Vincent CHANSON, Alexis CUKIER et Frédéric MONTFERRAND (dir.) La Réification. Histoire et actualité d’un concept critique, Paris, La Dispute, 2014, 389 pages
- Par Selim Nadi
Pages 196c à 200c
Citer cet article
- NADI, Selim,
- Nadi, Selim.
- Nadi, S.
https://doi.org/10.3917/amx.056.0196c
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- Nadi, S.
- Nadi, Selim.
- NADI, Selim,
https://doi.org/10.3917/amx.056.0196c
1 L’ouvrage est structuré en trois parties : les origines du concept de réification et ses premières diffusions, l’évolution de ce concept après 1945 et enfin sa pertinence pour le présent. V. Charbonnier, dans le premier texte, rappelle la genèse de ce concept chez Marx et Lukács, ce dernier définissant la réification comme reposant « sur le fait qu’un rapport, une relation entre personnes prend le caractère d’une chose et (…) dissimule toute trace de son essence fondamentale – la relation entre hommes ». Ce qui intéresse les auteurs ici est la manière dont ce concept permet de penser de façon unitaire la pluralité des rapports constitutifs du capitalisme. Le leitmotiv est en effet celui d’une critique globale du capitalisme ce qui, comme le montre F. Monferrand, implique une fondation ontologique de la critique de la réification.
2 Mais si le concept est d’origine marxienne, cet ouvrage s’intéresse aussi à la manière dont il fut approprié par d’autres traditions, que ce soit chez Weber, dont A. Berlan montre qu’il utilise la réification afin de décrire la rationalisation de la politique, ou chez Heidegger qui, comme l’écrit B. Bégout, couple la réification à l’inauthenticité des rapports du Dasein au monde. Ce concept est utilisé par des traditions critiques diverses. On croisera ainsi dans ce livre le rapport d’une certaine théorie critique au concept de réification, notamment sous l’analyse que fait V. Chanson de son utilisation adornienne. Le lien entre reconnaissance et réification chez Sartre est également analysé dans un texte de C. Lazzeri. On retrouve ce lien dans un article de M. Angella sur Axel Honneth. Les textes composants ce livre analysent également la manière dont la réification a pu inspirer des auteurs chez lesquels cette notion n’était pas centrale. A. Tosel écrit par exemple que la réification devient chez Henri Lefebvre « le noyau dur » de l’aliénation à travers la catégorie de fétichisme. Les différents auteurs du livre entendent soit continuer la critique de l’économie de Marx, comme le fait A. Jappe en reformulant l’analyse lukácsienne trop centrée sur les rapports de production selon-lui, soit compléter cette critique de l’économie en s’intéressant aux modes de vie sous le capitalisme. Bien évidemment, certains penseurs se réclamant explicitement de la tradition marxienne sont également au cœur de ce livre, comme Slavoj Zizek, sur lequel se penche F. Fischbach, mais aussi Antonio Negri.
3 La troisième partie revient sur les mutations du concept de réification découlant directement des transformations actuelles du capitalisme, de sa financiarisation – comme précisé par A. Cukier – mais également de l’émergence de nouveaux combats. Il semble que le concept de réification soit le point nodal permettant de s’intéresser aux connexions entre le marxisme et des luttes qui semblent s’inscrire dans un autre horizon. F. Boggio Éwanjée-Épée s’intéresse dans le chapitre clôturant l’ouvrage, au concept de réification sous l’angle des luttes féministes afin d’expliciter les rapports entre la critique de l’économie politique et celle du patriarcat. La réification permet donc de se pencher sur les différentes sphères de la domination, sur leur autonomie et leurs entrecroisements. Faire l’histoire de ce concept permet ainsi de montrer la nécessité d’une critique du capitalisme qui englobe les divers aspects de l’exploitation et de la domination.
4 Selim NADI