David Robinson, Muslim societies in African history, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, 220 p.
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- JONCKERS, Danielle,
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Notes
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Nehemia L EVTZION et Randall P OUWELS (éd.), The history of Islam in Africa, Athens, Ohio University Press, 2000.
1 Dans cet essai brillant et pédagogique, l’historien David Robinson relève le défi de faire comprendre l’ancienneté et la complexité des so c iétés m usulmanes d’Afrique. I l réussit à transmettre so us un e forme synthétique les do nnées des rec herc hes qu’il m è ne depuis trente ans et à faire partager au lecteur son plaisir d’analyser les faits dans leurs interactions dynamiques tout au long de l’histoire. Il traite de l’islamisation ancienne de l’Afrique, des d ifférents c o urants m usulmans qui s’y développent ainsi que de l’africanisation de l’islam. En précisant bien que si les musulmans d’Afrique o nt des c ultures différentes, c ela n’imp liq ue p as une p luralité d’islam p lus grande qu’ailleurs dans le m o nd e. C o mme dans ses ouvrages précédents, l’auteur lutte c o ntre les idées reçues selo n lesquelles les Africains ne seraient pas musulmans ou que leur islam serait « no ir ». I l démontre la m anière dont les Occidentaux ont construit ces représentations de l’islam et de l’Afrique. Il rétablit les réalités d e l’histo ire d es religio ns en Afrique; certaines des sociétés étaient musulmanes, d’autres non. D. Robinson aborde en premier lieu les origines de l’islam et la création d’institutions par le Prophète Muhammad et ses suc c esseurs. I l examine ensuite av ec minutie l’islamisation, l’arabisation et l’africanisation comme appropriation, en soulignant que ce processus est identique pour toutes les religions partout dans le monde. Il envisage les modes de propagation de l’islam en Afrique et comment les Africains ont fait leur cette religion. Il précise qu’analyser l’africanisation de l’islam n ’a rien de péjo ratif m ais que, par contre, la façon dont les Européens et nombre de musulmans évoquent « l’africanisation de l’islam » ou « l’islam africain » est volontairement dépréciative. Un chapitre est consacré à une approche nuancée du rapport des sociétés africaines au commerce des esclaves. Tandis que les esclaves musulmans trouvent refuge dans leur religio n et q ue les intellec tuels musulmans s’interrogent sur la légitimité de l’esclavage, les commerçants utilisent eux leur identité religieuse pour justifier l’asservissement des non-musulmans.
2 L a fin d e l’o uv rag e do nne ac c è s à d es études de cas concernant l’Afrique du Nord, de l’Ouest et de l’Est. On découvre la place des musulmans dans d eux des p lus anc iennes nations d’Afrique, le Maroc, ostensiblement musulman, et l’É thio p ie c h rétienne, ainsi que dans les sociétés réputées « païennes » du Ghana et de l’Ouganda. L’auteur insiste sur l’ancienneté de la pratique de l’islam en Éthio p ie c h rétienne dè s l’émig ratio n d es musulmans de La Mecque en 615, soit bien avant l’hijra à Médine en 622. Il n’hésite pas à montrer les luttes complexes entre musulmans dans les États du Maroc comme dans le pays haussa ou au Nigéria. Il éclaire les différents courants musulmans qui prennent position par rapport à la colonisation, de l’opposition armée à l’accommodation, notamment avec le soufisme mouride du Sénégal. L’auteur présente les parcours de personnalités qui ont marqué l’h isto i r e d e l’islam, y c o mp ri s c e lles d e femmes ac tiv istes, pédago gues o u auteurs, et insc rit les États d’Afrique dans l’histo ire mondiale. Il dresse le portrait de personnages d’exc eptio n, de m aî tres spirituels. C ertains d’entre eux se préservent un espace religieux de méditation, de lecture et d’écriture comme Amadu Bamba du Sénégal, mais D. Robinson rév èle que c ’est lui, aussi, qui enc o urage à accepter la colonisation française et convie les musulmans à s’engag er lo rs de la P remière Guerre mondiale. Il évoque alors ces soldats sénégalais récitant les poèmes de Bamba pour g ard er c o u ra ge p end ant la c a mp ag ne d es Dardanelles où ils seront massacrés en 1915. L’ouvrage se termine sur les formes de résistanc e à tro is situatio ns de do minatio n c o lo - niale européenne.
