Cyrille DEBRIS, « Tu, felix Austria, nube ». La dynastie de Habsbourg et sa politique matrimoniale à la fin du Moyen Âge (xiii e-xvi e siècles), Paris, Brepols, coll. « Histoires de famille. La parenté au Moyen Âge », 2005, 674 p.
- Par Naïma Ghermani
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- GHERMANI, Naïma,
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- Ghermani, N.
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1 Acmé de la dynastie Habsbourg, l’empereur Charles Quint fascine d’abord parce qu’il fut à la tête d’un empire sur lequel « le soleil ne se couchait jamais ». Il est cependant surtout le point d’aboutissement d’une patiente, longue et savante politique matrimoniale qui constitue l’objet de ce livre imposant, issu d’une thèse de doctorat. Si l’auteur annonce d’emblée que ces stratégies n’ont sans doute pas été conscientes, il cherche toutefois à éclaircir le succès ou l’échec des mariages et le long cheminement entre la motivation d’une alliance et sa concrétisation. Car, si le mariage a bien été étudié par l’histoire du droit (canon et noble, notamment), très peu de recherches se sont consacrées à la préparation, aux tractations, bref aux « conditions du marché » matrimonial médiéval. Une histoire qui, certes, selon les dires de l’auteur « ne se veut pas innovante » (p. 469), mais qui n’en demeure pas moins un travail remarquable autant par l’ampleur de la période embrassée que par celle des sources analysées.
2 Loin donc d’une histoire anthropologique de la parenté dans le sillage de Christiane Klapisch-Zuber, l’auteur retrace les débuts de la puissance des Habsbourg à partir de 1273, date clé marquant l’accession de la dynastie à la dignité impériale avec le comte Rodolphe IV de Habsbourg, devenu Rodolphe Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique, jusqu’à la mort de Maximilien Ier en 1519. Pendant cette période, la dynastie travailla non seulement à accroître ses territoires, mais aussi à préserver la continuité impériale.
3 L’historien présente d’abord la famille, puis ses cent dix projets de mariages, dont cinquante-huit aboutirent. Il propose ensuite une vision thématique de ces stratégies, alimentées par de nombreux exemples empruntés au spectre temporel large qu’il s’est choisi, à commencer par les conditions tant juridiques que culturelles du mariage, rappelant dans des pages très intéressantes les grands principes du droit canon qui sont autant d’obstacles, souvent contournés par nombre de dispenses pontificales, principes qui organisent le mariage dans la chrétienté, mais surtout dans les grandes familles dont l’endogamie restreint considérablement le choix des candidats. Les motivations des mariages sont diverses : la paix territoriale bien sûr, la continuité et le prestige dynastique ou encore les nécessités matérielles conditionnent les tractations des familles qui rarement demandent l’avis aux enfants concernés – souvent très jeunes – ni même à leurs parentes devenues veuves. Marie de Bourgogne, orpheline harcelée par les troupes de Louis XI pour la contraindre au mariage, ou Élisabeth de Bohême-Hongrie, devenue veuve en 1439 et subissant une pression sans relâche des nobles hongrois afin qu’elle épouse le roi de Pologne, firent par exemple les frais de ces conflits d’intérêts matrimoniaux menés d’abord et avant tout par des hommes, même si quelques reines douairières comme Élisabeth de Coumanie vers 1275, eurent une influence essentielle dans la conclusion de certaines unions. Objets d’âpres négociations, les mariages et notamment les clauses qui l’accompagnaient, dont la dot constituait une importante partie, entraient donc dans le cadre d’un jeu diplomatique dont les règles nous sont ici retracées. Au terme de ce marathon cependant, le mariage n’avait lieu qu’après de nombreux rituels, depuis l’envoi de portraits jusqu’aux fiançailles, suivies parfois d’un mariage par procuration.
4 Ce livre, impressionnant par sa maîtrise de la généalogie, des sources, de la période longue, et enrichi d’importantes annexes retraçant l’ensemble des projets de mariage des Habsbourg pendant près de trois siècles, intéressera autant les historiens de la famille que les historiens du monde germanique des périodes médiévale et moderne. Ces derniers trouveront dans le tableau des stratégies matrimoniales un éclairage indispensable sur la période moderne de l’histoire des Habsbourg qui manquait jusqu’alors à la recherche, permettant non seulement de mieux comprendre l’épaisseur politique du mariage, mais aussi de saisir la densité du réseau habsbourgeois au xvi e siècle et le surinvestissement symbolique dont bénéficieront, à la fin du même siècle, les études généalogiques.
5 Naïma GHERMANI
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