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Article de revue

Paradoxalité de « l'enfermement » d'adolescents et de jeunes adultes meurtriers : entre destructivité et créativité

Pages 797 à 813

Citer cet article


  • Morhain, Y.
(2012). Paradoxalité de « l'enfermement » d'adolescents et de jeunes adultes meurtriers : entre destructivité et créativité. Adolescence, T. 30 n°4(4), 797-813. https://doi.org/10.3917/ado.082.0797.

  • Morhain, Yves.
« Paradoxalité de “l'enfermement” d'adolescents et de jeunes adultes meurtriers : entre destructivité et créativité ». Adolescence, 2012/4 T. 30 n°4, 2012. p.797-813. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-adolescence-2012-4-page-797?lang=fr.

  • MORHAIN, Yves,
2012. Paradoxalité de « l'enfermement » d'adolescents et de jeunes adultes meurtriers : entre destructivité et créativité. Adolescence, 2012/4 T. 30 n°4, p.797-813. DOI : 10.3917/ado.082.0797. URL : https://shs.cairn.info/revue-adolescence-2012-4-page-797?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ado.082.0797


Notes

  • [1]
    Je renvoie ici tout particulièrement à « Solitude-Désolation », Adolescence, 2005, T. 23, n°1, ainsi qu’à « Enfermement », Adolescence, 2005, T. 23, n°4.
  • [2]
    Green, 1995, p. 146.
  • [3]
    Ibid.
  • [4]
    Freud, 1919, p. 170.
  • [5]
    Fédida, 1975, p. 95.
  • [6]
    Freud, 1919, p. 174.
  • [7]
    Assoun, 2001, p. 129.
  • [8]
    Cf. Morhain, Martineau, 2001, 2002 ; Morhain, Chouvier, 2007 ; Morhain, 2008, 2009, 2011.
  • [9]
    Aulagnier, 1986, pp. 227-228.
  • [10]
    Ibid., p. 386.
  • [11]
    Gutton, 2005b, p. 909.
  • [12]
    Gutton, 2005b, p. 911.
  • [13]
    Personnage de la mythologie grecque, Oreste se venge de la mort de son père, en tuant sa mère et le complice de celle-ci. Ce parricide lui valut d’être longtemps poursuivi par les Érinyes avant son acquittement.
  • [14]
    Jugé en 1835, par la cour d’assises du Calvados, pour avoir égorgé à coups répétés de serpe, sa mère, sa sœur, son frère et en fait un troisième enfant puisque la mère était enceinte.
  • [15]
    Enfermement, Adolescence, 2005, T. 23, n°4.
  • [16]
    Gutton, 2005b, pp. 907 et 911.
  • [17]
    Duverger et al., 2005, p. 861.
  • [18]
    Jeammet, 2002, p. 125.
  • [19]
    Chouvier, 2002, p. 33.
  • [20]
    Guillaumin, 1983, pp. 62-63.
  • [21]
    Mounsi M. (1995). Territoires d’outre-ville. Paris : Stock.
  • [22]
    Dans Malaise dans la culture, en se référant à Jeunesse à l’abandon d’A. Aichhorn (1925), Freud recourt par deux fois à la figure paradigmatique de l’adolescent : pour illustrer la tentative de refréner les pulsions partielles attisées par l’éclosion pubertaire et pour souligner le paradoxe d’un positionnement « excessivement faible et indulgent » du père qui peut provoquer aussi bien la formation « d’un surmoi excessivement sévère » que des conduites destructrices orientées vers l’extérieur (Freud,1929, p. 318).

1Au regard des conditions paradoxales de l’espace-temps carcéral, nous interrogerons dans cet article les potentialités de cheminement psychique d’adolescents ou de jeunes adultes auteurs d’agirs transgressifs, rencontrés dans le cadre d’ordonnances d’expertises psychologiques. Si la mission des approches judiciaires est de rester centrée sur l’acte désorganisateur, avec ici pour conséquence l’isolement de ces adolescents et jeunes adultes difficiles reproduisant à l’intérieur des murs de la prison une stigmatisation de ces auteurs d’actes transgressifs graves, nous considérons cependant que leur « enfermement » peut être appréhendé dans son potentiel refondateur. Il est possible de penser l’« enfermement » [1] comme un espace-temps en suspens, une parenthèse, un lieu de passage pouvant constituer un espace de rencontre, un lieu favorable à un travail de subjectivation, voire même à un engagement thérapeutique. Si l’étymologie d’« enfermer » comporte l’idée de « serrer quelqu’un pour l’empêcher de se dégager », en contrepoint, firmare, issu du latin classique, qui signifie rendre ferme, solide, « enfermer » porte dans l’ancien français l’idée de « fixer », « attacher », mais aussi de « construire », « fortifier » et par glissement « mettre fin ». Cette perspective nous intéresse tout particulièrement, car elle nous permet d’avancer la thèse que, dans le lieu clos et d’isolement de la prison, le danger est perçu comme venant de l’extérieur et non de l’intérieur, du dedans.

