Compte rendu

Laurent Fourchard, De la ville coloniale à la cour africaine. Espaces, pouvoirs et sociétés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso (Haute-Volta) fin XIXe siècle-1960, Paris, L’Harmattan, « Villes, histoire, culture, société », 2001,427 p.

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  • Reinwald, B.
(2003). Laurent Fourchard, De la ville coloniale à la cour africaine. Espaces, pouvoirs et sociétés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso (Haute-Volta) fin XIXe siècle-1960, Paris, L’Harmattan, « Villes, histoire, culture, société », 2001,427 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 58e année(5), XXXII-XXXII. https://shs.cairn.info/revue-annales-2003-5-page-XXXII?lang=fr.

  • Reinwald, Brigitte.
« Laurent Fourchard, De la ville coloniale à la cour africaine. Espaces, pouvoirs et sociétés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso (Haute-Volta) fin XIXe siècle-1960, Paris, L’Harmattan, “Villes, histoire, culture, société”, 2001,427 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/5 58e année, 2003. p.XXXII-XXXII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2003-5-page-XXXII?lang=fr.

  • REINWALD, Brigitte,
2003. Laurent Fourchard, De la ville coloniale à la cour africaine. Espaces, pouvoirs et sociétés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso (Haute-Volta) fin XIXe siècle-1960, Paris, L’Harmattan, « Villes, histoire, culture, société », 2001,427 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/5 58e année, p.XXXII-XXXII. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2003-5-page-XXXII?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir notamment CATHERINE COQUERY - VIDROVITCH, Histoire des villes d’Afrique noire. Des origines à la colonisation, Paris, Albin Michel, 1993. Pour se limiter à quelques travaux récents de chercheurs et chercheuses francophones ayant privilégié la démarche comparatiste, voir PHILIPPE GERVAIS-L AMBONY, De Lomé à Harare. Le fait citadin, Paris, Karthala, 1994; CHARLES D IDIER GONDOLA, Villes miroirs. Migrations et identités urbaines à Kinshasa et Brazzaville, 1930-1970, Paris, L’Harmattan, 1996; ODILE GOERG, Pouvoir colonial, municipalités et espace urbain. Conakry-Freetown des années 1880 à 1914, Paris, L’Harmattan, 2 vols, 1997.

1 Que les villes africaines ne soient pas toutes des créations ex nihilo et de surcroît d’origine extérieure mais qu’elles aient bien, elles aussi, une histoire sur la longue durée n’est plus à débattre. Depuis la parution des premiers ouvrages de synthèse consacrés à l’historicité du fait citadin africain, un certain nombre d’études de cas ont mis en évidence la conco~mitance et l’entrecroisement de structures matérielles, de configurations politiques et de pratiques socio-spatiales – agencées selon des modalités variables – dans la production de l’espace urbain [1]. L’ouvrage de Laurent Fourchard, version abrégée de sa thèse de doc~torat d’histoire soutenue en 2000, s’insère dans cette approche visant à une lecture intégrale de la ville africaine.

2 De prime abord, ce travail excellemment structuré impressionne le lecteur par la multi~plicité des thématiques politiques et sociales et des échelles d’observation géographiques, savamment reliées et insérées dans un plan d’étude tripartite. C’est par une enquête compa~rative sur Ouagadougou et Bobo-Dioulasso que l’auteur applique sa réflexion à l’évolu~tion, la survie et la transformation des espaces urbains africains sous domination coloniale. L’analyse méticuleuse qui navigue entre les structures matérielles, l’organisation, la ges~tion et le contrôle de la ville, d’une part, les cadres de la vie politique, religieuse et sociale ainsi que les usages et les stratégies employés par les habitants, d’autre part, met l’espace urbain en relief et en fait un cadre spatial à multiples contours ainsi qu’une arène poly~valente où convergent ou s’opposent « des conduites sociales ou politiques ».

3 Les deux villes sur lesquelles se penche L. Fourchard ont des physionomies bien parti~culières : anciennes cités-marchés de l’Ouest africain ayant pris leur essor au XVe siècle, l’une faisant office de siège administratif (Ouagadougou) et l’autre de capitale écono~mique (Bobo-Dioulasso) dans le territoire colonial marginal(isé) que fut la Haute-Volta, toutes deux sont des villes de petite taille, ne comptant chacune que cinquante mille habi~tants en 1960. Par ces spécificités, elles ne se distinguent pas seulement de la grande majo~rité des chefs-lieux de l’ancienne AOFou AEF, mais se différencient également l’une de l’autre, comme le montre leur évolution contrastée tant au niveau de l’organisation et de l’aména~gement de l’espace que par rapport à la diver~sité des stratégies et des réactions des acteurs de la société urbaine. Par ailleurs, l’auteur sait mettre à profit leur taille restreinte pour diver~sifier ses champs d’observation et confronter les sources écrites aux témoignages oraux, notamment une quarantaine de récits de vie qui permettent de compléter les fonds d’ar~chives lacunaires et dispersées, et d’appréhen~der les dynamiques socio-spatiales sous l’angle du vécu des colonisés.

