Compte rendu

Martin Aurell et Noël-Yves Tonnerre (éd.), Plantagenêts et Capétiens. Confrontations et héritages, actes du colloque des 13-15 mai 2004, Poitiers et Fontevraud, Turnhout, Brepols, 2006, 524 p.

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  • Jean-Marie, L.
(2008). Martin Aurell et Noël-Yves Tonnerre (éd.), Plantagenêts et Capétiens. Confrontations et héritages, actes du colloque des 13-15 mai 2004, Poitiers et Fontevraud, Turnhout, Brepols, 2006, 524 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 63e année(2), XXXIV-XXXIV. https://shs.cairn.info/revue-annales-2008-2-page-XXXIV?lang=fr.

  • Jean-Marie, Laurence.
« Martin Aurell et Noël-Yves Tonnerre (éd.), Plantagenêts et Capétiens. Confrontations et héritages, actes du colloque des 13-15 mai 2004, Poitiers et Fontevraud, Turnhout, Brepols, 2006, 524 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2008/2 63e année, 2008. p.XXXIV-XXXIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2008-2-page-XXXIV?lang=fr.

  • JEAN-MARIE, Laurence,
2008. Martin Aurell et Noël-Yves Tonnerre (éd.), Plantagenêts et Capétiens. Confrontations et héritages, actes du colloque des 13-15 mai 2004, Poitiers et Fontevraud, Turnhout, Brepols, 2006, 524 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2008/2 63e année, p.XXXIV-XXXIV. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2008-2-page-XXXIV?lang=fr.

1 Ce colloque trouve son origine dans la célébration du rattachement en 1204 d’une partie des possessions des Plantagenêts (Normandie, Anjou, nord du Poitou) au domaine royal capétien et de la mort d’Aliénor d’Aquitaine la même année. Cette dernière est l’unique membre de la dynastie, comme le souligne Martin Aurell en introduction, « à avoir participé à la naissance et à la mort de cette construction politique ». Les actes du colloque sont ainsi regroupés autour de trois thèmes (Aliénor d’Aquitaine ou le pouvoir d’une reine, les fiefs français dans le conflit, culture et mécénat) avec respectivement 6,11 et 8 contributions d’ampleur inégale. Leur objet peut être large, certaines dressent le bilan de l’exercice des pouvoirs au XIIe siècle (et parfois au-delà) dans l’une des grandes zones géographiques de cet ensemble territorial, remettent en perspective et reprennent parfois de façon innovante des sujets déjà largement développés dans l’historiographie. D’autres éclairent un sujet beaucoup plus précis.

2 La première partie s’ouvre sur la longue contribution en anglais de Nicholas Vincent fondée sur plus de 150 chartes d’Aliénor. L’étude des actes de donation pieuse montre que les établissements anglais bénéficient des largesses de la reine même si, pour les monastères, ce sont les établissements poitevins et Fontevraud qui l’emportent. L’auteur prouve ensuite, exemples à l’appui, et à la suite de David Bates, que l’utilisation des listes de témoins des actes ne permet pas d’appréhender l’ensemble de l’entourage de la reine (voir la contribution suivante de Marie Hivergneaux sur l’entourage d’Aliénor au prisme des chartes). L’étude diplomatique permet d’affirmer que la reine disposait de sa propre chancellerie qui, en outre, était capable de s’adapter aux variations régionales et aux évolutions des styles. La présence de nombreux clercs impliquait sans doute des dépenses élevées, Aliénor a par ailleurs financé des célébrations à la mémoire de sa famille et ceci explique peut-être les donations de biens relativement limitées aux établissements religieux. L’auteur s’intéresse aussi aux femmes, nombreuses, qui gravitent autour de la reine; aux membres de sa parenté, des Poitevins en particulier; aux chevaliers et officiers de sa maison. L’enquête permet ainsi d’accroître substantiellement le nombre de ceux qui sont en relation étroite avec la reine par rapport au simple relevé des témoins de ses actes, et de démontrer que sa cour ne se limite pas à des hommes du Sud et constitue sans doute un lieu de rencontre entre des individus d’horizons variés. L’étude très convaincante, s’inscrit en faux par rapport au portrait d’une Aliénor s’entourant de poètes et de troubadours mis en avant par certains historiens.

