Relire la géographie de Conrad Malte-Brun
- Par Laura Péaud
Pages 99 à 122
Citer cet article
- PÉAUD, Laura,
- Péaud, Laura.
- Péaud, L.
https://doi.org/10.3917/ag.701.0099
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- Péaud, L.
- Péaud, Laura.
- PÉAUD, Laura,
https://doi.org/10.3917/ag.701.0099
Notes
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[1]
J’exprime ici par l’expression « savoirs géographiques » l’idée que les pratiques, les méthodes et les productions géographiques relèvent d’une grande pluralité. Suivant les analyses de J.-M. Besse, H. Blais et I. Surun (2010), une multiplicité de façons de faire géographiques coexistent alors. Aucune norme disciplinaire, au sens foucaldien du terme (Foucault, 1969, 1975) ne se détache encore clairement, ce qui justifie l’emploi du pluriel au cours de cet article.
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[2]
Voir à ce sujet l’ouvrage de Marie-Noëlle Bourguet : Déchiffrer la France : la statistique départementale à l’époque napoléonienne (1989).
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[3]
L’Académie militaire qui se situe à Berlin.
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[4]
La création de nouvelles institutions scolaires confère en particulier une reconnaissance publique aux savoirs géographiques. En France, l’École Normale, créée en 1793, ou encore l’École centrale, future École polytechnique, fondée en 1794 accordent une place toute particulière à l’enseignement géographique (Nordman, 1994). Du côté prussien, c’est la Kriegsschule créée en 1809, l’Académie militaire, qui remplit le rôle de valorisation et d’enseignement des savoirs géographiques (Engelmann, 1983).
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[5]
La revue paraît entre 1807 et 1814, elle est ensuite remplacée à partir de 1819 par les Nouvelles Annales des Voyages, de la Géographie et de l’Histoire. Remarque : dans la suite de l’article, le titre est abrégé en Annales des Voyages.
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[6]
Les Annales des Voyages constituent un recueil de nouvelles inédites qui compte s’inscrire dans la durée d’une nouvelle discipline, tandis que le Précis s’envisage comme une somme encyclopédique de toutes les connaissances géographiques.
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[7]
A.-M. Godlewska rappelle que Malte-Brun arrive en France en 1799 en soutenant fermement le régime et les idées révolutionnaires. Il ne cache pas ensuite son attachement à l’Empire, tout en critiquant Napoléon Ier. Enfin, avec la Restauration, il se découvre un attachement à la royauté (Godlewska, 1991).
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[8]
L’idée de « collectif de pensée » indique un regroupement plus ou moins pérenne d’individus autour d’objets, de questionnements et d’outils scientifiques et s’avère à ce titre plus souple que l’idée kuhnienne de paradigme (Kuhn, 1983), dont l’application aux sciences humaines et sociales du début du XIXe siècle est insatisfaisante, en raison précisément de leur disciplinarité inachevée. Cette notion comprend aussi la production scientifique dans son contexte social et sociétal, dans une interaction dynamique entre ces deux termes.
Introduction
1 Au début du XIXe siècle, les savoirs géographiques [1] trouvent en Europe une reconnaissance aux yeux du pouvoir, grâce à leur utilité politique et économique. Promus et développés surtout à travers quelques institutions phares, dont les bureaux de statistiques [2], le Dépôt de la guerre en France ou la Kriegsschule [3] en Prusse, ils demeurent pourtant loin de constituer une discipline scientifique. En France comme dans le reste de l’Europe, l’institutionnalisation de ce que nous appelons géographie n’en est alors qu’à ses balbutiements, en dépit de quelques projets épistémologiques antérieurs, tels ceux de Buache (1752) ou Kant (1801). De plus, jusqu’au début du XIXe siècle, le projet géographique se forge avant tout à la suite de demandes politiques, en particulier à l’occasion de la période révolutionnaire [4]. À partir des années 1820, les savoirs géographiques bénéficient d’un élan disciplinaire interne, provenant de ceux qui se déclarent eux-mêmes géographes et non plus seulement des instances politiques et militaires. Cela se traduit notamment par la création de trois sociétés de géographie (1821 à Paris, 1828 à Berlin, 1830 à Londres). À l’occasion de ces fondations institutionnelles inédites, une véritable réflexion épistémologique surgit sur les pratiques, les outils, les méthodes et les objets des géographes qui engagent les savoirs géographiques sur la voie d’une disciplinarisation.
2 Pourtant, quelques volontés disciplinaires existent et s’expriment avant le moment fondateur des années 1820, alors que même les savoirs géographiques sont marqués par une très grande diversité. C’est le cas de Conrad Malte-Brun. Né au Danemark en 1775, Malte-Brun n’arrive que tardivement à la géographie. Il suit tout d’abord des cours de théologie dans le but de devenir pasteur et poursuit des études classiques. C’est pourtant vers le journalisme et la poésie qu’il se tourne ; il mène, comme l’écrit Anne-Marie Godlewska « une carrière de critique littéraire, intellectuel et social » (Godlewska, 1991 : 191). Ce n’est qu’après avoir émigré en France en 1799, car ses écrits politiques révolutionnaires ne sont guère goûtés au Danemark, qu’il se lance avec ferveur dans la défense de la géographie. Il participe notamment à la création de la première société de géographie à Paris en 1821 et surtout propose dès les années 1800 un véritable programme disciplinaire.
3 C’est principalement à travers deux projets éditoriaux, la création de la revue les Annales des Voyages, de la Géographie et de l’Histoire [5] à partir de 1807 et la production d’un Précis de la géographie universelle en six volumes, dont le premier paraît en 1810, que Malte-Brun se fait le champion d’une disciplinarisation géographique. Ces deux publications analysées spécialement dans cet article ne constituent pas uniquement des entreprises éditoriales ambitieuses [6] ; elles symbolisent le désir de fonder une unité disciplinaire. Les Annales des Voyages en particulier invitent les forces vives de la géographie française et européenne à se rassembler et se posent ainsi en tribune d’un projet scientifique solide et cohérent. Le « Discours préliminaire » introduisant le premier volume forme à ce titre un véritable plaidoyer pour la construction d’un cadre social et intellectuel aux savoirs géographiques. Si Malte-Brun semble, à travers ces deux entreprises, se faire le champion d’un rassemblement disciplinaire, il n’en propose pas moins une ligne épistémologique qui n’est pas toujours consensuelle, incertaine parfois, loin souvent d’innovations portées par d’autres géographes. D’un point de vue identitaire, les textes de Malte-Brun sont novateurs, puisqu’ils appellent à la fondation et à la reconnaissance d’un périmètre géographique clairement identifié - l’auteur se distingue d’ailleurs dans le paysage scientifique français comme un des rares à prendre fait et cause pour cette idée ; mais selon des choix qui maintiennent pour une part les savoirs géographiques au seuil d’une modernité disciplinaire pourtant revendiquée.
4 Ces deux textes constituent en soi un moment d’histoire des sciences, et d’histoire de la géographie, tout à fait singulier : celui où la conscience d’un collectif géographique en formation prend corps et s’exprime publiquement. Cela constitue une première en langue française. L’analyse de ces textes programmatiques et de leur contexte participe donc d’un effort de réflexion critique et circonstanciée sur la fondation moderne de notre discipline. Identifier les modalités identitaires, théoriques et méthodologiques du projet de Malte-Brun fait sens, alors que la conscientisation d’une histoire disciplinaire collective prend une part importance dans les travaux actuels. Les contributions en histoire et épistémologie de la géographie connaissent depuis quelques années une certaine inflation (Robic, 2006), ce qui atteste de l’intérêt porté à la réflexivité disciplinaire. Le projet de Malte-Brun vaut non seulement pour sa valeur historique, en tant que moment de notre discipline, mais aussi parce que ses propositions résonnent pour une part encore jusqu’à nous. Tout en évoluant, certains questionnements, sur la part du terrain ou la littérarité du langage géographique, ont perduré et traversent encore nos propres pratiques.
