Compte rendu

Michel Cointepas Arthur Fontaine, 1860-1931. Un réformateur, pacifiste et mécène au sommet de la Troisième République Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, 382 p.

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  • Wright, J.
(2010). Michel Cointepas Arthur Fontaine, 1860-1931. Un réformateur, pacifiste et mécène au sommet de la Troisième République Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, 382 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 65e année(3), XXIX-XXIX. https://shs.cairn.info/revue-annales-2010-3-page-XXIX?lang=fr.

  • Wright, Julian.
« Michel Cointepas Arthur Fontaine, 1860-1931. Un réformateur, pacifiste et mécène au sommet de la Troisième République Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, 382 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2010/3 65e année, 2010. p.XXIX-XXIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2010-3-page-XXIX?lang=fr.

  • WRIGHT, Julian,
2010. Michel Cointepas Arthur Fontaine, 1860-1931. Un réformateur, pacifiste et mécène au sommet de la Troisième République Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, 382 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2010/3 65e année, p.XXIX-XXIX. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2010-3-page-XXIX?lang=fr.

Notes

  • [1]
    - Par exemple, Alain CHATRIOT, Odile JOIN-LAMBERT et Vincent VIET (dir.), Les politiques du travail, 1906-2006. Acteurs, institutions, réseaux, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006.

1 Au sein des grands courants réformateurs et artistiques de la Belle Époque, Arthur Fontaine a mené une belle carrière de haut fonctionnaire. Scrupuleux, habile, sachant faciliter les rencontres entre patrons, syndicalistes et élus socialistes, Fontaine représentait l’incarnation parfaite de la haute bureaucratie, se penchant avec générosité, mais aussi avec un regard scientifique, sur le monde du travail. Avec ses amis mondains, c’était un mécène qui appréciait les poètes et artistes du tournant du siècle, étroitement lié à Francis Jammes ou Eugène Carrière notamment. Issu de la grande bourgeoisie, ayant renoncé à la foi pratiquée par ses parents, il évoluait socialement dans un milieu catholique de tendance dreyfusarde modérée ; politiquement, il se sentait plus proche d’un Alexandre Millerand, socialiste indépendant, dont la conscience sociale était tempérée par les mœurs et les instincts d’un modéré du centre libéral. Il fut également très lié à Albert Thomas, mais Fontaine n’éprouvait aucunement l’idéalisme fervent d’un vrai socialiste réformiste. Connaissant la législation du travail sur le bout des doigts, il était doué pour améliorer les textes, éviter les controverses, composer afin de trouver une position médiane qui pourrait satisfaire le patronat ou tel gouvernement de centre-droit.

2 À plusieurs reprises, Fontaine fut un pionnier dans la fonction publique. Ayant quitté l’Inspection des mines, sa première carrière, il entre au tout nouvel Office du travail en 1891, regroupant un petit noyau de fonctionnaires qui esquissent les débuts d’une politique du travail. Il en deviendra par la suite le directeur puis sera, après la Première Guerre mondiale, la cheville ouvrière du nouveau Bureau international du travail (son savoir-faire en matière de fonction publique est alors incontestable), et c’est l’un des mérites de l’ouvrage que de fournir une description détaillée des transformations au sein des organismes régissant la législation ouvrière pendant cette époque charnière. Toutefois, on peut regretter qu’il ne nous apporte guère de réflexion sur une signification plus large de son parcours. Car Fontaine, travaillant toujours aux côtés de Millerand, de René Viviani, éventuellement d’Albert Thomas, n’est rien moins que le bras droit de toute une série d’hommes politiques provenant du socialisme réformiste. Sans être socialiste lui-même, n’est-il pas l’un des plus importants acteurs sociaux dans ce monde imprégné par le socialisme gouvernemental ? N’est-ce pas ici une histoire exemplaire pour mieux comprendre le réformisme du début du siècle ? Bien que Michel Cointepas nous offre les jalons d’une analyse sur les relations entre Fontaine et Millerand ou Fontaine et Thomas, on ne trouve pas ici de véritable tentative de rapprocher ou de comparer le fonctionnaire et les hommes politiques qu’il cotoyait. Surtout, on peut regretter que l’auteur n’ait pu élargir son point de vue vers une réflexion plus générale sur le réformisme social à une époque trop souvent décrite comme une République « radicale » ou « bourgeoise ». On ressent parfois une certaine réticence à aller au-delà des interprétations classiques de cette époque si riche en développements novateurs dans le domaine social   [1].

3 Issu d’une thèse, le livre de M. Cointepas cherche à décrire un monde qui foisonnait de nouveaux réseaux politiques, de sociabilité mondaine ou littéraire, où les amis de Marcel Proust concevaient leurs projets littéraires en lien direct avec les discussions sociales dirigées par Paul Desjardins aux « Décades de Pontigny », où les réformateurs, libéraux et socialistes, toutes tendances confondues, se réunissaient dans les « antichambres de la Chambre », le Musée social, et surtout – pour Fontaine – l’Union pour l’action morale. De nombreux ouvrages récents ont porté sur ces aspects, et certains sont connus de M. Cointepas, mais on regrette qu’il n’ait pu faire le lien entre son travail et celui de Sébastien Laurent sur Daniel Halévy par exemple, ou même avec des travaux collectifs comme le Jaurès et les intellectuels dirigé par Gilles Candar. Il fut un temps où l’on pouvait dire que le champ social du début du siècle était très mal connu ; ce n’est plus le cas aujourd’hui, et le problème pour les historiens, même ceux qui choisissent le genre de la biographie, forme essentielle pour comprendre avec finesse les engagements personnels dans une République trop souvent simplifiée, est de savoir comment réaliser la synthèse d’un énorme corpus de travaux récents. Si ce travail détaillé est utile pour tous ceux qui s’intéressent à la République réformiste, l’auteur est resté trop attaché au cas Fontaine : une appréciation plus large d’autres réformateurs, d’autres réseaux intellectuels et politiques, aurait pu l’aider à approfondir son portrait.

4 JULIAN WRIGHT


Date de mise en ligne : 28/07/2010