Compte rendu

Malcolm Vale, The Princely Court : Medieval Courts and Culture in North-West Europe, 1270-1380, Oxford, Oxford University Press, 2001, XVIII- 422 p.

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  • Lachaud, F.
(2002). Malcolm Vale, The Princely Court : Medieval Courts and Culture in North-West Europe, 1270-1380, Oxford, Oxford University Press, 2001, XVIII- 422 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 57e année(5), VIIa-VIIa. https://shs.cairn.info/revue-annales-2002-5-page-VIIa?lang=fr.

  • Lachaud, Frédérique.
« Malcolm Vale, The Princely Court : Medieval Courts and Culture in North-West Europe, 1270-1380, Oxford, Oxford University Press, 2001, XVIII- 422 p. ». Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002/5 57e année, 2002. p.VIIa-VIIa. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-annales-2002-5-page-VIIa?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2002. Malcolm Vale, The Princely Court : Medieval Courts and Culture in North-West Europe, 1270-1380, Oxford, Oxford University Press, 2001, XVIII- 422 p. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2002/5 57e année, p.VIIa-VIIa. URL : https://shs.cairn.info/revue-annales-2002-5-page-VIIa?lang=fr.

1 L’histoire des cours médiévales bénéficie depuis quelques années d’un regain d’intérêt de la part des historiens. Dans The Prince ly Co u rt, Malcolm Vale offre cependant une approche renouvelée de la question, en prenant le parti d’une perspective comparative, qui englobe les cours d’Angleterre, de la France du Nord et des Pays-Bas, toutes cours où le parler « francien » s’imposa jusqu’à la fin du XIVe siècle, et en choisissant comme cadre chronologique une période relativement négligée par l’historiographie des cours, celle du dernier tiers du XIIIe siècle, moment où, à l’accession de la dynastie bourguignonne en Flandre et en Artois, les hôtels princiers commencent à laisser une documentation financière appréciable.

2 Se réclamant de certaines approches anthropologiques, l’auteur fait aussi le choix de considérer comme un ensemble la culture matérielle des cours, leur culture littéraire, musicale et artistique, mais aussi leurs rituels, coutumes et leur éthique. Il apparaît bien nécessaire d’en examiner les produits en fonction des besoins de la société curiale, en particulier de la liturgie, et de restituer leur dimension symbolique à certaines manifestations de la vie courtoise : une contribution importante de l’ouvrage à la connaissance de la question est de démontrer que les activités de cour et l’étalage somptuaire exprimaient le statut et la fonction au sein d’une société hiérarchique, mais qu’ils marquaient aussi les rites de passage et témoignaient du désir de commémoration omniprésent dans la société aristocratique au XIVe siècle.

3 L’ouvrage comprend aussi une analyse originale de la cour comme corps du prince, embelli par le service qui y est accompli et régulé par la succession de périodes d’abstinence et d’indulgence dans le cadre de l’année liturgique. M. Vale revendique pour son étude des rituels le modèle de l’analyse iconographique, qui s’attache à dégager les différents niveaux de signification. Le thème des vœux prêtés sur des oiseaux, qui apparaît dans la littérature relative aux cours mais qui est également documenté par les documents financiers des hôtels, se prête particulièrement bien à cette démarche. Puisant dans le fonds littéraire commun de l’aristocratie – bestiaires, poésie et traités de fauconnerie – l’auteur rappelle que des vertus et des vices particuliers étaient attachés aux oiseaux et par conséquent à ceux qui mangeaient leur chair. Et ce sont sans doute les bestiaires qui donnent la clé de la fameuse cérémonie de la Pentecôte 1306, organisée par Édouard Ier à Westminster pour l’adoubement de son fils, où les cygnes – créatures sacrificielles et hérauts de la mort sur lesquels les chevaliers présents au banquet durent prêter serment d’aller combattre Robert Bruce – symbolisaient sans doute un roi aux portes de la mort.

4 L’auteur s’attache aussi à dégager les traits communs et fondamentaux des cours dans l’espace de l’Europe du Nord-Ouest : celles-ci étaient des communautés qui partageaient les mêmes valeurs, normes et conventions. Elles étaient aussi des milieux cosmopolites et ouverts, surtout celles qui étaient dominées par une dynastie « étrangère » à la région. Cependant, toutes les cours de l’espace étudié n’étaient pas identiques : ainsi, les offices héréditaires de l’hôtel ont survécu dans certaines cours des Pays-Bas jusqu’à une époque tardive, et pouvaient d’ailleurs être donnés, vendus ou rachetés par le prince. En matière de consommation, les cours des Pays-Bas étaient également mieux situées que celle d’Angleterre, par exemple, pour s’approvisionner en draps pour les distributions régulières de vêtements, ou livrées, qui permettaient de donner une expression visuelle à la hiérarchie de l’entourage princier. En revanche, certaines oppositions traditionnelles qui apparaissent dans la littérature relative aux cours font ici l’objet d’un nouvel examen : ainsi, le contraste a souvent été souligné entre le développement d’un centre royal unique en Angleterre, Westminster, et l’existence d’un véritable réseau de hauts lieux symboliques de la royauté française, Saint-Denis, Reims et Paris. Mais l’auteur suggère de revenir sur cette opposition, en rappelant que Cantorbéry, York, puis Windsor tinrent un rôle important dans l’histoire de la royauté anglaise à la fin du Moyen  ge.