5 En quoi peut-on considérer que les textes des Annales des Voyages et du Précis de la géographie universelle témoignent de la volonté d’engager les savoirs géographiques dans la voie d’une disciplinarisation, qui ne relève plus d’une volonté extérieure (les instances politiques ou militaires), mais d’une impulsion interne ? À travers cet article, je souhaiterais mettre en avant les modalités épistémologiques à travers lesquelles le projet de Malte-Brun pose les jalons d’une unité disciplinaire géographique. Je m’attacherai dans un premier temps à montrer en quoi le projet de Malte-Brun vise à fonder une unité disciplinaire et constitue à ce titre une réflexion identitaire. Ensuite, je proposerai un examen des cadres proprement épistémologiques qui doivent présider à la discipline géographique.
1. Fonder la « véritable Géographie »...
6 L’ambition première de Malte-Brun réside dans l’affirmation de l’existence d’une discipline géographique car légitime et soudée en tant que communauté scientifique.
1.1 Affranchir la géographie des autres sciences
7 Fonder la « véritable Géographie » (Malte-Brun, 1807 : 5) : que signifie cette formule aussi vague qu’ambitieuse ? Ce qui se cache derrière relève d’un enjeu pleinement identitaire : celui d’assigner avec force un périmètre disciplinaire net aux savoirs géographiques. C’est là la force principale de la proposition de Malte-Brun.
8 La première revendication de Malte-Brun dans le « Discours préliminaire » de ses Annales des Voyages réside dans la reconnaissance de la légitimité scientifique, et donc disciplinaire, de la géographie. Il commence en réalité par faire le constat de la faiblesse de la géographie dans les concerts des sciences, humaines ou physiques.
10 Malte-Brun diagnostique un manque de visibilité et appelle ainsi la géographie à s’imposer, au même titre que la chimie ou l’histoire naturelle :
« Enfin, il est temps qu’à l’exemple de l’Histoire naturelle, de la Chimie et de la Médecine, les Sciences Géographiques possèdent un dépôt où les hommes voués à ce genre d’études, puissent consigner en commun des travaux qui tendent au même but, discuter les difficultés qui les arrêtent, faire un échange continuel de lumières et de Découvertes, et surtout répandre de plus en plus le goût de ces Connaissances, en offrant aux gens du monde une variété agréable de ces petits morceaux où l’instruction se cache sous l’attrait d’un tableau neuf et piquant » (ibid. : 7).
12 Plus encore que les sciences physiques, c’est l’histoire qui fait l’objet des salves du géographe :
« Cette image raccourcie du Monde, c’est la véritable Géographie. Elle ne diffère de l’Histoire que parce que l’une se règle sur le Temps, et l’autre sur l’Espace. La Géographie n’est au fond qu’une Histoire qui s’arrête pour considérer le présent. Cette étude philosophique occupe aujourd’hui une place distinguée dans le sanctuaire des Sciences » (ibid. : 5) (en italique dans le texte)
14 Une place distinguée, c’est du moins ce que Malte-Brun appelle de ses vœux. Et la distinction d’avec « l’Histoire » est un des combats les plus âpres à mener pour que les savoirs géographiques obtiennent enfin une vraie considération dans le champ scientifique. Cette question des relations entre histoire et géographie n’est pas neuve : Hegel ou Kant y réfléchissent par exemple, en renversant le rapport de subordination de la géographie à l’histoire généralement instauré, notamment dans l’Encyclopédie. Le philosophe de Königsberg avance par exemple dans sa Physische Geographie que la géographie est là pour soutenir l’histoire (Kant, 1905 ; Laboulais-Lesage, 2000). Chez Malte-Brun, la relation entre géographie et histoire n’est pas strictement pensée sur le mode de la rupture, après tout l’histoire apparaît aussi dans le titre de la revue. Pour Malte-Brun, il faut plutôt parvenir à une complémentarité où les deux entités seraient toutefois nettement distinctes et distinguables. Il s’agit, en proposant une épistémè spécifique qui distingue la géographie par ses objets, méthodes et buts des autres sciences, d’affirmer une discipline au périmètre propre et clairement identifié. Dans son avant-propos aux Annales des voyages, Malte-Brun défend une voie intermédiaire entre le projet encyclopédique et la philosophie kantienne. Pour exister en tant que telle, la science géographique doit se poser non pas strictement contre les autres champs disciplinaires, mais à côté. À côté de l’histoire en choisissant l’espace ; à côté des sciences physiques en se plaçant du côté des sciences morales et politiques. Tout en s’insérant dans un système scientifique général et en apportant sa pierre à l’édifice, la géographie doit faire acte à la fois de rupture et de réconciliation : les filiations doivent être envisagées sous un nouveau jour, de manière à supprimer les rapports de subordination et à recréer ensuite des complémentarités. À ce titre, cet article liminaire ouvre la voie d’une émancipation des savoirs géographiques, que vient compléter le livre premier du Précis de la géographie universelle :
« Toutefois la défiance que devait nous inspirer la considération de tant de difficultés, a cédé à une conviction intime qui nous faisait entrevoir, dans la science géographique, moins ce qu’elle était que ce qu’elle pouvait et devait être. Nous nous sommes dit : la géographie n’est-elle pas la sœur et l’émule de l’histoire ? Si l’une règne sur tous les siècles, l’autre n’embrasse-t-elle pas tous les lieux ? [...] C’est ainsi que nous avons été entraîné par l’espoir d’élever à la géographie un monument qui ne fut pas indigne de figurer à côté de ceux dont s’enorgueillit l’histoire » (Malte-Brun, 1810 : 1-2).
16 Les savoirs géographiques n’ont donc pas à rougir devant les monuments déjà produits par l’histoire, mais ont toute légitimité à afficher leur légitimité et à s’inscrire dans le système général des sciences sur le même plan qu’elle. La proposition de Malte-Brun se distingue en cela du projet encyclopédiste, qui plaçait la géographie du côté des sciences naturelles (1772), en se situant du côté de la raison et des sciences morales et historiques. Il rompt aussi avec le géographe Edme Mentelle qui en 1787 positionnait la géographie dans ces deux champs à la fois (Mentelle, 1787). Malte-Brun opère donc en 1807 et 1810 un choix inédit pour le positionnement des savoirs géographiques dans le système des sciences.
17 Cette volonté d’indépendance scientifique s’articule de plus avec l’exigence d’utilité publique de la future discipline. Malte-Brun s’appuie sur le « goût du public » qui se développe alors pour les récits de voyage et souligne la curiosité générale pour les lieux, tout en notant la nécessité de renforcer cette inclination :
« À la vérité, la publication d’une foule de Voyages, la plupart traduits de l’Anglais, a vivement excité le goût du Public français pour les connaissances si utiles et si intéressantes dont les Voyageurs apportent les matériaux, et dont les Géographes élèvent et consolident l’édifice. Mais ce goût encore vague du Public a besoin d’être fortifié et guidé » (Malte-Brun, 1807 : 6-7).
19 Pour étayer cet intérêt premier, il liste les rôles que la géographie remplit – ou devra à l’avenir remplir :
« Elle dirige les pas du Voyageur vers les Contrées encore mal connues ; elle soumet à un calcul rigoureux la position des lieux les plus éloignés, et elle étend cette exactitude mathématique jusqu’aux rapports si mobiles qui existent entre la force des divers Empires ; elle achève l’édifice des Sciences Physiques par le tableau de notre Globe, de ses phénomènes actuels ; elle éclaire même les Sciences morales, en retraçant les caractères différens (sic) qui signalent les nombreuses branches de la grande famille humaine » (Malte-Brun, 1807 : 5-6).
