Alice Yaeger Kaplan, The interpreter New York, Free Press, 2005, 240 p.
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- HEIMBURGER, Franziska,
- Heimburger, Franziska.
- Heimburger, F.
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Notes
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[24]
Traduction du livre de Patrick Hersant publié en 2007 chez Gallimard sous le titre L’Interprète. Dans les traces d’une cour martiale américaine, Bretagne 1944.
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[25]
Alice KAPLAN, The collaborator : The trial and execution of Robert Brasillach, Chicago, University of Chicago Press, 2000.
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[26]
Michael WERNER et Bénédicte ZIMMERMANN, « Penser l’histoire croisée : entre empirie et réflexivité », Annales HSS, 58-1,2003, p. 7-36.
1 Une professeur américaine d’histoire et de littérature française assure la traduction d’un roman écrit par un intellectuel français qui lui-même a servi en tant qu’interprète auprès des troupes américaines combattant en France en 1944. Elle finit par partir à la recherche des sources historiques de ce souvenir romancé. Le livre d’Alice Kaplan puise son intérêt et sa force dans la dimension globale que ces allers et retours à travers l’Atlantique donnent à une étude à l’échelle micro de l’injustice raciale au sein de la US Army pendant la Seconde Guerre mondiale [24]. A. Kaplan, comme Louis Guilloux, auteur de O.K. Joe !, roman qui inspira ce livre, part d’un constat très clair : sur les 70 soldats américains exécutés sur ordre de la justice militaire, 55 étaient noirs, alors que l’armée était composée à 92,5 % de Blancs.
2 Pour s’approcher de ce déséquilibre criant, A. Kaplan choisit de retracer les parcours judiciaires de deux soldats américains. Après une première partie qui pose le contexte historique des troupes américaines en Bretagne à l’été 1944 et introduit L. Guilloux, une deuxième partie est consacrée au procès de James Hendricks, soldat noir dans une « quartermaster truck company » (une unité de transport) qui s’était rendu un soir, ayant bu, à une ferme bretonne où il avait tiré sur la porte, tuant ainsi le propriétaire, avant de tenter de violer son épouse et finalement de s’enfuir. Il est condamné à mort et exécuté après un procès où de nombreux détails jettent le doute sur le déroulement réel des faits et qui souffre de la faiblesse de la défense de l’accusé. La troisième partie de l’ouvrage rend compte du procès de George Whittington, un capitaine blanc qui s’était distingué lors du débarquement et se trouve accusé du meurtre d’un résistant français après une altercation dans un bar. Il arrive à convaincre le tribunal qu’il avait agi uniquement pour se défendre et est acquitté sur la base de son seul témoignage, en bonne partie grâce à la stratégie habile de l’avocat de la défense. Dans une quatrième partie – intitulée « Histoire et Mémoire » –, A. Kaplan élargit sa réflexion à la question plus générale de l’injustice raciale dans l’armée américaine et des traces qu’elle a laissées, notamment dans l’esprit de L. Guilloux, qui se résolut en 1964 à écrire un roman basé sur ce qu’il avait vu à l’intérieur de la justice militaire américaine.
3 A. Kaplan mobilise un nombre important de sources différentes, situées des deux côtés de l’Atlantique, pour lui permettre de reconstituer à la fois le déroulement de ces deux procès et le parcours des personnages impliqués : documents issus de la justice militaire américaine, règlement militaire américain, notes prises par L. Guilloux, à la fois au moment des procès et pour la rédaction de son roman, et entretiens avec les descendants des soldats américains concernés et des civils bretons touchés par les procès. Son écriture limpide et évocatrice conjugue ces sources variées pour donner une représentation très vivante et agréable à lire. Comme elle l’a déjà prouvé dans son livre sur Robert Brasillach [25], A. Kaplan sait apporter le meilleur des French studies à l’univers des historiens. On apprécie également le grand souci documentaire qui a accompagné un travail d’archive méticuleux, malheureusement occulté par le choix éditorial d’utiliser des notes de fin d’ouvrage sans renvois dans le texte.
4 Que penser des choix directeurs d’A. Kaplan pour ce qui est fondamentalement une enquête sur l’injustice raciale au sein de l’Armée américaine, et plus particulièrement de la justice militaire américaine ? Ceux qui cherchent dans ce livre une argumentation nette, binaire et politique, démontrant des erreurs de justice et condamnant des Noirs innocents, seront déçus. Ils reprocheront à A. Kaplan d’avoir suivi jusque dans le choix de ces exemples le chemin littéraire tracé par L. Guilloux dans O.K. Joe ! et d’affaiblir ainsi l’interrogation plus générale sur l’injustice raciale qui se trouve limitée à une seule partie du livre, encore très liée aux cas précis qu’elle reconstruit. Ceux qui cherchent une étude plus nuancée, une nouvelle écriture pour une histoire qui n’est ni comparée ni globale dans le sens traditionnel, mais plutôt « croisée » [26], trouveront leur compte chez A. Kaplan. Elle ne cède pas à la facilité de démontrer qu’il pouvait y avoir des Noirs innocents condamnés et des Blancs coupables acquittés. A. Kaplan elle-même reconnaît dans un entretien avec le Washington Post : « Ceci n’est pas un livre qui traite de victimes innocentes. C’est plus complexe que cela. C’est le type de récit que l’on croise quand on parle de la disproportion entre les peines de mort infligées aux Noirs et aux Blancs. » Ainsi, il ne faut pas voir un évitement des grandes questions sur l’injustice raciale, mais plutôt une extrême sensibilité quand elle suit L. Guilloux dans son verdict : « Les GIs noirs étaient coupables des crimes qu’on leur reprochait, mais l’officier blanc acquitté l’était tout autant » (p. 147).
5 FRANZISKA HEIMBURGER
Date de mise en ligne : 21/11/2008