2Dans ce sens, l’enfermement peut aussi ouvrir à la possibilité d’un travail de transformation dans ce contexte institutionnel spécifique. Désamorcer et contenir la charge de violence ne suffit pas. Il convient plus spécifiquement de mettre en débat l’intérêt de la mise en œuvre d’espaces-temps de création, d’élaboration, en tant qu’espaces tiers et en tant qu’ils transforment conjointement et corrélativement les espaces intrapsychiques et intersubjectifs. Instaurer des lieux d’élaboration susceptibles de créer de la continuité dans la discontinuité d’une histoire marquée par des ruptures, c’est instaurer un cadre qui permet l’émergence d’une subjectivité, une rencontre avec l’autre qui ne soit pas trop angoissante et qui prend sens pour celui qui la vit. C’est offrir au sujet la possibilité de s’autonomiser, de se responsabiliser et peut-être d’un de-venir…

Feston, meurtrier à seize ans

3Le rapport de l’adolescent à la mort est complexe (Morhain, 2011) et s’il relève du meurtre symbolique, fantasmatique ou réel, jusqu’à la « petite mort » de soi dans la jouissance orgasmique, il peut passer par des conduites ordaliques dans un défi actif à l’inconnu, à l’aléatoire, à l’incertitude, dans une mise en jeu imaginaire d’un possible vivre ou mourir. Les manifestations de violences d’adolescents et de jeunes adultes au cours de ces dernières années, nous confrontent à des actes destructeurs et/ou autodestructeurs de jeunes « déprivés », qui portent la marque d’une menace identitaire ou narcissique et d’un échec dans la mise en œuvre du travail du lien, comme nous allons le voir avec Feston.

4

Plutôt agité, enveloppé dans une large veste à manches longues avec une capuche qui dissimule ses yeux, couvert de tatouages, de coupures, de traces de brûlures, comme autant de stigmates qui racontent les péripéties de son parcours, Feston, âgé de seize ans, au physique solide, relate une histoire de vie déliée, chaotique, comme vidée de contenu. Son comportement souffre de changements imprévisibles et bien que parlant sans cesse de ruptures, il se montre très dépendant. La grande pauvreté du discours et de son monde fantasmatique contraste avec un parcours jalonné d’aventures et de mésaventures. Le temps se conjugue pour lui selon les modalités d’un temps indéfini, d’un présent immédiat et d’un futur inexistant, sans perspective d’avenir. « L’ennui » s’impose chez lui et correspond à un sentiment insidieux d’agitation et de vide. Cette expérience de lutte menée contre le vide est inférée, à partir d’une survalorisation de la référence au réel et de l’appui sur la réalité, comme si le monde intérieur était vide de représentations.
C’est sur le ton d’une conversation banale, distanciée, revendiquant son geste mais rejetant le caractère condamnable de son acte – « Le Juge n’a pas compris et je vais vous dire comment ça s’est vraiment passé… » –, que Feston fait le récit d’un meurtre dans le cadre d’un affrontement entre bandes rivales de quartiers : « C’était au cours de l’été, pendant une fête, on a fait une petite soirée avec plein d’amis, sans trop boire d’alcool, enfin si, mais moi j’ai fait attention… Puis un autre est arrivé avec ses copains. Il y a eu des échanges de regards… Il me regardait mauvais. Puis il a commencé à nous chercher, à moi, à me traiter, à me donner un coup de poing dans l’épaule… Et puis le type me fonce dedans et me met un coup de poing dans la tête. Je suis tombé par terre. Les autres m’ont frappé par terre à coups de pied un peu partout. Je me relève, puis d’un coup il m’a mis un coup de poing dans la tête, il était fort. Énervé, je l’ai poussé et il m’a mis un coup dans la tête… Alors j’ai vu rouge… J’étais pas moi… Je l’ai frappé au visage. Je le voyais plus… Je voulais lui faire mal… Je voulais le tuer… Il m’a donné des coups sur la tête. Un grand coup dans ma tempe et je lui ai filé un coup de couteau… Plusieurs a dit le Juge, moi je crois pas. Je l’ai frappé. Je l’ai touché, il est tombé d’un coup. Des copains à lui qui étaient là, m’ont frappé par derrière dans la tête. Ils me frappaient par terre avec des coups à la tête et dans le ventre. J’ai essayé d’éviter. Et puis je suis parti… (évanouissement). J’ai été hospitalisé plusieurs jours… Lui, il est mort, ils ont dit à l’hôpital. »
Dans le jaillissement de son acte imprévisible, Feston a lui-même l’impression d’être entraîné dans une dynamique qui le dépasse. Lorsqu’il clame dans l’après-coup de l’acte commis, au cours de l’entretien d’expertise : « Je suis trop, je suis de trop et j’ai la haine… », il exprime à la fois un ressentiment, mais aussi la haine des autres et de soi-même.

