Le fond de la recherche VS la recherche de fonds
Pages 64 à 78
Citer cet article
- BOURCIER, Henri Bokilo,
- Bourcier, Henri Bokilo.
- Bourcier, H.-B.
https://doi.org/10.3917/agen.003.0064
Citer cet article
- Bourcier, H.-B.
- Bourcier, Henri Bokilo.
- BOURCIER, Henri Bokilo,
https://doi.org/10.3917/agen.003.0064
Notes
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[1]
Ballade (oto-photographique) d’une ombre portée in AGENCEMENTS N° 1 – mai 2018
- [2]
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[3]
Anne Goudot étudie les communautés/expériences alternatives formées pour peser dans la transition écologique (supermarchés coopératifs, écovillages, etc). Elle couple démarche ethnographique et démarche de recherche-intervention. Le projet Ecopiste fournit à ces travaux le cadre pluridisciplinaire et cosmopolite (associant chercheurs et acteurs de terrain) nécessaire pour appréhender la dimension de complexité des organisations étudiées. Ecopiste consiste à réaliser une étude comparative des modes de vie, de travail et de gouvernance de ces expérimentations citoyennes alternatives, de leur ancrage territorial et du phénomène de nomadisme qui les relie.
- [4]
-
[5]
Récit thématique Ecopiste, version du 4 novembre 18, page 42, octobre 2018, Anne Goudot.
-
[6]
Idem, AG – page 49.
-
[7]
« Le secteur associatif et son financement » par Viviane Tchernonog, chercheure au CNRS, au Centre d’économie de la Sorbonne de l’Université Paris 1 dans lequel elle développe des recherches portant sur l’analyse socio-économique des associations.
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[8]
Article publié danscairn.info/revue-informations-sociales-2012/.
-
[9]
Idem, AG - page 43.
-
[10]
OUI, l’ambition de cet article n’est pas que de rendre compte en surplomb (?) mais bien de participer à l’appel à soutien ! Contact : hbokilo@yahoo.fr et/ou laclementerie@mailoo.org
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[11]
ANNEXE 1 : nion ou fraxinus
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[12]
Une formule de style inclusive : le frêne étant un arbre angiosperme bisexué, chaque individu.e porte les organes mâles et femelle dans des fleurs unisexuées OU bisexuées ! La fécondation / pollinisation se fait entre individus.es différents, par la grâce du vent. Les fruits s’appellent les samares.
-
[13]
idem, AG – page 50.
-
[14]
Note aux lecteurs : quelques libertés assumées ont été prises vis-à-vis de l’orthodoxie grammaticale et orthographique, ainsi qu’envers les codes universitaires. Les néologismes sont volontaires, voire recherchés.
1 Les congés payés de l’été 2017 m’avaient permis de rendre visite ou de découvrir des lieux et des collectifs cherchant à expérimenter d’autres rapports au monde, voire de créer d’autres mondes possibles [1]. Ceux de 2018 m’ont donné le temps de poursuivre à la Clémenterie, en Ardèche, cette recherche en balade des alternatives.
2 Durant cet été 2018, en rendant visite à « mes arbres », j’y ai rencontré une wwoofeuse [2], Anne Goudot [3], ingénieure de recherche à l’Université de Bordeaux et membre du GREThA (Groupe de Recherche en Economie Théorique et Appliquée), en immersion pour quelques semaines d’une mission « Ecopiste ».
Que cherchent-illes ?
3 À propos de sa recherche et de ce que cherche la Clémenterie, voici ce qu’Anne Goudot y a vécu et retranscrit dans son récit :
4 Ferme féministe, autogérée, anarchiste, libertaire : voilà comment s’affichait la Clémenterie sur le web [4]. Après y avoir séjourné 5 semaines, la formule me semble plutôt bien décrire l’expérience vécue là-bas. Toutefois, elle ne donne pas à voir une dimension de la Clémenterie qui joue peut-être un rôle majeur dans sa dynamique sociale et dans le bien-être éprouvé à y vivre. C’est cette manière d’être au monde où l’on cherche à vivre en symbiose, en harmonie, avec et dans le monde, en étant soi-même et sans chercher à prendre une « position sociale ». [5]
5 Faire société autrement. Dans l’expérience au quotidien, je ne ressentais pas les façons de vivre comme une action militante, au sens où l’activité et le comportement y auraient été déterminés en premier lieu par une intention de démontrer. J’ai d’abord expérimenté la Clémenterie comme un système qui fonctionne de manière pérenne (même s’il est menacé par la dimension économique), avec des fonctionnements acquis, intériorisés (institutionnalisés ?). Autrement dit, la Clémenterie m’est apparue d’abord comme une micro-société où l’on vit, avant d’être un endroit où l’on expérimente. Cela n’en reste pas moins un endroit où l’on expérimente et, également, un endroit où l’on vient trouver refuge pour, éventuellement, retourner ensuite affronter la vie dans le système dominant [6].
