Article de revue

Petites et grandes histoires de censure

Pages 100 à 113

Citer cet article


  • Elbadawi, S.
(2016). Petites et grandes histoires de censure. Africultures, 105(1), 100-113. https://doi.org/10.3917/afcul.105.0100.

  • Elbadawi, Soeuf.
« Petites et grandes histoires de censure ». Africultures, 2016/1 n° 105, 2016. p.100-113. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-africultures-2016-1-page-100?lang=fr.

  • ELBADAWI, Soeuf,
2016. Petites et grandes histoires de censure. Africultures, 2016/1 n° 105, p.100-113. DOI : 10.3917/afcul.105.0100. URL : https://shs.cairn.info/revue-africultures-2016-1-page-100?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/afcul.105.0100


Notes

  • [1]
    Augmentation de 20% des cas de censure et de violence sur des musiciens, selon eux.
  • [2]
    Cf. Coco Argentée et son Fallait pas, histoire d’une femme qui a « envie de wanwanwan » et « de faire » : www.youtube.com/watch?v=JDq-oJrRx00. « Fallait pas m’allumer » dit-elle.
  • [3]
    Cf. « Comment Franko, DJ starifié par YouTube, est devenu l’ennemi du Cameroun », sur Rue89.
  • [4]
    Cf. « Lapiro de Mbanga, chanteur et guitariste, est mort », Patrick Labesse, Le Monde, 19 mars 2014.
  • [5]
    Organisation créée par le journaliste danois Ole Reitov en 1998, l’année de l’assassinat de l’artiste algérien Matoub Lounès.
  • [6]
    Dans un entretien accordé à Pierre Cherruau et Lala Ndiaye pour Slate Afrique en 2012.
  • [7]
    Suite aux conflits dans le Nord. Voir « Artiste, tu chanteras pour la paix » de Caroline Trouillet, p.114 de ce même numéro.
  • [8]
    Sorti un an avant le Na dem (Va-t’en) du sénégalais Red Black contre la volonté du président Abdoulaye Wade de se porter candidat pour un troisième mandat. Le morceau avait été repris par les partis politiques dans les meeting et les manifs, y compris par les amis de Maky Sall, qui sera finalement élu à la place de Wade.
  • [9]
    Cité par Lamine Ba, in « La censure musicale en Afrique de l’Ouest », Music in Africa.
  • [10]
    « Quand les artistes se jouaient de Ben Ali », Slate Afrique, 2014.
  • [11]
    Plus de 150 000 fans sur MySpace, près de 100 000 amis sur Facebook, en 2011, selon un article de La Presse.ca.
  • [12]
    Dans un entretien accordé à Siegfried Forster sur « Le rôle des artistes tunisiens pendant la Révolution de jasmin », RFI Afrique.
  • [13]
    Initialement, la condamnation, prononcée par le tribunal de première instance de Manouba, était de deux ans, par contumace. Mais le rappeur s’est rendu à la police, a demandé la réouverture de son dossier et a gagné une réduction de peine auprès de la cour d’appel de Tunis.
  • [14]
    Dont le principe suivant, cité par Human Right Watch, contenu dans les Principes de Johannesburg, relatifs à la sécurité nationale, à la liberté d’expression et à l’accès à l’information : « Nul ne peut être puni pour avoir critiqué ou insulté la nation, l’État ou ses symboles, le gouvernement, ses institutions ou ses fonctionnaires, ou une nation étrangère, un État étranger ou ses symboles, son gouvernement, ses institutions ou ses fonctionnaires, à moins que la critique ou l’insulte ne soit destinée à inciter à la violence imminente ». Dans un rapport daté de 2010, le rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, Frank La Rue, déclare : « Les lois qui pénalisent la diffamation ne doivent pas être invoquées pour protéger des notions ou des concepts abstraits ou subjectifs, tels que l’État, les symboles nationaux, l’identité nationale, les cultures, les écoles de pensée, les religions, les idéologies ou les doctrines politiques. »
  • [15]
    Sur un titre (« Mc du Tiers-Monde ») de son dernier album, Enfants du Tiers-Monde, sorti en 2010, il dit « Je suis la voix des démunis/ des opprimés sur les ondes yo ! ! (…) Je suis celui qui crie et dénonce les actes immondes ». Plus loin : « I’m leader, diffuseur amplificateur des messages de la jeunesse / Je suis le haut-parleur/ I’m killer, tueur coupable de crime verbal ».
  • [16]
    « Mc du Tiers-Monde », op.cit. « Je viens de là où l’Occident encule à sa guise, dépouille, nous met dans la crise, provoque la guerre et nous divise ». Ce passage rend le discours plus ambigu.

Un artiste noir, obligé de chanter derrière un rideau, pour ne pas se noyer dans la blancheur du public d’un soir. Les African Jazz Pionner, reproduisant dans Hosh — un morceau devenu mythique    — les signaux que se font les clients d’un bar pour annoncer une descente de police dans les townships. Johnny Clegg, censuré pour avoir chanté Mandela déboulant sur la scène avec Sipho Mshunu à ses côtés, exprimant le désir de mixité grandissant de la société sud-africaine. C’était l’époque de l’apartheid. Un temps où les artistes du cru, comme ceux de toute l’Afrique et du monde entier trouvaient juste de célébrer la liberté, en se frottant au pouvoir, en pointant les dictatures du doigt, en éveillant les consciences de leurs concitoyens. L’Afrique du Sud au temps de l’apartheid n’est que l’exemple, bien sûr, d’un temps où la censure était une arme de destruction massive et de dissuasion, dirigée contre les artistes et leurs peuples. Une arme qu’il fallait déjouer ou affronter, de manière toujours radicale, en risquant sa vie et sa foi en l’espérance.
Nous parlons là d’un temps où les dictateurs du bon goût, homme de pouvoirs ou gardiens patentés de la morale, s’en prenaient, sans filet, aux artistes, en les emprisonnant, en les empêchant d’exister, de diffuser leurs œuvres. Aujourd’hui, on se surprend à croire que toutes ces histoires sont bel et bien finies, bien qu’une ONG comme Artsfreedom.org parle d’une recrudescence des crimes de censure. On remarque surtout que la culture se noie se noie dans le divertissement le plus mercantile sur la plupart des territoires qui nous occupent…


Date de mise en ligne : 15/12/2016

https://doi.org/10.3917/afcul.105.0100

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