21 Malte-Brun tisse ici des liens étroits entre la géographie et les voyages : sans les confondre, il les associe fortement. Les voyages soutiennent la géographie autant que celle-ci les encourage. Cette liaison n’est évidemment pas neuve entre géographie et exploration, déjà au XVIIIe siècle les deux termes se confondent quasiment (Broc, 1972 ; Claval, 2004). Malte-Brun reprend à son compte cette association et la place au premier rang des affectations géographiques. Il ne se limite pas à répéter la continuité d’intérêts existant entre voyages et géographie ; en dressant toute la liste des fonctions de cette discipline, Malte-Brun en fait plus qu’une science à part entière, elle devient sous sa plume un phare pour les autres champs. Il ne s’agit pas seulement de se trouver sa place aux côtés des autres sciences, mais de les « éclairer ». L’ambition de Malte-Brun dépasse donc ainsi la reconnaissance de la qualité scientifique de la géographie : celle-ci devrait même surpasser les autres disciplines, dans la mesure où elle les alimente. L’on retrouve ici les traces de l’influence de la philosophie kantienne. Cette position de supériorité ajoute une exigence supplémentaire à ses yeux : celle d’une distance critique vis-à-vis du monde. Il conclut ainsi son « Discours préliminaire », en une grande envolée lyrique :
« La Science véritable, les recherches sérieuses, les Connaissances positives, se trouvent, par leur nature même, placées hors de la sphère du moment, sous les yeux du monde savant et devant le tribunal de la Postérité. Elles excluent donc également l’intolérance qui est la première vertu de parti, et la nullité qui est la seule neutralité dont aucun parti ne s’offense. Ce noble caractère, d’une indépendance respectable, appartient éminemment à une Science qui, dans ses descriptions impartiales, embrasse ce vaste Univers, et qui, élevée au-dessus de l’arène des factions, n’épouse d’autres intérêts que ceux du genre humain » (ibid. : 15).
23 Remarques destinées à la classe politique du moment ou simples généralités ? Les formules employées ne manquent en tout cas pas de surprendre, surtout quand on connaît par ailleurs la capacité de revirement politique de Malte-Brun [7] (Godlewska, 1991). En dépit de son étonnante formulation, cette conclusion se situe dans la ligne de son projet : donner de la géographie l’image d’une science à part entière, qui plus est irréprochable. C’est ainsi qu’il oppose d’un côté des ambitions universalistes et humanistes à l’esprit de parti de l’autre : communauté contre particularisme, indépendance contre subordination, tolérance contre intolérance, compétence contre nullité, autant d’antonymes s’affrontant dans ces quelques lignes. Derrière ces oppositions se cachent les deux tentations auxquelles les sciences en général, et la géographie en particulier, peuvent succomber : d’un côté, une exigence d’indépendance et de vérité ; de l’autre un esprit partisan et fragmentaire.
24 D’une manière programmatique, les deux textes de Malte-Brun proposent donc une géographie tout à la fois indépendante et participant de la solidité de l’ensemble de l’édifice scientifique.
1.2 Assembler une communauté géographique
25 Ce double vœu s’accompagne de la délimitation et de l’identification d’une communauté géographique. Pour appuyer la force de sa proposition, Malte-Brun présente l’armée prête selon lui à défendre ce but et dont les membres reconnaissent certains intérêts « commun [s] » (Malte-Brun, 1807). L’emploi répété de cet adjectif dans son discours n’est pas anodin, car il prend le contre-pied de la réalité effective de la sociabilité géographique de l’époque, marquée par une multiplicité de pratiques, de lieux et d’individualités. Dans la mesure où il n’existe pas encore d’institutions dédiées à la pratique géographique, une très grande diversité la caractérise (Besse, Blais, Surun, 2010). La production des savoirs géographiques ne dispose pas de lieux dédiés, que ce soit d’ailleurs en France ou dans les autres pays européens, l’éparpillement et la pluralité des pratiques sont alors de mise. Jean-Marc Besse évoque ainsi différentes « cultures géographiques » qui cohabitent et « divers modes de rationalité savante et divers types de savoirs de l’espace, qui auraient coexisté au sein de la géographie moderne » (Ibid. : 9). Plutôt que parler de « communauté », je préfère ainsi, à la manière de Ludwig Fleck, l’expression « collectifs de pensée » [8] (2008), qui identifie l’existence de groupes d’individus plus ou moins importants qui se retrouvent ponctuellement sur des intérêts partagés. Le terme de communauté n’existe encore que dans l’imaginaire de Malte-Brun.
26 Pourtant, Malte-Brun n’en désigne pas moins dans son « Discours préliminaire » tout un groupe de personnes reconnues par lui comme géographes. Cela passe par l’emploi liminaire du nous, que l’on retrouve également tout au long de l’introduction du Précis de la géographie universelle, marqueur de la réalité du collectif présenté, suivi d’une liste qu’il veut la plus exhaustive possible de ses collègues :
« Nous avons l’espérance certaine que les Arrowsmith, les Barbié du Bocage, les Bougainville, les Bourgoing, les Brédow, les Brunss, les Buache, les Choiseul, les Corréa, les Darlymple, les Deguigne, les Dusheil, les Ebert, les Fabri, les Fleurieu, les Forestier, les Gaspari, les Gosselin, les Heeren, les Humboldt, les Jacotin, les Langlès, les Lapie, les Larcher, les Lévêque, les Lichstenstern, les Lowenorn, les Mannert, les Mentelle, les Meusel, les Millin, les Münster, les Olivier, les Péron, les Rosily, les Sainte-Croix, les Sacy, les Sanson, les Sonnini, les Volney, les Walckenaer, les Weyland, les Zach, les Zimmermann, et en un mot, tous ceux qui cultivent l’histoire et la géographie, contribueront, les uns par leurs conseils et leurs suffrages, les autres par leurs talens (sic) et leurs travaux, au succès du seul Recueil consacré à cette branche des études, dans la langue de l’Europe la plus répandue » (ibid. : 8-9) (en italique dans le texte).
28 Cette liste est remarquable à plusieurs titres. D’un côté, elle sert la stratégie rhétorique de son auteur : par sa longueur et son caractère transnational, elle reflète l’épaisseur du collectif géographique et vient donc justifier à elle seule la mise en place de la revue. Celle-ci doit devenir la tribune privilégiée de ceux qui partagent les mêmes intérêts et aspirations. D’autre part, elle met aussi en exergue, en leur donnant un visage, la pluralité des savoirs géographiques de l’époque. Quelle unité trouver en effet entre un Alexander von Humboldt qui entre en géographie par la botanique (Humboldt, 1807), un Jean-Denis Barbié du Bocage fervent défenseur d’une géographie historique et ancienne (Barbié du Bocage, 1782) et, pour prendre un dernier exemple, un Alexander Darlymple hydrographe et compilateur de voyages ? Cette liste, par son caractère essentiellement hétérogène, révèle ainsi les obstacles auxquels le projet d’unité disciplinaire de Malte-Brun est immédiatement confronté : l’extrême disparité du champ géographique européen, mais que l’auteur ne semble pas considérer comme un inconvénient. Nous verrons dans la partie suivante que cette variété de « cultures géographiques » (Besse, Blais, Surun, 2010 : 9) soulève nombre d’interrogations en termes épistémologiques.
29 De plus, plusieurs éléments étonnent à la lecture de cette liste. La mise en italique du mot « seul » par Malte-Brun lui permet de mettre en lumière le caractère inédit de l’entreprise qu’il propose, affirmant par là un manque et donc un besoin de fonder une discipline nouvelle. Pourtant, la revue des Annales des Voyages n’est pas la seule de ce genre. Elle trouve d’ailleurs un modèle dans une éphémère revue, les Annalen der Geographie und der Statistik, créée en 1790 par Eberhard von Zimmermann dans le Braunschweig. Cette revue ne paraît que jusqu’en 1792, à raison d’un volume par an. Sa pérennité est donc limitée, mais elle inspire malgré tout Malte-Brun pour son projet (Broc, 1975), même si celui-ci met davantage l’accent sur les voyages que sur les statistiques. Chaque volume fait en effet la recension des actualités géographiques les plus récentes. Des contributions allemandes, mais aussi françaises, de Buache de la Neuville par exemple, anglaises ou italiennes, donnent un caractère européen à la revue. Le premier volume dresse par exemple la liste des nouveaux départements français, récemment découpés et nommés (Zimmermann, 1790). Bien qu’elle n’existe que trois années, cette initiative traduit l’ébullition géographique alors en jeu en Europe, prenant naissance en grande partie dans les bouleversements politiques à l’œuvre. L’intitulé de la revue allemande indique l’importance de la tradition statistique de l’autre côté du Rhin, alors que Malte-Brun construit la sienne d’abord en relation avec le voyage et avec les sciences historiques.
