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Compte rendu

Marie-Anne DUJARIER, Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail, Paris, La Découverte, 2015, 264 pages

Pages 177l à 197l

Citer cet article


  • Prévot-Carpentier, M.
(2016). Marie-Anne DUJARIER, Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail, Paris, La Découverte, 2015, 264 pages. Actuel Marx, 60(2), 177l-197l. https://doi.org/10.3917/amx.060.0177l.

  • Prévot-Carpentier, Muriel.
« Marie-Anne DUJARIER, Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail, Paris, La Découverte, 2015, 264 pages ». Actuel Marx, 2016/2 n° 60, 2016. p.177l-197l. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2016-2-page-177l?lang=fr.

  • PRÉVOT-CARPENTIER, Muriel,
2016. Marie-Anne DUJARIER, Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail, Paris, La Découverte, 2015, 264 pages. Actuel Marx, 2016/2 n° 60, p.177l-197l. DOI : 10.3917/amx.060.0177l. URL : https://shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2016-2-page-177l?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/amx.060.0177l


1 Dans cet ouvrage, pour partie issu de ses travaux d’habilitation à diriger des recherches, Marie-Anne Dujarier livre un regard critique sur l’encadrement du travail contemporain par la dénonciation de la production de dispositifs en tant que « management par les nombres ». Affirmant sa proximité avec l’ergonomie de l’activité et l’approche ergologique (p. 30), Marie-Anne Dujarier produit une sociologie de l’activité en s’attachant à l’expérience des personnes au travail ; par l’usage d’une sociologie de la critique (p. 33), elle revient sur ce que les personnes disent et pensent de leur activité, à la manière dont elles en font la critique. Issu d’un colossal travail d’enquête empirique accompli au fil des années (pp. 25-29), l’intérêt essentiel du recueil de cette somme de données réside dans les liens que la sociologue parvient à établir entre l’activité réelle des individus au travail et des éléments très généraux des politiques publiques contemporaines, ainsi que des politiques managériales en usage dans les organisations de travail de tous secteurs.

2 A travers la notion de « dispositif », prise dans un sens foucaldien (p. 17), sont caractérisés trois types de dispositifs : d’abord des dispositifs de finalités qui définissent les points d’arrivée de l’activité, puis des dispositifs de procédés qui mettent en œuvre les manières d’y parvenir, et enfin des dispositifs d’enrôlement qui permettent de comprendre pourquoi s’y soustraire est difficile et participer intelligemment nécessaire. Ces dispositifs visent à faire agir (p. 76) et sont porteurs d’« une anthropologie de l’agir » à la dimension performative dans l’activité au sens qu’ils ont des effets sur les représentations du monde, du sujet, du travail, et banalisent voire naturalisent des choix politiques (p. 80). Ces dispositifs sont définis non comme des outils mais comme des machines et la sociologue fait un parallèle puissamment juste avec la dialectique marxienne d’une machine qui « produit avec l’aide du travailleur » (p. 74). Grâce à ce regard sur la dimension relationnelle de l’activité, une réponse est apportée au paradoxe apparent de la « concomitance d’hyper-prescription et d’appel à l’autonomie » dans les organisations de travail du néocapitalisme : il faut comprendre l’autonomie « comme devant s’exercer au-delà de la machine, pour la corriger, la dépanner, l’adapter en fonction des situations locales » (p. 74).

3 L’ouvrage est marqué par l’objectif de « vérifier que les dispositifs présentent les avantages qu’ils promettent » (p. 25) à travers la mise en visibilité du « travail vécu » (p. 30) des usagers et surtout concepteurs de ces dispositifs. Les producteurs-concepteurs de dispositifs sont les « cadres du capitalisme néolibéral » (p. 154) que Marie-Anne Dujarier appelle des « planneurs » (p. 12), soulignant ainsi leur fonction d’organisation du travail, tout en planant à distance de l’activité réelle (pp. 142-146). Le constat d’absence de dimension idéologique chez les planneurs et leurs types de justifications (pp. 156-159) sont d’un grand intérêt car ils conduisent l’auteure à pointer les stratégies de « ludicisation » (pp. 229-236) déployées pour instaurer une distance entre eux et leurs semblables afin de continuer à agir et alimenter avec succès le « hiatus croissant entre la valeur d’usage du capital et sa valeur d’échange » (p. 131).

4 Muriel PRÉVOT-CARPENTIER


Date de mise en ligne : 05/10/2016

https://doi.org/10.3917/amx.060.0177l