Compte rendu

Jean Clinquart, L’administration des douanes en France de 1914 à 1940, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2000,482 p.

Page XXV

Citer cet article


  • Lemercier, C.
(2002). Jean Clinquart, L’administration des douanes en France de 1914 à 1940, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2000,482 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 57e année(6), XXV-XXV. https://shs.cairn.info/revue-annales-2002-6-page-XXV?lang=fr.

  • Lemercier, Claire.
« Jean Clinquart, L’administration des douanes en France de 1914 à 1940, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2000,482 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002/6 57e année, 2002. p.XXV-XXV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2002-6-page-XXV?lang=fr.

  • LEMERCIER, Claire,
2002. Jean Clinquart, L’administration des douanes en France de 1914 à 1940, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2000,482 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002/6 57e année, p.XXV-XXV. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2002-6-page-XXV?lang=fr.

1 Jean Clinquart, ancien directeur interrégional des Douanes, a déjà donné depuis 1977 cinq volumes de cette histoire de l’administration douanière depuis la Révolution (édités jusqu’ici par l’Association pour l’histoire de l’administration des douanes). Ce sixième ouvrage comprend d’ailleurs des index très détaillés, nominatifs et thématiques, des tomes précédents. Il est peut-être plus marqué que ces derniers par les jugements de valeur – l’actualité relative des problèmes traités y ayant sans doute incité l’auteur. Surtout, il est tributaire de la disparition de la plupart des sources. Aussi, m algré des recherches aux Archives nationales et, ponctuellement, dans certains dépôts départementaux, l’auteur recourt-il principalement aux sources normatives et à la presse syndicale ou associative interne. De ce fait, plus que les précédents volumes, souvent riches sur des points quelque peu techniques et m éconnus, l’ouvrage adopte le ton de la chronique, au fil des instructions et des problèmes relevés par les douaniers eux-mêmes. On ne peut que louer l’auteur pour avoir fourni nombre de jalons sur un domaine encore méconnu des historiens, et dont plusieurs dimensions sont pourtant d’un grand intérêt. Il reste qu’il n’a pratiquement pas utilisé de bibliographie historienne (sur l’histoire économique, sociale ou institutionnelle générale), ce qui l’empêche de problématiser le récit d’épisodes dont plusieurs pourraient pourtant donner matière à des études plus approfondies.

2 Ces bémols ne doivent pas interdire au lecteur d’apprécier cet ouvrage malgré tout rigoureux, qui pèche surtout par son caractère souvent allusif, faute de recoupement de sources (mais étaient-ils toujours possibles ?) et du fait de son ambition purement monographique. On regrette souvent l’absence de publication in extenso de documents significatifs (les citations sont rares et brèves), qui auraient sans doute apporté plus de stimulations au travail des historiens. Il est vrai qu’évoquer en moins de quatre cents pages une administration qui emploie plus de vingt mille agents était une gageure, d’autant qu’il s’agissait de tenir ensemble récits de la Grande Guerre et de la drôle de guerre, politiques douanières, pratiques de lutte contre la contrebande, adaptation aux nouveaux m oyens de transport, émergence de syndicats, questions salariales ou encore débats sur le coût de l’administration. Des éléments précieux ém ergent toutefois, qui pourront compléter d’autres histoires. Il en va ainsi par exemple des problèmes concrets posés par la réorganisation de l’Alsace-Lorraine, l’administration de la Sarre, l’occupation de la Rhénanie et de la Ruhr : l’ouvrage incite notamment à se pencher sur les motivations – ou les contraintes – qui amènent environ 5 % des douaniers, souvent venus du Midi ou de l’Ouest, à séjourner au moins un temps dans ces zones occupées. Si les réalités quotidiennes du travail des douaniers (tournées, estimation des marchandises...) apparaissent finalement étrangement absentes, un débat à la fois très technique et passionnant pour l’histoire des idées économiques affleure en revanche à plusieurs reprises. Il s’agit de la question des droits ad valorem(par opposition à des droits indexés sur le poids net des marchandises, par exemple), avec tout ce qu’elle implique de débats sur la définition de la valeur. En revanche, le difficile problème, en partie lié au précédent, de la définition d’une nomenclature internationale des produits n’est malheureusement qu’effleuré, comme le sont les questions de détermination de l’assiette de l’impôt sur le chiffre d’affaires. Si une histoire concrète des idées économiques qui sont à la base des pratiques douanières apparaît nécessaire, et potentiellement très riche, à la lecture de l’ouvrage, celui-ci ne fait que donner quelques jalons.

3 De même, si les ressorts politiques de la mise en place du contrôle des changes sont assez classiquement retracés, on aimerait par exemple en savoir plus sur le rôle joué par la chambre de commerce de Paris, organisme para-administratif, comme office de compensation. L’aspect institutionnel de l’histoire retracée par l’auteur, lorsqu’elle se joue hors de l’administration des douanes au sens strict, reste en effet dans l’ombre.

4 Les spécialistes d’histoire administrative peuvent en revanche être particulièrement intéressés lorsque l’auteur évoque, à partir d’archives perpignanaises, la fourniture d’armes à la République espagnole : ce sont ici les moyens d’une action clandestine de l’administration elle-même (instructions non publiées au Journal officiel, raccourcissement de la chaîne de commandement...) qui sont – trop brièvement – évoqués.

5 En outre, de façon peut-être plus classique, la question de l’émergence d’un syndicalisme de fonctionnaires (dont certains ont de plus un statut militaire) préoccupe particulièrement l’auteur, qui apporte ainsi sa pierre à un édifice historique récent. Moins développées, ses observations sur les modes de recrutement et de formation des agents peuvent aussi s’inscrire dans une histoire administrative de longue durée : c’est en fait l’ensemble des six volumes de J. Clinquart qu’il faut considérer pour apprécier certaines spécificités de l’administration douanière. Il en est ainsi, par exemple, de ses difficultés à remplir un rôle statistique, mais aussi, plus généralement, du poids de traditions souvent issues de la Ferme générale, ou encore de la complexité croissante des prescriptions douanières, avec leurs multiples exceptions ou procédures dérogatoires, du « pain frontalier » à la zone franche du pays de Gex. Ce dernier cas, longuement évoqué par l’auteur, a même donné lieu à de véritables débats de droit international. Énumérer ces exceptions, c’est aussi permettre de remarquer que la réalité des pratiques, et m ême des normes, s’éloigne grandement des caricatures rétrospectives des politiques menées (protectionnisme ou libreéchangisme). J. Clinquart pointe ainsi avec raison le sens de la première « grève du zèle » de 1926 : appliquer l’ensemble des règlements est, en temps normal, inimaginable. Reste à savoir si, sur la période, l’administration des Douanes peut offrir les sources nécessaires à une véritable histoire de ces pratiques administratives. Ce sont peut-être des archives départementales ignorées de l’auteur, qui rappelle n’avoir effectué que des sondages dans ce domaine, qui pourraient être m obilisées pour retracer les négociations qui ont pu avoir lieu sur l’application de ces normes, ou encore pour reconstituer l’organisation du travail des douanes à une échelle plus « micro », sans doute plus propice à ce type d’histoire administrative.

6 CLAIRE LEMERCIER


Date de mise en ligne : 01/12/2002