Compte rendu

Francisco García González, Las estrategias de la diferencia. Familia y reproducción social en la Sierra (Alcáraz, siglo XVIII ), Madrid, Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación, serie Estudios, 2000, 388 p.

Page XIIa

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  • Bertrand, M.
(2007). Francisco García González, Las estrategias de la diferencia. Familia y reproducción social en la Sierra (Alcáraz, siglo XVIII ), Madrid, Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación, serie Estudios, 2000, 388 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 62e année(1), XIIa-XIIa. https://shs.cairn.info/revue-annales-2007-1-page-XIIa?lang=fr.

  • Bertrand, Michel.
« Francisco García González, Las estrategias de la diferencia. Familia y reproducción social en la Sierra (Alcáraz, siglo XVIII ), Madrid, Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación, serie Estudios, 2000, 388 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2007/1 62e année, 2007. p.XIIa-XIIa. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2007-1-page-XIIa?lang=fr.

  • BERTRAND, Michel,
2007. Francisco García González, Las estrategias de la diferencia. Familia y reproducción social en la Sierra (Alcáraz, siglo XVIII ), Madrid, Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación, serie Estudios, 2000, 388 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2007/1 62e année, p.XIIa-XIIa. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2007-1-page-XIIa?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Coordonnée par ANDRÉ BURGUIÈRE, CHRISTIANE KLAPISCH-ZUBER, MARTINE SÉGALEN et F RANÇOISE ZONABEND, Paris, Armand Colin, 2 vol., 1986.

1 La thématique de la famille a été indiscutablement l’un des champs les plus féconds de l’historiographie des sociétés d’Ancien Régime depuis bientôt un demi-siècle. Dès les années 1960, elle s’est profondément renouvelée, notamment à partir des travaux menés à Cambridge autour de Peter Laslett. L’importation de perspectives et de problématiques issues de l’anthropologie, en particulier celles relatives à la parenté et aux systèmes de filiation, a par la suite ouvert d’autres pistes tout aussi riches en termes de résultats de recherche. De cette abondance et de ce renouvellement historiographiques témoignent encore aujourd’hui les grandes synthèses publiées sur cette question au cours des années 1980, notamment l’Histoire de la famille[1]. Enfin, les interrogations, débats et réorientations actuels – tant théoriques que méthodologiques – dans la communauté historienne n’ont bien sûr pas épargné cette thématique essentielle à la compréhension des sociétés humaines. Tout au contraire, l’accent placé depuis une quinzaine d’années sur la reconstitution des liens sociaux ou, plus précisément, sur les systèmes relationnels promouvait la famille et les relations familiales au rang de grille d’analyse privilégiée.

2 C’est très clairement dans cette dernière optique, comme en témoigne d’ailleurs le sous-titre de l’ouvrage, que s’inscrit Francisco García González, qui n’en oublie pas pour autant les apports des problématiques plus anciennes. La réflexion menée ici concerne l’histoire d’une région située au sud de l’espace que les géographes de la péninsule Ibérique appellent le « Système central » durant le XVIIIe siècle. Elle s’organise autour de trois concepts-clés, utilisés successivement dans autant de parties. De manière très classique pour une monographie d’histoire sociale, l’auteur a recours, dans un premier temps, à la notion de catégories socioprofessionnelles afin d’identifier les différents groupes à travers lesquels la population est structurée. Cette démarche, que l’on qualifiera (sans aucune connotation péjorative) de traditionnelle, fait l’objet des deux premiers chapitres de l’ouvrage. On y trouve en effet une présentation du cadre géographique régional dans lequel s’inscrit l’étude, ainsi qu’une reconstruction des hiérarchies sociales à partir des activités socioprofessionnelles des divers acteurs sociaux et de leur inégal accès à la terre. De cette démarche rigoureuse, on retiendra en particulier l’inégalité très forte qui caractérise cette société montagnarde où la concentration de la terre, et plus largement des maigres richesses, atteint un niveau très élevé.