5 Un des apports fondamentaux de l’ouvrage consiste en une étude du patronage des cours, qui se veut détachée des concepts modernes de goût et de mécénat : ainsi, les « artistes de cour » n’avaient pas de position privilégiée dans l’entourage des princes, et il est impossible d’observer une quelconque césure entre les arts appliqués et autres manifestations plus « élevées » de la production artistique. On ne peut non plus parler d’un « style de cour » au XIVe siècle, mais plutôt d’un fonds commun de styles artistiques gothiques. La distinction entre la « haute » culture et des modes d’expression plus « populaires » paraît également artificielle. Le cas des activités ludiques – la chasse, le tournoi et les jeux – montre de manière exemplaire l’ouverture des cours, le fait qu’elles se situaient à la confluence de plusieurs courants culturels. Ainsi, les tournois, organisés par les princes des Pays-Bas dans un contexte civique, avaient lieu au moment des grandes fêtes religieuses et se trouvaient au centre de toute une série d’autres activités, en particulier commerciales. Les principaux jeux auxquels on s’adonnait en milieu curial étaient les échecs et les jeux de « tables », qui rappelaient le combat, mais aussi la paume et les quilles, apparemment plus « populaires ».

6 Au XIVe siècle, les cours étaient encore itinérantes : la fixation des centres administratifs et l’apparition de capitales ne mit pas fin à cette pérégrination. Mais il ne faut pas voir dans la nature décentralisée et le péripatétisme des cours princières un obstacle au patronage artistique et littéraire. M. Vale souligne que les constructions politiques fluides furent même un cadre propice aux développements culturels, et l’exemple de la Flandre montre bien que la stabilité politique n’était pas nécessaire à la floraison de la créativité artistique. On observe cependant qu’au cours de cette période les villes constituèrent des pôles de plus en plus attractifs, un phénomène déjà mis en relation avec les revenus en argent croissants des princes aux dépens des rentrées en nature. La gravitation des cours autour des villes conduisit nombre d’entre eux à se reposer sur l’infrastructure du patronage artistique urbain, et plutôt que de s’intéresser aux retombées de la fixation des centres de gouvernement sur le patronage des arts, l’auteur suggère de prendre en compte la contribution des villes à la vie de cour et d’examiner dans un même cadre le patronage artistique des cours, du haut clergé et de la haute bourgeoisie. Par exemple, les « machines » commandées par les comtes d’Artois pour orner Hesdin suggèrent tout autant une influence sicilienne et byzantine que des liens avec le théâtre arrageois. L’ouvrage trace aussi un vivant tableau des hôtels princiers dans les villes : dans la plupart des cas, les officiers chargés de loger l’entourage du prince devaient trouver des logements dans les auberges et dans les tavernes, signe que, pour reprendre la phrase de l’auteur, « les cours commencent à déborder dans les villes. »

7 Cette réflexion conduit M. Vale à s’interroger sur le rapport entre les cours et les autres cadres politiques. Le tableau qui se dégage à la lecture de cette étude est celui d’une nébuleuse de cours, entre lesquelles circulaient les membres d’une élite partageant les mêmes valeurs culturelles et, jusqu’à la fin du XIVe siècle, une même langue, artificielle et littéraire. Les cours apparaissent aussi comme des entités qu’il est difficile d’analyser en termes institutionnels ou encore d’intégrer dans une vision de la fin du Moyen  ge comme dominée par la montée en puissance du sentiment national et de l’État-nation de type « moderne ». Toutefois, certains développements des cours au XIVe siècle annoncent l’époque moderne. La croissance du rôle politique et financier des chambres est un phénomène qui apparaît bien en place, dans les cours de l’espace étudié, dès le deuxième quart du XIVe siècle : on voit les princes s’entourer de familiares qui ont désormais des titres et des offices dans la chambre, un développement qui préfigure les cours permanentes et qui marque, pour l’auteur, sans qu’on doive le suivre, peut-être, dans cette interprétation, une rupture avec la période précédente de la vie curiale, qui aurait vu coexister un hôtel domestique et militaire et la réunion occasionnelle de grandes cours. Cette belle contribution à l’histoire des cours devrait en tout cas permettre aux historiens de remettre en question un certain nombre d’acquis et d’explorer de nouvelles avenues de recherche.

8 FRÉDÉRIQUE LACHAUD


Date de mise en ligne : 01/10/2002