BURGEL Guy Pour la ville Creaphis Éditions, 2012, 121 p.
- Par Gabriel Dupuy
Pages 1112a à 1112
Citer cet article
- DUPUY, Gabriel,
- Dupuy, Gabriel.
- Dupuy, G.
https://doi.org/10.3917/ag.698.1112a
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- Dupuy, Gabriel.
- DUPUY, Gabriel,
https://doi.org/10.3917/ag.698.1112a
BURGEL Guy Pour la ville Creaphis Éditions, 2012, 121 p.
Pour quelle ville ?
1 Le titre du livre est bien choisi. C’est de la ville qu’il est question, c’est la ville qui fait question. Le géographe de la ville, fondateur du Laboratoire de géographie urbaine de Nanterre, éditeur de la revue, puis de la collection « Villes en parallèle » fait preuve de sa vaste culture en rappelant l’évolution des villes. Exode rural, urbanisation, grands ensembles, ségrégation, gentrification : le tableau est brossé à grands traits mais avec un pinceau pointu et des formules chocs. Un exemple : à propos des immigrants des années 1960-1970, l’auteur écrit : « La ville les a attirés, la ville les promeut ».
2 Le diagnostic du désenchantement urbain contemporain est tout aussi affûté et l’expression tout aussi percutante. La politique haussmannienne pour Paris est ainsi opposée à celle de P. Delouvrier pour la région parisienne 150 ans plus tard : le verdict est sans appel. Pour Guy Burgel, le premier a réussi, le second a échoué.
3 Tout cela se lit avec plaisir. L’on pardonne à ce texte brillant quelques approximations ici où là et l’emploi ambigu du concept d’idéologie. Au fil des chapitres, l’idéologie, d’abord condamnable, devient recette-miracle pour changer les représentations, les mentalités qui freinent les progrès de la société.
4 La seule question qui mériterait discussion avec l’auteur est celle de la place de la ville dans des processus socio-économiques globaux auxquels sont imputés aujourd’hui la mondialisation, la crise, le chômage, l’accroissement des inégalités, la dégradation de l’instruction. Dans ce livre, la ville est partout invoquée, par exemple au sujet de l’instruction. La restauration d’une instruction publique efficace et équitable est pour G. Burgel une priorité. Qui ne souscrirait à une telle déclaration ? Cependant il poursuit en affirmant que cette restauration est « intimement liée à la ville ». On peut alors être plus dubitatif. Certes en France la population réside très majoritairement dans les villes. Mais l’auteur voit surtout dans la ville un milieu favorable aux mutations, aux innovations, et aux compréhensions mutuelles, donc, au sens fort, à l’instruction publique. Mais de quelle ville parle-t-on ? De la ville historique, dense et compacte, berceau d’unecivitas en laquelle veut croire Guy Burgel ? Ou bien de l’urbain indifférencié qui accueille la très grande majorité de nos concitoyens ? Pour ce qui est du rôle de la ville dans l’économie, on aimerait que l’auteur se rapproche des perspectives d’auteurs comme Veltz, Davezies ou Halbert qui depuis quelques années esquissent une intéressante redéfinition des entités urbaines ou métropolitaines.
5 À défaut de trancher ces questions, la dernière phrase du livre n’est pas sans panache : « Puissions-nous avoir convaincu les Français, leurs dirigeants et ceux qui aspirent à le devenir, que la ville n’est pas une mauvaise inspiratrice ».