3 Dans un second temps, c’est la notion de famille qui est mobilisée afin de prolonger l’analyse, permettant de passer d’une approche structuraliste et macro-historique à celle des pratiques sociales. À ce titre, dans la seconde partie de l’ouvrage, l’auteur choisit de centrer son attention sur le foyer familial et de mettre au jour sa structure. Ce faisant, il confronte le type d’organisation sociale précédemment identifié avec celle des 2 450 foyers recensés tout au long du siècle à travers les sources. Dans ces deux chapitres particulièrement denses sont ainsi successivement abordées la question de la résidence et de sa morphologie ainsi que celle de la circulation des patrimoines familiaux, à partir des mariages comme des successions. Le principal apport de l’analyse menée ici consiste en la mise en évidence de structures familiales différenciées selon les groupes sociaux auxquels elles appartiennent. C’est ainsi que la question de la corésidence, topos par excellence de l’historiographie de la famille mais aussi matière à débat presque inépuisable, se résout de manière originale, l’appartenance à une catégorie sociale s’y révélant en effet déterminante. Par ailleurs, si la famille nucléaire constitue clairement la structure prédominante dans la région, celle-ci n’exclut pas la présence de liens de solidarité très forts, notamment dans un cadre de parenté bien plus large. En ce sens, l’organisation sociale dans ces montagnes est loin de correspondre au schéma de la famille élargie traditionnelle, auquel on les associe souvent. De même, la relation habituellement établie entre mariage et construction patrimoniale se révèle inopérante, les deux tiers des unions ne s’accompagnant jamais du moindre apport de biens. C’est dire combien les inégalités sociales sont ici particulièrement fortes et surtout stables tout au long du siècle.

4 À ce stade de l’analyse, un troisième outil conceptuel est alors convoqué : celui de stratégie. En écho aux « fronts de parenté » mis en lumière par Giovanni Levi dans le village de Santena, les foyers d’Alcáraz sont eux aussi à la recherche des moyens de protection face aux difficultés et aux innombrables aléas de la vie. Et c’est dans la solidarité familiale que cette assistance est d’abord sollicitée, comme le montre la mise à jour de pratiques générales d’endogamie et d’homogamie mises en évidence par l’étude de cinq familles relevant de situations socio-économiques différentes, allant de la famille des hidalgos aux petits propriétaires. À Alcáraz, au XVIIIe siècle, le jeu social s’organisait si largement autour des parentèles que, selon l’auteur, « généalogie familiale et groupe social se confondaient pratiquement ». En ce sens, le mariage était l’instrument privilégié de la reproduction tout autant biologique que sociale. Dans les milieux les plus modestes, la fondation d’un nouveau foyer restait étroitement liée au reste du groupe par le biais de nombreuses pratiques d’entraide. Parmi les familles mieux loties, les stratégies de protection, plus spécifiques et classiques, comprenaient le maintien de la co-résidence ou la recherche d’alliances avec des familles enrichies ayant accédé à des charges administratives, même modestes, ceci en vue d’assurer la conservation du patrimoine, tant matériel que symbolique.

5 Conjuguant ainsi des approches successives, diverses mais complémentaires, cet ouvrage propose un tableau nuancé et riche de la montagne méditerranéenne espagnole durant le XVIIIe siècle. Sans nier l’existence de structures sociales englobantes, l’analyse cherche à aller au-delà de leur simple mise à nu. C’est en ce sens que l’attention portée aux stratégies, ici exclusivement familiales, aide à saisir les capacités d’initiatives des acteurs sociaux. La démarche suivie invalide alors la vision, souvent implicite, de sociétés rurales montagnardes archaïques et immobiles. C’est là l’un des apports les plus significatifs de cette riche et dense monographie régionale.

6 MICHEL BERTRAND


Date de mise en ligne : 01/02/2007