5Dans la mesure où elle est encore une défense, un dernier rempart avant l’effondrement psychique (Hassoun, 1989, 1999), la haine peut être réparatrice et constitue pour certains jeunes une expression positive de la violence et de la négativité, lorsque la pulsion de destruction est tempérée en haine pour l’objet, assurant en quelque sorte la consistance de celui-ci. C’est pourquoi, il nous semble essentiel de prendre en considération les attitudes de désinvestissement actif des adolescents au narcissisme « négatif » qui, selon A. Green (1995), désobjectalisent non seulement les objets ou leurs substituts mais aussi « le processus objectalisant lui-même ».

6A. Green propose de comprendre l’activité psychique que Freud mettait au compte des pulsions de vie comme l’expression de la fonction objectalisante qui « s’attache soit à investir de façon significative des objets comme objets d’amour, soit à transformer certaines fonctions ou certaines activités en objets ayant même statut » [2]. Il situe « à l’opposé, l’action des pulsions de destruction qui se manifesterait sous l’effet d’une fonction désobjectalisante. […] la pulsion de mort est à l’œuvre chaque fois que les objets de la psyché se trouvent déqualifiés, perdent leur originalité ou leur singularité ou cessent de valoir dans ce qui les fait uniques pour être progressivement réduits à un statut anonyme, à la limite non humain » [3].

7Mais le « cri » de Feston pointe aussi le démantèlement de l’appareil psychique excédé d’un adolescent désemparé. La démesure confine à la jouissance, au risque parfois du pire : le basculement dans des agirs destructeurs. Le rapport imaginaire à soi est ici suspendu au regard de l’autre, comme intrusion, comme « pénétration » insoutenable qui peut s’avérer être un détonateur. Dans le face à face de cet affrontement, l’autre représente un danger qui éveille une violence destructrice dans une visée de survie narcissique. La confrontation au non-Moi engendre le besoin vital de dominer l’objet réel. Dans l’impossibilité de contenir la violence de ces regards frontaux ni de s’en dégager, il ne reste plus au sujet qu’à anéantir cet autre semblable ou alors de se détruire soi-même. Le double « devenu une image d’effroi » [4] est provoqué en vue de son élimination. Le narcissisme « se signifie primitivement de la mort d’un double imaginaire qui avait vocation idéale d’être le même, le semblable, l’identique à soi » [5]. Si l’imago du double est la première image avec laquelle le sujet entretient un rapport spéculaire, celle-ci doit céder sous l’impact du refoulement afin de permettre des échanges avec des objets scopiques qui ne sont plus marqués du sceau du narcissisme primaire.

8Lorsque cet adolescent indique qu’avant le passage à l’acte destructeur, « il y a eu des échanges », cela signifie dans son langage : « Il m’a traité », et doit être compris par : « Il m’a regardé mauvais ». Cette expression renvoie à la croyance « de l’angoisse du “mauvais œil” » qui est liée au mal que l’autre peut faire, comme « l’une des formes de superstition les plus étrangement inquiétantes et les plus répandues » [6]. Ce mauvais regard symbolise à la fois la violence de l’autre et l’envie de ce qui est lié au mauvais sort, au regard qui menace et peut nuire. Ainsi se confirme « la croyance magique à l’efficace (Wirkung) du regard de haine envieuse » dans son « pouvoir de destruction de l’objet, par la seule intention » [7].

9Il semble qu’aucune distance ne sépare ici le sujet de ce qu’il perçoit. Il « voit » autre chose dans le regard de l’autre, par hallucination négative du regard. Nous nous référons à ce que Freud (1895) indiquait à propos des hallucinations négatives en tant que formes particulières de ce qu’il a appelé la Verleugnung, c’est-à-dire le déni de la réalité. Mécanisme de défense plus précoce que le refoulement, l’hallucination négative – qui tente de maintenir une sorte de clivage primaire entre le sujet et le monde extérieur –, témoigne de l’irreprésentable, de vécus brefs de discontinuité avec des angoisses catastrophiques, d’anéantissement, des expériences de dépersonnalisation.

10Surgit un sentiment d’inquiétante étrangeté (Freud, 1919) dans son pouvoir d’abolir les limites entre la fiction et la réalité où le dedans est aussi le dehors qui devient le reflet du dedans. Au cœur de la violence narcissique de ces affrontements entre adolescents, le regard de l’autre, intrusion insoutenable, doit être compris comme le retour sur le sujet du regard qu’il porte sur l’autre. Ce regard d’envie qui est perçu comme offensant, destructeur, persécuteur, met le sujet qui se trouve menacé dans ses fondements mêmes, en état de réaction paranoïaque, de lutte pour sa propre survie [8].

