régressive, porterie, prospections archéologiques, Savignien
Date de mise en ligne : 23/06/2015
https://doi.org/10.3917/annor.651.0039