Un diplôme d’université (DU). Éducation, migrations et minorités (EDUMIM). Quelques enjeux et l’histoire d’une démarche
Pages 207 à 210
Citer cet article
- ARMAGNAGUE, Maïtena
- et RIGONI, Isabelle,
- Armagnague, Maïtena.
- et al.
- Armagnague, M.
- et Rigoni, I.
https://doi.org/10.3917/admed.166.0207
Citer cet article
- Armagnague, M.
- et Rigoni, I.
- Armagnague, Maïtena.
- et al.
- ARMAGNAGUE, Maïtena
- et RIGONI, Isabelle,
https://doi.org/10.3917/admed.166.0207
Notes
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[1]
Cette contribution s’appuie sur la rédaction du projet de formation du DU rédigé par les responsables de formation Maïtena Armagnague et Isabelle Rigoni, toutes deux enseignantes-chercheuses à l’INSHEA pour le compte de l’INSHEA (Institut national supérieur de formation et de recherche – handicap et enseignements adaptés).
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MIGRITI (Migration et itinérance : enfants et adolescents à l’école et dans la société) (2014-17) financé par l’UPL et coordonné par Maïtena Armagnague et Isabelle Rigoni ; SAJE (L’expérience éducative et scolaire et la construction de l’altérité des jeunesses et enfances minorisées) (2015-16) financé par la MSHS de Poitiers et coordonné par Maïtena Armagnague, Cédric Audebert et Isabelle Rigoni ; EVASCOL (Evaluation de la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés (EANA) et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (EFIV)) (2016-19) financé par le Défenseur des droits et coordonné par Maïtena Armagnague et Isabelle Rigoni ; EDUCINCLU (Accueillir, scolariser et accompagner les élèves primo-arrivants. Les professionnels du champ éducatif face aux enjeux de l’inclusion) (2016-20) financé par l’IRES et coordonné par Maïtena Armagnague et Isabelle Rigoni.
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[4]
ALTERECOLE (Les dynamiques territoriales et scolaires dans la construction de l’altérité : élèves migrants, itinérants et autres « outsiders » dans les espaces sociaux-scolaires segmentés), financé par la Région Aquitaine, est coordonné par Joëlle Perroton, Isabelle Rigoni et Claire Schiff.
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[5]
Émigroscol (L’expérience migratoire dans l’orientation scolaire), financé par l’Institut Convergences Migrations (Collège de France), est coordonné par Maïtena Armagnague.
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[6]
« Accueil des MNA originaires d’Afrique sub-saharienne en Gironde. Protection de l’enfance, accès à l’éducation et à l’alimentation », programme de recherche coordonné par Chantal Crenn (MCF HDR anthropologie, IUT Bordeaux-Montaigne) et Isabelle Rigoni, et soutenu par la Chaire Diasporas africaines de Sciences Po Bordeaux et de l’Université Bordeaux Montaigne.
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Notamment deux ouvrages : Maïtena Armagnague, Claire Cossée, Catherine Mendonça Dias, Simona Tersigni (dir.), Enfants migrants à l’école, Lormont, Le Bord de l’eau, à paraître ; Catherine Mendonça Dias, Brahim Azaoui, Fatima Chnane-Davin (dir.), Allophonie. Inclusion et langue des enfants migrants à l’école, Paris, Lambert-Lucas, coll. Didactique des langues maternelles et étrangères, 2020. Ainsi que plusieurs dossiers de revues : Maïtena Armagnague, Isabelle Rigoni, Simona Tersigni (dir.), Dossier La scolarisation des élèves migrants en France, Migrations Société, 31(176), avril-juin 2019 ; Maïtena Armagnague, Isabelle Rigoni, Marie Françoise Valette (dir.), Dossier École et migration, Revue européenne des migrations internationales (REMI), 34(4), 2018 ; Alexandra Clavé-Mercier, Claire Cossée (dir), Dossier « Scolarisation des enfants « du voyage ». Des politiques aux pratiques », Études tsiganes, n°65-66, 2019 ; Maïtena Armagnague, Claire Cossée, Isabelle Rigoni, Simona Tersigni (dir.), Dossier Migrazioni, itinerari e istituzioni di socializzazione, Autonomi locali e servizi sociali, XXXIX(3), 2016.
