Article de revue

Évidences

Censure, sensure, autocensure

Pages 10 à 23

Citer cet article


  • Elbadawi, S.
(2016). Censure, sensure, autocensure. Africultures, 105(1), 10-23. https://doi.org/10.3917/afcul.105.0010.

  • Elbadawi, Soeuf.
« Censure, sensure, autocensure ». Africultures, 2016/1 n° 105, 2016. p.10-23. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-africultures-2016-1-page-10?lang=fr.

  • ELBADAWI, Soeuf,
2016. Censure, sensure, autocensure. Africultures, 2016/1 n° 105, p.10-23. DOI : 10.3917/afcul.105.0010. URL : https://shs.cairn.info/revue-africultures-2016-1-page-10?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/afcul.105.0010


Notes

  • [1]
    La chanson Journaliste en danger.
  • [2]
    Figures croisées d’intellectuels. Trajectoires, modes d’action, productions (Karthala 2007) d’Abel Kouvouama, Abdoulaye Gueye, Anne Piriou et Anne-Catherine Wagner, est l’un des nombres écrits parus sur la question.
  • [3]
    Consacré à cette affaire en 2003, Borry Bana, documentaire de Luc Damiba et Abdoulaye Menès Diallo, pour ne citer que celui-là, avait été censuré par le régime Compaoré.
  • [4]
    « Cours d’histoire », sur les assassinats politiques.
  • [5]
    « Le silence des gens bien ».
  • [6]
    Le « Visa Balladur », frontière introduite par l’État français aux Comores depuis 1995, provoque des milliers de morts en mer entre les îles d’Anjouan et de Mayotte, en dépit de ce que préconise le droit international sur le conflit d’occupation opposant l’État français à l’État comorien dans ces eaux. On parle de plus de 20.000 morts. Au-delà des chiffres, il y a la question d’un territoire sous contrôle français, où l’on refoule près de 30.000 personnes, chaque année, annoncées comme « clandestines », alors que la communauté internationale les considère chez elles. Raison pour laquelle une organisation de la société civile comme « Comité Maore » parle de déportation de population, de crime de masse organisé, de Cour Pénale Internationale, dans ses prises de position…
  • [7]
    Elle accueille déjà l’hommage aux morts de 1914-18. Place du Haut-Commissariat français à l’époque coloniale, elle est aujourd’hui sacrée place des banques.
  • [8]
    La stèle aux morts du Visa Balladur est un de mes projets. Il fait suite à Pays de lune I Un rêve brisé, une installation présentée au Festival des Arts contemporains des Comores (FACC) à Moroni en 2014.
  • [9]
    « Je n’ai pas vu, pas entendu, pas su ». Variante comorienne de la sagesse des « trois petits singes ».
  • [10]
    Théogène Karabayinga. Qui a perdu une grande partie de sa famille, lors de ce génocide.
  • [11]
    Boniface Mongo-Mboussa, in Rwanda 94-2000, entre mémoire et histoire : le savoir des écrivains, Africultures, septembre 2000.
  • [12]
    Cité par Corinne Moncel.
  • [13]
    Pose de la première pierre à Nyanza, dans la province de Kigali-ville.
  • [14]
    Ce qu’écrit Jean-Paul Gouteux, in Le Monde, un contre-pouvoir / désinformation et manipulation sur le génocide rwandais (L’esprit Frappeur) est édifiant sur la question : « Le Monde, en tant qu’instrument docile (…) a sa part de responsabilité dans l’incompréhension des Français et leur passivité devant l’horreur qui s’accomplissait. L’ombre des services secrets, étroitement impliqués par l’état-major des armées dans la gestion de l’ex-empire colonial français, plane sur ces dérives médiatiques. On a dit et répété que la dépendance politique et financière de la presse constitue une menace pour la démocratie. La réalité est bien pire. Même faite aux dépens de sa rédaction, la complicité du « quotidien de référence » pendant toute la durée de cette boucherie au cours de laquelle un million d’hommes, de femmes et d’enfants ont été tués pour le crime d’être nés, est insupportable ».
  • [15]
    Dans des textes cités par Pascal Blanchard, le journaliste reprend cette expression, pour étayer son argumentation à l’encontre du FPR : « renseignements fournis par la DGSE ». In « Les médias français face au Rwanda : de l’intervention française de 1990 au génocide », Africultures, septembre 2000. Jean Hélène, cité par Jean-Paul Goûteux, est aussi l’homme de la désinformation sur les « khmers noirs ».
  • [16]
    En insistant sur le rôle de la France dans cette imagerie fabriquée, elle souligne « les arguties lexicales » développées « sur la nature du régime tunisien », « symptôme criant de l’incapacité et du refus (…) de distinguer le signifiant du signifié ». Elle évoque « un aveuglement volontaire » et fustige le « discours de communication » qui induit les uns et les autres en erreur. Cf. article paru dans Le Monde du 22 janvier 2011 : « Parler de la dictature de Ben Ali ».
  • [17]
    Homo Poeticus : Essays and Interview, New-York, Farrar, Strauss, Giroux, 1995, p. 14.
  • [18]
    L’argent reste le nerf de la guerre. Il provoque déni et refoulement, recycle esprit de résistance et sentiment d’indignation dans le jeu du commerce ou encore soumet le créateur à des enjeux autrement plus complexes, qui vont du politique au social. Souvent, l’injonction est « faite aux artistes de travailler en fonction des finalités du marché plutôt que de celles de leur démarche » écrit Deneault (Médiocratie, Ed.Lux), qui ajoute, en pensant au fait que nombre d’entre eux en viennent à devoir calculer leur capital-risque en bon gestionnaire, qu’ils « participent à un cirque d’un genre nouveau (…) réinventent, étendent et consolident un nouvel art de la fiction, pour finalement trouver plus significatif les bénéfices comptables d’une compagnie culturelle qui participe à l’économie que les conceptions esthétiques qu’elle propose ». Les œuvres sont alors des produits comme les autres, qu’il faut placer, avec une plus value, et non le lieu d’émergence d’une poétique, d’une humanité ou encore d’une fulgurance.