30 La mention de l’histoire fait d’ailleurs problème à la suite de cette liste, tout comme sa présence dans le titre complet de la revue des Annales des Voyages, qui, ne l’oublions pas, sont aussi celles de la Géographie et de l’Histoire. Cela entre en contradiction avec l’ambition pourtant clairement affichée de Malte-Brun : fonder une science géographique certes complémentaire, mais indépendante de l’histoire. La revue semble construite sur un paradoxe et une difficulté identitaire : la difficulté de se situer par rapport à cette autre discipline. Faire acte de rupture tout en ménageant une généalogie scientifique assumée ne paraît pas si simple qu’affirmé par Malte-Brun. L’appel aux historiens n’est finalement que le reflet d’une double effectivité des savoirs géographiques : leur affiliation à l’histoire, l’exemple d’un Barbié du Bocage illustre les liens étroits qui unissent ces disciplines, et le maintien d’un encyclopédisme très fort, qui fait obstacle à une disciplinarisation complète. La professionnalisation et l’exclusivité des pratiques scientifiques ne constituent pas encore la règle, d’où la convocation par exemple de Humboldt, qui est autant botaniste, zoologue, géologue que géographe. Cela s’explique par l’absence d’une institutionnalisation des savoirs géographiques, ce qui entraîne de fait une limitation de leur production (Besse, Blais, Surun, 2010). Le fait de désigner tel ou tel comme géographe – il serait d’ailleurs intéressant de savoir si les individus listés se reconnaissaient eux-mêmes sous cette identité – contribue de facto à la création d’un collectif plus stable et encourage la fixation disciplinaire, mais l’ambition du projet disciplinaire de Malte-Brun achoppe sur l’effective pluralité du champ géographique.
31 Enfin, un dernier point mérite quelques remarques. Malte-Brun propose un collectif géographique européen, alors même que le contexte de guerre napoléonienne invite à une exacerbation des appartenances nationales. Est-ce la qualité d’immigré danois de Malte-Brun qui lui permet de voir par-delà les frontières ? Ou simplement la volonté de faire front commun pour le bien de la géographie ? Entre nationalisme et universalisme scientifique, la géographie oscille alors comme les autres sciences (Blais, 2004 ; Ulrich Jost, 2008). Malte-Brun paraît opter pour la voie universelle, même si les Français, Britanniques et Allemands forment le plus gros du contingent. En revanche, c’est bien le français qui doit demeurer langue de référence, en tant que la plus répandue en Europe. Une façon d’ancrer l’entreprise dans un champ national bien précis, tout en incluant les travaux issus de différentes traditions. Là encore, Malte-Brun semble pris dans une contradiction, dont il ne tranche pas l’issue : choisir entre la valorisation nationale ou transnationale des savoirs géographiques. Malte-Brun soulève ici un enjeu crucial des décennies suivantes : la question de l’échelle de la production géographique, qui ne manque pas de se poser avec l’apparition des sociétés de géographie. C’est d’ailleurs une question que les générations actuelles de géographes ne manquent aussi pas de soulever, dans un contexte où la globalisation des sciences suscite des débats sur la langue à adopter, les modalités de circulation et plus globalement de partage de l’information (Caillé et Dufoix, 2013). Le hiatus national/universel, qui traverse toute l’histoire de la géographie, apparaît ainsi concomitant des premières entreprises de disciplinarisation géographique.
32 En dépit des interrogations soulevées par cette initiative, celle-ci possède le mérite de vouloir faire émerger une véritable communauté géographique. Malte-Brun ne se contente pas en ce sens pas de lister les futurs collaborateurs de la revue, il en appelle aussi aux institutions scientifiques déjà existantes, notamment l’Institut de France, pour une reconnaissance encore plus vaste des savoirs géographiques, en plaidant par exemple indirectement pour le rétablissement de la classe des sciences morales et politiques et la réintroduction de la géographie en tant que section identifiée :
« Nous avons soumis et nous soumettons le plan et l’exécution de cet ouvrage au jugement de la première et de la troisième classe de l’Institut national. Instruits que la publication d’un semblable recueil était conçue et provoquée, depuis plusieurs années par des membres de l’Institut ; mais en même temps certains que les vœux de ces savans (sic) n’avaient pu se réaliser, nous avons voulu donner à cette société savante une marque de dévouement et de respect en invitant tous ses membres à se servir de la voie des Annales, pour la publication de tout ce qu’ils désireront porter promptement à la connaissance du public, et qui sera relatif à notre plan. Nous étendons cette même invitation à toutes les Académies étrangères, aux membres des Sociétés Philomatique et Philotechnique, à tous les voyageurs et à tous les savans (sic) et gens de lettres qui s’occupent d’une branche quelconque des sciences historiques et géographiques. Enfin, nous prions MM. les conservateurs et Directeurs des Bibliothèques et des Dépôts publics, de nous continuer la bienveillance avec laquelle ils nous ont permis de puiser dans les trésors confiés à leur garde » (ibid. : 8).
34 En effet, il ne suffit pas de se reconnaître entre soi comme géographes, encore faut-il faire la publicité et accroître la visibilité de ce collectif en construction. À cet effet, les Annales des Voyages doivent donc fonctionner, dans l’esprit de Malte-Brun, comme le tremplin à la fondation disciplinaire de la géographie.
35 Malgré la persistance de quelques incertitudes identitaires, l’objectif de Malte-Brun, à travers le Précis de la géographie universelle et encore plus les Annales des Voyages, réside bien dans la constitution d’un collectif solide et pérenne, prémisse indispensable à la reconnaissance scientifique à part entière de la géographie. À ce titre, cette initiative est inédite et traduit autant le bouillonnement géographique du premier XIXe siècle que les difficultés qui l’accompagnent.
2. ... mais autour de quel projet épistémologique ?
36 L’objectif essentiel de Malte-Brun, énoncé dans le premier numéro des Annales des Voyages, est de suivre les « mouvemen[t]s » de la géographie :
« En général, les nouvelles mesures de l’élévation des Montagnes, les révolutions physiques qu’une contrée quelconque pourrait subir, l’analyse des Cartes nouvelles avec indications des principales positions que les Observateurs auront déterminées, les Découvertes des Régions nouvelles, les entreprises des Voyageurs, les changemens (sic) que les États subissent dans leurs limites, population et forces ; un mot, les mouvemens (sic) de la Géographie seront soigneusement recueillis dans le Bulletin qui termine chaque cahier » (ibid. : 13) (en italique dans le texte).
38 Cela signifie, d’après les précisions données par Malte-Brun, collecter les nouveautés géographiques disponibles et les faire circuler ; donner à voir que d’un point de vue physique, mathématique ou politique, la géographie du monde évolue. L’objet de la revue réside par conséquent en l’actualisation régulière des informations géographiques, auquel la forme de la revue doit répondre au mieux. Un coup d’œil aux tables des matières permet de constater cette dimension actualisante (voir document annexe présentant la table du deuxième numéro des Annales des voyages) : les savoirs géographiques s’inscrivent pleinement dans le présent. Isabelle Lefort note dans un récent article que les savoirs géographiques se sont précisément structurés autour d’une injonction à l’actualisation (Lefort, 2014). De fait, dans les années 1820, les sociétés de géographie se donnent pour tâche essentielle de mettre à jour les informations qu’elles ont sur le monde. Malte-Brun inscrit ainsi son projet dans une continuité épistémologique avec son époque. Il rappelle cet enjeu fondamental, ainsi que les difficultés à le cerner, dans le premier livre du Précis de la géographie universelle :
« Le globe terrestre a-t-il toujours été dans l’état que nous décrivons ? C’est une question qui n’intéresse pas moins l’histoire de l’homme que celle de la nature : mais est-ce une question de géographie physique ? Est-ce même une question que, dans l’état actuel des sciences, on puisse discuter avec fruit ? Nous n’entreprendrons point de le résoudre ; mais nous présenterons à la réflexion du lecteur tous les faits dont l’imagination des géologistes (sic) compose de si brillans (sic) et de si vains systèmes » (Malte-Brun, 1810 : 4).
