De Saint-Domingue à Haïti : une nation issue de l'esclavage
- Par Marcel Dorigny
Pages 37 à 44
Citer cet article
- DORIGNY, Marcel,
- Dorigny, Marcel.
- Dorigny, M.
https://doi.org/10.3917/afcul.058.0037
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- Dorigny, Marcel.
- DORIGNY, Marcel,
https://doi.org/10.3917/afcul.058.0037
Pour devenir Haïti, il fallait que Saint-Domingue, colonie singulière à plus d’un titre, conjugue divers mouvements émancipateurs.
La proclamation de l’indépendance de la colonie française de Saint-Domingue, qui reprit aussitôt le nom indigène d’Haïti, eut lieu aux Gonaïves le 1er janvier 1804, il y a deux siècles aujourd’hui. La rupture du lien de subordination coloniale entre la France et sa plus puissante colonie était unilatérale et brutale ; elle s’avéra irréversible. La première république fondée par les anciens esclaves qui avaient imposé l’abolition de l’esclavage dix ans plus tôt venait ainsi bouleverser l’ordre colonial du Nouveau Monde et perturber pour longtemps les relations politiques, commerciales et financières entre l’Europe et les Amériques, d’une part, à l’intérieur du vaste continent américain lui-même, d’autre part.
L’indépendance d’Haïti, aboutissement de la Révolution de Saint-Domingue, s’inscrit à la croisée des trois grands mouvements révolutionnaires qui ont traversé les sociétés atlantiques, entre le dernier tiers du XVIIIe siècle et le premier tiers du siècle suivant : la Révolution française qui proclama haut et fort, « à la face de l’univers », les droits de l’homme ; la Révolution des esclaves, dont Saint-Domingue fut l’archétype et l’épicentre ; les Révolutions du Nouveau Monde, aboutissant à la naissance d’Etats souverains là où il y avait depuis des siècles des empires coloniaux. La proclamation de l’indépendance des Etats-Unis inaugura ce cycle, continué par les indépendances des colonies espagnoles et portugaises au début du XIXe siècle…
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