3 D. R o binso n a une appro c he p artic ulièrement novatrice de l’histoire. Il n’hésite pas à n o us faire parc o urir tro is m illénaires et le monde entier pour nous transmettre des données scientifiques qui éclairent l’actualité. Les difficultés des Occidentaux à comprendre les musulmans d’aujourd’hui s’expliquent, selon lui, par les conflits anciens. Il rappelle que les c o mmunautés juiv es et c hrétiennes étaient présentes à La Mecque et dans la péninsule Arabique quand le Prophète Muhammad est ap p a ru. L e u r p r o x i mit é et le s trad itio ns communes ont permis la compréhension entre les d eux c o nfessio ns m ais aussi les antagonismes. Ceux-ci commencent au VIIe siècle quand les armées musulmanes conquièrent le monde méditerranéen que l’Europe considérait comme son berceau culturel. La culture musulmane andalouse va y fleurir pendant des siècles. Viennent ensuite la prise de Constantinople en 1453 et la création de l’empire ottoman. Les textes européens mentionnent ces événements en termes d’offensive culturelle, d’invasion. Cette vision provient de la confrontation des Croisades au XIe siècle. À partir de cette époque, pour beaucoup d’Européens, l’islam d ev ient une hérésie et les m usulmans d es ennemis. O n o ub lie qu’après la P remiè re G uerre m o ndiale, les États euro péens et la Russie contrôlent pratiquement tout le monde arabe et se c o nsidè rent c o mme d es « puissances musulmanes ». Les attentats du 11 septembre 2001 rappellent à la m émo ire c ette domination coloniale.
4 Alors que l’islam est la seconde religion en Europe et aux États-Unis et qu’en Afrique les musulmans sont aussi nombreux que les chrétiens, nombre d’intellectuels influents pensent l’islam en termes d’o pp o sitio n et l’Afrique c o mme n e relev ant pas de c ette questio n ! D. Robinson va à l’encontre de ces idées qui assignent l’Afrique noire à l’oralité et aux pratiques magiques. Ainsi nous donne-t-il à voir, photos à l’appui, la maîtrise de l’écriture arabe et le développement de la calligraphie dans l’usag e des amulettes, m ais ég alement la contribution à la visibilité de l’islam par l’architec ture, la p ho to graphie et la peinture sur v erre. I l réussit pleinement à présenter des éléments explicatifs étroitement imbriqués et indique les recherches en cours, les publications et des pistes de lectures.
5 C et o uv rag e, destiné en p rinc ipe aux étudiants, marque une avancée unique dans l’approche de l’histoire des religions. Il s’avère un o util préc ieux po ur c eux qui so uhaitent app ro fo nd ir c es questio ns. L a p lus aud a-cieuse tentative en ce domaine est celle de Nehemia Levtzion et Randall Pouwels auquel D. Robinson participa [1]. Mais les publications qui traitent conjointement de l’Afrique et de l’islam ou de leur histoire commune sont rares. La plupart d’entre elles envisagent l’islam afric ain c o mme quelque c ho se de m arginal au monde musulman et il y a quelques dizaines d’années, l’Afrique au sud du Sahara aurait été tout simplement ignorée.
6 Le livre de D. Robinson, exceptionnel à plus d’un titre, bouscule les représentations erronées d’une Afrique qui serait dépourvue d’histoire, visions persistantes dans les milieux univ ersitaires oc cidentaux. Espéro ns sa traduction prochaine.
7 D ANIELLE JONCKERS
Date de mise en ligne : 01/04/2008