3 Ursula Vones-Liebenstein évoque la révolte de la noblesse et des fils d’Henri II en 1173-1174, soutenus par leur mère, et y voit en particulier les conséquences de l’affaire Thomas Becket. Elisabeth Van Houts (« Les femmes dans le royaume Plantagenêt : gender – et non gendre ! –, politique et nature »), dans une contribution très érudite, accompagnée de l’édition de textes, aborde la culture des femmes, médicale en particulier. Hanna Vollrath suggère que les médiévistes n’ont pas assez recours aux compétences des psycho-logues, sociologues, anthropologues dans l’analyse des relations affectives; le manque de sources ne lui permet pas d’étudier véritablement les rapports entre Aliénor et ses enfants mais l’article pose des questions intéressantes, à la suite de Barbara Rosenwein, concernant l’analyse des émotions au prisme des sources narratives. Géraldine Damon mesure le pouvoir des femmes et constate leur moindre présence dans les actes de la pratique en Poitou à partir de la fin du XIe siècle.

4 La deuxième partie permet un tour d’horizon des territoires plantagenêts. En Normandie, Daniel Power évalue les concessions que Jean sans Terre dut faire, après la crise de 1199-1200, pour gagner l’appui des barons, ce qui aiguise leur appétit dans un contexte où les Plantagenêts avaient auparavant confisqué des forteresses. Dans un deuxième temps, il met en évidence les liens entre Normands et pouvoir ducal par l’utilisation de l’Échiquier et des assises et baillis pour l’enregistrement de leurs actes privés contre paiement (sa lecture est ici différente de celle de Maïté Billoré). La justice ducale pénètre dans les seigneuries sans tensions fréquentes. Les communautés locales allient aristocratie et élites paysannes, aristocrates et officiers ducaux collaborent. Des Normands, parfois issus de milieux moyens, sont au service du duc et tissent des liens entre eux. Beaucoup restent en Normandie et servent le roi de France après 1204 alors que la grande aristocratie a plutôt tendance à rejoindre l’Angleterre. L’auteur met en évidence les aspects multifactoriels de l’évolution qui aboutit à la chute de « l’empire angevin ». D. Power brosse un tableau très convaincant de la Normandie, assez éloigné de la vision des choses de M. Billoré (« Y a-t-il ‘oppression’des Plantagenêts en Normandie à la veille de 1204 ? »).

