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Compte rendu

Luca BASSO, Agire in comune. Antropologia e politica nell’ultimo Marx, Sindbad, Ombre Corte, 249 pages

Pages 182c à 183c

Citer cet article


  • Eychart, B.
(2016). Luca BASSO, Agire in comune. Antropologia e politica nell’ultimo Marx, Sindbad, Ombre Corte, 249 pages. Actuel Marx, 60(2), 182c-183c. https://doi.org/10.3917/amx.060.0177c.

  • Eychart, Baptiste.
« Luca BASSO, Agire in comune. Antropologia e politica nell’ultimo Marx, Sindbad, Ombre Corte, 249 pages ». Actuel Marx, 2016/2 n° 60, 2016. p.182c-183c. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2016-2-page-182c?lang=fr.

  • EYCHART, Baptiste,
2016. Luca BASSO, Agire in comune. Antropologia e politica nell’ultimo Marx, Sindbad, Ombre Corte, 249 pages. Actuel Marx, 2016/2 n° 60, p.182c-183c. DOI : 10.3917/amx.060.0177c. URL : https://shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2016-2-page-182c?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/amx.060.0177c


1 Le court mais dense ouvrage de Luca Bianco, Agire in comune. Antropologia e politica nell’ultimo Marx prolonge une recherche que l’auteur avait déjà entamée par un précédent ouvrage, Socialità e isolamento : la singolarità in Marx, qui se concentrait sur les œuvres de jeunesse jusqu’aux Grundrisse. Ce sont les œuvres ultérieures qui sont traitées ici. Ce corpus marxien comprend Le Capital, les écrits politico-historiques de la dernière période – de l’Adresse de l’AIT sur la Commune de Paris jusqu’à la Critique du Programme de Gotha –, les analyses sur la Russie, mais aussi des notes sur les sciences naturelles et les Ethnological Notebooks. Par cette recherche en deux temps, il s’agit de prendre en compte les ruptures de la pensée marxienne, sans se rallier à une éventuelle coupure épistémologique, puisque Basso ne cherche en fait pas un Marx de la « maturité » opposable à un « jeune Marx ».

2 Le refus d’une lecture trop discontinuiste se justifie par le fil directeur de la pensée marxienne identifié ici : la relation entre dimension individuelle et dimension collective (comune en italien), l’enchevêtrement de l’individu, de la classe, de la société et de la communauté. Les écrits du dernier Marx montrent cependant sur ce point un approfondissement des analyses, approfondissement autorisé par une suite de lectures et d’études entamées par Marx. Luca Basso en fait le constat convaincant : entre les écrits de la moitié du xixe siècle et les écrits tardifs, il y a une extension importante du champ de réflexion marxien. Il suffit de rappeler que dans le Manifeste, les États-Unis d’Amérique et la Russie sont absents d’une analyse prenant avant tout en compte l’Europe et tout particulièrement la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. L’extension est aussi diachronique puisque les nombreuses lectures de Marx sur les structures communautaires (en Inde, en Russie, en Algérie, etc.) ou claniques et tribales, ont très largement nuancé sa vision du processus historique. La fameuse lettre à Mikhailovsky de 1877 est donc le fruit de cette inflexion intellectuelle amorcée depuis plusieurs années. Après avoir identifié – à tort ou à raison – la présence de structures de propriétés explicitement collectives chez les Germains, Marx ne pouvait que remettre en cause le modèle de développement unilinéaire et occidental opposé à l’immobilisme asiatique, modèle affleurant dans l’Idéologie allemande.

3 Il ne faut pourtant pas se méprendre sur Marx. Celui-ci a, certes, revu certaines de ses formulations dans la traduction française du Capital, et a envisagé un chemin révolutionnaire différent de l’Europe de l’ouest pour la Russie, mais il n’a jamais révisé sur le fond son point de vue sur les structures sociales précapitalistes de type « communautaire ». Ces dernières ne sont jamais émancipatrices per se sous la plume de Marx et dans le meilleur des cas l’obtchina apparaît comme une structure sociale ambigüe. Si elle contient en germe un futur communisme, comme il l’indique dans sa correspondance avec Véra Zassoulitch, ce germe doit nécessairement être fécondé par une révolution ouvrière dans les pays d’Europe de l’Ouest. Au moment où Marx écrit ces lettres, il n’y a sans doute plus chez lui le dédain antérieur envers « l’immobilisme » et « l’arriération » des formes communautaires précapitalistes. Mais il est toujours convaincu que le « cordon ombilical » reliant l’individu à ces formes communautaires – qu’elles soient familiales, claniques ou de voisinage –, doit être rompu. La métaphore du cordon ombilical est d’ailleurs très significative d’une lecture en terme d’« éveil » et de « croissance personnelle » à achever et, sur ce point, Luca Basso est tout à fait pertinent. Il arrive à la conclusion que ni Marx ni Engels n’ont envisagé leur communisme d’un point de vue « organiciste » ou « anti-individualiste ».

4 Ne se concentrer que sur l’argument principal du livre de Luca Bianco n’est pas entièrement lui faire justice car Agire in comune contient par ailleurs de nombreuses autres remarques et analyses intelligentes et averties. L’ouvrage – malgré sa taille limitée – est riche en constats et en réflexions qui s’avèrent presque toujours convaincants. Et s’il y a bien un reproche – mineur – à lui faire, c’est bien peut-être son caractère parfois très « ramassé ».

5 Baptiste EYCHART


Date de mise en ligne : 05/10/2016

https://doi.org/10.3917/amx.060.0177c