40 Bien qu’ardu, le pacte conclu avec le lecteur s’affiche clairement dans les deux cas : rédiger de la manière la plus exacte et la plus actualisée possible la géographie de la Terre. Quant à la mise en œuvre concrète de ce programme, les options méthodologiques, pratiques et théoriques prises par Malte-Brun tendent à orienter la géographie dans une voie précise, mais pas tout à fait consensuelle.
2.1 Inscrire la géographie dans la tradition universelle
41 La première option méthodologique est simple et claire : c’est celle de la description de l’espace. De tous les espaces pour être précis, dans un esprit d’explorateur. Il s’agit de relayer et compiler les données des voyageurs, de manière à compléter le tableau terrestre, à combler les blancs des cartes (Laboulais-Lesage, 2004) :
« Une foule de Voyages très-intéressans (sic) restent perdus pour le Public Français, ou reçoivent trop tard les honneurs de la Traduction. Nous nous emparerons de cette riche mine, soit en traduisant promptement les Voyages les plus estimés à mesure qu’ils paraissent, soit en présentant par extrait ce qu’il y a de bon dans ceux que nous ne jugerons pas utiles de traduire en entier. [...] Aucune langue, aucune nation, aucune partie du Monde ne resteront étrangères à nos recherches [...] » (Malte-Brun, 1807 : 11-12).
43 L’ambition est ainsi très clairement affichée, que l’on retrouve dans le Précis de la géographie universelle : « Les autres [volumes] seront consacrés à la description successive de toutes les parties du monde » (Malte-Brun, 1810 : 4).
44 Mais si Malte-Brun désire embrasser la Terre entière, à petite échelle comme la tradition géographique le faisait alors, il s’intéresse également à des échelles plus grandes, ce qui constitue une innovation certaine pour la géographie française. Car si les géographes allemands, encouragés en cela par l’importance des statistiques, pratiquent déjà des descriptions régionales, ce n’est pas encore le cas en France qui préfère une tradition cosmographique (Godlewska, 1991). Nous le voyons apparaître en regardant simplement les tables des matières des numéros des Annales des voyages (voir le document annexe), ou en constatant l’importance accordée aux villes dans le Précis de la géographie universelle. Certains espaces ou portions d’espace restent néanmoins privilégiés, aussi universelle la géographie de Malte-Brun fût-elle. En analysant les articles des volumes des Annales des voyages, la prédominance des territoires européens s’affirme nettement. L’Europe représente en effet presque cinquante pour cent des articles consacrés à des aires régionales (voir fig. 1).
Nombre d’articles des Annales des Voyages par aire continentale sur la période 1807-1814 Number of articles of the review Annales des Voyages per continental area between 1807 and 1814
9 – Océanie
8 – Amérique du Sud
7 – Amérique Centrale
6 – Amérique du Nord
5 – Afrique
4 - Proche et Moyen Orient
3 – Asie du Sud-Est
2 – Asie Centrale
1- Europe
0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200
Nombre d’articles des Annales des Voyages par aire continentale sur la période 1807-1814 Number of articles of the review Annales des Voyages per continental area between 1807 and 1814
45 Dans le cas du Précis de la géographie universelle la partie « Europe » est également plus volumineuse que pour les autres continents. Cela tient sans doute pour une grande part à la plus grande facilité d’obtenir des données consacrées à cet espace, car en dépit de l’amélioration des moyens de transport, rares sont les voyageurs qui s’aventurent encore à l’intérieur des continents africain, asiatique et américain. Cette domination de l’espace européen dénote aussi pour une autre part le prisme avec lequel les géographes voient le monde, en particulier alors que les guerres napoléoniennes font rage et que cette partie du monde se transforme : l’actualité géographique se situe pour une grande part à l’intérieur de ce continent. Malte-Brun n’y fait donc pas exception, d’autant plus qu’il publie plusieurs années de suite des « Tableaux politiques de l’Europe » (dans les années 1820). Avant la reprise des conquêtes coloniales et la passion africaine de l’Europe, le vieux continent reste donc la principale affaire des géographes.
46 Malgré un biais européen identifiable dans ses travaux, l’ambition de Malte-Brun n’en demeure pas moins la description du monde dans son entier. D’où l’importance absolue qu’il accorde aux récits de voyageurs, qui constituent la matière première de ses textes : un coup d’œil à la table des matières du numéro de 1809, assez représentative du contenu des Annales des Voyages, rend compte de leur place prépondérante (voir document annexe). L’objectif premier de la géographie se présente donc clairement sous la plume de Malte-Brun et applique à la lettre l’étymologie du mot : décrire le monde, ce qui implique de localiser les lieux encore inconnus ou mal connus, identifier les nouveautés physiques ou politiques de la planète et en rendre compte. À ce titre, l’objectif de Malte-Brun rejoint celui de bien d’autres géographes, tel un Humboldt désirant dès son voyage américain (1799-1804) embrasser le monde, au sens cosmologique, dans son entier. Il s’inscrit de fait dans la tradition des géographies universelles, qui séduit, à l’époque bon nombre de géographes. En cette période, on compte en effet plusieurs entreprises de géographies universelles, qui ne portent pas nécessairement ce titre, mais dont les ambitions trouvent de nombreuses similitudes (Malte-Brun et Mentelle, 1816 ; Pinkerton, 1802 ; Ritter, 1817-1859). Iris Schröder souligne en particulier les cas de Malte-Brun, ainsi que le projet de John Pinkerton qui publie en Angleterre une Modern Geography en 1802 (Schröder, 2011). Mais ce dernier n’y consacre que deux volumes alors que Malte-Brun, Mentelle ou encore Ritter sont beaucoup plus prolifiques. Carl Ritter lance aussi l’entreprise monumentale de son Allgemeine Erdkunde dans les années 1810, dont le premier tome paraît en 1817 et qui en comprendra une vingtaine au total. Tous ces projets, auxquels on peut associer les nombreux ouvrages de nomenclature, diffèrent du point de l’organisation générale mais partagent le même objectif, la continuation de l’esprit des Lumières : embrasser l’entièreté du monde. Malte-Brun et Mentelle laissent penser la pérennité de cet esprit dans la préface de leur ouvrage commun :
« Une géographie universelle, telle que nous la concevons, doit présenter un tableau complet, précis et raisonné de l’état du globe terrestre et du genre humain, pris à une époque quelconque. Cette définition générale admet des modifications, selon le but particulier qu’un auteur peut se proposer. Ainsi la géographie des tems (sic) les plus modernes forme l’objet principal de notre ouvrage ; cependant nous embrasserons aussi dans notre plan les changemens (sic) qui ont le plus influé sur l’état du monde, et nous traiterons spécialement de la géographie ancienne classique » (Malte-Brun et Mentelle, 1816 : X).
48 La géographie défendue par Malte-Brun repose donc sur une ambition exploratrice, visant, dans la tentation conjuguée du singulier et du général, à l’appréhension complète et totale du monde. Elle pose également la question de savoir si le socle géographique repose uniquement sur un effort de localisation des phénomènes, essentiel à l’époque dans la mesure où les cartes demandaient précisions et compléments.
49 Si l’ambition assignée à la géographie s’affiche clairement sous la plume de Malte-Brun, sa mise en œuvre théorique et méthodologique est moins aisément identifiable. Du moins laisse-t-elle entrevoir que les années 1800 et 1810 sont celles d’une stabilisation progressive, mais non encore parfaitement réalisée, des cadres épistémologiques de la géographie.
