Brigitte Le Guen (dir.) , L’argent dans les concours du monde grec Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2010, 421 p. et 22 p. de pl.
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- GRANDJEAN, Catherine,
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- Grandjean, C.
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Notes
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[1]
- Brigitte LE GUEN, Les associations de technites dionysiaques à l’époque hellénistique, vol. I, Corpus documentaire, Nancy, Association pour la diffusion de la recherche sur l’Antiquité, 2001 ; Henry W. PLEKET, « Games, Prizes, Athletes and Ideology : Some Aspects of the History of Sport in the Greco-Roman World », Stadion, I, 1975, p. 49-89.
1 La recette d’un bon colloque est connue : une problématique neuve et/ou pointue et des intervenants de qualité. Ce colloque international entre dans cette catégorie (malgré les absences de Jean-Yves Strasser et de Denis Knoepfler), car l’idée de dresser un bilan sur l’argent dans les concours est neuve et s’avère fructueuse. Le colloque porte sur l’oikonomia des concours en Grèce et en Méditerranée orientale. Brigitte Le Guen, dont on connaît les travaux sur l’histoire du théâtre grec, a centré le propos sur les concours théâtraux, car Henry Pleket avait déjà étudié certains points relatifs à l’oikonomia des concours sportifs [1]. L’essentiel des contributions porte sur la période entre le Ve siècle av. J.-C. et le IVe siècle apr. J.-C. ; il y a en outre une communication de Wolfgang Decker sur le monde proche-oriental et l’univers des poèmes homériques, où les concours sportifs étaient étroitement liés au pouvoir monarchique, que le roi y participe ou qu’il se contente de distribuer les récompenses, quand il y en avait, aux concurrents. Il montre que prévalait déjà la diversité des prix octroyés et que certaines modalités de leur mode de distribution ont perduré, comme le fait que les vainqueurs n’étaient pas toujours seuls à être récompensés.
2 Les communications sont regroupées en trois parties. La première porte sur le financement des concours classiques et hellénistiques, d’abord à Athènes, puis dans d’autres régions de Grèce et d’Asie Mineure. Peter Wilson, auquel on doit une remarquable analyse du financement des Grandes Dionysies d’Athènes, complète son étude en examinant le financement des Dionysia des dèmes (subdivisions du territoire) attiques. Ces concours sont attestés essentiellement dans les dèmes les plus peuplés et les plus riches, qui avaient pour souci principal d’équilibrer leur budget culturel ; l’organisation et le financement reposaient largement (y compris pour ce qui concerne les acteurs dans le cas de Thorikos) sur des chorèges locaux si dévoués à leur dème qu’ils exerçaient rarement des responsabilités au niveau civique. La taille des théâtres de certains dèmes est tellement disproportionnée par rapport à leur population qu’il semble qu’ils étaient loués pour en retirer des revenus. L’autonomie des dèmes par rapport aux institutions centrales est évidente, sauf dans le décret figurant sur une inscription d’Acharnes, datée de l’époque où Démétrios de Phalère (315/314) gouvernait Athènes. Le même texte est au cœur de la communication cosignée par Eric Csapo et P. Wilson, relative au passage de la chorégie à l’agonothésie à Athènes : aux yeux de son éditeur, Georges Steinhauer, l’absence de mention de chorège dans ce décret confirme cette datation. E. Csapo et P. Wilson lui objectent que la présence d’un épimélète dans un dème ne saurait prouver l’existence d’un agonothète de la ville. Le document montre plutôt qu’en 314, cette charge n’avait pas été créée. Ils insistent aussi sur la lourdeur des dépenses des agonothètes, peu conforme à la volonté de limiter les dépenses somptuaires affichée par Démétrios, et formulent l’hypothèse que l’agonothésie serait une création des démocrates ; de fait, le premier monument agonothétique est contemporain de la restauration de la démocratie en 307.
3 La communication de Daniela Summa sur le financement des concours en Locride, qui permet de sortir d’Athènes, cité considérée comme la capitale théâtrale des Grecs, montre la diversité des pratiques culturelles dans cette petite région hétérogène de Grèce centrale : la Locride occidentale, qui se rattache au monde de la Grèce de l’Ouest, est moins tournée vers le théâtre que la Locride orientale, qui est dans la sphère d’influence égéenne.
4 Léopold Migeotte propose ensuite une typologie des modes de financement des concours. L’utilisation des fonds sacrés (caisses des sanctuaires, revenus des biens et domaines, taxes) est attestée, notamment en Grèce centrale, comme celle de l’argent provenant de fondations religieuses créées par des bienfaiteurs (Délos, Tanagra) ; à cela s’ajoutaient des fonds publics (Délos, Anactorion, Ilion, Athènes), des liturgies (Iasos, Délos), des contributions des cités participantes (en Eubée au IIIe siècle) et des dons privés (attestés au moins aux Itônia d’Amorgos).