5 Judith Everard insiste sur l’importance qu’occupe la mer dans les compétitions pour la domination de la Bretagne, la navigation entre le nord et le sud des États plantagenêts implique le contournement de péninsule. Elle retrace les étapes, plus ou moins fructueuses, de la politique des princes pour s’assurer directement ou non la maîtrise du duché. Noël-Yves Tonnerre reprend les données concernant les rapports entre Henri II et l’Anjou. Frédéric Boutoulle étudie en détail les pouvoirs variables des Plantagenêts en Gascogne de 1154 à 1199 et leur volonté d’établir leur autorité à travers un réseau de châteaux, d’établissements religieux et de liens avec les communautés urbaines. La longue contribution d’Annie Renoux est centrée sur la famille et le personnage de Juhel de Mayenne, directement vassaux du Plantagenêt puis du roi de France, implantés dans une région stratégique de confins à l’intérieur de l’espace plantagenêt et qui côtoient et s’allient aux plus puissants, formant un vaste réseau. Bernard Bachrach s’attache à montrer que les princes angevins ont utilisé, dans leur manière de faire la guerre, des idées de Végèce, dans une stratégie défensive visant à éviter la bataille rangée. Marie-Pierre Baudry entreprend une vaste comparaison du programme architectural des Plantagenêts et Capétiens. Kimberly Loprete retrace, de façon extrêmement dense, l’histoire du lignage des Thibaud de Blois-Champagne et leur rôle, en tant que comtes de Blois, dans les luttes politiques entre Capétiens et Plantagenêts lié à leur volonté d’affirmer leur autorité sur l’ensemble de leurs terres. La contribution suggestive de Klaus van Eickels reprend les arguments de sa thèse à propos des hommages prêtés par les ducs de Normandie aux rois capétiens. L’auteur envisage les choses assez différemment de Ferdinand Lot et Jean-François Lemarignier. Il explique comment, selon lui, ce sont les princes successifs qui ont cherché à prêter hommage pour la Normandie puis aussi pour l’Anjou et l’Aquitaine au roi capétien. Au XIIe siècle, lors des luttes pour le pouvoir au sein de cet espace, l’hommage prêté permit à plusieurs reprises au père d’assurer la succession contestée de son fils. Dans un court texte qui reprend et complète les données extraites d’un ouvrage précédent, William Jordan envisage la place des juifs dans les possessions continentales des Plantagenêts.

6 La troisième partie regroupe des textes qui vont au-delà du thème annoncé. Ainsi, à partir d’une anecdote tirée de la Vie de Geoffroy de Jean de Marmoutier, Bruno Lemesle souligne tout l’intérêt que présente la confrontation des sources narratives et des actes de la pratique pour affiner la lecture de la société. La contribution met en lumière les rapports entre agents comtaux, établissements ecclésiastiques et peuple en Anjou. Jörg Peltzer passe en revue les entités politiques sous domination des Plantagenêts et y étudie les relations entre princes et évêques.

7 John Gillingham revisite un manuscrit contenant un obituaire de Richard Cœur de Lion du « collectionneur de Londres », considéré comme sans intérêt et porteur de stéréotypes, pour montrer que ce texte véhicule un fort regret de la perte de la Normandie. Peter Damian-Grint présente Benoît de Sainte-Maure, auteur de la Chronique des ducs de Normandie comme traducteur de ses sources latines, historiographe modèle qui ajoute des ornements mais n’invente rien. Les ducs y apparaissent comme des seigneurs exemplaires plus que comme des saints. La littérature didactique du XIIe siècle, spécialement en langue vernaculaire, étudiée par Scott Waugh transmet l’image d’un souverain qui agit avec modération et courtoisie; ces écrits évoquent plus le comportement du souverain comme modèle que la notion de royauté sacrée. Judith Green décrit les caractéristiques de la cour d’Henri Ier et révèle que, déjà florissante, elle préfigure celle des Plantagenêts. La figure intellectuelle de Pierre de Blois retient l’attention d’Egbert Türk dans un questionnement autour de la réussite sociale des intellectuels à l’époque d’Henri II, avec, pour Pierre, les hésitations entre l’ambitio et la morale chrétienne. Julie Barrau pose la question du rôle de Jean de Salisbury comme intermédiaire, durant l’exil français de Thomas Becket, entre ce dernier et Louis VII. Enfin, les conclusions ont été réservées à John Baldwin qui met le tout en perspective, en éminent spécialiste des Capétiens.

8 Au bilan, l’ensemble forme un volume riche, avec quelques textes majeurs, permettant de confronter les points de vue sur de nombreux thèmes de l’histoire du monde plantagenêt. Il est toutefois regrettable que le travail éditorial soit inégal et, en particulier, que les textes des collègues étrangers qui ont fait visiblement l’effort de fournir des contributions en français n’aient pas été revus avec plus d’attention pour en éliminer les scories et alléger le style de certains, quelque peu touffu, alors que le fond en est fort intéressant.

9 LAURENCE JEAN-MARIE


Date de mise en ligne : 01/05/2008