Compte rendu

Dominique Poulot, Une histoire des musées de France, XVIIIe - XXe siècle, Paris, La Découverte, « L’espace de l’histoire », 2005 ,197 p.

Page XXV

Citer cet article


  • Dias, N.
(2007). Dominique Poulot, Une histoire des musées de France, XVIIIe - XXe siècle, Paris, La Découverte, « L’espace de l’histoire », 2005 ,197 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 62e année(4), XXV-XXV. https://shs.cairn.info/revue-annales-2007-4-page-XXV?lang=fr.

  • Dias, Nélia.
« Dominique Poulot, Une histoire des musées de France, XVIIIe - XXe siècle, Paris, La Découverte, “L’espace de l’histoire”, 2005 ,197 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2007/4 62e année, 2007. p.XXV-XXV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2007-4-page-XXV?lang=fr.

  • DIAS, Nélia,
2007. Dominique Poulot, Une histoire des musées de France, XVIIIe - XXe siècle, Paris, La Découverte, « L’espace de l’histoire », 2005 ,197 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2007/4 62e année, p.XXV-XXV. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2007-4-page-XXV?lang=fr.

Notes

  • [1]
    HANS BELTING, The invisible masterpiece, Londres, Reaktion Books, 2001, p. 32-33.
  • [2]
    Voir, entre autres, PETER VERGO (éd.), The new museology, Londres, Reaktion Books, 1989.
  • [3]
    DOMINIQUE POULOT, Musée, nation, patrimoine 1789-1815, Paris, Gallimard, 1997.

1 Depuis les vingt dernières années, l’histoire des musées en France s’est considérablement développée, ce qui s’est traduit par une multitude d’études portant aussi bien sur une institution spécifique que sur une époque en particulier. Ces travaux ont pris en compte, pour des raisons de méthode autant que d’objet, la dimension sociale et intellectuelle davantage que la dimension politique. Il manquait, de ce fait, une histoire politique des musées, à savoir une histoire des musées de France, centrée sur les liens unissant l’institution muséale à l’État. C’est à cette tâche ambitieuse que s’est adonné Dominique Poulot, dans son livre, Une histoire des musées de France, XVIIIe - XXe siècle.

2 Deux traits caractérisent, selon l’auteur, le musée français. D’une part, ses origines révolutionnaires en rupture avec les collections particulières; ainsi, c’est par la confiscation des biens du clergé et des émigrés et par la nationalisation des collections royales que se sont constituées les collections publiques en France. Cet aspect distingue le musée français du British Museum, de fondation parlementaire, et des institutions muséales italiennes ou allemandes dont les collections s’inscrivent dans la tradition de l’Ancien Régime. D’autre part, son étroite dépendance à l’égard de l’État, au point qu’en France le musée ne peut qu’être national. De fait, les musées français ont été constamment placés, depuis le XVIIIe siècle, sous la tutelle du politique et ce indépendamment de la nature des régimes politiques – monarchique et/ou républicain.

3 Loin de considérer les musées comme de simples instances de légitimation du pouvoir, D. Poulot cherche, au contraire, à mettre l’accent sur les conflits et les contradictions qui ont ponctué les rapports entre l’institution muséale et l’État. « En déplaçant les intérêts savants de la pesée de corpus vers la considération des processus, le projet est de déconstruire les représentations de l’identité convenue d’une institution pour insister sur les reconfigurations de son statut, sur ses incessantes recontextualisations, sur les dévaluations et les délégitimations qui la parcourent au sein du dialogue entre État et société » (p. 6). Focalisé sur « certains événements dans la vie des musées, tout à la fois crises et avènements, contestations et épiphanies », cet ouvrage, à la fois court et concis, entend fournir quelques jalons historiques permettant de mieux saisir la tradition muséale publique.