2.2 Décrire mais ne pas analyser
50 D’un point de vue théorique d’abord, Malte-Brun semble dénier à l’analyse tout rôle à jouer dans la construction d’une géographie moderne : la description, rien que la description, telle pourrait être sa devise. Un paragraphe du livre introductif du Précis de la géographie universelle invite à interroger l’épaisseur du bagage théorique convoqué par Malte-Brun :
« Nous circonscrirons même la géographie moderne dans de justes limites, qui, sans la réduire à une aride et insignifiante nomenclature, l’empêcheront de se confondre avec d’autres sciences. Sans doute, les esprits bien nés aiment souvent à réunir sous le même point de vue les résultats des Sciences les plus différentes par leur marche et la nature de leurs objets. Sans doute, semblable à l’histoire, la géographie ne doit pas être blâmée de s’intéresser à tout ce qui influe sur le sort des nations et des empires ; on doit, au contraire, avouer qu’elle rend un service à d’autres sciences, en rappelant leurs découvertes pour les placer dans un jour nouveau. Que, par exemple, l’économie politique pèse dans sa balance les forces d’un état ! Qu’elle évalue, canton par canton, le rapport existant entre superficie du terrain et nombre des habitans (sic) ! Les résultats de ces recherches pénibles peuvent souvent être de nature à intéresser l’histoire ; souvent aussi, placées et groupées dans les vastes tableaux de la géographie politique, ces vérités arides s’embellissent d’un éclat et d’un intérêt qu’elles ne devront qu’au voisinage des grands aperçus géographiques auxquels on les aura associées. Cette espèce de commerce d’échange anime toute la république des sciences et des lettres. Mais les diverses contrées de cette république ont leur langue, leur constitution et leurs intérêts à part ; ce sont des objets qu’il ne faut point confondre. Toute discussion de politique, de religion, de morale ; toute recherche d’histoire, de chronologie et d’antiquité qui ne toucherait pas directement aux changemens (sic) géographiques ; tout calcul de haute géométrie ; toute application ou citation superflue des thèses de chimie et de physique, tout détail d’histoire naturelle qui ne saurait être exprimé qu’en termes de naturaliste, ou qui ne formerait point un trait essentiel dans le tableau physique d’un pays, voilà ce que nous considérons comme absolument étranger à une bonne géographie universelle, quoique plusieurs de ces choses puissent entrer convenablement dans des traités spéciaux de géographie mathématique, physique ou politique » (Malte-Brun, 1810 : 8-9) (je souligne).
52 Ce passage ne laisse pas d’étonner par le désengagement assumé et conscientisé que Malte-Brun opère vis-à-vis de toute espèce d’analyse. Suivant son raisonnement, pour ne pas verser dans le danger de faire autre chose que de la géographie, mieux vaut ne pas convoquer d’éléments explicatifs qui proviendraient d’autres disciplines. Deux phrases de ce paragraphe retiennent en particulier l’attention (indiquées en italique) : la première, qui met en avant ce péril, et la seconde qui dit le choix de mise à distance de tout élément explicatif trop éloigné de la géographie. Au prétexte de garantir strictement l’identité de la géographie et son indépendance, qui est le cheval de bataille de Malte-Brun, celui-ci se prive délibérément des apports d’autres disciplines. Ce qui limite de facto, la portée de ses travaux et des futurs qu’il appelle de ses vœux, dans la mesure où il ampute la description des lieux de la terre d’éléments analytiques et explicatifs. Il délaisse ainsi les propositions faites par l’histoire naturelle ou la philosophie d’engager la science dans la voie analytique. Lamarck expose par exemple cette mission en ces termes :
« Rassembler les faits observés, et les employer à découvrir des vérités inconnues, c’est, dans l’étude de la nature, la tâche que doit s’imposer d’une manière inébranlable quiconque se dévoue à concourir à ses véritables progrès » (Lamarck, 1820 : iv).
54 Contrairement à d’autres géographes, tels que Ritter (1852), Humboldt (2004 (1845-1859)) et les géographes de la sphère allemande d’une manière générale, Malte-Brun ne conduit pas les savoirs géographiques sur la voie théorique. Son projet épistémologique ne vise pas à mettre à jour les grandes lois qui président à l’organisation de la nature, mais à rendre compte de la variété de la nature et des organisations humaines. Ce positionnement épistémologique influence pour une part la géographie française du XIXe siècle et contribue à la différencier nettement de sa consœur allemande (Felsch, 2013) nettement tournée vers la dimension analytique.
2.3 Opter pour la littérarité
55 Plutôt qu’un esprit analytique, Malte-Brun choisit l’option de la littérarité. Le « contrat scientifique » (Rancière, 1992) de la géographie s’inscrit ainsi dans un horizon littéraire très explicitement exprimé dans le Précis de la géographie universelle :
« Outre la disposition générale, il a fallu encore trouver la méthode particulière pour la description de chaque pays. Après avoir examiné toutes les prétendues classifications des objets de la géographie spéciale, nous avons reconnu que c’est précisément l’emploi trop rigoureux de ces méthodes abstraites qui donne aux livres de géographie tant de sécheresse. Grâce à ce vain appareil, la géographie, cette image vivante de l’univers, ne semble en être que la froide et triste anatomie ; la jeunesse la redoute, les savants la négligent, les gens du monde la dédaignent. Nous avons donc cru devoir suivre les principes généraux de l’art d’écrire ; et, variant d’après la nature des objets, non seulement le ton, mais même l’ordre de la description, nous avons cherché à inventer, pour la peinture de chaque pays, un cadre particulier qui convînt à la grandeur relative des objets. Un pays offre-t-il le spectacle d’une riante culture, nous en détaillons avec soin les diverses productions. Est-il inculte, nous retraçons plus en grand le caractère que la nature lui a imprimé. [...] Quinze ans de lectures et d’études géographiques nous ont démontré que cette marche libre et animée ouvre plus sûrement l’accès du sanctuaire des sciences historiques, que ne le ferait une de ces méthodes rigoureuses, abstraites et applicables seulement aux sciences exactes. Nous avons voulu faire un livre, et non une table des matières » (ibid. : 5-6).
57 Malte-Brun recherche donc une manière vivante et pittoresque de faire sa géographie, dans laquelle « l’art d’écrire » compte autant que ce que l’on dit. Comme le constate Anne Godlewska, « il insiste sur le fait que seul le talent littéraire peut rendre la science et l’érudition agréables » (Godlewska, 1991 : 196). Malte-Brun trahit par là ses habitudes plus journalistiques que scientifiques : la force des mots l’emporte sur l’analyse des faits. En ce sens, la littérarité ne se limite pas à un artifice rhétorique mais participe pleinement à l’élaboration du discours scientifique. Il s’agit encore une fois d’une stratégie de démarcation par rapport aux sciences exactes, réputées arides. Comme il l’écrit, l’enjeu porte plus pour lui sur l’invention du cadre littéraire propice à la description de chaque lieu et phénomène, plutôt que leur explication. Bien que rendant sans aucun doute la lecture plus attractive, cela n’en pose pas moins le problème d’une unité théorique et méthodologique et interroge profondément le projet épistémologique global de Malte-Brun. Peut-être peut-on également interpréter ce choix comme la volonté de se démarquer aussi de propositions venant d’autres sphères géographiques, en particulier allemande. Ce choix de la littérarité ne serait en ce sens pas tant un oubli ou un déni de l’analyse, telle qu’elle est développée et par Ritter ou Humboldt sous l’égide kantienne, mais le reflet d’un autre positionnement épistémologique. En effet, les aspirations des géographes allemands s’articulent d’une exigence de cohérence, dans un sens théorique et méthodologique, de la langue géographique. Un des enjeux mis en avant dans la sphère germanophone réside dans l’ambition de scientificité : celle-ci doit présider ainsi à une naturalisation de la science géographique. Dès son voyage américain (1799-1804), Humboldt réfléchit par exemple à la transcription des langues indigènes (Kraft, 2013) en même temps qu’il questionne la traductabilité des concepts scientifiques d’une langue à l’autre (Humboldt, 1905). La construction théorique et conceptuelle paraît en ce sens plus avancée du côté allemand. Même si, rappelons-le, cela ne résonne pas nécessairement chez Humboldt ou Ritter avec un abandon de la littérarité de l’écriture géographique (Buttimer, 2001). En contre-pied, le projet de Malte-Brun pourrait ainsi être pensé comme une réaction à cet effort de naturalisation, en rappelant et revendiquant la revendication de la place du sujet pensant face à son objet. Son projet est donc innovant car, si l’attention à la littérarité perdure dans la géographie jusqu’à aujourd’hui, elle est rarement autant revendiquée que par lui, et pour une part restrictive car il ferme l’horizon théorique de la géographie française. Ou plutôt, oriente le projet géographique français autrement que dans la perspective scientiste défendue par d’autres. Cela ne rend pas moins valable son projet, mais ce constat d’un décalage laisse encore une fois penser que l’unité à de nouvelle discipline qu’il entend pourtant défendre constitue un objectif difficilement atteignable.
