Nedjib SIDI MOUSSA, Algérie, une autre histoire de l’indépendance. Trajectoires révolutionnaires des partisans de Messali Hadj, Paris, Puf, 2019, 336 pages
- Par Éloïse Dreure
Pages 193g à 207g
Citer cet article
- DREURE, Éloïse,
- Dreure, Éloïse.
- Dreure, É.
https://doi.org/10.3917/amx.068.0193g
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- Dreure, É.
- Dreure, Éloïse.
- DREURE, Éloïse,
https://doi.org/10.3917/amx.068.0193g
1 En mars 2019, l’historiographie de l’Algérie a bénéficié de la sortie de cet ouvrage de Nedjib Sidi Moussa. Lors de la guerre d’indépendance algérienne, le Mouvement national algérien (MNA) perd l’avantage au profit du Front national de libération (FLN), qui s’impose comme le principal représentant du peuple algérien. Le MNA apparaît alors communément comme un acteur de second plan, désemparé par son rapide déclin, dépossédé d’une lutte de libération nationale qu’il a pourtant initiée. Ses militants lui restent néanmoins profondément attachés, ainsi qu’à leur chef, Messali Hadj, et à une tradition nationaliste révolutionnaire héritée du Parti du peuple algérien (PPA), créé en 1937. À celui-ci succèdent, d’abord en 1946, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), puis le MNA, après la dissolution du MTLD par les autorités françaises en novembre 1954. Le FLN s’inscrit en rupture avec cet héritage de l’âge d’or du nationalisme algérien et attire ainsi à lui des individus plutôt que des organisations, toute une nouvelle génération de combattants, renouvelant ainsi la tradition révolutionnaire algérienne.
2 L’auteur a choisi de s’intéresser à l’organisation messaliste par le prisme de ses militants, en utilisant pour cela la méthode prosopographique appliquée à 39 membres du groupe dirigeant lié à Messali Hadj. Il cherche à saisir les singularités de ces militants, et interroge leur fidélité au mouvement dans la durée. Pour cela, il déborde les bornes chronologiques de la guerre d’indépendance pour penser l’espace politique des colonisés au temps du colonialisme et comprendre les processus qui les mènent à devenir des révolutionnaires, tout en portant également son attention sur ceux qui poursuivent leurs parcours politiques après la libération de l’Algérie.
3 Il définit ces trajectoires comme révolutionnaires dans le sens où ces militants ont participé au « changement de certaines institutions centrales de la société par l’activité de la société elle-même » en Algérie. Il cherche alors à saisir les rapports entre des combattants qui se définissent très tôt comme des révolutionnaires et la révolution algérienne elle-même. Quelle place les messalistes occupent-ils dans cette révolution ? Comment influent-ils sur celle-ci ? Et à l’inverse, quelles sont les conditions concrètes auxquelles ils doivent faire face, et comment réagissent-ils à cette révolution ? Qu’est-ce que leur connaissance de l’histoire de cette tradition révolutionnaire leur apporte ? Les biographies militantes permettent alors de comprendre la façon dont leurs acteurs se regroupent ou s’excluent, ce qu’ils se reconnaissent comme traditions et perspectives communes, la manière dont ils sont façonnés et formés par le parti pour devenir des révolutionnaires, en confrontant toutes ces dimensions aux étapes de l’histoire de l’organisation.
4 Le récit, en suivant un déroulement thématique plutôt que chronologique, permet de s’attarder sur des thèmes comme la place des femmes dans la révolution algérienne, le rapport du MNA vis-à-vis de la question juive, ou encore les rapports entre les messalistes et la gauche française avant et pendant la guerre d’Algérie. Cette dernière question présente l’avantage de réaffirmer ce qui disparaît souvent des mémoires, c’est à dire l’origine communiste de l’engagement nationaliste, avec la fondation de l’Étoile nord-africaine au sein du PCF en 1926, et les transferts culturels et politiques qui en découlent, jusqu’à la rupture définitive au moment du Front populaire. Notons que l’auteur mobilise des sources inédites, essentiellement des archives privées, en particulier celles de Messali Hadj, mais également le récit autobiographique laissé par Moulay Merbah, le représentant en Algérie du leader du MNA.
5 Nedjib Sidi Moussa positionne son travail au sein de l’historiographie de la question nationaliste algérienne et affirme sa volonté de combler l’évincement de l’histoire du mouvement messaliste en s’intéressant à ces militants de l’indépendance algérienne qui ne sont pas ceux du FLN. Mais, ce faisant, il complète également les recherches sur la politisation des colonisés dans l’Algérie coloniale, en ne se limitant pas à une simple opposition entre colonisateurs et colonisés, mais en s’attardant sur ces espaces intermédiaires que révèle l’historiographie actuelle du phénomène colonial. En s’intéressant avant tout aux militants, il s’inscrit dans l’histoire actuelle des individus au sein des structures partisanes, et nous livre un récit concret et vivant. On regrettera peut-être néanmoins que l’auteur ne développe pas davantage l’usage qu’il fait de la méthode prosopographique et le questionnaire biographique utilisé. Mais en définitive Nedjib Sidi Moussa nous livre ici un récit passionnant au croisement de plusieurs historiographies, et apporte un regard neuf sur l’histoire de l’indépendance algérienne.
6 Eloïse DREURE