Compte rendu

Jacques-Olivier BoudonParis, capitale religieuse sous le Second Empire, Paris, Le Cerf, 2001,560 p.

Page XXI

Citer cet article


  • Grondeux, J.
(2003). Jacques-Olivier BoudonParis, capitale religieuse sous le Second Empire, Paris, Le Cerf, 2001,560 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 58e année(5), XXI-XXI. https://shs.cairn.info/revue-annales-2003-5-page-XXI?lang=fr.

  • Grondeux, Jérôme.
« Jacques-Olivier BoudonParis, capitale religieuse sous le Second Empire, Paris, Le Cerf, 2001,560 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/5 58e année, 2003. p.XXI-XXI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2003-5-page-XXI?lang=fr.

  • GRONDEUX, Jérôme,
2003. Jacques-Olivier BoudonParis, capitale religieuse sous le Second Empire, Paris, Le Cerf, 2001,560 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2003/5 58e année, p.XXI-XXI. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2003-5-page-XXI?lang=fr.

Notes

  • [1]
    JACQUES-OLIVIER BOUDON, L’épiscopat fran~çais à l’époque concordataire (1802-1905), Paris, Le Cerf, 1996.

1 Ce que Jacques-Olivier Boudon fait revivre au fil de ces pages est autant un projet qu’un état de fait. Un projet : le Second Empire est, à l’opposé de la monarchie de Juillet, une période où l’entente règne entre les autorités politiques et l’archevêché de Paris, ce qui per~met à l’archevêché, dont l’auteur a fort attenti~vement scruté les archives, de tenter la conquête d’une position dominante dans l’Église catholique de France. Un état de fait : la centralisation politique et administrative française ne saurait être sans effet sur la vie ecclésiale. Pour montrer comment projet et état de fait s’articulent, plusieurs approches sont mises en oeuvre. Une approche prosopo~graphique, avec laquelle l’auteur est familier depuis ses travaux sur l’épiscopat français de la période concordataire [1], rend compte de l’at~traction de la capitale pour les clercs. Paris est à la fois le lieu de toutes les attentes et un refuge; la grande ville attire les ambitieux, mais aussi ceux qui ont quelque chose à cacher ou à faire oublier. À Paris même, le clergé est surtout nombreux dans le centre, d’où des ten~tatives de conquête de la banlieue qui se peuple, en cette époque d’haussmannisation. Les choix stratégiques ne sont pas oubliés : choix locaux, visant à refaire de la ville des révolutions une métropole religieuse, mais aussi nationaux et internationaux – cet enche~vêtrement des échelles étant la caractéristique du cadre parisien. On passe ainsi de considéra~tions d’urbanisme et de géographie urbaine à la restitution des grands débats culturels et politiques qui traversent le catholicisme fran~çais (et européen) du XIXe siècle, sans que la cohérence du propos se démente jamais.

2 Paris a perdu avec la Révolution fran~çaise son rôle directeur dans la formation du clergé. La faculté de théologie parisienne devient alors l’instrument d’une reconquête. J.-O. Boudon s’attache à ses destinées. Mon~seigneur Affre avait tenté, en 1840, de la « relancer », mais il n’avait pu obtenir la reconnaissance canonique des grades par Rome, réticente envers une faculté de théo~logie contrôlée par les pouvoirs civils. Monseigneur Sibour veut la réformer, et il confie pour cela le poste de doyen à l’abbé Maret. Ce dernier met en place une équipe où figurent les abbés Lavigerie, Bautain et Duquesnay. Là, comme en d’autres endroits de l’ouvrage, nous suivons les destinées de la fraction néo-gallicane du catholicisme libéral, qui pense possible de s’appuyer sur l’État pour lutter contre la montée du catholicisme intran~sigeant. L’accession, à la fin de la période, de Monseigneur Darboy à l’archevêché de Paris est, pour cette tendance, un succès. On sait que, sur la question de la souveraineté tempo~relle du pape, la mouvance catholique libérale était divisée. Montalembert ou Monseigneur Dupanloup (proche de cette tendance) étaient des défenseurs des États du pape, en lesquels ils voyaient une garantie de l’indépendance du Saint-Siège. Les néo-gallicans que nous sui~vons ici sont prêts à justifier la politique ita~lienne de Napoléon III. Ils penchent donc plus nettement vers un empire susceptible de se libéraliser, et qu’ils jugent apte à faire la syn~thèse des principes de 1789 et de l’héritage traditionnel catholique. Le positionnement politique de Monseigneur Sibour († 1857), de l’abbé Maret ou de Monseigneur Darboy est de ce point de vue très finement analysé.

3 Si des succès apparaissent, en particulier dans le redressement de la faculté de théo~logie, malgré l’échec des tentatives de reconnaissance pontificale, ou dans le déve~loppement de l’école des Carmes, fondée en 1845, ces réussites restent ponctuelles. La résistance du corps épiscopal à une trop forte emprise parisienne, les luttes de tendances, la chute du régime et surtout les progrès massifs du catholicisme intransigeant (« ultramon~tain », disent les néo-gallicans), choisissant l’affrontement avec la modernité, font que ces hommes apparaissent comme des vaincus de l’histoire. En peuplent-ils pour autant les « poubelles » ?

4 Nous savons bien, depuis les travaux d’Émile Poulat et de Jean-Marie Mayeur, qu’il n’y a pas filiation directe entre les catholiques libéraux d’avant 1870, et la majorité de ceux qui, défendant l’héritage de Léon XIII, vont s’opposer aux « intégristes » partisans de la ligne de Pie X. Sous ces deux papes, on assiste plutôt à une division de la ligne intransigeante. Les milieux, pourtant, se jouxtent, se connais~sent, se rencontrent, et parfois des continuités se renouent, parce que les héritages demeu~rent. Il ne pouvait rester que peu de choses de la stratégie néo-gallicane, à partir du moment où la République était devenue anticléricale et où les néo-gallicans se trouvaient aussi mar~ginalisés dans le régime qu’ils pouvaient le paraître dans l’Église après le Syllabus et la pro~clamation de l’Infaillibilité pontificale. Mais les questions qu’ils posaient, celle de la possi~bilité d’une conciliation entre la France moderne issue de 1789 et l’Église catholique, ne pouvaient être balayées et se reposent par la suite de manière récurrente. Henri-Irénée Marrou soulignait que l’histoire avait aussi pour fonction de retrouver des virtualités, des hésitations, des possibilités qui n’avaient pu se réaliser, pour redonner au passé toute son épaisseur, et ne pas en faire exclusivement l’accomplissement mécanique d’un processus linéaire. L’étude des remises en question d’une tendance dominante, qui s’impose pour un temps, est un outil prospectif remarquable pour analyser les mutations qui se produisent à long terme.

5 JÉRÔ ME GRONDEUX


Date de mise en ligne : 01/10/2003