2.4 Voyager versus faire de la géographie
58 Cette distorsion sur les défis de la géographie se retrouve également d’un point de vue méthodologique sur la question du terrain. Alors que l’injonction de la présence au monde comme préalable à tout discours scientifique s’impose peu à peu parmi les producteurs de savoirs géographiques (Livingstone, 2003 ; Schröder, 2011), Malte-Brun opère encore une séparation stricte entre activité de terrain et production proprement géographique. Cela transparaît très nettement dans la manière d’envisager la réalisation des Annales des Voyages, alors même que celles-ci, le titre suffit à le prouver, s’appuient largement effectivement sur les récits et données des voyageurs. Mais les informations matérielles et immatérielles qu’ils rapportent de leurs périples ne deviennent savoirs géographiques qu’une fois tamisées par le filtre du cabinet. Alors qu’il associe voyage et géographie, Malte-Brun dissocie en termes de statut le travail du voyageur et celui du géographe. Ce dernier est pour lui nécessairement un homme de cabinet, qui se doit de prendre de la distance par rapport aux données brutes :
« À la vérité, la publication d’une foule de Voyages, la plupart traduits de l’Anglais, a vivement excité le goût du Public français pour les connaissances si utiles et si intéressantes dont les Voyageurs apportent les matériaux, et dont les Géographes élèvent et consolident l’édifice. »
[...] nous décrirons l’Isle de la Trinité d’après le Voyageur Anglais Maccullum, et l’Isle du Prince de Galles d’après Sir Home Popham. Nous retracerons l’état actuel des Açores d’après Hebbe, Suédois ; et celui des Isles Feroër et des Isles de Nicobar, d’après plusieurs relations Danoises » (Malte-Brun, 1807 : 6-7 et 12).
60 S’ils sont pourvoyeurs de la matière première de la revue, les voyageurs n’en acquièrent pas pour autant le titre de géographe. Malte-Brun distingue ainsi la dimension pratique (le recueil d’informations) et la dimension intellectuelle (la mise en ordre de ces informations) dans la chaîne de production géographique. La répartition des rôles transparaît clairement dans la première citation : les hommes de terrain « apportent les matériaux », alors que seuls les vrais géographes, les hommes de cabinet qui regardent le monde avec recul, sont en mesure d’« élève [r] et consolide [r] l’édifice ». Malte-Brun opte pour un choix méthodologique qui ne fait pas consensus, car il exclut de fait un bon nombre de ceux qu’ils désignent pourtant comme ses collègues géographes. Pour ne prendre qu’un exemple, Humboldt encourage au contraire l’articulation et l’association systématique du travail de terrain et de cabinet (Péaud, 2011). Loin de participer à la consolidation méthodologique de la discipline, Malte-Brun participe aussi à travers le problème du terrain à l’affirmation d’une culture géographique qui n’est pas unanime. Cela renforce l’idée selon laquelle, comme le choix de la littérarité, Malte-Brun s’inscrit dans une stratégie de démarcation par rapport à la géographie telle qu’elle se fait dans la sphère allemande. Ainsi, l’universalité plaidée par Malte-Brun ne serait finalement que partielle, car marquée par des particularités nationales.
2.5 Où situer la géographie ?
61 Pour terminer ce rapide panorama de la géographie défendue par Malte-Brun, une dernière difficulté épistémologique, découlant des précédentes, pose question. Les options méthodologiques et théoriques de son projet réinterrogent en effet l’objectif même de son programme, et ce pour deux raisons. En dépit de ce qu’il affiche, Malte-Brun ne fait pas nettement le choix d’une seule voie/x pour la géographie. Son refus du terrain l’engage à ne pas placer la géographie du côté des sciences empiriques, tandis que sa mise à distance de la dimension analytique l’éloigne des sciences théoriques et donc historiques (Godlewska, 1991). Pourtant, il ne renonce vraiment à aucun de ces champs, ce qui l’amène à juxtaposer dans chaque numéro des Annales des Voyages des articles portant aussi bien sur les ruines antiques de tel site grec, l’état statistique de tel pays, le récit de voyage de tel aventurier ou bien encore le dernier tremblement de terre observé sur telle île volcanique (voir document annexe). Tout en répondant à la curiosité du public, une telle juxtaposition illustre également le caractère transitoire des choix opérés par Malte-Brun. Celui-ci prend certes acte de la multiplicité des possibles, de la pluralité essentielle des pratiques géographiques (Besse, Blais, Surun, 2010), mais ne pas tranche pas en faveur d’une orientation unique, comme le champ des possibles était encore ouvert, alors même qu’il annonce la fondation d’une seule géographie.
Conclusion
62 Le projet de Malte-Brun reflète les possibilités en même temps que les difficultés auxquelles se trouve confrontée la géographie du début du XIXe siècle en Europe, et plus spécifiquement en France. Animée d’une pluralité d’approches et d’initiatives individuelles, elle se distingue par sa grande labilité, en dépit de quelques projets de fondation disciplinaire. La proposition que Malte-Brun développe à partir de la fin des années 1800 est à ce titre remarquable, car elle se démarque par sa volonté ferme et solide d’opérer un rassemblement identitaire. Sa principale force réside d’ailleurs dans l’appel à la réunion des forces vives de la géographie sous une même et unique bannière. Malte-Brun est en effet un des rares, non pas à souhaiter l’érection de la géographie en science à part entière, indépendante et reconnue comme telle, mais à formuler un projet épistémologique cohérent. Sa proposition constitue à ce titre un moment essentiel dans l’histoire de la géographie, dans la mesure où elle contribue à l’élaboration et à la stabilisation disciplinaire de ce champ.
63 Le terme « stabilisation » paraît en effet plus approprié que création pour décrire ce moment, car si l’objectif général de Malte-Brun ne souffre pas d’hésitation, sa mise en œuvre témoigne cependant du caractère éminemment transitoire de cette période. Le projet présenté opère des choix épistémologiques tantôt incertains, tantôt restrictifs ; malgré quelques hésitations épistémologiques, il a le mérite de trancher entre plusieurs options et de proposer un programme globalement cohérent. Cet épisode de fondation disciplinaire apparaît comme un moment transitoire dans l’histoire de la géographie : affichant la volonté de construction institutionnelle et intellectuelle de nouveaux cadres scientifiques, mais hésitant sur sa mise en œuvre méthodologique et théorique. Grâce à ces suggestions, l’influence de Malte-Brun dans la géographie française ne se dément pas dans les décennies suivantes. En gardant peu ou prou les mêmes lignes épistémologiques, il devient un des principaux animateurs de la Société de Géographie de Paris et continue jusqu’au milieu des années 1820 à influencer l’orientation des cadres disciplinaires.