Il y a cette histoire que raconte Boubacar Boris Diop sur Jean Collin, homme de pouvoir, qui eut l’intelligence, au Sénégal, de ne pas interdire Le dernier de l’Empire, l’une des œuvres les plus chargées d’Ousmane Sembène. Le romancier y parle de la succession du chef de l’État. On y reconnaît Senghor (alias Léon Mignane), son successeur, Abdou Diouf (Daouda) et son vieil opposant, Mamadou Dia (Ahmet Ndour), dans la galerie des portraits esquissés. Il y évoque L’Authonegraficanitus de Mignane une critique à peine déguisée de la négritude. À l’époque, le crime de lèse-majesté pouvait générer son lot de polémiques et de tensions. Nous étions en 1981, et Collin n’était pas un tendre. Mais comme il le confie à un journaliste : « On l’a bien eu votre copain Sembène. Il voulait qu’on interdise son roman. Eh bien non, on l’a laissé en librairie et il y est mort de sa belle mort car personne ne l’a lu ! ». Néantiser une œuvre est un art en soi. L’empêcher d’exister ne nécessite pas forcément d’user du fouet dans l’espace public. L’ignorer est une bien meilleure stratégie, dans ce cas précis. Reste à savoir si l’on se pose vraiment la question de comment procède la censure en Afrique, en dehors des situations d’urgence permanentes, où l’ordre établi s’autorise l’inconcevable, comme à l’époque des partis uniques.
À ce jour, il n’existe aucune encyclopédie relatant les moments de censure explicite dans l’histoire des arts et des lettres sur le Continent. À peine si les mémoires se nourrissent des cas les plus chahutés depuis la fin annoncée de la domination coloniale…


Date de mise en ligne : 15/12/2016

https://doi.org/10.3917/afcul.105.0010

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