5 La deuxième partie porte sur le financement des édifices de spectacles (théâtres, stades, hippodromes) à partir des allusions littéraires, des inscriptions honorifiques et des comptes. Jean-Charles Moretti étudie les théâtres qui sont destinés à accueillir des spectacles, mais aussi des assemblées. Par comparaison avec d’autres types d’édifices et avec les autres dépenses engagées lors des concours, on peut estimer le coût de ces édifices, éléments majeurs de l’équipement monumental des cités. Ils étaient de loin les édifices de spectacle les plus onéreux, mais la documentation disponible ne donne pas d’information précise sur leur coût global. Les bienfaiteurs jouaient un rôle éminent dans leur construction, et semblent avoir eu une propension particulière à financer le proskenion (portique dont la couverture en terrasse fournissait un autre emplacement au jeu des acteurs). Le coût élevé de la construction explique que beaucoup de théâtres, financés sur fonds publics et/ou privés, aient été en chantier pendant des décennies (Athènes à l’époque classique, Délos à l’époque hellénistique, Aphrodisias à l’époque impériale) : les apports d’argent permirent de compléter et de transformer les théâtres pour les adapter aux nouveaux goûts en matière de spectacle et d’ornementation.
6 Virginie Mathé évoque ensuite les stades et hippodromes, infrastructures également très répandues en Méditerranée orientale (Grèce, Asie Mineure, Syrie séleucide, Alexandrie) : 220 stades sont attestés, dont quarante-quatre connus, et trente-quatre hippodromes sont cités, dont sept ont été identifiés. Structures moins complexes que les théâtres, avec peu d’éléments bâtis, à l’exception des parties accueillant les spectateurs, stades et hippodromes ont fait l’objet de financements par des bienfaiteurs plus modestes que pour les théâtres. Ces contributions portaient sur les parties accueillant le public, sur les dispositifs de départ et la préparation des pistes.
7 La dernière partie de l’ouvrage porte sur les prix des concours ou, plus précisément, sur les dépenses en faveur des artistes, car il y est aussi question de misthos et de siteresion dans le cas de la loi eubéenne évoquée par William Slater. Ce texte relatif à l’organisation de Dionysia par les cités eubéennes donne à penser que les dépenses induites par l’entretien des artistes pouvaient être très élevées, plus que les prix qu’ils étaient susceptibles de recevoir, jusqu’à un talent (6000 drachmes) pour une troupe, l’association entre concours choraux et dramatiques étant particulièrement onéreuse ; d’où, selon lui, le déclin des Dionysia au Ier siècle avant notre ère, période de forte pression fiscale.
8 Sylvain Perrot examine les récompenses des musiciens à Delphes et indique qu’avant la réorganisation des Sôteria en concours stéphanite par les Étoliens au IIIe siècle, des prix en argent furent distribués aux vainqueurs, comme aux artistes qui donnaient des concerts à la demande des organisateurs. L’interprétation du décret amphictionique sur l’équivalence entre un tétradrachme attique et quatre drachmes « d’argent » – et non « attiques » comme l’écrit l’auteur –, comme un texte pris en faveur des technites, est une hypothèse intéressante, mais qui reste à fonder. La communication richement illustrée de Katherine Dunbabin sur les représentations de récompenses à l’époque impériale donne à voir des prix plus variés que ceux attestés auparavant dans le monde grec : couronnes végétales ou non, palmes et sacs de monnaies posés sur des tables succèdent aux athlètes se couronnant de la statuaire et de l’iconographie vasculaire grecques. Cette thématique est attestée sur les mosaïques et sur les émissions monétaires frappées en Asie Mineure à la fin du IIe et au IIIe siècle de notre ère ; l’examen des droits de ces pièces combiné à une mise en série des émissions serait probablement fructueux.
9 Les principaux apports de ce colloque concernent la mise en lumière du rôle important des contributeurs privés, et notamment des étrangers, dans le financement des concours. La vitalité des concours pendant la période hellénistique et impériale apparaît aussi clairement. Enfin, la question débattue de la distinction entre concours stéphanites et chrématites, qui fait partie du legs intellectuel de Louis Robert, a été examinée à plusieurs reprises, notamment pour évoquer les avantages (rentes, privilèges divers) que les vainqueurs des concours stéphanites, couronnés seulement d’une couronne végétale par les organisateurs, se voyaient octroyer à leur retour par leur cité d’origine. Faut-il pour autant abandonner cette distinction, comme B. Le Guen incline à le faire dans son introduction, ou s’y tenir comme Olivier Picard dans sa conclusion ? L’étude par W. Slater de concours où une partie des épreuves pouvait ressortir à la catégorie « agôn némétos » (concours avec contrat et prix) et l’autre à celle de l’« agôn stéphanitès » invite à penser que les réalités étaient diverses.
10 CATHERINE GRANDJEAN
Date de mise en ligne : 10/12/2012