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[8]
Maïtena Armagnague-Roucher, Isabelle Rigoni (coord.) (2019), Éducation inclusive des enfants et jeunes primo-migrants : élèves et professionnels du champ éducatif face aux enjeux de l’inclusion (EDUCINCLU), Rapport de recherche, IRES. Maïtena Armagnague-Roucher, Claire Cossée, Catherine Mendonça Dias, Isabelle Rigoni, Simona Tersigni (coord.) (2018), Etude sur la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés (EANA) et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (EFIV) (EVASCOL), Rapport de recherche, Défenseur des Droits, https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/etudes-et-recherches/2018/12/etude-sur-la-scolarisation-des-eleves-allophones-nouvellement-arrives
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[9]
Isabelle Rigoni, « Enseigner aux élèves migrants allophones. Représentations du métier et pratiques de terrain », in Catherine Mendonça Dias, Brahim Azaoui, Fatima Chnane-Davin (dir.), Allophonie. Inclusion et langue des enfants migrants à l’école, op. cit., p.91-106.
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[10]
Maïtena Armagnague-Roucher, « Accessibilité et légitimation scolaire : une analyse des classements professoraux des enfants et jeunes migrants allophones », Éducation et Sociétés, n°44, 2020.
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Module de formation initiale proposé par l’INSHEA
Avec l’arrivée d’enseignants ayant bénéficié d’une formation initiale adossée à la recherche, le besoin émerge de proposer à ces nouveaux professionnels des contenus de formation continue ou complémentaire à la fois diplômants et contribuant à leur souhait de développement professionnel. Le DU Education, migrations et minorités proposé par l’INSHEA entre dans les formations répondant à ces nouvelles demandes. Cet article en décrit les orientations, le fondement des contenus et les modalités de sa mise en œuvre.
1Il peut, à première vue, paraître incongru d’initier une formation de type DU dans le domaine de l’éducation. En effet, dans ce secteur, les professionnels sont souvent titulaires de formations diplômantes et ces publics sont également prompts à s’auto-former régulièrement. Ce diplôme d’université (DU) Éducation, migrations et minorités (EDUMIM) [2] a été initié en 2018 à l’INSHEA (Institut national supérieur de formation et de recherche – handicap et enseignements adaptés), localisé à Suresnes. Avant de lancer cette initiative, nous avons réalisé un état des lieux des formations proches existant en Île-de-France. Nous nous sommes entretenues avec des responsables pédagogiques d’autres DU franciliens avant de mesurer l’absence d’offre formative sur la question. Dans ce contexte, nous avons conçu cette formation dans le cadre précisément souple qu’offrait les DU tout en nous appuyant sur l’expertise reconnue de l’INSHEA relative à l’accessibilité scolaire. Cette configuration institutionnelle a permis d’offrir un cadre à notre initiative qui s’ancrait dans nos activités de recherche.
2En effet, ce diplôme s’inscrit dans la continuité de plusieurs programmes de recherche relatifs à l’inclusion socio-scolaire et aux questions éducatives des jeunes en situation de migration et/ou d’allophonie ainsi qu’aux jeunes issus de familles itinérantes. Nous coordonnons ces programmes depuis 2013 au sein du Grhapes (Groupe de recherche sur le handicap, l’accessibilité, les pratiques éducatives et scolaires), l’équipe d’accueil de l’INSHEA. Tout en prenant appui sur des programmes de recherche passés (MIGRITI, SAJE, EVASCOL, EDUCINCLU) [3], il se nourrit également de travaux de recherche en cours (ALTERECOLE [4], EMIGROSCOL [5], MNA sub-sahariens [6]) qui continuent d’alimenter les contenus de formation. Le travail d’enquête mené dans le cadre de ces recherches nous a permis de repérer d’importants besoins de formation pour les personnes qui travaillent déjà ou qui se destinent aux métiers du conseil et de l’expertise auprès de ces populations à besoins spécifiques. Les recherches menées dans le cadre de ces programmes ont été financées par des institutions publiques (notamment le Défenseur des Droits ; le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation) et des organisations professionnelles (syndicats). Leurs résultats ont été publiés sous forme d’articles et d’ouvrages scientifiques [7] mais aussi de rapports à visée opérationnelle [8]. Ces productions ont permis d’apporter des réponses aux besoins de formation et d’alimenter le contenu des cours. En effet, nous partons de l’hypothèse selon laquelle, au-delà du niveau de scolarisation et de la maîtrise de la langue française, les différentes étapes du parcours migratoire constituent autant de périodes charnières pour les enfants en situation de migration et d’allophonie, susceptibles d’incidences sur les apprentissages autant que sur les modes de socialisation en