L’économie de projet
6 Il existe une similitude grandissante entre la recherche institutionnelle (ou non) et la majorité du monde associatif : le financement par projet et l’appel à projet. Les conséquences sont bien identifiées : insécurité financière, professionnalisation « administrative », dépendance accrue, fuite en avant vers « l’innovant et l’excellence ». Viviane Tchernonog l’étudie [7] :
7 Le développement d’appels d’offres ou d’appels à projets et l’achat de prestations à des associations permettent aux bailleurs publics de formater l’action des associations et de l’articuler aux programmes d’action qu’ils mettent en place au niveau local… La transformation des modes de financement des associations n’est pas neutre, à un double niveau : elle a un impact, d’une part, sur les types de projets qui sont développés par les associations et, d’autre part, sur les publics cibles des associations… La montée en charge des financements locaux et la privatisation croissante du financement du secteur associatif accroissent la dépendance des associations au contexte économique local… La transformation des subventions en commandes publiques a par ailleurs pour effet d’instrumentaliser les associations, en limitant leur rôle à celui d’exécutantes des politiques publiques, et d’entraver leur capacité d’innovation sociale qui a inspiré tout au long du XXe siècle de nombreuses politiques publiques [8].
8 La Clémenterie est une association régie par la loi de 1901, ni subventionnée, ni conventionnée. Et si elle échappe ainsi aux contraintes et dépendances inhérentes au financement par les institutions, elle n’échappe pas pour autant à la problématique de son propre financement et aux problèmes de finances.
Ne pas faire l’économie du projet
9 Dans « L’appel de La Clémenterie » lancé en 2017, le projet est explicite : « La Clémenterie est un lieu de vie qui cumule activités associatives, artistiques, politiques, culturelles et agricoles, vivrières et commerciales. C’est surtout un projet collectif paysan et autogéré. Nous inventons ainsi, ensemble, un mode de vie plus collectif et solidaire, avec ses peines et ses joies, éloigné du libéral capitalisme. Plus que tout, le but d’un tel lieu est d’ouvrir le partage d’une renaissance paysanne, loin du servage foncier, et de continuer à fleurir les montagnes. »
10 Anne Goudot, en explicitant le fonctionnement du lieu, complète ainsi la description du projet : La « symbiose » s’obtient par le compromis entre « vivre ensemble » et liberté individuelle. Il y a conviction que la dimension collective est une clé pour faire changer le monde, un « art de vivre », par la solidarité qui permet d’agir et de « résister » là où, seul, l’on est impuissant à le faire. Le collectif est considéré comme une source de bien-être (on apprécie d’être ensemble, on y trouve du plaisir), à condition de trouver le compromis avec la liberté individuelle que chacun cherche, avec plus ou moins de vigueur, à défendre.
11 L’exercice d’une liberté individuelle est une pratique du quotidien, qui se reflète dans les rythmes, dans l’occupation des espaces, dans la tolérance à des manières d’être et des discours ne se conformant pas aux usages. Le collectif ne se meut pas sur l’édification de dogmes. La controverse est admise, si ce n’est encouragée [9].
12 Mais le projet que cherche à faire vivre la Clémenterie n’est pas exempté de la recherche de fonds.
La recherche de fond(s)
13 Du fond du projet et de la recherche de fonds, l’aventure utopiste de la Clémenterie a germé en 2007. Aujourd’hui, un des associés de la SCI souhaite vendre ses 358 parts sociales sur les 800 qui composent la SCI. Déjà associée majoritaire et gérante de la SCI, l’association souhaite les acquérir pour stabiliser « l’associationnariat », collectiviser la propriété et en faire un bien commun.
14 Pour que la Clémenterie reste cette terre commune où s’enracine une activité paysanne, pour contribuer au maintien d’un lieu de vie alternatif autogestionnaire, pour partager cette propriété collective agriculturelle, pour rénover le hameau afin de mieux y accueillir et y vivre, vous êtes invités.es à être partisan.ne et surtout à prendre part : des parts sociales et artistiques collectives ! [10]
15 Le projet AFAÀ – la part sociale et artistique de La Clémenterie pour un bien commun :
16 ARTàLaClème transforme un/votre AFA – Apport en Fond Associatif – en AFAÀ – Apport en Fond Associatif & Artistique. Vous êtes invités.es à partager la copropriété d’un lieu et d’une œuvre in situ, vivante et évolutive qui va grandir et vivre dans ces monts d’Ardèche.
| AFA ou DON | AFAA | |
| La part sociale collective | 170 | 170 |
| Les frais d'enregistrement et taxes | 20 | 20 |
| La certification : une œuvre numérotée identifiant la part collective artistique | 60 |
Une recherche artistique de fonds
Les cultivateurs agriculturels : l’association la Clémenterie & Henri Bokilo
17 Au pied de la châtaigneraie ou en bordure de verger, depuis 2011, je cultive l’agriculturel. La taille / sculpture des frênes [11] est un projet au long cours, mené au rythme des visites et des saisons. Tailler doucement, nouer et scier respectueusement, regarder vivre et se tailler un frêne, c’est écrire un sillon freîne dans le paysage et le temps, du LAND ARTàLaClème.
