Sandro Carocci (dir.), La nobiltà romana nel medioevo Rome, École française de Rome, 2006, 662 p.
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- CASTELNUOVO, GUIDO,
- Castelnuovo, GUIDO.
- Castelnuovo, G.
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1 Ville Éternelle, la Rome médiévale n’est pas que la cité des Papes et de leurs légendes, de leurs demeures et de leurs conciles, de leurs cardinaux et de leurs intellectuels. En historiographie, à tout le moins, elle est plus que cela depuis le foisonnement des recherches sur les diverses facettes de sa topographie urbaine, de sa société citadine, de son emprise territoriale. Or, si dès 1973 et la parution de la thèse de Pierre Toubert, le Latium, plutôt que Rome, est devenu le symbole même d’un modèle heuristique, celui de l’incastellamento seigneurial, les travaux sur la société politique urbaine n’ont longtemps pas fait l’objet d’une mise en perspective comparée, ou comparable, et qui plus est, sur la longue durée. Voilà l’une des raisons d’être de cet imposant ouvrage, né d’un colloque tenu à Rome en novembre 2003. Ses 26 contributions s’efforcent aussi bien de faire le point sur l’état de la recherche que de proposer des lectures innovantes ou des interprétations rénovées dans des champs aussi différents que l’archéologie et l’histoire de l’art, l’économie et la culture, l’histoire sociale et celle de l’Église, le monde de l’écrit et l’espace urbain. Nous touchons ici la seconde, et plus directe, raison d’être de ce livre, à savoir son plus petit dénominateur commun : l’étude de la noblesse citadine. Alors, pourquoi privilégier des recherches nobiliaires romaines et comment s’y prendre pour ce faire ?
2 Choisir la noblesse comme champ d’enquête spécifique c’est, d’abord, suivre la voie tracée par la recherche la plus récente qui a multiplié les études thématiques tant au niveau européen que sur un plan italien, voire directement romain. Insister sur les composantes plus spécifiquement urbaines de cette noblesse, c’est ensuite approfondir, à plusieurs voix, une question essentielle dans le contexte propre à la Rome médiévale. Il s’agit des rapports de force qui sous-tendent, depuis le XIIIe siècle au plus tard, les liens entre le faîte de cet univers aristocratique, constitué par une quinzaine de très grands lignages baronniaux – les baroni di Roma si bien étudiés il y a une quinzaine d’années par Sandro Carocci –, et le restant des couches nobiliaires ainsi que leurs marges (milites, cavallerotti, bovattieri), celles-ci demeurant toujours par nécessité plus intimement liées aux aléas politiques, sociaux et religieux de Rome, leur seule cité. Enfin, et peut-être surtout, opter pour une approche largement diachronique de ce que la noblesse a pu signifier à Rome, du Ve au XVIe siècle, permet de poser les jalons d’une comparabilité prometteuse à l’échelle tout à la fois urbaine, italienne et européenne. C’est d’ailleurs bien à cela que s’attellent les trois premières contributions de ce livre vouées, comme elles le sont, à interpréter les parallèles et les contrastes existant entre la noblesse romaine et le monde nobiliaire italien : Chris Wickham traite du haut Moyen Âge, S. Carocci écrit sur les XIe - XIIIe siècles, Igor Mineo parvient jusqu’au début du XVIe siècle. Ces trois essais posent, dès l’abord, les grands cadres du tableau. Rome apparaît ainsi, dans la longue durée, comme un confluent extrêmement intéressant entre des univers géopolitiques et des modèles socio-institutionnels différents et souvent divergents. Il s’agit, en schématisant à outrance, de l’empire byzantin et du monde franc, des communes italiennes et des royaumes méridionaux, des principautés régionales et des cités républicaines, ainsi que des différents critères, rôles et espaces que chacun de ces protagonistes offre à sa, mieux à ses, noblesse(s). Lieu de rencontre multipolaire aux parallélismes changeants, Rome incarne véritablement, selon les périodes, les sources et leurs interprétations, des noblesses plurielles. Au fil des contributions, nous pouvons ainsi nous retrouver devant une noblesse urbaine aux racines antiques (les sénateurs et consules romanorum médiévaux); devant une noblesse citadine aux caractéristiques fortement communales (milites et cavallerotti comme dans les statuts, tardifs, de 1363); mais aussi devant une noblesse territoriale et princière (l’ensemble des lignages baronniaux dès le XIIIe siècle; les Colonna et les Orsini in primis au XVe siècle); mais encore devant de nouveaux nobles entrepreneurs agraires, comme les bovattieri des XIVe et XVe siècles; mais enfin, et maintes fois, devant une noblesse curiale et cardinalice, canoniale et administrative.
3 Chacune à sa façon, toutes les contributions s’efforcent d’éclairer un ou plusieurs pans de ce tableau : des stratégies parentales mises en œuvre par ces nobles romains à leurs choix urbanistiques, encore aujourd’hui si évidents dans le semis urbain; de leur attention à la documentation écrite, qui comprend aussi l’épigraphie funéraire, à leurs prédilections culturelles ou artistiques. Le plan de cet ouvrage foisonnant oscille, il est vrai, entre chronologie et thématique, ce qui oblige parfois le lecteur à une intense gymnastique mentale : d’un haut Moyen Âge avant tout archéologique, l’on passe ainsi à une série d’essais thématiques ( Xe / XIe - XVe siècles), eux-mêmes entrecoupés de quelques textes centrés plus sur le Duecento romain, avant de terminer sur une ample partie réservée au bas Moyen Âge. Qui plus est, un certain nombre de questions ne sont que peu ou prou abordées dans ce volume : aucune intervention spécifique ne traite des rapports entre noblesse et ordres mendiants ou entre les élites romaines et celles, certes plus communales mais longtemps si proches, de Florence, alors même que les liens entre les nobles romains et les rois de Naples sont dûment évoqués, du XIIe au XVe siècle. Enfin, la projection de ces noblesses romaines sur le territoire n’apparaît, souvent, qu’en pointillé. Il y a toutefois une (très) bonne raison à cela qui renvoie à certaines spécificités de longue durée de cette noblesse romaine, autant de caractéristiques qui ressortent avec clarté de cet ouvrage. Exception faite, et en partie seulement, pour le groupe restreint, et déjà bien connu, des baroni di Roma du second Moyen Âge, l’identité collective de la noblesse romaine est depuis toujours, avant tout, fondée sur son urbanité d’ascendance classique, sur ses liens préférentiels avec une cité que le siège de saint Pierre rend unique, y compris durant les absences de son titulaire, et, au fond, sur ce que l’un des auteurs a, à juste titre, qualifié de « splendeur qui se mue en magnificence » (p. 623). Rendons donc grâce à ces 26 auteurs qui nous livrent, enfin, une lecture tout à la fois complexe et innovante de cette splendeur médiévale qui fut aussi une magnificence nobiliaire et romaine.
4 GUIDO CASTELNUOVO
Date de mise en ligne : 01/05/2008