Article de revue

Ousmane Sembène ou l'art de se jouer du destin

Pages 16 à 27

Citer cet article


  • Diop, B.-B.
(2009). Ousmane Sembène ou l'art de se jouer du destin. Africultures, 76(1), 16-27. https://doi.org/10.3917/afcul.076.0016.

  • Diop, Boubacar Boris.
« Ousmane Sembène ou l'art de se jouer du destin ». Africultures, 2009/1 n° 76, 2009. p.16-27. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-africultures-2009-1-page-16?lang=fr.

  • DIOP, Boubacar Boris,
2009. Ousmane Sembène ou l'art de se jouer du destin. Africultures, 2009/1 n° 76, p.16-27. DOI : 10.3917/afcul.076.0016. URL : https://shs.cairn.info/revue-africultures-2009-1-page-16?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/afcul.076.0016


Notes

  • [1]
    Ces deux anecdotes, sur le cinéma et la lecture, sont rapportées par le professeur Samba Gadjigo dans son ouvrage : Ousmane Sembène, une conscience africaine, Éditions Homnisphères, Paris, 2007.
  • [2]
    Plus tard, au cours d’un entretien que j’eus avec lui pour le mensuel Afrique-Tribune, il relativisera lui-même l’influence de l’auteur de Germinal par un : “Zola, j’étais obligé de me le taper, parce que j’étais au syndicat !” suivi d’un grand éclat de rire.
  • [3]
    On notera toutefois une incursion fugace dans Le Dernier de l’Empire, sous sa véritable identité. De même apparaît-il, comme pour se moquer de lui-même, dans nombre de ses films. Ce qui peut aussi être perçu comme une façon de les signer…
  • [4]
    Un de mes aînés journalistes m’a rapporté que Jean Collin s’est vanté auprès de lui de n’avoir pas fait interdire Le Dernier de l’Empire, ajoutant : “Votre ami Sembène voulait nous pousser à faire la même erreur qu’avec Ceddo. Cette fois-ci on a laissé l’ouvrage en librairie. Résultat : personne ne l’a lu et personne n’en a parlé”. Le plus dur, c’est qu’il a bien eu raison.
  • [5]
    Faute de volonté politique des États, le cinéma africain existe grâce aux subsides de la Coopération française dont on peut dire aussi qu’elle l’empêche d’exister !

Dans les années trente, un adolescent de Ziguinchor fait le désespoir de ses parents. Aux murs froids des salles de classe, il préfère la mangrove, les parties de pêche et les escapades sur les berges du fleuve Casamance. Bagarreur, il n’aime pas les embrouilles. Un certain Paul Peraldi, directeur de l’école Escale, l’apprendra à ses dépens : l’élève est exclu après l’avoir expédié au tapis d’un violent coup de poing à la tête.
Que faire du fils de Moussa Sembène et Ramatoulaye Ndiaye ? Il sait à peine tracer son nom sur une feuille de papier et à vrai dire personne ne le voit devenir commis aux écritures, ce qui était alors une position assez enviable pour un jeune Sénégalais ambitieux. On l’envoie chez un de ses oncles, à Dakar, où il arrive précédé d’une sulfureuse réputation. Mais dans la capitale de l’AOF, il n’a même pas le temps de regretter ses bolongs du Sud. Le cancre a en effet au moins un don : celui d’entendre battre le cœur du réel, de dénicher la vraie vie partout où elle se trouve. S’il y parvient aussi aisément, c’est que déjà il ne se reconnaît qu’un maître : son désir de liberté. Et dans le quartier du Plateau où se concentrent les pulsations urbaines et les contradictions d’une société qui ne voit pas la guerre lui foncer dessus, il y a certes mieux à faire que d’ânonner toute la sainte journée des leçons de calcul et de grammaire à la rue de Thiong. Les plages de Gorée et de l’Anse Bernard sont toutes proches et il y passe le plus clair de son temps à batifoler dans l’eau et à griller du poisson et des fruits de mer…


Date de mise en ligne : 23/12/2013

https://doi.org/10.3917/afcul.076.0016

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