4 Construit sur un système de parcours à trois niveaux – thématique, géographique et rela~tionnel –, l’ouvrage comporte trois parties dont chacune correspond à une échelle d’observa~tion spatiale. Dans la première, consacrée à la ville, synonyme de « l’espace divisé du haut », l’auteur reconstitue les étapes de l’ur~banisme colonial aboutissant à l’émergence du centre-ville « européen » et de sa périphérie « indigène ». Ces processus de dissociation des régimes fonciers et de ségrégation des zones d’habitat, qui apparurent à partir des années 1920 à Bobo-Dioulasso et ne débutèrent à Ouagadougou qu’au cours des années 1950, ne générèrent dans l’ensemble qu’un développe~ment d’infrastructures rudimentaires et, qui plus est, restreintes aux seuls quartiers habités par la petite minorité des Européens.

5 Ouvrant des perspectives sur le voisinage, les quartiers, les lieux de culte ainsi que les espaces de sociabilité, tels le marché, les bars et les cabarets, la deuxième partie traite des acteurs, de leurs stratégies et de leur utilisation de l’espace urbain. La description dense de divers modes de vie et de cohabitation permet de mieux saisir les contours ambivalents de la « nouvelle ville africaine » : marquée par de fortes divisions sociales dues à l’appropriation foncière inégale, à l’effritement des bases éco~nomiques et sociales pré-existantes (Bobo-Dioulasso) et aux règlements policiers visant à restreindre la libre circulation des habitants africains, elle exerçait néanmoins un attrait considérable sur de nombreux anciens ruraux en passe de s’affranchir des obligations coutu~mières de leur milieu d’origine. Ceci valait notamment pour nombre d’anciens militaires africains de l’armée française qui s’installèrent en ville en raison de leurs aspirations profes~sionnelles, de leurs affinités sociales et cultu~relles et qui, à travers leurs manières de vivre et d’occuper leurs loisirs, la marquèrent d’une empreinte particulière.

6 Dans la troisième partie, consacrée aux espaces de pouvoir, L. Fourchard scrute les rues, les lieux et places publics qui renvoient à l’établissement, à l’affirmation et à la mise en scène du pouvoir colonial, d’une part, et aux revendications politiques, voire aux formes de contestation radicale des colonisés – en ce qui concerne les années 1945 à 1950 à Bobo-Dioulasso –, de l’autre. Dans ce contexte, il propose une lecture novatrice et pertinente de la « cour africaine », notion qu’il applique aux concessions de grands commerçants ouest~africains installés à Bobo-Dioulasso, au palais du Moogo Naaba ou aux cours des grands digni~taires de l’aristocratie Moaga à Ouagadougou. La cour, en tant que lieu d’intersection du « privé » et du « public », espace familial, de tra~vail et de sociabilité, jouait un rôle central quant au façonnement de l’opinion publique et au sou~tien des mouvements politiques qui ont émergé après la Seconde Guerre mondiale. Tandis que les jeux d’alliances et les réseaux clientélaires faisaient prévaloir la mouvance RDAà Bobo-Dioulasso, ce qui lui donnait un cachet « anti~colonial », la dynamique politique restait mar~quée, à Ouagadougou, du sceau « traditionnel » de la chefferie Moaga qui démontrait par là même sa capacité d’adaptation aux nouvelles donnes du pouvoir.

7 Ce livre, qui se distingue par la richesse et la grande variété des sources invoquées et mises à profit ainsi que par une argumentation claire et précise, ouvre de nouvelles voies à la recherche historiographique des processus d’urbanisation. Les résultats de l’analyse sou~tiennent l’exploration du champ sémantique de la notion d’espace que L. Fourchard sous-trait ainsi à la seule connotation géographique. Il apporte par là une élaboration conceptuelle stimulante pour d’autres travaux en histoire urbaine visant à explorer les espaces des sociétés par leurs dynamiques socio-spatiales, donnant ainsi à comprendre l’enchâssement du relationnel dans le structural.

8 BRIGITTE REINWALD


Date de mise en ligne : 01/10/2003