11Dans ces paroxysmes de violences, peut être interrogé le lien qui s’établit entre l’annonce du « mauvais regard » avec sa fonction spéculaire et le surgissement d’une explosion de violences de coups contre l’autre en prolongement et dans une sorte de confirmation paradoxale. Affrontement guerrier par bravade comme mise en défense d’un narcissisme fragilisé ; un coup pour ne pas perdre la face… L’adolescent meurtrier est pris dans la fulgurance d’une relation spéculaire destructrice, emprisonnant l’autre dans une position de double qui lui est assignée et qui se voit nié dans la singularité même de son désir, dans son altérité. Il s’agit d’une relation spéculaire qui n’est pas celle du stade du miroir ni de la constitution d’une image de soi, donc du développement des processus de pensée, mais de quelque chose de plus archaïque encore. Détruire l’objet, tuer, éliminer, c’est pour ces adolescents, frapper leur propre image. Dans un moment paranoïaque, s’accomplit le meurtre qui abolit la dimension symbolique et subjective du langage.

12C’est l’horreur rencontrée au miroir. Ainsi, la nouvelle situation traumatique provoquée par le biais d’« échanges de regards mauvais » et d’offenses subies – qui pour Freud (1895) traite de la « mortification traumatique » et ne peut être « oubliée » au sens du refoulement –, a eu valeur de signal confrontant le jeune meurtrier à son horreur intérieure. Cette rencontre avec l’horreur de sa jouissance qu’il ignorait, a fait exploser la liaison entre le dedans et le dehors et « vient lui dévoiler une faille identificatoire qu’il ignorait ou qu’il put continuer à ignorer » [9]. C’est ainsi qu’« un événement actuel et imprévu, crée une brèche à travers les différentes couches psychiques et remet à nu une déchirure originaire » [10], souligne P. Aulagnier.

13L’acte meurtrier de l’adolescent Feston, illustratif de ces violences destructrices que nous rencontrons de plus en plus souvent, apparaît lié à la vulnérabilité d’une économie narcissique constamment menacée par l’impossibilité de prendre appui sur des objets internes suffisamment stables. D’autant que les carences environnementales qui ont hypothéqué la stabilité interne et la sémiotisation primaire ne permettent pas d’augurer d’une capacité à rebondir. Ces affrontements guerriers entre adolescents se situent plus particulièrement dans le registre de l’affect d’« envie » (Klein, 1957) qui ouvre la voie à la destructivité et au narcissisme primaire qui implique des enjeux de survie. Le recours à l’acte destructeur, comme défense archaïque, a pour fonction de préserver l’intégrité narcissique d’un sujet qui se sent menacé, en détresse, en danger de destruction et d’effondrement.

14Ces actes meurtriers d’adolescents renvoient à une forme extrême de l’aliénation narcissique, spéculaire et paranoïaque. Toute issue transitionnelle s’avérant impossible, la nécessité s’impose de détruire l’autre, tout intrus, pour retrouver sa propre place. Il y a échec du lien à l’autre, exacerbation du narcissisme primaire, voire inachèvement du processus de subjectivation. Force est de constater qu’isolés ou au cours de rixes entre bandes, ces actes destructeurs témoignent de comportements de violence qui prennent des aspects archaïques d’une extrême brutalité. Ils nous confrontent aux limites de l’analysable, débordent le seul champ des bouleversements psychiques inhérents à la crise d’adolescence et mettent à l’épreuve notre appareil à penser ainsi que nos ressources empathiques. Lorsque la violence se meut en destructivité, elle ouvre la porte aux figures de l’impensable.

15L’alternance de placements en institutions et d’exclusions qui jalonnent le parcours de jeunes criminels, pointe l’échec de pratiques éducatives et de discours parfois clivés, entre espoir et rejet, qui tentent de saisir leur problématique. Sans projet, le devenir du temps semble s’éclipser pour des adolescents qui ressentent une intense frustration affective, un profond sentiment de dépréciation et la certitude qu’il n’y a pas de place pour eux dans la société. Leur comportement pâtit de changements imprévisibles, avec des comportements transgressifs violents dans lesquels ils se sont précocement engagés. Ainsi Feston réitère-t-il ses comportements délictueux dans une exaltation narcissique où le fantasme de toute-puissance est « agi » : « N’importe comment, mais j’arrive toujours à ce que je veux, si je veux… »

Paradoxalité de l’« enfermement »