4 Illustrer l’utilité publique de l’art et du savoir, telle est, selon D. Poulot, la vocation assignée au musée au XVI IIe siècle. Ainsi, Jean-Marie Roland de la Platière, ministre de l’Intérieur, dans une lettre du 7 octobre 1792 adressée à David, soutient que le musée du Louvre a pour vocation de « nourrir le goût des beaux-arts, récréer les amateurs et servir d’école aux artistes » (p. 47). D’ailleurs, ce n’est certes pas un hasard si c’est au cours de ces mêmes années que la question du statut du musée du Louvre est posée – musée des chefs-d’œuvre ou musée d’histoire de l’art, comme l’a remarquablement montré Hans Belting  [1]. C’est donc à juste titre que D. Poulot consacre la première partie de son ouvrage intitulée « Fondations : la loi de l’appropriation » à ce musée; les débats portant sur les modalités de classification des œuvres, sur les choix des critères – ordre chronologique ou par écoles – et sur la définition de la tâche de conservation ne relèvent pas uniquement de la sphère muséographique, ils revêtent aussi une dimension politique. C’est l’un des mérites de ce livre de souligner la façon dont les relations de pouvoir se constituent dans et par l’exercice de formes particulières de savoir et d’expertise, notamment au niveau muséographique.

5 Outre ces questions, la confiscation des œuvres d’art et d’objets de science entre 1789 et 1816 est également matière à contestation : partisans de la restitution des biens et tenants de la légitimité des saisies s’affrontent dans des débats qui ont pour enjeu la définition même du patrimoine national.

6 Au cours du XIXe siècle, la tâche dévolue au musée est d’être au service des propagandes monarchique et républicaine. Si le Musée d’histoire nationale (Versailles) naît de la volonté de mise en valeur de la profondeur historique de la nation, d’autres initiatives, notamment celles d’Alexandre Lenoir, soulignent la nécessité d’élargir le champ de l’histoire de l’art aux productions artistiques d’Égypte et du Mexique. Par ailleurs, le projet de Guizot d’installer à Versailles, dans les années 1830, un « grand musée ethnographique où seraient recueillis les monuments et les débris des mœurs, des usages, de la vie civile et guerrière de la France d’abord, et aussi de toutes les nations du monde » (cité p. 89), atteste de la nécessité de conjuguer, au sein du musée, le national et l’universel.

7 Sous la II Ie République, les musées deviennent, à côté de l’école, de puissants instruments d’éducation et d’utilité civique; on ne peut que regretter la place, quelque peu réduite, accordée dans cet ouvrage à ce moment central de la culture républicaine eu égard aux chapitres consacrés aux périodes précédentes. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, avec l’essor des écomusées et de la nouvelle muséologie « à la française » (distincte de la new museology anglo-saxonne  [2] ) de nouvelles missions sont assignées aux musées; ils deviennent des lieux d’expression des identités collectives et régionales au service des communautés. Depuis la fin du XXe siècle, c’est par rapport à la notion d’un service public que se définit le musée; l’attention se déplace ainsi, en l’espace de deux siècles, de la nation aux publics en passant par la communauté.

8 Dans les dernières pages du livre, l’auteur souligne les retombées du rapport des musées « au modèle politique français un et indivisible » (p. 190) pour en conclure que ces institutions « ont manifesté aussi leur enfoncement dans un registre convenu qui a fini par se confondre avec un idéal patrimonial » (p. 191). On peut se demander dans quelle mesure, par l’accent mis sur les publics, les musées de France ne sont-ils pas en train de dénouer les liens avec le politique ? De plus, les trois éléments de la triade – musée, nation, patrimoine – analysés par D. Poulot dans l’un de ses ouvrages précédents  [3] ne sont-ils pas en passe de s’effriter ?

9 Rédiger une histoire des musées de France en moins de deux cents pages était une entreprise difficile et risquée, comme une gageure. Or, personne n’était mieux placé que D. Poulot, dont les travaux sur l’histoire des musées sont devenus incontournables, pour relever ce pari; c’est chose faite grâce à cet ouvrage qui allie le souci didactique avec l’érudition.

10 NÉLIA DIAS


Date de mise en ligne : 01/08/2007