Carol Symes, A common stage : Theater and public life in medieval Arras, Ithaca, Cornell University Press, 2007, 335 p.
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- BOUHAÏK-GIRONÈS, Marie,
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- Bouhaïk-Gironès, M.
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Notes
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[1]
Voir Marie BOUHAÏK-GIRONÈS, « Qu’est-ce qu’un texte de théâtre médiéval ? Réflexions autour du Jeu de Pierre de La Broce ( XIIIe siècle) », in C. EMERSON, M. LONGTIN et A. TUDOR (éd.), Drama, performance and spectacle in the medieval city. Mélanges Alan Hindley, Louvain, Peeters, 2008.
1 La majorité des textes des pièces de théâtre conservés du XIIIe siècle peut être localisée à Arras, grande ville marchande aux confins de la France et de la Flandre et creuset de la culture théâtrale de la fin du Moyen Âge. L’historienne Carol Symes offre la première grande synthèse sur cette question. L’auteur qualifie sa démarche d’archéologie culturelle. Elle part de l’étude des manuscrits, les confronte aux textes normatifs et aux archives, pour montrer que le théâtre est au cœur de la vie sociale et politique de la ville, replaçant ainsi les textes de théâtre qui nous restent au sein de la culture urbaine arrageoise. Ce faisant, l’auteur entend donc s’inscrire pleinement dans le renouveau historiographique de l’étude du théâtre médiéval français, amorcé il y a une vingtaine d’années.
2 L’auteur, en une reconstruction chronologique, structure son ouvrage en consacrant un chapitre à chacune des cinq pièces en picard reconnues comme arrageoises aujourd’hui : le Jeu de saint Nicolas du jongleur Jean Bodel, Courtois d’Arras, Le garçon et l’aveugle, le Jeu de la feuillée et le Jeu de Robin et Marion, ces deux dernières d’Adam de la Halle; pièces fascinantes, toutes plus difficiles les unes que les autres, tant au plan de la critique externe que de leur interprétation. Après une analyse de chaque pièce, C. Symes les replace longuement dans l’histoire politique, économique et religieuse de la ville d’Arras. Il s’agit de la sorte d’une grande entreprise de mise en situation des pièces de théâtre, dans le contexte institutionnel de la restauration du diocèse d’Arras, de la mise en place des structures communales de la ville, des déplacements de la cour du comte Robert II d’Artois et de la construction culturelle d’un espace public. C. Symes décrit une ville toute entière portée par une culture of performance, laquelle a été le berceau des pièces de théâtre, ainsi explicitées.
3 L’aspect théâtral, spectaculaire, performatif de nombreuses pratiques sociales médiévales n’échappe plus à personne aujourd’hui. Que cette culture ait été particulièrement propice au renouveau et au développement d’une riche culture théâtrale n’a rien pour surprendre. Cependant, les caractères originaux de ce théâtre n’ont pas encore vraiment été mis en valeur, et l’ouvrage de C. Symes est, de ce point de vue, légèrement frustrant. Le théâtre médiéval, dans sa spécificité, est dépersonnalisé, banalisé, noyé, dans cette description de la culture performative médiévale. On note une certaine réserve de l’auteur, laquelle tranche avec l’ambition affichée de l’entreprise, à avancer des éléments de réponses sur des points essentiels, au moins pour l’heuristique, telles que des questions de définition (à Arras au XIIIe siècle, qu’est-ce que le théâtre ? qu’est-ce qu’une représentation théâtrale ? qu’est-ce qu’un texte de théâtre ?) et de délimitation des corpus.
4 Le corpus des textes, précisément, est un problème de choix. L’auteur, en une annexe (p. 283), nous donne the current « canon » des textes de théâtre en langue vernaculaire avant 1300 (dix textes, dont les cinq textes arrageois). Ainsi posée par l’auteur, la doxa est implicitement dénoncée. Mais est-elle pour autant remise en question ? Comment et par qui ce corpus a-t-il été construit ? Une enquête approfondie sur ce point, et une plongée dans la bibliographie ancienne – qui manque dans son ensemble –, aurait sans doute permis à l’auteur de dépasser le canon dogmatique et de ne pas laisser dans l’ombre des textes contemporains de ceux sur lesquels s’appuie la thèse, qui se trouvent en outre conservés dans les mêmes manuscrits, et qui, par leur caractère potentiellement théâtral et ancré dans l’histoire de l’époque, auraient mérité quelques attentions, comme le Jeu de Pierre de La Broce par exemple [1]. Aucun bilan bibliographique et historiographique n’est établi et ne vient éclairer les objectifs de l’auteur. L’enquête n’est donc pas totalement aboutie, ce qui fait du livre A common stage une contribution toute à la fois très importante et non définitive à l’histoire du théâtre médiéval.
5 Le théâtre est dans l’angle mort de l’histoire culturelle, mais ce n’est qu’un effet d’optique, le livre de C. Symes en fait la démonstration. Nié dans son ampleur, abandonné dans les recoins de l’histoire littéraire, ou relégué à la marge de l’histoire des rituels, le théâtre est pourtant l’un des plus grands faits culturels de la fin du Moyen Âge, un phénomène central dont il faudra bien un jour prendre la mesure. Et pour ce faire, que les historiens lisent les textes de théâtre. Avec A common stage, une étape décisive est franchie.
6 MARIE BOUHAÏK-GIRONÈS
Date de mise en ligne : 01/05/2008