16Malgré le maintien d’une représentation très ancienne de la prison comme lieu de châtiments, un travail de symbolisation est parfois à même de s’instaurer par le biais de la médiation, dans un contexte institutionnel particulier. À partir de l’événement factuel, l’institution judiciaire a pour mission d’enclencher un cheminement vers la sanction et la contention de l’adolescent délinquant par l’« enfermement » qui, pour certains, conforte l’idée de victimisation (Gutton, 2002). L’évolution des lois actuelles majore selon Ph. Gutton « la répression et la contention des adolescents, comme toutes mesures au bénéfice de l’anonymat » [11]. Mais en même temps, est sous-tendu dans la « peine » – au double sens de sanction et de souffrance –, un « espoir » qui viendrait responsabiliser et favoriser la réhabilitation et la réinsertion du jeune mineur. Cependant, dans sa mission même, la Justice, dont le rôle de tiers symbolique est fondamental, resterait complice du clivage entre la sanction et la prise en compte de la souffrance. L’enfermement carcéral permettrait de contenir le débordement pulsionnel de certains jeunes assignés à demeure derrière les murs, leur offrant la possibilité d’effectuer un travail de liaison entre la fonction de contention du cadre coercitif et la fonction de contenance du cadre soignant. La faute « payée » par la contrainte de l’isolement – qui à la fois provoque une séparation d’avec l’environnement social et fait rupture avec le passé –, est « effacée ». Elle relève donc d’une période dépassée pour l’adolescent concerné. Cette approche vient pondérer l’acceptation de soins en milieu carcéral dont la fonction nécessairement coercitive est difficilement compatible avec une relation psychothérapique. La prison, lieu de privation de liberté, porte à la fois à un assistanat, à une dépendance constante et à une relation d’emprise. Elle génère ce que A. Maurion (1990) a nommé à propos de l’incarcération de ces adolescents : un « trauma carcéral », qui réactive des traumas réels de leur histoire marquée d’agonies primitives, de carences, de maltraitances. Sous contrôle permanent et intrusif, ces jeunes détenus évoluent le plus souvent dans une promiscuité agressive, facilitatrice d’humiliations, d’atteintes de l’intimité et de violences imposées (rarement dénoncées) ou agies.

17L’« enfermement » constitue une concrétisation architecturale d’un destin psychique sans pour autant être anti-thérapeutique. Souvent, l’acte de parole de ces jeunes oscille entre mutisme et abréaction libératoire, parfois contrebalancé par des manifestations d’agressivité lorsque le jeune détenu se « reprend » dans la rencontre avec le psychologue. En tant qu’institution indéfectible avec ses règles rigides, ses privations, la prison peut avoir pour certains jeunes une fonction de contenance, de « pare-excitations externe » selon C. Balier (1990), qui prend toute son importance dans une perspective thérapeutique, en absorbant les manifestations d’angoisse (avec de possibles réactions comportementales) que peut déclencher l’engagement thérapeutique. La contenance qui relève de la tiercéité est à différencier de la contention qui « est du côté des instances individuelles et groupales » [12], comme le souligne Ph. Gutton.

18Pour certains jeunes délinquants, paradoxalement, les « murs » peuvent induire des effets d’apaisement. Dans l’intimité de leurs réflexions derrière une apparence rétive, ils éprouvent un sentiment de soulagement à leur arrivée en prison qui vient mettre un coup d’arrêt à leur escalade affolante de la répétition d’actes transgressifs. L’action punitive de l’« enfermement » soulage, comme le montre la thèse freudienne concernant les criminels par sentiment de culpabilité (1916) cherchant la punition, permettant ainsi de localiser une faute inconnue qui jusque-là n’avait pas de représentation. La loi du Droit vient conforter la Loi primordiale. Aussi, lorsqu’Oreste [13] fut acquitté par le Tribunal d’Athéna, l’absence du châtiment de la condamnation n’est pas venue confirmer le « besoin de punition » (Freud, 1924) et lever les derniers sentiments de culpabilité, de la même manière que « l’affaire Pierre Rivière » – rendue célèbre par M. Foucault (1973) [14] – qui fut condamné pour crime de parricide à la peine de mort puis renvoyé à l’arbitrage suprême. Le recours en grâce auprès de Louis Philippe fut accepté, l’accusé vit sa peine commuée en détention perpétuelle. Toutefois, Pierre Rivière qui clamait son souhait de mourir « pour délivrer » son père, échouait à être entendu. C’est pourquoi, nous considérons que l’absence de sanction ayant évacué toute possibilité d’effet curatif, Pierre Rivière se condamna au meurtre de lui-même par pendaison dans l’abandon de son cachot.

