Falk Bretschneider, Gefangene Gesellschaft. Eine Geschichte der Einsperrung in Sachsen im 18. und 19. Jahrhundert Constance, UVK Verlagsgesellschaft, 2008, XXI-614 p.
- Par JOEL F. HARRINGTON,
- traduit par Cécile d’Albis
Page XVa
Citer cet article
- HARRINGTON, JOEL F.,
- traduit par D’ALBIS, Cécile,
- HARRINGTON, JOEL F..,
- et al.
- HARRINGTON, J.-F.,
- traduit par D’Albis, C.
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- HARRINGTON, J.-F.,
- traduit par D’Albis, C.
- HARRINGTON, JOEL F..,
- et al.
- HARRINGTON, JOEL F.,
- traduit par D’ALBIS, Cécile,
1 Toute étude d’une maison de correction depuis ses origines se situe inévitablement dans l’orbite de la force d’attraction toujours puissante que représente le grand enfermement foucaldien. Falk Bretschneider reconnaît, et c’est une qualité, l’apport des débats historiographiques des années 1970 et 1980, mais il ne laisse pas sa subtile étude locale être débordée par ces débats ou s’y perdre. Sa thèse de 2005 s’intéresse, elle aussi, aux changements de grande échelle et sur le long terme dans la gestion de la « discipline d’État », mais de l’intérieur, c’est-à-dire d’un point de vue avant tout historique plus que philosophique. F. Bretschneider ne se préoccupe pas de trouver des failles dans les théories de Michel Foucault et d’autres, mais davantage de comprendre l’ensemble des dynamiques institutionnelles et des relations qui ont conduit à la transformation de la maison de correction (Zuchthaus) du duché de Saxe en prison moderne (Strafanstalt) au cours de l’époque moderne. Ce faisant, il offre l’une des analyses dans la longue durée les plus complètes qui soient disponibles sur le sujet.
2 Après un aperçu de la bibliographie et de la méthodologie du projet, le corps de l’ouvrage se concentre sur quatre phases successives dans le développement de l’institution saxonne : ses origines qui remontent à la fin du XVIIe siècle, entre débats politiques sur la pauvreté et la discipline, son évolution au milieu du XVIIIe siècle en site manufacturier et mercantiliste, sa transformation cahoteuse en prison, et l’accomplissement de cette nouvelle identité au cours du XIXe siècle. Dans une dernière partie, F. Bretschneider revient sur les débats intellectuels abordés dans l’introduction et présente d’intéressantes conclusions. Chacune des principales parties du livre comprend une étude statistique des détenus de la maison de correction, un examen des débats politiques et des mesures gouvernementales, ainsi qu’une description de la vie quotidienne entre les murs de l’institution. La densité des descriptions et des analyses est essentielle pour la crédibilité de la thèse directrice de F. Bretschneider, selon laquelle la transformation de l’institution devait bien plus à des dynamiques internes qu’à l’influence d’idées, de débats ou de politiques extérieurs.
3 Le duché de Saxe commença à mettre en place des centres disciplinaires formalisés relativement tard. Les pénitenciers anglais étaient opérationnels depuis plus d’un siècle et la plupart des autres centres disciplinaires hollandais et allemands étaient déjà bien établis au moment de la fondation de la maison de correction saxonne en 1671. Comme dans la ville impériale de Nuremberg, elle aussi retardataire dans ce domaine (1670), le sujet avait été débattu dans les cercles gouvernementaux depuis des années, mais ce n’est que bien après que le chaos de la guerre de Trente Ans se fut finalement apaisé que les débats finirent par aboutir. Tout d’abord, l’institution était originellement conçue comme un moyen de tirer de la rue les mendiants en bonne santé pour les impliquer dans un travail utile. Sa population était donc composée d’adultes et d’enfants pauvres (en majorité des orphelins). Le modèle économique était celui de la « vie communautaire » (ganzes Haus), sous la direction d’un couple marié, avec une forte insistance sur l’apprentissage d’un vrai travail et des pratiques religieuses. Progressivement, les détenus emprisonnés pour offenses morales (comme l’adultère) se firent plus nombreux, ainsi que les personnes âgées et infirmes. Alors que la routine quotidienne du travail et de la prière restait inchangée, la priorité de l’institution porta moins sur la réhabilitation individuelle que sur la punition par le travail forcé. La mission manufacturière de la maison se fit dans le même temps plus prononcée et la notion de foyer partagé devint de plus en plus un anachronisme.
4 La transformation fondamentale en une prison moderne nous est plus familière, grâce à de nombreuses études locales menées en Grande-Bretagne et sur le continent. F. Bretschneider parvient cependant particulièrement bien à recouper les préoccupations politiques et économiques du gouvernement avec les problèmes administratifs et sociaux de la maison de correction. Il offre aussi une vue d’ensemble très utile des débats réformateurs avant 1848 ainsi que des décisions réactionnaires prises par la suite. À la fin du siècle, lorsque prend fin un processus qui a duré deux siècles, cette évolution apparaît a posteriori, si ce n’est inévitable, du moins naturelle et non orientée.
5 La plus grande réussite de cette étude consiste peut-être dans sa description de la microsociété qui vivait entre les murs de la maison de correction. En dépit de l’effet d’homogénéisation des synthèses statistiques, les détenus et leurs surveillants apparaissent comme les plus importants agents du changement. Bien entendu, leur petit monde reflétait les hiérarchies et les priorités de la société, mais F. Bretschneider montre bien comment les détenus (parfois internés de manière volontaire dans les premières années) ont créé une « logique institutionnelle » qui a continué à configurer l’organisation et les règles de l’institution jusqu’au XIXe siècle. Ils ont aussi réussi, en dépit de nombreuses difficultés, à créer avec les gardiens une société qui fonctionnait généralement assez bien, du moins en ce qui concerne la limitation des incidents violents. Le fouet et les autres punitions n’étaient pas monnaie courante et les tentatives de fuite étaient rares. Selon F. Bretschneider, le fait que les prisonniers et les gardiens provenaient de milieux sociaux similaires aurait contribué à cette situation ; toutefois, dans nombre de cas modernes comparables, il ne s’agit pas vraiment d’une assurance de stabilité. Par ailleurs, l’importante description des transformations du XVIIIe siècle que propose l’auteur ne remet pas véritablement en cause l’orientation centralisatrice qui leur succède, évidente dans l’ensemble des traitements de la déviance sociale au XIXe siècle, ce que l’auteur concède d’ailleurs volontiers. Bien qu’il se rapproche parfois du point de vue téléologique qu’il écarte, le rejet global que fait F. Bretschneider de certains des processus méta-historiques des « technologies de pouvoir » n’en reste pas moins convaincant et important. L’argumentation fouillée et néanmoins nuancée de l’ouvrage se trouve encore renforcée par d’excellents graphiques et index.
6 JOEL F. HARRINGTON
7 Traduit par CÉCILE D’ALBIS
Date de mise en ligne : 19/02/2012