64 L’analyse du projet de Malte-Brun ouvre à d’autres interrogations. Il est d’ailleurs remarquable de noter que Malte-Brun semble contribuer, par ses choix, à différencier une manière française de faire de la géographie, dont les caractéristiques s’opposent notamment à la façon allemande. La confrontation avec les propositions humboldtiennes ou rittériennes paraît en effet révéler que la géographie se structure selon des voies nationales en dépit d’aspirations universalistes, bien présentes chez Malte-Brun lui-même. Cet exemple invite aussi à poursuivre ce questionnement, afin d’identifier ce qui, dans le contexte scientifique, culturel et politique français, incite les géographes à opter pour de telles orientations.
3. Document annexe
TABLE DES MATIÈRES DU TOME II DES ANNALES DES VOYAGES, 1809.
VOYAGE à la Baie de Sainte-Luce ; par M. LISLET-GEOFFROY, communiqué par M. PERON.
EXTRAIT du Journal du Voyage du Capitaine J.L. DUBOIS, de Surate en France ; par Mer et par Terre, fait en 1793.
TOPOGRAPHIE de l’Isle de Balambangan, au nord de celle de Bornéo, par ALEXANDRE DALRYMPLE ; communiqué par M. LANGLES.
RAPPORT sur une partie de l’Ile de Bornéo, fait à la compagnie des Indes Anglaises ; par M. JESSE.
De l’État civil et moral des Juifs ; par LE RÉDACTEUR.
OBSERVATIONS faites pendant un Voyage dans la Grèce et principalement dans les îles de l’Archipel ; par feu M. DANSSE DE VILLOISON, de l’Académie des Inscriptions, de l’Institut de France, etc. ; extraites littéralement de ses papiers inédits. (Remarques générales. Femmes grecques. Langage. Aspect des îles, Climat, maladies dominantes. Remèdes. Productions. Habitations. Meubles. Culte, Clergé, Missions catholiques. Bibliothèques, Monumens. Festins, Sociétés, Noces. Divers Usages singuliers.)
SUR les Travaux géographiques D’ORTELIUS, par M. de MACEDO, ci-devant Secrétaire de la Légation Portugaise à Paris. Communiqué par M. WALKEN AER.
DESCRIPTION de la Finlande Suédoise, tirée des Ouvrages Suédois les plus récens ; par le REDACTEUR. (Économie Rurale, obstacles à la Culture. Administration, Revenus. Mœurs, Usages, Langue des Finlandois. Description topographique. Sur la forteresse de Svéaborg et sur la Flottille. Sur les Isles d’Aland. Sur les Quènes, Kaines ou Cayaniens. Considérations sur la Diminution des Eaux dans le golfe Bothnique.)
SUR les Peuples qui mangent de la Terre ; par M. DE HUMBOLDT ; tiré de ses TABLEAUX DE LA NATURE (Ansichten der Natur).
DESCRIPTION Géographique et Historique des trois Provinces dites Vascongades ; savoir, de la Guipouscoa, de la Biscaye et de l’Alava, ainsi que du Royaume de Navarre ; par M. JOSEPH MARCHEN A. (§. Ier Guipouscoa. § II. Biscaye. § III. Alava. § IV. Royaume de Navarre.)
NOTICE sur le Val-Ombrosa en Toscane, extraite d’un Voyage inédit, par A. L. CASTELLAN.
LETTRE Sur la Statistique des États confédérés du Rhin ; par M. MENTELLE, Membre de l’Institut de France, Géographe de Sa Majesté le Roi de Hollande.
HISTOIRE Littéraire des Anciens Voyages, premier Cahier ; par M. BECKMANN, Professeur à l’Université de Gottingue. (Premier Extrait, par M. I. B. E.)
BULLETIN DES VOYAGES, DE LA GÉOGRAPHIE ET DE L’HISTOIRE NOUVEAUX Ouvrages Anglais.
CARTES Géographiques nouvelles.
VOYAGE dans l’Intérieur de la Louisiane, de la Floride Occidentale et dans les Îles de la Martinique et de Saint-Domingue ; par M. ROBIN.
SUR l’Édition complète des Ouvrages de M. d’ANVILLE.
RÈGLEMENT pour les Juifs établis ou tolérés à Francfort ; par S. A. E. le Prince PRIMAT ; SUR la Tontine LAFARGE.
OUVRAGES nouveaux sur la Statistique de l’Autriche.
STATISTIQUE Générale de l’Empire d’Autriche, par M. le Professeur BILSINGER.
TABLEAU STATISTIQUE de l’Empire d’Autriche, par M. le Professeur HASSEL.
NOUVEAUX détails sur le Voyage de M. SEEZEN,
LETTRE relative au Voyage de M. LEDRU.
NOUVELLES Limites du Royaume d’Italie.
IL Monte-nero. Canti tre. Di Nicolo Ivellio. Venise, 1806, c’est-à-dire, le Montenegro, poème en trois Chants, etc., etc.
SIX Cartes de l’Europe, avec un Texte Explicatif ; par C. RITTER. Schnepfenthal, à la Librairie Philantropique.
DIVERS Ouvrages relatifs aux Colonies européennes en Amérique.
PERSPECTIVE des Rapports politiques et Commerciaux de la France dans les deux Indes, sous la Dynastie régnante ; par J.F. DE PONS, ex-Agent du Gouvernement Français à Caracas, etc.
SUR la Canne à Sucre d’Otaïti, tiré des APERCUS DE LA NATURE ; par M. HUMBOLDT.
Bibliographie
Sources
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- Humboldt, A. de (1807), Essai sur la géographie des plantes accompagné d’un tableau physique des régions équinoxiales, Paris, Levrault, 155 p.
- Humboldt, A. de (2004 [1845-1859]), Kosmos, Entwurf einer physischen Weltbeschreibung, Frankfurter am Main, Eichborn Verlag, 935 p.
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- Malte-Brun, C. (1807-1814), Annales des Voyages, de la Géographie et de l’Histoire, Paris, Buisson, 24 volumes.
- Malte-Brun, C. (1807), « Discours Préliminaire », in Annales des Voyages, de la Géographie et de l’Histoire, Paris, Chez Buisson, Tome Premier, p. 3-15.
- Malte-Brun, C. (1810), « Sur l’étude de la géographie en général ; et sur le but, le plant et les divisions de cet Ouvrage en particulier », in Précis de la Géographie Universelle, tome premier « Histoire de la Géographie », Livre Premier, Paris, Buisson, p. 1-10.
- Malte-Brun, C. (1810), Précis de la Géographie Universelle ou Description de toutes les parties du monde, Paris, Buisson, 6 volumes.
- Malte-Brun, C. et Mentelle, E. (1816), Géographie universelle ancienne et moderne, mathématique, physique, statistique, politique et historique des cinq parties du monde, tome XVI, Paris, chez Desray, 664 p.
- Mentelle, E. (1787), Géographie ancienne, in Encyclopédie méthodique, Paris, chez Panckoucke et Liège, chez Plomteux, tome I.
- Pinkerton, J. (1802), Modern Geography. A Description of the Empires, Kingdoms, States and Colonies ; with the Oceans, Seas and Isles ; in All Parts of the World : Including the Most recent Discoveries, and Political Alterations, Londres, 2 volumes.
- Ritter, C. (1817-1859), Die Erdkunde im Verhältniss zur Natur und zur Geschichte des Menschen, oder allgmeine, vergleichende Geographie, als sichere Grundlage des Studiums und Unterrichts in physikalischen und historischen Wissenschaften, Berlin, Georg Reimer, « Afrique » (1084 p.) 1817-1818, 2e édition, 2 vol., 1822, « Asie », 19 vol., 1832-1859.
- Ritter, C. (1852), Einleitung zur allgemeinen vergleichenden Erdkunde und Abhandlungen zur Begründung einer mehr wissenschaftlichen Behandlung der Erdkunde, Berlin, Georg Reimer, 246 p.
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Mots-clés éditeurs : Annales des Voyages, autonomie scientifique, Conrad Malte-Brun, histoire de la géographie, identité disciplinaire, Précis de la géographie universelle, projet épistémologique
Date de mise en ligne : 10/03/2015
https://doi.org/10.3917/ag.701.0099