19Nous pensons qu’il y a nécessité de penser la réponse pénitentiaire de jeunes auteurs d’actes délictueux par la mise en œuvre d’un processus thérapeutique au sein même du milieu carcéral. En tant qu’espace-temps en suspens, parenthèse, lieu de passage, la prison peut constituer un espace de rencontre, un lieu favorable à une ouverture mobilisatrice d’une sensibilité psychothérapique. Dans ce contexte institutionnel spécifique, nous soulignons l’intérêt de la mise en œuvre de « groupes à médiation thérapeutique » en tant qu’espace tiers qui participe d’une prise en considération de la part souffrante du sujet, comme faisant partie de soi et qui ouvre à un travail de transformation de l’espace intrapsychique et de l’espace intersubjectif. Freud (1914) parlait de « réconciliation » et de « tolérance » du sujet à l’égard de sa propre souffrance, en se confrontant pour la première fois au sentiment d’irréalité de sa propre histoire.

Entre respicere et déchaînement mortifère

20À la fois butée et ouverture, la prison, qui sollicite les métaphores spatiales et temporelles, peut être tout autant tracé de démarcation qu’ouverture d’un champ d’exploration. La recherche de contenance des angoisses correspond à la fonction pare-excitatrice qui offre la possibilité de se construire un monde interne suffisamment sécure, solide, stable. Pour certains, c’est l’occasion de faire l’expérience d’un accès à l’écoute et à la parole qui peut servir de base et de lien là où les forces de déliaison sont à l’œuvre, là où tout devient trop lâche et se dissout dans l’ennui, la vacuité et le bredouillement.

21Ce moment de répit, du latin respicere (regarder en arrière), qui sollicite un travail de symbolisation, peut permettre de lier ce qui avait été rompu. Il constitue un temps de présence, durant lequel le sujet peut confier son désarroi, s’interroger sur les événements qui ont jalonné le cours de la vie, se positionner dans un accueil confiant des transformations mobilisatrices.

22

Incarcéré en Maison d’Arrêt depuis deux ans pour de nombreux délits, un jeune de dix-neuf ans tient un discours différent de celui tenu lors de notre première expertise effectuée un an auparavant. Il se présentait alors comme étant « très nerveux », « très susceptible » et décrivait des crises de panique, d’angoisse massive, le sentiment d’être « perdu », une intolérance à la moindre frustration. Il refusait tout suivi médical et psychologique. Aujourd’hui, il reconnaît sa dangerosité, exprime son mieux être : « Heureusement, je suis plus calme depuis un an. J’ai les idées plus claires. »
Pour Saïd, dix-sept ans, qui avait peur de devenir fou et se sentait constamment à risque de passages à l’acte sans possibilité de contrôle : « Il fallait que ça s’arrête sinon je passais ma vie en prison. » Ainsi, le jeune transgressif (transgradi : aller au-delà) peut trouver en prison une frontière entre le principe de plaisir et celui de la réalité.
En revanche, installé dans la transgression quotidienne jusqu’à son incarcération pour braquages avec violences, Cédric, dix-sept ans, clame : « Rien ne me touche, j’ai appris à me battre, je sais frapper, je sais tuer. Moi, la prison, je m’en fous. Dès que je suis dehors, je recommence. Je sors et deux jours après on me revoit. » Si ce déchaînement est un simulacre de libération, en se ritualisant il renforce l’aliénation. Ces adolescents incarcérés n’ont d’ailleurs plus d’extérieur pour s’expurger, en dehors d’eux-mêmes. La tonalité émotionnelle de la relation témoigne parfois d’un glissement vers une souffrance, dont l’étymologie (suferre) indique qu’elle porte (ferre) quelque chose sous (sub) elle. Ils sont en attente, mais dans une attente « de laissés-pour-compte » comme un colis en souffrance, selon le premier sens allemand de « souffrance », Abwartung, par opposition au terme Erwartung, qui signifie attente de quelque chose, « une attente active ».

23Si la prison peut provoquer pour certains adolescents, une sédation de l’expression d’affects douloureux et une contention de l’expression du pulsionnel par des activités physiques et sportives d’une grande intensité, elle n’endigue pas pour autant les actes d’agression et les épreuves corporelles auto-infligées. Directement exprimée dans un lieu où il est difficile de penser, leur souffrance parfois transposée en un malaise diffus se dit à même le corps, en des endroits intermédiaires comme les poignets, le cou. L’existence carcérale, source de détresse, de perte de perspectives d’avenir, occasionne une rupture avec l’environnement et les liens familiers, dans une « solitude qui détruit ».