lien avec leurs pairs et l’équipe éducative. Comme nous l’avons montré [9], les enseignants sont souvent démunis face à ces situations qui correspondent peu aux représentations du métier portées par l’institution, relayées dans les formations et en partie intériorisées par les (futurs) enseignants, à tel point que la mise en pratique de situations d’apprentissage, face aux élèves, sur le terrain, s’en trouve parfois fragilisée. Les pratiques quotidiennes des acteurs de l’éducation, et plus encore des acteurs scolaires, les amènent à mettre en œuvre une différenciation qui outrepasse parfois le strict cadre scolaire et éducatif pour concerner aussi les situations personnelles des élèves migrants. Cette différenciation repose sur la production de jugements professoraux et de justifications idoines contingentés et bâtis à partir de différentes conceptions de la justice scolaire, de l’accessibilité [10]. Il importe donc de susciter une explicitation de ces pratiques professionnelles et d’en encourager la réflexivité au moyen de l’articulation recherche/formation. Le DU EDUMIM entend donc apporter des éléments de réflexion propices à une conciliation de la prise en compte des besoins spécifiques et hétérogènes de chaque enfant (et de sa famille) et du rôle de l’enseignant dont le métier est de ne considérer que des élèves. Pour ce faire, la formation bénéficie des collaborations engagées avec des enseignants-chercheurs ainsi qu’avec des acteurs institutionnels, qui sont invités à intervenir en fonction de leurs compétences. L’apport d’anthropologues, de politistes, de géographes, de didacticiens et d’experts permet en particulier d’enrichir les enseignements dispensés par les deux responsables de la formation, spécialisées en sociologie.
3Ce diplôme entre en cohérence avec les formations liées au thème de l’accessibilité éducative dispensées à l’INSHEA. Il s’inscrit aussi dans la lignée de formations relatives à l’inclusion scolaire des « élèves allophones nouvellement arrivés » (EANA), proposées par l’INSHEA, en particulier le MFIN [11] Éducation et migration, destiné aux professionnels de l’Éducation nationale. Il est destiné à des professionnels de l’éducation en lien avec des populations migrantes ou itinérantes (éducateurs spécialisés, travailleurs sociaux, professeurs du premier et du second degrés, bénévoles associatifs…) mais aussi à des étudiants en formation initiale souhaitant se spécialiser dans le cadre d’une formation courte et exploratoire. L’objectif est de dispenser des connaissances fondamentales sur le thème de l’éducation, des migrations et des minorités, et de recourir à des outils permettant aux étudiants et aux stagiaires de nourrir leurs pratiques de terrain et de poursuivre leur réflexion théorique tout en s’initiant à la démarche de recherche. D’ailleurs, cette articulation à la recherche se prolonge à travers des projets de poursuite d’études en lien avec la recherche fondamentale (master et thèse) émanant de certaines personnes ayant suivi notre DU.
4Cette formation universitaire spécialisée entend combler un manque dans la mesure où les formations existantes relatives aux jeunes en situation de migration et d’allophonie sont majoritairement centrées sur les sciences du langage et concernent principalement le français langue étrangère (FLE), le français langue seconde (FLS), le français langue de scolarisation (FLSco), voire le français langue d’intégration (FLI). D’autres font appel à la psychologie, la psychanalyse et la psychiatrie pour traiter plus spécifiquement des questions transculturelles et des difficultés psychiques dans la migration. Les jeunes issus de familles itinérantes et de voyageurs, dont ce DU traite également, sont quant à eux rarement l’objet de formations spécifiques, mis à part des formations professionnelles localisées dans le cadre de l’Éducation nationale. Cette formation diplômante souhaite offrir un cadre de réflexion et de connaissance des populations migrantes et itinérantes, ainsi que de leurs conditions d’accueil et d’inclusion socio-éducative. Son originalité est son caractère résolument pluridisciplinaire, avec des enseignements en science politique et en droit (législation, politiques publiques, acteurs institutionnels), en sociologie et en sciences de l’éducation (système éducatif, enfance et jeunesse, minorités et relations interethniques, intervention socio-éducative), en sciences du langage (ouverture sur la didactique des langues et le plurilinguisme). L’objectif est de fournir des clés de compréhension multiples des expériences migratoires, itinérantes et socio-scolaires des enfants et des jeunes, qui faciliteront des réponses éducatives et pédagogiques adaptées pour les professionnels de l’éducation, voire qui inciteront certains étudiants ou stagiaires à poursuivre leur réflexion au sein de parcours de masters spécialisés, que l’INSHEA pourrait initier prochainement.