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Article de revue

Le ratage comme occasion

Défendre « l’échec comme ressource » pour résister à l’injonction du résultat

Pages 244 à 247

Citer cet article


  • Péquignot, A.
(2018). Le ratage comme occasion Défendre « l’échec comme ressource » pour résister à l’injonction du résultat. Agencements, 2(2), 244-247. https://doi.org/10.3917/agen.002.0245.

  • Péquignot, Adrien.
« Le ratage comme occasion : Défendre “l’échec comme ressource” pour résister à l’injonction du résultat ». Agencements, 2018/2 N° 2, 2018. p.244-247. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-agencements-2018-2-page-244?lang=fr.

  • PÉQUIGNOT, Adrien,
2018. Le ratage comme occasion Défendre « l’échec comme ressource » pour résister à l’injonction du résultat. Agencements, 2018/2 N° 2, p.244-247. DOI : 10.3917/agen.002.0245. URL : https://shs.cairn.info/revue-agencements-2018-2-page-244?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/agen.002.0245


Notes

  • [1]
    Montaigne, Les Essais en français moderne, Quarto Gallimard, Paris, 2013, Chapitre XIII – Sur l’expérience, p. 1295.
  • [2]
    Ibid., Chapitre XI – Sur les boiteux, p. 1243.
  • [3]
    Ibid., Chapitre XIII – Sur l’expérience, p. 1295.
  • [4]
    Ibid., Chapitre XI – Sur les boiteux, p. 1243.
  • [5]
    Ibid., Chapitre X – Sur la façon de régler sa volonté, p. 1228.
  • [6]
    Ibid., Chapitre XIII – Sur l’expérience, p. 1295.

1 Ce texte a été rédigé à l’occasion d’une rencontre des Fabriques de sociologie 93 le 28 juin 2018.

Faire du ratage une occasion

2 Est-ce qu’un ratage, une erreur ne peut pas être une occasion d’apprendre ?

3 Que nous signale notre erreur : un manque d’appréciation de certains éléments du contexte, un manque de vigilance de notre part, de l’ignorance, un manque de désir qui nous conduit à relâcher notre vigilance ?

4 Dans quelle mesure est-ce que le ratage dépend de nous ?

5 Montaigne souligne la valeur pédagogique de l’erreur ; sa conception de l’éducation est basée sur la découverte de sa propre ignorance : « il faut (…) apprendre que l’on n’est qu’un sot » [1]. Ceci non pour culpabiliser ou pour se reprocher des choses, mais parce que la prise de conscience de nos erreurs est formatrice.

6 Il ajoute que « pour concevoir cette ignorance, il n’y a pas moins de connaissance que pour concevoir la connaissance » [2].

7 Il confère ainsi une positivité à la connaissance de son ignorance, qu’il considère comme un savoir à part entière. Prendre conscience de nos erreurs ou de notre ignorance est avant tout pour lui une occasion de nous connaître et de nous améliorer, comme l’illustre la citation suivante :

8 « Quand je me trouve convaincu par le raisonnement d’autrui d’avoir une opinion fausse, je n’apprends pas tant ce qu’il m’a dit de nouveau et le point particulier que j’ignorais (ce serait peu de profit) que j’apprends d’une façon générale ma faiblesse et la trahison de mon intelligence : de là je tire l’amendement de toute la masse » [3].

9 Le problème n’est donc pas tant l’erreur ou le ratage que notre éventuel aveuglement à ce qu’elle nous signale.

En pratique… Chacun fait erreur à sa manière

10 Comment, dès lors, faire en sorte que l’erreur ou le ratage fasse trace ?

11 Le ratage peut prendre de multiples formes : chacun fait des erreurs à sa manière. L’analyse de ces singularités peut constituer un bon point de départ pour travailler sur ses erreurs et permettre ainsi de se perfectionner, de voir si on répète certaines erreurs.

12 Il existe des outils pour aider à cela :

  • la discussion collective en toute franchise (les philosophes grecs parlent de parrhêsia, que Michel Foucault traduit par franc-parler dans L’herméneutique du sujet : la parrhêsia est un dire-vrai qui s’oppose à la flatterie).
  • le journal de bord.

14 (Cette liste est à compléter)

Un éthos… Reconnaître son ignorance

15 Montaigne : « Beaucoup d’erreurs (…) sont engendrées par le fait que l’on nous apprend à craindre d’avouer notre ignorance et que nous sommes tenus d’accepter tout ce que nous ne pouvons pas réfuter » [4].

16 Reconnaître notre ignorance, c’est voir les limites de notre savoir, ceci auprès des autres mais aussi auprès de soi. Et cela demande de l’humilité, de douter (à l’encontre d’une tendance incitant à paraître sûr.e de soi pour véhiculer une image de réussite).

17 Montaigne s’est ainsi rendu sensible à des signes qui l’avertissent de ses excès :

18 « Je sens à temps les petits vents qui viennent m’effleurer et murmurer au-dedans [de moi], avant-coureurs de la tempête » [5] ; ces signes lui permettent de les « [voir] venir et [ralentir] un peu leur impétuosité et leur course » [6].

19 Conscient que sa mémoire lui a joué des tours, il ne s’y fie plus aveuglément et laisse une place ouverte au doute – une attitude qui peut sembler en décalage avec les pratiques dans des contextes d’injonction au résultat, qui conduisent plutôt à dissimuler ses faiblesses en toute circonstance.

20 De même, les excès de certaines de ses émotions l’incitent à se méfier grandement de ses emportements ; il se rend alors sensible à certains signes lui permettant de déceler ces excès.


Date de mise en ligne : 03/10/2022

https://doi.org/10.3917/agen.002.0245