24Ph. Gutton, dans le numéro de la revue Adolescence consacré à l’« Enfermement » [15], opère une distinction nette entre solitude et isolement : « Si la solitude est un affect, l’isolement est une topique [qui] relève d’un lieu donné, d’un environnement » et « l’isolement de certains adolescents reflète à la fois leur position interne de repli et leur marginalisation » [16]. Nous considérons que ces adolescents incarcérés ne sont pas confrontés à la solitude évoquée par Ph. Duverger et al. qui « sous-entend le maintien de liens, absents mais intériorisés » [17] permettant la capacité d’évasion, mais à une solitude absolue qui réfère à la désolation (Morhain 2002, 2009, 2011). C’est-à-dire lorsque le sol qui sert de fondement à la vie dans les relations humaines se dérobe, par absence du besoin de sécurité qui se fonde sur l’éprouvé d’une stabilité du sol en appui. Le terme de « désolation » (qui vient de desolare, c’est-à-dire rendre solitaire, affliger, abandonner), réfère à la métaphore de la sécheresse qui conduit à l’isolation, la désaffection, la passivation, au déni de la souffrance, en dépit de l’agitation, de l’explosion des limites et des violences ravageuses de ces adolescents. C’est ainsi qu’ils en arrivent à mettre leur vie en jeu par des actes contre leur corps, devenu lieu extrême d’expression (tentatives de suicides, scarifications) et/ou par des conduites addictives qui rabattent l’extrême de leur désir et la viscosité de leurs demandes sur le registre du besoin, de leur intempérance, de leur impatience et dont le mal-être lié à l’enfermement ne peut suffire pour expliquer une consommation excessive. Si la prise de toxiques provoque un arrêt du travail de penser, un apaisement, elle est aussi recherche de sensations, avec ses excès mortifères.

L’entre-deux de l’« enfermement » comme « passage »

25La mise en place d’un dispositif clinique qui s’étaye sur un dispositif institutionnel suppose de faire avec les différentes temporalités à l’œuvre. Du temps administratif au temps individuel et groupal, l’histoire de l’institution carcérale et de ses acteurs (administratifs, surveillants, soignants…), s’inscrit dans des temporalités différentielles où le poids cumulé des histoires, des échecs, des blessures, est parfois écrasant. Cependant, le facteur temps – paramètre nécessaire et indispensable, qui permet que se travaille la reconnaissance de la limite et de l’impossible – peut s’entendre aussi comme le temps de l’élaboration, de la symbolisation et du deuil. Il est partie intégrante du dispositif clinique qui nécessite toujours une durée d’élaboration.

26Force est de constater que l’engagement dans un travail psychothérapique est aléatoire pour ces jeunes délinquants au psychisme rigidifié et aux chaînes associatives désamorcées. Dans leurs rapports à l’autre, ils sont prisonniers « d’une absence de confiance en l’objet et en l’environnement : véritable “a-fiance” qui masque en fait une méfiance, voire une paranoïa » (Gutton, 2005a). Le transfert constitue une menace, tant le coût du fonctionnement psychique, les difficultés de représentation et de figurabilité sont importants pour des sujets rivés à l’agir comportemental. Une dynamique d’appropriation du soin implique que l’acte criminel soit reconnu par son auteur et de lui offrir « “une alliance thérapeutique” suffisante pour faire contre-poids à une insécurité interne trop importante, et rendre tolérable l’établissement d’une relation et l’émergence d’une conflictualité » [18].

27Si l’acte transgressif possède un potentiel désorganisateur, régressif, il peut aussi être re-créateur pour le sujet, refondateur du sujet, témoignant alors de l’évolution des capacités du Moi avec l’altérité interne et externe. C’est ainsi que les psychothérapies dites « à médiation » peuvent venir favoriser la remémoration effective et affective du passage par l’acte. Fondés sur l’acte de parole et d’écoute, ces dispositifs induisent un travail sur l’imaginaire. Ils engagent le sujet violent à un travail de re-élaboration psychique et de relance de sa dynamique subjective. Nous avons montré (Morhain, Chouvier, 2007 ; Morhain, 2008, 2009, 2010) l’intérêt de créer ces « zones d’expériences » qui mettent en place un espace potentiel entre le patient et son environnement ; c’est-à-dire un espace accueillant et contenant, lieu de dépôt pouvant être lieu de symbolisation. La « médiation thérapeutique » s’implique dans une oscillation entre créativité/destructivité et permet au sujet d’explorer l’espace interne et l’espace externe, puis l’espace singulier et l’espace connu et partagé. Nous soulignons l’importance de repérer, d’analyser les diverses potentialités signifiantes des productions de l’activité créatrice qui peuvent advenir dans ce lieu ouvert et ainsi de dégager « les pouvoirs médiateurs » qui leur sont propres « comme support objectif pour la mise en jeu et le déploiement de relations objectales proprement dites » [19]. La médiation ouvre à un espace intermédiaire (Winnicott, 1971), qui permet au sujet d’exprimer quelque chose qui jusque-là n’avait pu se « dire » et le fait ainsi entrer dans le registre de la métaphore, dans un plaisir de création. Cet espace thérapeutique amorce la restauration des processus donnant accès à la représentation, grâce à une compréhension des phénomènes les plus archaïques. L’engagement dans ce type de processus thérapeutique vient favoriser des possibilités de réalisation sublimatoire qui s’avèrent être un facteur décisif dans le dépassement des enjeux mortifères à l’adolescence. Ces rencontres thérapeutiques ont une valeur vivifiante pour un fonctionnement psychique pétrifié, et sont parfois mobilisatrices d’un engagement psychothérapique au long cours.