18 Les images accompagnant cet article sont celles du frêne des monts d’Ardèche, prises au fil du vent de la parcelle 171, au fil des ans et des saisons. Ce frêne, ou un de ses frères et sœurs [12], vous est proposé en tant qu’œuvre vivante et évolutive, en propriété collective grâce aux AFAÀ.
19 De chacune de ces sept plus deux images (plus les versions couleurs) sont issues 9 tirages numérotés et signés, de format 21 x 29,7 cm environ, pour que la recherche artistique en prise avec le réel puisse aussi aider à multiplier les fonds !
Et au fond, que cherche-je ?
20 Mais moi, que cherche-je précisément à la Clémenterie ? À expérimenter collectivement. À participer humblement à la transformation du monde en faisant société autrement. À contempler du matin au soir et du soir au matin la beauté du monde. À y vivre et faire vivre une alternative autogestionnaire à (ma) dimension humaine. À concrétiser une utopie. À réaliser un rêve de gosse. À y développer des pratiques associatives, culturelles, politiques, agricoles et artistiques, à participer à la recherche de fond(s). À… et surtout à lier tout ceci et relier tout cela.
21 En tout cas, pas à faire recherche mais à (la) vivre, ce que (d) écrit bien Anne Goudot :
22 S’agit-il d’une micro-société idéale ? Certes non, même si l’utopie qui en sous-tend le fonctionnement trouve à s’incarner en de nombreux aspects de la vie sur le site. Le quotidien est un bricolage permanent pour tenter de mettre l’utopie en pratique, tout en cherchant les conditions d’une durabilité de l’expérience en faisant avec les choses telles qu’elles sont (pragmatisme)… Mais dans la bonne ou la mauvaise humeur, la ferme autogérée tient le coup depuis dix ans, avec plusieurs crises surmontées. Cette résistance aux chocs a-t-elle à voir avec la détermination de ce collectif (mouvant) en regard des enjeux sociétaux ? J’en fais l’hypothèse : ces personnes sont convaincues qu’il n’y a pas véritablement d’alternative, avec un ressenti d’urgence et de pression à agir. [13]
23 Un projet (ou un rêve) doit s’enraciner pour donner tous ses fruits. Faisons en sorte que la lutte soit joyeuse… la suite au prochain.e numéro. [14]
Annexe 1 : nion ou fraxinus
24 Le frêne, fraxinus pour les latins, est un arbre, de la famille des oléacées. Très populaire dans la mythologie nordique, le frêne mythique a pour nom Yggdrasil. Arrosées par les fleuves de la sagesse et du destin, ses racines plongent dans le monde infernal, tandis que son tronc porte la terre et sa couronne le ciel. Les dieux passent sur l’arc-en-ciel pour venir rendre justice à l’ombre du frêne. Enfin, c’est ce que les mythes nordiques racontent.
25 Jean Marie Legal est pêcheur-cueilleur d’huîtres dans le Morbihan au sein de l’association Labour Armor (les travailleurs de la mer) des militants de la Zone Ostréicole Bretonne à défendre ! Au recto du pendentif (une taille à venir d’un frêne porteur de son propre nom commun ?) : l’ogam (ou ogham) irlandais symbolisant le frêne dont le nom gaélique est NION. Il est synonyme de renaissance et de paix. Y est associé Ehwaz, le rune M (muinn) symbolisant deux chevaux accolés signifiant la dualité, la dynamique d’opposition et d’harmonie des deux pôles. M exprime l’union, l’alternance, le mouvement, le voyage. M réalise l’unité fondamentale du système psychosomatique. Enfin, c’est ce que les mythes celtes racontent, d’ailleurs pour eux, Yggdrasil est un chêne. Au verso : le chemin des insectes rendu visible sous l’écorce.
Pendentif en frêne, avec rune, création de Jean Marie Legal
Pendentif en frêne, avec rune, création de Jean Marie Legal
26 Grand consommateur d’eau, ce qui est (un peu) préjudiciable à la Clémenterie, il est traditionnellement, dans des régions plus humides, utilisé comme haie dans les bocages. Il est alors taillé en "têtard" ou "trogne" dont les branches, coupées tous les deux ou trois ans, sont utilisées pour le chauffage. Son bois dur et nerveux sert à la fabrication de canne, de montant d’échelle, de tonneaux ou de manches d’outils. En période de sécheresse et de disette d’herbage, ses feuilles font un excellent fourrage que dévorent allégrement les chevaux et l’ânesse de la Clémenterie.
27 Un spécialiste à qui je demandais conseil sur la taille des frênes m’avait répondu que l’arbre portait bien son nom. En général, il est taillé pour freiner la croissance. Travailliable en toute saison, il est un arbre idéal pour expérimenter la sculpture évolutive. En laissant les temps nécessaires à la recherche et à l’apparition de la forme, vivante, avec son bois et ses airs. Enfin, c’est ce que je raconte.