Compte rendu

Mathevet R., Béchet A.. Politiques du flamant rose, vers une écologie du sauvage. Marseille, Éditions Wilprojets, coll. « Le monde qui vient », 2020, 137 p.

Pages 137a à 137

Citer cet article


  • Fourault-Cauët, V.
  • et Quéva, C.
(2021). Mathevet R., Béchet A.. Politiques du flamant rose, vers une écologie du sauvage. Marseille, Éditions Wilprojets, coll. « Le monde qui vient », 2020, 137 p. Annales de géographie, 737(1), 137a-137. https://doi.org/10.3917/ag.737.0137a.

  • Fourault-Cauët, Véronique.
  • et al.
« Mathevet R., Béchet A.. Politiques du flamant rose, vers une écologie du sauvage. Marseille, Éditions Wilprojets, coll. “Le monde qui vient”, 2020, 137 p. ». Annales de géographie, 2021/1 N° 737, 2021. p.137a-137. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2021-1-page-137a?lang=fr.

  • FOURAULT-CAUËT, Véronique
  • et QUÉVA, Christophe,
2021. Mathevet R., Béchet A.. Politiques du flamant rose, vers une écologie du sauvage. Marseille, Éditions Wilprojets, coll. « Le monde qui vient », 2020, 137 p. Annales de géographie, 2021/1 N° 737, p.137a-137. DOI : 10.3917/ag.737.0137a. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2021-1-page-137a?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ag.737.0137a


Mathevet R., Béchet A.. Politiques du flamant rose, vers une écologie du sauvage. Marseille, Éditions Wilprojets, coll. « Le monde qui vient », 2020, 137 p.

1 Cet ouvrage alerte rédigé à quatre mains constitue une véritable démonstration des enjeux écologiques actuels.

2 Démonstratif, ce livre l’est tout d’abord par son écriture fluide, qui rend accessible une étude de terrain au long cours menée en Camargue autour de la protection des flamants roses. Enrichi d’une série de photographies qui rendent visibles les multiples paysages du delta du Rhône et de ses environs, le texte témoigne des spécialités de géographe et d’écologues de ses auteurs en trois grands temps.

3 Une première partie explicite les vicissitudes des différentes espèces de flamants à l’échelle du globe, puis détaille les principales étapes de vie des flamants roses de Camargue. Ce détour apparent par l’écologie pour les géographes n’en est in fine pas un, puisqu’il permet de saisir le sens de leur présence en Camargue.

4 L’entrée territoriale est d’ailleurs privilégiée dans la suite de l’ouvrage : les auteurs y retracent avec une grande finesse non seulement la géographie contemporaine des colonies de flamants, leur implantation sur un îlot artificiel sous le regard de plus en plus perçant des scientifiques, mais aussi leur mobilité suivant les années, oscillant de manière croissante entre Bouches-du-Rhône et Gard, au gré des perturbations imputables à d’autres animaux, ou de l’absence de mise en eau de l’étang entourant leur abri lors d’une grève des employés du groupe Salins. C’est l’une des très grandes qualités de cet ouvrage que de donner à voir la complexité des phénomènes qui affectent en Camargue tant les humains que les « autres-qu’humains » et dont la compréhension est nécessaire pour saisir la diversité des formes de nature qui y sont présentes, mais aussi les jeux d’acteurs qui entourent la protection du flamant rose. Les auteurs exposent ainsi la redéfinition complexe et parfois douloureuse de cette dernière au gré des vicissitudes économiques de la production de sel, ou encore du rôle foncier croissant – et donc désormais perçu comme menaçant par certains – du Conservatoire du littoral, le tout débouchant sur un portrait particulièrement détaillé des territoires tant humains qu’animaux dans ce delta de Camargue. Au travers des pages, est dévoilé un jeu complexe d’interactions et d’événements : comment la tomate prend le pas sur le riz et, ce faisant, conduit à une salinisation accrue de l’eau, ou comment le passage d’un cygne noir déstabilise toute une colonie et réduit à néant sa reproduction un an durant.

5 Le diagnostic ainsi établi nourrit le troisième temps du livre, dans lequel les auteurs posent avec clarté un certain nombre de questions et de projets en matière « d’intendance de la nature ». Forts de leur connaissance des politiques menées autour du flamant, ils appellent à une reconnaissance, d’une part, de la diversité des natures, mettant en évidence les gradients existants, de la « sauvageté » aux territoires humains ; ils invitent, d’autre part, à reconnaître la diversité des points de vue et des acteurs, parfois non conciliables, autour d’un territoire ; à accepter enfin, un « lâcher-prise » de la conservation, qui passerait, par exemple, par l’absence d’accompagnement systématique de la reproduction des flamants. Si l’on en croit les auteurs, en acceptant cette part d’incertitude, en surveillant moins les espèces protégées, en imposant moins leur volonté de contrôle de la vie, les sociétés humaines permettraient alors aux non-humains de restaurer partiellement leur autonomie.

6 Cet ouvrage, remarquable tant par la connaissance du terrain étudié que par la clarté avec laquelle les questions actuelles de l’écologie sont évoquées, se veut une invitation à débattre de nouvelles politiques de natures dont la diversité serait reconnue, et autour d’un réensauvagement partiel. À cet égard, le pari semble pleinement rempli.


Date de mise en ligne : 22/02/2021

https://doi.org/10.3917/ag.737.0137a