28

Au cours de son incarcération dans un Quartier des Mineurs pour vols avec violences, Ihssanne, seize ans, va ainsi participer à un groupe d’expression créatrice animé par une psychologue. En tant que temps constitutif et constituant d’une autre subjectivité, ce groupe de médiation a ouvert l’accès à des satisfactions pulsionnelles constructives, créatives, et n’a pas été simple décharge pour cet adolescent. De la même manière que l’écrivain M. Mounsi, en prison à l’âge de quatorze ans, fait une rencontre décisive par la médiation d’un livre de François Villon. À partir de là, l’écriture va représenter pour cet enfant de l’immigration, marqué par le décès précoce de sa mère et l’alcoolisme de son père, la possibilité d’« habiter » un monde, une vie, qui lui étaient devenus hostiles. La lecture et l’écriture vont constituer alors « une médiation entre le traitement d’un réel frustrant […] et son traitement en termes de modification interne de l’état structurel et du fonctionnement du Moi » [20]. Le dispositif propre à la pensée d’écriture tend à modifier le destin de la souffrance de M. Mounsi [21] qui trouvera à s’exprimer, non par des agirs destructeurs, mais par un acte d’écriture qui lui permet de sublimer sa souffrance, de s’ouvrir à lui-même et aux autres.

29La souffrance psychique de ces adolescents criminels tend, dans notre actualité, à être éludée par la médicalisation psychopathologique, par la judiciarisation des actes de violence, par l’insistance sur les facteurs sociaux qui la génèrent tant chez les adolescents que dans leur communauté de vie, enfin par les jeunes eux-mêmes qui la dénient. Les conduites antisociales excluent le plus souvent toute option en faveur d’une approche thérapeutique psychanalytique, dans la mesure où les agirs se substituent aux représentations. Ces actes destructeurs d’adolescents sont à entendre comme une conséquence d’une attaque du narcissisme et une défense identitaire. Éruption d’une destructivité qui a pour finalité la désubjectivation d’autrui et son anéantissement en tant qu’être différent. Faillite de l’imaginaire, appel à la loi rédemptrice, l’acte transgressif violent vient inscrire sur la scène du monde, par « un coup », ce qui est éprouvé intérieurement comme une impasse.

30Cependant, la prison n’a pas pour mission de « réparer » les blessures de l’enfance, l’éclatement des familles, les injustices, ni de supprimer toutes les causes de conflits et de violences dans la société. La violence fait partie de la vie et s’inscrit dans le circuit pulsionnel. Elle n’est pas nécessairement négative et n’est pas un accident malencontreux de l’aventure humaine, elle est aussi fondatrice. La civilisation ne s’établit et ne se maintient qu’en entretenant et même en renforçant en son sein une force de destruction. Chercher à brider la violence agressive n’aboutirait, comme le soulignait Freud, qu’à « intensifier l’autodestruction qui, de toute manière, est toujours à l’œuvre » [22]. Il faut en effet se méfier de la lyre d’Orphée dont Sénèque nous rapporte qu’elle avait le pouvoir de changer la nature des choses violentes, inaugurant un monde dans lequel « tout n’est qu’ordre et beauté », reconstituant un temps édénique, sans violence et sans haine. Cependant, sous les dehors d’un extrême apaisement, restaurant l’harmonie et la paix entre les choses afin d’initier entre les êtres un lien pacifié, dénoué de son nouage fatal avec Thanatos, l’acte d’Orphée est porté en réalité par une volonté d’une violence effroyable en dénaturant les êtres et les choses, en leur dérobant ce qui constitue leur essence même.

31La pulsion de destruction en chacun de nous est attisée par de nombreuses épreuves (échecs, ruptures, exils…) ; c’est pourquoi il convient de travailler l’articulation du détruire et du créer (Anzieu, 1996). Nous considérons que contenir la charge de violence de ces jeunes délinquants ne suffit pas, mais qu’il convient de traiter ce qui la génère et l’entretient. Traverser, survivre au temps de la haine, c’est aussi découvrir un espace-temps, non pas désinvesti mais un lieu potentiel, ressource, foyer de culture. Dans ce qui se révèle une impasse, l’entre-deux de l’« enfermement » peut opérer et induire la dynamique d’une traversée, d’un passage…

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Mots-clés éditeurs : adolescent criminel, destructivité, enfermement, envie, médiation, paradoxalité, symbolisation

Date de mise en ligne : 14/01/2013

https://doi.org/10.3917/ado.082.0797